Jean-Luc Mélenchon est à Hénin-Beaumont pour donner une leçon de politique au FN... et au PS !
D'ici au premier tour des élections législatives, nul doute que l'on va beaucoup gloser sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont, dans la circonscription que vise Mme Le Pen. Que cela soit un coup médiatique destiné à faire parler de lui et du Front de Gauche dans une période qui lui est peu propice, c'est certain. Le personnage a beau vilipender à outrance les médias, il sait très bien jouer avec eux. Mais si sa présence dans le Nord n'était que cela, il n'y serait pas !
Mélenchon candidat à Hénin-Beaumont, c'est d'abord une question de logique, de cohérence. Nous sommes ici dans la droite ligne de ce qui a été dit et fait pendant toute la campagne. En premier lieu, faire en sorte que le Front de gauche redevienne la voix des classes populaires, des ouvriers, des sans-grades, comme l'était à sa grande époque le parti communiste français. Il faut donc repartir à la conquête de tous ceux qui se sont détournés de la gauche parce qu'ils se sont sentis trahis, leur montrer qu'il y a encore des gens dans ce pays qui n'ont pas tourné le dos à leurs convictions et qui savent que la lutte des classes ne s'est jamais arrêtée. Peut-il alors y avoir un meilleur symbole que cette partie du Pas-de-Calais ? C'est ici le berceau des luttes ouvrières, c'est dans ce coin qu'est né Maurice Thorez, l'emblèmatique dirigeant du PCF. C'est également là que l'on a le plus souffert des fermetures d'usines, des restructurations, du chômage. Et qui d'autre mieux que Mélenchon pouvait incarner cette reconquête ? Personne ou presque, parce que lorsque l'on se lance dans une telle tâche, il faut le meilleur, et à l'heure, pour la gauche radicale, la vraie gauche donc, il est le meilleur.
La vraie bataille, la vraie raison de sa présence dans le Nord est là, dans cette reconquête. Mais il faut être aveugle ou niais pour refuser l'évidence : défier Marine Le Pen sur ces terres qu'elle croit sienne est certainement une grande motivation pour Jean-Luc Mélenchon. Il ne s'agit pas d'aller faire le fierà bras face à l'hydre fasciste. Non, la démarche est plus subtile que cela, elle est d'abord politique. Aller sur le terrain, confronter les arguments, démontrer que les propositions du Fn ne sont que des chimères et qu'à l'opposé il existe des propositions, un chemin construit et réfléchi, porteur d'espérance, celui du Front de gauche.
Au Front National, officiellement, on traite par le mépris et l'indifférence, mais en coulisses, on panique. C'est le père Le Pen qui commence par l'insulte (merluchon, que c'est pauvre). C'est la fille Le Pen qui refuse de publier son agenda : elle a raison, maintenant elle a des gens en face d'elle, la campagne ne sera pas la promenade de santé qu'elle espérait. C'est qu'ils ont bien compris le danger. Même si, le vote utile aidant, le score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle n'a pas été celui qu'il espérait, celui-ci a été le seul à la faire vaciller durant toute la campagne, et à chaque fois sur le terrain des idées. Politiquement, il est crédible, c'est le problème du FN.
Mais, il y a une autre raison pour laquelle Mr Mélenchon est candidat dans le Pas-de-Calais, une raison moins mise en avant, et pourtant primordiale elle aussi : rappeler que lorsque l'on est élu de gauche, on doit être exemplaire, parce que l'on représente les aspirations du peuple. Il ne peut y avoir de place pour la magouille et les petites combines dans ce coin là de l'échiquier (dans les autres non plus, mais à gauche, encore moins). Ce n'est pas un hasard si avant Hénin-Beaumont, on avait parlé des Bouches-du-Rhône ou de l'Hérault comme point de chute pour Jean-Luc Mélenchon. Ces trois régions ont la particularité d'avoir un PS aux affaires englué dans les problèmes judiciaires. En ce présentant, dans la 11ème circonscription du Pas-de-calais, s'est aussi cela qu'il dénonce, et aussi la propension du PS à oublier les intérêts de ses électeurs.
On va donc beaucoup dire que Jean-Luc Mélenchon prend des risques inconsidérés, qu'il a beaucoup à perdre dans cette bataille. Ah bon ? quoi ? S'il gagne, il va s'ouvrir les portes de l'Assemblée National et s'offrir ainsi une tribune incroyable. Il aura aussi atteint une nouvelle dimension politique. S'il perd, il restera quand même aux yeux de l'opinion celui qui ose affronter le FN les armes à la main, son combat n'en sera que plus long, certes, mais il continuera.
Par contre, il n'en est pas de même pour ses deux principaux adversaires. Quand Mme Le Pen avait fait le choix de s'implanter à Hénin-Beaumont, c'est bien parce qu'elle pensait qu'à plus ou moins long terme elle pourrait faire main basse sur la ville ou le poste de député. A priori, face à une droite inexistante dans la région et à un PS divisé et affaibli par les affaires, 2012 devait être logiquement son année. Mélenchon contrarie ses projets, et si elle devait être battue une fois de plus, c'est l'irrésistible ascension de la patronne du FN qui prendrait du plomb dans l'aile.
Pour elle, il y a bien péril en la demeure, mais pour le PS aussi. Il s'agit d'abord pour eux de conserver un siège dans ce qui est un de leurs principaux bastions. Et à l'heure ou l'un des leurs vient d'entrer à l'Elysée, il serait du plus mauvais effet que les affaires et les divisions soient sanctionnées dans les urnes.
C'est sûr, à Hénin-Beaumont, Jean-Luc Mélenchon n'est pas allé faire un show médiatique. Il est allé faire de la politique.
Sites et blogs du 30 avril au 13 mai !
Avant d'écrire mon billet précédent, je ne savais pas que l'acteur Philippe Torreton avait écrit la même chose sur son blog, mais avec 1 000 fois plus de brio et de talent que moi. A lire !
Très beau billet d'Annie sur la dette publique.
Vachane explique très bien pourquoi l'élection législative qui se profile est importante.
Lino83 nous donne des nouvelles de l'incroyable lutte que mènent les Fralib.
Pour K, la candidature de Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont est pertinente et cohérente. Candidature qui réjouit également La Gauche de combat.
La Gauche alternative choletaise a ses couleurs, leur signification est intéressante.
Allez sans attendre chez Marie, une photographe exceptionnelle !
Découvrez sur Citylop, "Sarkozilla" une BD marrante dont le titre indique clairement le sujet.
Françoise Baumal défend ardemment l'éventuelle candidature de Ségolène Royal à la Présidence de l'Assemblée Nationale.
Pour Le Cri du peuple, la planification écologique doit être au coeur de la bataille des législatives.
Cuicui fit l'oiseau se gausse, avec talent, de tous ces réactionnaires qui voient en Hollande le danger absolu.
Encore et toujours, l'actualité en images et en poésie du Journal de Personne.
Tous ceux qui stigmatisent les parents d'enfants en difficultés devraient lire le blog de la méli-mélo, cela les rendrait humble.
Dasola conseille "Saya Zamouraï", un film japonais bien mal distribué en France.
Ces derniers temps, Marianne nous fait partager elle aussi un peu de ses images du Japon.
Drôle, fantastique, ou cynique, les petites nouvelles de Gballand sont pleines d'intérêt.
Pour finir, comme d'habitude, la revue de web (la seule, l'unique) d'Olivier.
Mais quel est donc ce mal dont souffre les électeurs du FN ?
C'est l'élément de langage à la mode dans le monde médiatique et politique : le vote FN est l'expression d'une souffrance. Qu'on se le dise, les 6 400 000 Français qui ont choisi un bulletin Marine Le Pen, l'ont fait parce qu'ils souffrent. Grand bien leur fasse ! Mais au fait, quel est leur mal ? De quoi souffrent-ils ?
La réponse est facile me direz-vous, ils souffrent du chômage, de la crise, de la pauvreté. Ah bon ! Mais alors, comment explique-t-on que les départements les plus sinistrés dans ces domaines, la Seine-Saint-Denis, le Val-de Marne et tous les DOM-TOM sont aussi ceux où Mme Le Pen fait ses scores les plus bas ? Comment explique-ton également qu'elle réalise des scores impressionnants dans les campagnes alsaciennes ou sur la Côte d'Azur, régions qui sont loin d'être sinistrées ?
Est-ce dire alors que les 82 % qui n'ont pas choisi le vote FN ne subissent pas eux aussi la crise économique et ne peuvent donc pas être déclarés en "souffrance" ? Evidemment non, parce que la crise n'est qu'un prétexte, le vrai mal dont "souffrent" ces millions de Français là a un nom : il s'appelle le racisme. Le dénominateur commun qu'ont tous les électeurs frontistes, c'est qu'ils approuvent au moins un point du programme FN : le volet immigration. C'est le rejet de l'autre, la peur de l'Islam qui est leur ciment commun.
Considérer que le vote FN n'est que l'instrument d'une colère, c'est légitimer ce vote, mais c'est aussi prendre ces électeurs là pour des imbéciles. Celui qui choisit le bulletin Marine Le Pen sait lire un programme, il sait parfaitement ce qu'il fait. Il sait quelles sont ces positions sur les immigrés, les musulmans. En faisant ce choix pour exprimer sa colère, plutôt que celui du Front de gauche, du NPA voire de l'abstention ou du vote blanc, il sait parfaitement qu'il valide des thèses xénophobes et dangereuses, et en faisant cela, il les approuve. L'électeur FN ne souffre pas, il est raciste !
Par contre, il est une souffrance dont il serait bien que l'on parle un peu, c'est celle de ces dizaines de millions de personnes qui ne sont pas racistes, qui n'ont jamais voté pour le FN, n'y ont même jamais pensé et que les coups de butoir de l'extrême-droite rendent à chaque fois un peu plus malades.
Ce blog aussi a fait un quinquennat !
C'est passé un peu à la trappe, mais ce 7 mai 2012 était le cinquième de "Rêver de nouveau". Créé le 7 mai 2007, comme une réponse épidermique à l'élection de Nicolas Sarkozy, ce blog a donc tenu un quinquennat entier. Et il est reconduit pour un second dont le rythme sera peut-être moins soutenu qu'au début, mais c'est déjà le cas depuis quelques temps.
"Rêver de nouveau", depuis 5 ans, c'est beaucoup de temps passé devant mon ordinateur, certes, mais c'est surtout beaucoup de satisfactions : plus de 100 000 visiteurs, 150 000 pages lues, 5 000 commentaires, des billets repris sur de nombreux sites ou blogs, dont, et c'est ma plus grande fierté, le site de campagne du Front de gauche pour la présidentielle.
Pour tout cela, je vous dis à tous fidèles lecteurs ou plus occasionnels : Merci et surtout, on continue !
La gauche prend le pouvoir dans un pays qui reste fortement ancré à droite.
Dimanche 6 mai 2012 à 20 h : une libération. Même si la plupart des gens connaissent le résultat depuis plusieurs heures déjà, au moment où le visage de François Hollande apparaît sur les écrans de télévision, plus que de la joie, c'est d'abord un immense soulagement qui m'a envahi, qui a envahi des millions de Français. Pour la première fois depuis 24 ans, la gauche gagne enfin la reine des élections. Lavée l'humiliation de 2002, balayée la déroute de 2007. Mais surtout, nous avons sorti le sortant : éjecté Sarkozy.
Dimanche soir, c'était la liesse et l'insouciance, mais dès lundi matin, il faut se rendre à l'évidence, la victoire de François Hollande est une victoire par défaut. Plus que l'adhésion à un projet, c'est d'abord le rejet de Sarkozy qui l'a emporté.
Et encore, il convient de se poser des questions. Malgré une impopularité record, malgré Karachi, malgré Kadhafi, malgré le Fiuquet's et le bling bling, malgré les appels du pied à l'extrême-droite, Nicolas Sarkozy réalise un score de plus de 48 %, ce qu'aucun institut de sondage n'avait prédit. La dimension du rejet a évidemment fortement jouée, mais ce résultat encore inespéré il y a seulement quelques jours prouve a contrario que ce n'est que la personne de Sarkozy qui est rejetée, pas sa politique.
C'est un fait que François Hollande ne pourra pas occulter : il sera un président de gauche dans un pays de droite. Certes, ce n'est pas une nouveauté, et François Mitterrand était déjà confronté à cette équation. Sauf que cette fois-ci, François Hollande va devoir faire face à une crise économique et politque sans précédent, et en plus il n'est pas assuré, loin de là de remporter les élections législatives, sans lesquelles il pas de changement possible.
En effet, forte du score de Nicolas Sarkozy et débarrassée de sa tutelle encombrante, la droite peut encore espérer sauver les meubles en juin. Certes, cela sera compliqué avec le Front National en embuscade, mais n'est pas impossible. Pour François Hollande, le moins que l'on puisse dire, c'est que son élection est d'abord un cadeau empoisonné : rarement un président n'a été autant attendu au tournant avec aussi peu de marge de manoeuvre.
