rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

23 janvier 2009

L'Assemblée Nationale, le dernier de contre pouvoirs.

Au début, j'ai regardé ce qui se passe en ce moment à l'Assemblée Nationale avec amusement, mais aussi un peu de dédain envers ces députés qui se comportent comme dans une cour d'école, alors que nombres de leurs contemporains connaissent une situation difficile. Mais, après réflexion et avec un peu de recul, je suis en parfait accord avec les députés socialistes, et même plutôt inquiet devant certaines dérives du pouvoir politique.

En effet, ce qui se joue au Parlement va bien plus loin qu'une simple réduction du temps de parole de l'opposition, et si le mode d'action choisi par les socialistes est assez drôle, il n'en est pas moins empreint de gravité. Le projet de réforme du fonctionnement de l'Assemblée Nationale s'inscrit dans un cadre beaucoup plus vaste d'attaques systématiques contre tous les contre-pouvoirscontre-pouvoirs.

Ce sont d'abord les partenaires sociaux et surtout les syndicats qui ont d'abord été victimes des nouvelles méthodes du pouvoir. On ne compte plus les réformes qui sont annoncées sans qu'aucunes négociations n'aient eu lieu. Même le patronat a eu l'occasion a plusieurs reprises de s'insurger contre de telles pratiques. Il est d'ailleurs notable que le manque de concertation concerne en premier les secteurs réputés les plus virulents contre les gouvernements de droite, à savoir la SNCF ou l'Education Nationale. C'est le sens d'un durcissement du droit de grève ou du service minimum : empêcher les gens de s'exprimer.

Les médias ont ensuite fait l'objet de l'attention du pouvoir. Une grande partie des journaux, télés ou radios appartiennent à des proches de Mr Sarkozy, ils sont donc peu susceptibles d'être désagréables à l'encontre du pouvoir. La presse dite indépendante est suffisamment mal en point pour ne plus être considérée comme un danger potentiel. Il restait donc la télévision et la radio publique : c'est désormais chose faite, puisque la loi stipule que le président des chaînes publiques sera nommé directement par le pouvoir. Directement ou indirectement, Nicolas Sarkozy dirige la presque totalité de la presse d'opinion. De quoi être en mesure de passer sous silence certaines informations gênantes, ou de faire de la propagande gouvernementale. Et ce n'est pas le Grenelle de la presse annoncé aujourd'hui qui va changer quoi que ce soit.

Il reste cependant à la société d'autres moyens de nuire. Les juges d'instruction en sont un des plus flagrants, puisqu'ils ont dans leurs tiroirs quelques affaires qui pourraient s'avérer gênantes. En décrétant la fin du juge d'instruction (une fois de plus sans aucune concertation), Nicolas Sarkozy décide surtout de s'éviter à l'avenir quelques ennuis judiciaires, à lui mais surtout à certains de ses amis grands patrons.

Une fois la rue bâillonnée (en partie du moins, on verra jeudi prochain qu'elle sait encore s'exprimer), le pouvoir médiatique muselé, le judiciaire contrôle, il ne restait plus qu'à s'occuper du pouvoir législatif, c'est à dire faire en sorte que l'opposition ne puisse plus bloquer les projets de lois et laisser le temps à l'opinion de s'accaparer les dossiers. C'est le but de la réforme qui a soulevé l'ire des députés socialistes. Et celle-ci gêne le pouvoir plus que prévu, car elle pourrait fort bien déboucher sur une crise politique si les députés d'opposition décidaient de ne plus siéger. Il faut souhaiter qu'ils tiennent bon, car aussi peu représentatifs qu'ils soient, les députés socialistes sont parmi les derniers représentants d'une démocratie qui vacille.

En parallèle à tout cela, les lois liberticide se sont multipliées ces derniers temps. Des personnes qui fument dans leur voiture peuvent se faire arrêter, désormais, des jeunes marginaux sont enfermés sans preuves aucunes sous accusation de terrorisme. Défi face aux contre-pouvoirscontre-pouvoirs, durcissement des lois, ce pouvoir devient autoritaire, à tel point qu'un éditorialiste (Alain Duhamel), peu suspect de positions gauchistes, vient d'écrire un essai où il compare Nicolas Sarkozy à Napoléon. Et cette idée se répand de plus en plus. Mais au final, le pouvoir agit comme si la crise le tétanisait et qu'il avait peur de la rue. Le 29 janvier va indiquer à beaucoup de gens si ses craintes sont fondées.

01 décembre 2008

Arrestation musclée d'un ancien rédacteur en chef de Libération.

C'est l'évènement du week-end, toute la presse en parle. Même Etienne Mougeotte, directeur du Figaro, peu enclin à la critique de l'action gouvernementale, s'est dit scandalisé. Vittorio de Filippis, ancien directeur de publication de Libération, a été arrêté chez lui, puis fouillé de manière apparemment assez virile.

Vittorio de Filippis a été mis en examen après la plainte pour diffamation du PDG de Free. Ce qui choque ici, ce n'est pas tant la façon dont l'arrestation s'est produite, les policiers n'ayant fait qu'appliquer la procédure à appliquer pour un mandat d'amener, non, ce qui choque, c'est la disproportion entre les faits reprochés et la méthode d'interpellation. A l'évidence, Mr De Filippis n'a rien d'un dangereux psychopathe.

Mais en plus des méthodes pouvant laisser penser à une éventuelle bavure judiciaire, cet évènement se produit dans un contexte particulier. Même si le gouvernement n'est probablement en rien responsable dans ce cas (il se serait d'ailleurs certainement passé de la polémique), les suspicions d'atteintes à la liberté de la presse ont été fréquentes. Jamais avérées certes, mais les suspicions sur les directeurs de journaux pour que certains articles ne paraissent pas sont monnaie courantes. On en d'ailleurs arrivé à un tel point que certains titres (Le Figaro entre autres) pratiquent l'autocensure pour s'éviter les foudres élyséennes ou simplement pour plaire au pouvoir.

A quelques jours des états généraux de la presse qui doivent se pencher sur un secteur en grave crise d'identité, cette affaire ne rassure sur l'état de notre démocratie.

PS : je voudrais juste féliciter Stéphane Paoli, qui n'est pourtant pas mon journaliste préféré, mais qui a eu l'intelligence ce week-end de rappeler que la presse parler beaucoup de l'affaire car il s'agissait d'un confrère, mais que des Français modestes subissaient tous les jours ce genre d'abus et qu'on en parlait pas. Il est bien de toujours l'avoir à l'esprit, cela permet aussi de comprendre une part du rejet de notre classe dirigeante et de nos élites intellectuelles.

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20 septembre 2008

Alerte sur les médias !

Mme Daniéle Giazzi, secrétaire nationale de l'UMP, vient de remettre un rapport à Nicolas Sarkozy sur les médias. Certaines mesures proposées dans ce document pourraient, si elles étaient appliquées, faire l'effet d'une bombe contre le nécessaire pluralisme de la presse.

La principale mesure envisagée propose ni plus ni moins d'assouplir la législation sur la concentration dans les médias, en autorisant, par exemple, un groupe de médias à posséder une chaîne de télévision, une radio et un quotidien de dimension nationale.

Quand on sait que les principaux groupes appartiennent déjà à des très proches de Nicolas Sarkozy, Arnaud Lagardère ou Martin Bouygues, il y a de quoi être inquiet. En effet, une telle mesure aurait pour effet principal de renforcer leur emprise sur la presse, et donc de signifier la fin de l'indépendance éditoriale de nombreux titres ou la mort de nombreux autres.

Tout cela s'inscrit dans la continuité de ce qui se passe dans le landerneau médiatique depuis plus d'un an. On ne compte plus les rumeurs de pressions pour des articles ne convenant pas au président ou à un de ses ministres. Il est d'ailleurs significatif de voir que nombre de ces affaires de pression ont été révélées par internet, les journalistes se servant de la relative liberté régnant encore sur la toile pour délivrer leurs scoops en toute impunité et sans risque de perdre leur emploi.

PS : pour plus d'infos, le contenu du rapport, ici :

http://www.lepoint2.com/sons/pdf/rapport-giazzi-medias-numerique.pdf

Si on rapproche les idées contenues dans ce rapport, de la polémique contre le fichier Edvige, on se rend compte qu'en plus de vouloir contrôler et ficher ses citoyens par tous les moyens, le pouvoir a désormais l'intention de faire main-basse sur l'information et donc sur les idées et sur la pensée.

Si les propositions de ce rapport étaient retenues, elles constitueraient une grave atteinte à la liberté d'opinion et par conséquent à la démocratie.

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11 juin 2008

Le retour de l'ORTF !

On se croirait à l'époque du Général, quand le ministre de la communication d'alors supervisait les programmes télévisés de son bureau, quand l'Elysée avait son mot à dire sur le contenu des journaux d'informations.

Le présentateur vedette de la première chaîne va céder sa place, et il semblerait que l'actuel président ait usé de son influence en ce sens. Soyons franc, le départ de Patrick Poivre d'Arvor n'est pas une mauvaise nouvelle en soi. Il a parfois eu de petits soucis avec l'éthique journalistique, et, c'est surtout l'interviewer complaisant idéal pour un homme politique qui veut pratiquer la langue de bois. Après plus de vingt ans d'exercice de son métier, il était temps qu'il laisse la place à d'autres.

Le problème réside ici dans la probable intervention du chef de l'Etat. Pareils soupçons n'ont plus court depuis plus de vingt ans. Nicolas Sarkozy, adepte de la rupture fait ici dans la continuité gaulliste, à ceci près qu'il s'est mué en ministre de la communication. Comme dans les années, le chef de l'Etat contrôle tous les grands moyens de communication, soit parce qu'ils sont la propriété nationale, soit par le biais de ses amitiés.

Mais même si l'histoire repasse rarement les plats, elle apprend qu'il faut se méfier d'un tel contrôle sur l'information. La chape de plomb imposée par les gaullistes n'est pas pour rien dans l'explosion de mai 68.

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31 mai 2008

Les médias ne doivent pas appartenir à de grands groupes.

Cela sera évidemment peu repris dans la presse, et par conséquent ne créera pas la polémique que cela mériterait. Pourtant, interviewé par différents journalistes du web, Nicolas Dupont-AignanDupont-Aignan a fait une proposition qui pourrait révolutionner le monde des médias. Il propose ni plus ni moins que la constitution garantisse le pluralisme des médias en interdisant que ceux-ci soient la propriété de grands groupes.

Mr Dupont-AignanDupont-Aignan est un personnage intéressant. Bien que je ne partage pas nombre de ces idées, et que nous ne fassions pas parti du même bord politique, sa vision de la République et de la démocratie d'opinion est assez proche de la mienne. Je trouve d'ailleurs navrant que ce discours ne soit à l'heure actuelle tenu par personne à gauche, même à la LCR, qui a décidé d'utiliser les médias pour se développer.

Parce que ce que pointe Mr Dupont-Aignan, c'est le contrôle de l'information par des personnes ou par des groupes dont les intérêts vont à l'encontre de ceux du grand public. TF1 ne dénoncera jamais l'attitude de Bouygues dans certains pays d'Eurrope centrale, où la firme est très proche des dictatures au pouvoir, et pour cause, Bouygues possède TF1. De même, il ne faut pas s'attendre à des critiques poussées de la part du Figaro sur la politique de défense française, Dassault propriétaire du journal, vend aussi des avions à notre armée.

Mais aujourd'hui, le problème dépasse le simple conflit d'intérêt, puisqu'il se trouve que de nombreux grands patrons d'industrie sont à la fois propriétaires de journaux, de radios ou de télé, mais aussi grands amis de l'actuel président. Et, de fait, depuis un an les soupçons d'intervention de l'Elysée se multiplient sur des retraits inopinés d'articles, des nominations ou autres bizarreries.

Depuis la Révolution française, un des fondements de la démocratie est la liberté d'opinion et d'expression. Il semble bien que la presse aujourd'hui ne soit plus libre, et par conséquent que la France ne soit plus vraiment une démocratie. Le meilleur exemple a été fourni par le débat sur le traité constitutionnel. Les syndicats patronaux, ainsi que les grands partis politiques étaient favorables à son approbation. De fait la quasi totalité des médias a fait campagne pour le oui. Si le non l'a finalement emporté, il a emporté avec lui l'indépendance éditoriale de la plupart de nos moyens d'information.

Aux enjeux démocratiques, aux conflits d'intérêts s'ajoute donc une autre difficulté pour notre démocratie : la rupture entre le peuple et ses élites. La plupart des "intellectuels" intervenant dans les médias pensent tous ou presque la même chose. Il est intéressant d'ailleurs de voir que les mêmes "intellectuels" (FinkielkrautFinkielkraut, GlucksmannGlucksmann, etc.), se sont retrouvés avec les patrons d'industrie et de presse pour soutenir le même candidat. La faillite des élites laisse la porte grande ouverte aux populismes, et notamment aux partis les plus réactionnaires. On voit parfaitement avec l'exemple italien et l'arrivée de postfascistespostfascistes au pouvoir ce que cela peut donner.

Alors, évidemment, il reste la bulle internet. Elle avait fait preuve de sa force et de son indépendance lors du référendum. Mais lorsque l'on voit les enjeux financiers qui sont derrière, l'intérêt que portent les grands groupes à ce média, il est à craindre que cet oasis de liberté ne dure plus très longtemps.

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19 novembre 2007

Et ça continue, encore et encore...

C'est que le début d'accord, d'accord. On en a pris pour 5 ans. Mais si la collusion entre les pouvoirs politique et médiatique continue à s'afficher aussi outrancièrement, dans 5 ans, c'est la démocratie qui risque d'avoir la gueule de bois.

Parce que dans la série des scandales politico-médiatique concernant notre président ou son entourage, cette semaine nous en a encore fourni un avatar, révélé par Libération et Rue 89.

Les journalistes des Échos ont exprimé, et à juste titre, toutes les craintes qu'ils avaient face à la reprise de leur journal par Bernard Arnault, ultra millionnaire, patron de LVMH, dont un journal économique est évidemment amené à parler régulièrement. Mr Arnault a aussi comme carte de visite d'être un très proche de Nicolas Sarkozy, au point d'avoir été son témoin de mariage (heureusement, pour les divorces, il n'y a pas besoin de témoin).

Vendredi soir, plusieurs membres de la rédaction des Échos sont reçus à l'Elysée pour évoquer la situation économique et sociale. Mais d'emblée, Sarkozy met le sujet du rachat du journal dans la discussion, vante les qualités de Bernard Arnault, que celui-ci investira dans le journal et garantira l'indépendance du titre. Puis, à la fin de la conversation, lâche le nom de Nicolas Beytout, sous-entendant que ce dernier ne se plaît pas au Figaro. Or, de nombreuses rumeurs font état de la nomination prochaine de ce dernier à la tête des Échos.

C'est donc par la bouche de Sarkozy que les journalistes l'auront appris. Quand on sait que Beytout est lui aussi un proche du président, on peut se demander s'il n'est pas également à l'origine de la nomination.

PS : à France Inter, au journal de 20 heures, on apprend que Nicolas Beytout est nommé directeur du pôle média de LVMH. La direction des Échos s'insurge contre une nomination qu'elle estime faite directement par l'Elysée.

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29 octobre 2007

Grève et désiformation à Air France !

air_franceAlors que le gouvernement est en plein bras de fer avec les cheminots, qu'un mouvement de forte importance se profile à l'horizon avec les fonctionnaires, voilà qu'arrive la grève à Air France.

Et le moins que l'on puisse dire, et qu'elle tombe bien mal. D'abord parce que même si l'Etat garde des parts dans la société, Air France est désormais une société privée. Ensuite, parce que Nicolas Sarkozy a fait du pouvoir d'achat des Français une de ses priorités, or c'est exactement le motif de la grève.

Il n'est qu'à voir l'attitude des médias qui font tout pour décrédibiliser ce mouvement pour comprendre son importance, surtout au moment du Grenelle de l'environnement, qui devait permettre à notre président de parader puis de surfer sur le consensus médiatique.

Tout a commencé avant même le début du mouvement, quand radios et télés ont repris en boucle les informations de la direction d'Air France annonçant que la grève serait peu suivie et qu'il y aurait peu de perturbations au niveau du trafic. Peine perdue, le mouvement est suivi à 60 %, et les avions retardés ou annulés sont nombreux.

Il a donc bien fallu en parler de cette grève. On a donc fait appel au discours habituel de la prise d'otages, oubliant de préciser que les employés d'Air France n'étaient pas fonctionnaires, et ne bénéficiaient pas de statut particulier, même si l'entreprise a su conserver quelques avantages. Les salariés appartiennent juste à une entreprise qui grâce à eux fait des bénéfices. Il est donc normal qu'ils en ait leur part, plutôt que les actionnaires. Qu'à cela ne tienne, au journal de 20 heures, on aura quand même droit au père de famille excédé, et aux images de la foule en colère.

Mais la mobilisation ne faiblit toujours pas. Nos valeureux médias apprennent donc que le gouvernement ne reste pas sans rien faire, puisque le ministre des transports arrive à Orly. On se dit qu'il va négocier avec les grévistes, jouer les médiateurs avec la direction. Que nenni, il vient rencontrer les voyageurs (après s'être toutefois assuré que les caméras le suivait), mais surtout, il vient chercher sa fille à l'aéroport, qui elle, avait eu un avion qui volait.

Et pendant ce temps-là, les négociations n'aboutissent pas. Rappelons cependant que les syndicats avaient prévenu d'un possible mouvement il y a environ un mois (si je ne me trompe), et il ne me semble pas qu'à aucun moment la direction n'ait essayé de négocier. Mais cela, je ne l'ai entendu que dimanche matin dans nos médias (et sur une seule radio, France Inter).

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