rêver de nouveau

Joe Biden : futur président d'une Amérique de tous les paradoxes

Voilà ! Ca y est ! Enfin ! Après quatre jours d'un dépouillement interminable et en apparence chaotique, on connaît enfin le nom du futur 46ème président des Etats-Unis. Ce sera Joe Biden !

C'est un soulagement et une grande chose pour les Etats-Unis bien sûr, mais pour le monde entier. C'en est fini de Trump et de la politique de l'affrontement perpétuel, du mensonge systématique, de l'approximation scientifique. C'en est fini des "fake news", de la promotion des idées racistes ou de la surenchère machiste et misogyne. Evidemment, avec l'arrivée de Joe Biden au pouvoir, rien ne sera réglé, les problèmes du monde, les inégalités, les injustices seront toujours là, mais on va enfin pouvoir se reparler calmement, arrêter l'hystérisation systématique du débat.

Certes, je ne suis pas dupe, Joe Biden n'est qu'un pis aller. Il ne faut pas oublier qu'il est en politique depuis 47 ans, et qu'il est donc de facto en partie responsable  de tous les renoncements, de tous les atermoiements de la gauche démocrate qui ont conduit une partie des couches populaires à se jeter dans les bras d'un populiste irresponsable. Il ne faut pas oublier qu'il fut très longtemps élu du Delaware, ce petit état qui n'est rien d'autre qu'un paradis fiscal (Le petit État du Delaware, le paradis fiscal américain qui irrite). Il ne faut donc pas  attendre de lui qu'il s'attaque à la pieuvre capitaliste et à tous les maux qu'elle provoque, mais si au moins il pouvait apaiser les débats, cautériser quelques plaies, ce serait déjà ça.

Joe Biden sera donc le 46ème président des Etats-Unis, mais ce que cette séquence électorale incroyable (impensable même pour un européen) a donné à voir de l'Amérique, c'est un pays profondément divisé, plein de paradoxes.

Contrairement aux apparences, c'est la démocratie qui sort renforcée de cette séquence. Jamais autant d'Américains ne seront déplacés aux urnes, jamais un président élu n'aura recueilli autant de voix. Cependant, ce surcroît démocratique, cette croyance que le vote démocratique peut encore influer sur le cours des choses se fait alors même que les Etats-Unis ont le plus injuste et le plus inéquitable des systèmes électoraux (au passage, c'est le même que nous connaissons en France pour les élections municipales à Paris, Lyon et Marseille). Avec ce suffrage indirect, depuis 1992 (à l'exception de 2004), les Démocrates ont systématiquement remporté le voté populaire, et avec parfois beaucoup d'avance comme en 2016, pourtant deux présidents Républicains ont été élus, de façon minoritaire donc. Avec ce système, un délégué californien représente donc 720 000 électeurs, quand celui du Wyoming n'en représente que 190 000. Prime aux états ruraux et conservateurs donc.

Ce qui ressort de l'examen des cartes électorales, c'est une Amérique profondément divisée, avec dans tous les états, des campagnes qui ont massivement choisi Trump quand les villes se sont sans ambiguïté porté sur Biden. Pourtant, a y regarder de plus prés, cette division est plus complexe qu'il n'y paraît. Jamais le vote des minorités ethniques, Noirs, Latinos, Asiatiques, même s'il reste massivement démocrate, ne s'est autant porté sur un candidat Républicain (C'est le vote majoritaire des hispaniques qui a permis la victoire de Trump en Floride). A l'inverse, il y a beaucoup plus d'américains Blancs de classe moyenne qui ont voté Biden (même si Trump reste majoritaire dans cette partie de la population). C'est donc un pays qui se décloisonne qui apparaît en filigrane, et où la notion de clientèle électorale disparaît. C'est aussi un pays où les tensions racistes sont vives mais qui dans le même temps élit une femme noire à la vice-présidence.

Enfin, ce qui est flagrant après les quatre années que nous venons de vivre, et qui a été transcendé par la campagne électorale, c'est l'importance qu'ont pris les réseaux sociaux, et surtout, par leur entremise, les discours complotistes et les "vérités alternatives". Si Biden pourra se targuer d'avoir réunit plus d'électeurs qu'aucun autre avant lui, il ne peut pas tenir pour argent comptant le fait que presque une moitié de l'électorat a voté en conscience pour un candidat menteur, manipulateur et raciste. Il ne pourra pas laisser de côté le fait que prés de la moitié des Américains ne croit plus en la parole officielle et se laisse bercer par des discours de haine, fantasmatiques et chimériques. La raison l'a finalement emporté, mais la défiance envers la classe politique et les élites, notamment médiatiques, sont encore plus forts qu'avant l'élection de Trump. Rassembler cette Amérique là, ramener 70 millions d’américains à la raison , ce n'est pas le plus petit défi de Biden.

Au final, ce qui ressort de cette élection incroyable, c'est que les Etats-Unis sont plus complexes que jamais, plus effrayants que jamais, mais surtout plus fascinants que jamais. Bon courage Biden !

 

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A ne pas vouloir choisir entre la santé et l'économie, Macron nous emmène droit dans le mur

Dès le départ de la crise sanitaire due au Coronavirus, le gouvernement a multiplié sciemment les erreurs et les mensonges. Il s'agissait tout à la fois de nier les effets de trente ans de politiques libérales sur l’hôpital public et de masquer l'impréparation de notre pays et le manque de matériel nécessaire. Pourtant, il faut le reconnaître, les deux mois de confinements qui nous ont été imposés entre mars et avril ont non seulement prouvé leur efficacité, mais été relativement bien gérés, que ce soit en matière d'organisation ou de communication, même si des incompréhensions persistaient.

C'est avec le déconfinement que tout part en vrille, que les consignes deviennent contradictoires, que les objectifs ne sont plus claires. Il y a à cela une raison essentielle : peu à peu la priorité du gouvernement n'est plus de sauver des vies, mais de sauver l'économie. Tout est alors fait pour remettre le pays au travail, au mépris des règles sanitaires. Les vacances furent belles, l'été faut sauvé dans la plupart des zones touristiques, mais le nombre de contaminations a explosé au point de rendre inéluctable un reconfinement.

Mais là encore, à l'Elysée comme à Matignon, on tergiverse, on ne choisit pas entre le chou sanitaire et la chèvre économique. Macron annonce que l'on reconfine, mais veut que les gens continuent au maximum de travailler, par conséquent, par rapport au mois de mars on assouplit certaines règles quitte à rendre le message incompréhensible et illisible. L'exemple le plus absurde ? La FNAC est autorisée à rester ouverte quand toutes les petites librairies doivent fermer. C'est quoi l'objectif ? Sauver l'économie ? sauver les grands groupes ? Préserver la santé des Français ?

On pourrait en rire si ce n'était pitoyable et dangereux, car les conséquences ne seront pas que sanitaires. Evidemment, à force de multiplier les exceptions, ce sont aussi les déplacements et les contacts que l'on prend le risque de multiplier et donc d'alimenter l'épidémie, mais c'est aussi la confiance dans la parole de l'Etat, à un moment où elle est déjà  sérieusement abîmée, qui en sort affaiblie.

A trop vouloir sauver l'économie, Macron prépare la troisième vague et enfonce encore plus la France dans la crise économique. Et désormais politique.

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Après l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine, quand va-t-on s'en prendre aux vrais problèmes ?

Encore une fois, la France plonge dans l'horreur terroriste, avec comme à chaque précédent, cette désagréable impression que l'on franchit encore un cran dans l’innommable et l'indicible. Cette fois-ci, c'est la laïcité qui est visée, pilier, ciment de notre République, et c'est à un enseignant que l'on s'en est pris. Ce n'est pas un hasard, c'est le savoir, la transmission, la liberté d'expression que l'on a tenté d'assassiner, toutes ces armes honnies par ceux qui prolifèrent sur l'obscurantisme et l'ignorance.

Depuis vendredi, c'est le même cérémonial d'après attentat qui se met en branle, un déversement de paroles publiques empreintes de tristesse, de colère, de désespoir, de volonté de se rassembler, toutes choses que la France ne connait que trop et qui ne changent rien. Comme à chaque fois, et de plus en plus rapidement, au consensus a succédé la division et la polémique. Comme toujours les débats se focalisent sur les supposées failles des services policiers, sur une politique jugée laxiste en matière d'immigration, sur une insécurité que l'on dit galopante et sur une République que l'on nous annonce menacée dans ses valeurs. Comme toujours, et cette fois-ci il n'a pas fallu attendre longtemps, cela débouche sur des promesses de durcissement de la législation concernant le droit d'asile, les reconduites aux frontières ou la tolérance face aux propos et aux actes à connotation intégristes ou communautaristes.

C'est ce qui se passe systématiquement depuis 1995 et les premiers attentats islamistes sur notre sol, et malheureusement cela n'a jamais rien changé. On peut même dire qu'en 35 ans les choses n'ont fait qu'empirer. La réflexion et la controverse sur notre politique migratoire, sur nos pratiques sécuritaires, sur les valeurs qui fondent notre République, tout cela est évidemment nécessaire et salutaire dans une démocratie. Le problème vient du fait que ce débat est toujours mené sous le coup de l'émotion (qui n'est jamais bonne conseillère), et systématiquement en totale déconnexion des autres questions qui taraudent la société Française. Traiter l'insécurité et la peur qui montent est indispensable, à condition de ne pas oublier qu'elles ne viennent pas de nulle part et qu'elles sont les symptômes de problèmes plus profonds dont on ne parle pas ou pas assez. Les politique français se comportent comme des plombiers qui pomperaient l'eau d'une inondation sans réparer la canalisation défaillante.

La première question qu'il conviendrait de se poser de façon urgente est celle de l'impact des médias et des réseaux sociaux sur notre société. Aujourd'hui des éditorialistes d'extrême-droite ont pignon sur rue dans trop de médias déversant leur haine et leur rejet de la diversité, constituant un ferment efficace de la division. Aujourd'hui, la haine islamiste se déverse par tombereaux sur les réseaux sociaux en toute impunité ou presque, en quelques clics seulement n'importe quel adolescent un peu fragile.peut tomber sur des appels au meurtre. Aujourd'hui, la division communautariste déferle sur nos écrans faisant toujours de l'autre un ennemi, un adversaire plutôt qu'un partenaire ou une source de connaissance et de curiosité nécessaire. Aujourd'hui, les théories complotistes, les réflexions les plus absurdes, les plus ineptes sont présentées sur le même plan que des réflexions scientifiques, sociétales de grande ampleur ou de grande valeur.

On le voit bien , tout cela a un impact prépondérant sur le vivre ensemble et touche en priorité les jeunes et les plus fragiles, ceux-là même qui sont nés avec les nouvelles technologies mais qui n'ont pas appris à les maîtriser. Ce n'est pas un hasard si derrière chaque attentat, chaque violence extrémiste se retrouvent des publications sur les réseaux sociaux. Pourtant, le sujet est bien trop peu traité dans le débat public.

Cependant, l'explosion des théories complotistes sur la toile, le succès des "fake news" ou des prédicateurs populistes ne vient pas de nulle part. Il fleurit sur la désespérance sociale et sur les inégalités  que la pandémie liée au Coronavirus ne va faire qu'accentuer. La pauvreté explose, la précarité devient la règle dans un nombre croissant de quartier. Seules la solidarité et les trafics en tous genres permettent à de nombreuses familles de subsister. Dans le même temps, un nombre toujours plus réduit de personnes continuent de s'enrichir, bénéficiant des politiques généreuses du gouvernement. La haine, le rejet, le complot, le communautarisme, l’intégrisme poussent toujours sur ce sentiment d'injustice et d'inégalité. Il n'y a pas de terroriste dans les beaux quartiers de nos grandes villes.

Si tout cela donne le sentiment de s'accélérer ses dernières années dans une fuite en avant dont on ne voit pas la fin, c'est aussi et surtout parce qu'on a bradé, dévalorisé, abîmé l'outil  principal qui nous servait de ciment national, qui nous permettait un peu de juguler les inégalités : le service public. Tout cela a été fait au nom de sacro-saints dogmes budgétaires qui veulent qu'il faille toujours faire des économies. C'est au nom de ses dogmes qu'on ne touche pas aux GAFAM qui sont aujourd'hui les vrais maîtres de la planète, que les milliards se déversent sur des entreprises qui ne redistribuent jamais, que les budgets des services de l'Etat se réduisent à peau de chagrin.

C'est un professeur qui vient d'être assassiné sauvagement, mais il ne faut pas oublier que cela se produit dans un contexte où l'école est déstabilisée dans ses fondements. La figure de l'enseignant, autrefois sacrée, est aujourd'hui tombée de son piédestal. Il est aujourd'hui le dernier représentant d'un Etat qui a abandonné les quartiers populaires. On lui demande de plus en plus de choses et il est bien seul. L'école n'est pas la seule à souffrir, tous les services publics, de l’hôpital à la police en passant par la justice et la culture sont en déshérence, abandonnés par la puissance publique, malgré tous les beaux discours des politiques de tous bords. C'est pourtant ce maillage précieux de l'Etat au cœur des quartiers qui fait de la France et des Français une nation. Quand il est en souffrance, c'est tout le pays qui dysfonctionne.

Pourtant, la pauvreté qui explose, la prépondérance de quelques acteurs médiatiques sur le débat politique, la prégnance du pouvoir économique sur le pouvoir politique, cela ne fait pas, ou si peu débat. Il faut donc s'attendre à connaître d'autres actes horribles, tant que l'on ne s'attaquera pas au terrain sur lequel pousse les idées les plus dangereuses.

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"Bach off" de Nicolas Godin

Nicolas Godin, c'est la moitié de "AIR", le groupe versaillais tendance électro au succès planètaire. En 2015, il sort son premier album solo, "Contrepoint", très inspiré par le jazz et la musique classique il détonne par rapport aux productions du duo.

L'album a un fil conducteur simple : tous les morceaux sont inspirés d'une composition de Jean Sébastien Bach. Le point d'orgue du disque est "Bach off", le morceau qui annonce la couleur dans son titre. Nicolas Godin, avec ce disque est particulièrement ce morceau, rend un magnifique hommage au grand promoteur de l'improvisation que fut Bach et démontre ainsi que le génie du compositeur allemand se transporte à travers les époques et les styles musicaux.

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Les Verts sont-ils un frein à la prise de conscience écologique ?

Depuis les élections européennes de l'année dernière et le score à deux chiffres inattendu de la liste portée par Yannick Jadot, l'écologie politique a le vent en poupe dans notre pays et élections après élections fait de notables poussées. Il faut s'en réjouir, parce que bien avant la crise sanitaire et la crise économique qui menace, le dérèglement climatique doit être la première de nos préoccupations.

Pour autant, engranger des succès électoraux veut aussi dire prendre la direction d’exécutifs importants (en l'occurrence certaines des plus grandes villes françaises) et donc ne plus manier seulement le ministère de la parole, mais être en mesure de poser des actes. Le moins que l'on puisse, c'est que les premières mesures prises par certains maires écologistes ont de quoi surprendre. Certes, l'opposition au Tour de France ou l'interdiction des sapins de Noël sur la voie publique sont avant tout symboliques et la politique est aussi faite de symboles (même beaucoup), mais ce sont des symboles très fortement populaires auxquels les Français sont très attachés, et particulièrement en province et dans les zones rurales. Dans le cas du Tour de France, malgré tous les scandales de dopage, c'est un de nos derniers éléments de fierté nationale.

Evidemment que les problèmes mis en avant par les écologistes sont justes, mais sont-ils politiquement fondés ? L'urgence aujourd'hui est de convaincre le plus de gens possibles de l'urgence environnementale, et notamment les classes populaires sans lesquelles rien ne pourra se faire dans ce domaine. L'important est d'arriver à expliquer que les catastrophes écologiques et les inégalités sociales sont les deux faces d'un seul et même problème : la folie capitaliste et la prédation de quelques uns au détriment du plus grand nombre.

En s'en prenant dès le départ à des totems populaires, certes symboliques mais qui ne revêtent aucun caractère primordial ou d'urgence, le risque est grand pour ces nouveaux maires de renvoyer l'image d'élus issus de la bourgeoisie des grandes villes coupés des aspirations des classes populaires. En clair, ils donnent crédit aux populistes dans leur discours renvoyant  les élites contre le Peuple.

C'est d'autant plus dommage que dans le même temps, ces mêmes élus écologistes associés à une grande partie de la gauche politique et associative, posaient un acte fort en réclamant un moratoire sur l’implantation de la 5G dans le pays. On avait là un concentré de ce que peut et doit être le rôle d'élus écologistes : des guides nous poussant à la réflexion et à la remise en cause de notre mode de vie et de notre société. On peut regretter le télescopage entre les décisions des maires et cette demande de moratoire parce qu'à la lecture d'un  sondage, on s'aperçoit que l'immense majorité des Français sont prêts pour le débat sur la 5G (et donc sur notre mode de vie). Pour peu qu'on ne les brusque pas et qu'on les respecte.

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