rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

26 juin 2009

Michael Jackson partout ! pensée nulle part !

Depuis l'annonce du décès de Michael Jackson, l'information passe en boucle dans tous les médias, vue sous tous les angles. Il existe dans ce pays des dizaines de journaux, de télés, de radios, qui en principe devraient garantir le pluralisme et la diversité. Pourtant, je défie quiconque de trouver un seul de ces médias qui ne consacre la quasi-totalité de sa plage d'information à la mort du musicien. Comme si tout le reste, (conférence à l'ONU, manifestations en Iran, visite de Sarkozy dans les Antilles, sans parler des centaines d'ouvriers en grève dans leurs entreprises dont on ne parle jamais), n'existait pas ou comptait bien moins que la mort d'un saltimbanque.

Certes, la place de Michael Jackson dans la musique actuelle est considérable, les frasques et la vie agitée de ce dernier en font une personnalité controversée et atypique de la sphère médiatique. On eût cependant apprécié que Sartre, Deleuze, Foucault ou d'autres aient eu droit à de pareils hommages, tant leur pensée compte aujourd'hui et comptera pour éclairer les lanternes de nos descendants. Il n'est pas sur que l'on écoute encore Michael Jackson dans 50 ans.

Car c'est bien d'absence de pensée critique qu'il s'agit ici, et soyons clair, le pauvre Michael Jackson n'y est pour rien. Cette uniformisation de l'information ne peut que déboucher sur un prêt à penser confinant au néant. Quand tout le monde pense la même chose, c'est que plus personne ne pense.

Les mêmes mots, les mêmes images, les mêmes témoins vont défiler sur nos antennes ou nos journaux pendant des heures, appelant ainsi à faire de la surenchère dans le patos et l'émotionnel. Pour preuve, cette anecdote entendue ce matin sur France Inter, où la Journaliste en studio interpelle l'envoyée spéciale en lui demandant s'il y avait beaucoup d'émotion à Los Angeles, cette dernière lui répond que c'est la nuit dans cette partie du monde, et que par conséquent il n'y a personne ou presque devant l'hôpital. Commentaire définitif de la journaliste : "oui, mais au lever du jour, l'émotion sera forte".

Les mots ne sont pas exactes, mais l'esprit est exactement le même. On voit bien à travers cet exemple que nous sommes confrontés à une information qui n'en est pas une, est que la journaliste, soucieuse de ne pas être en reste face à la concurrence commente des faits non avérés, qu'elle ne peut que supposer. Si ça c'est encore du journalisme....

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24 juin 2009

Le remaniement comme outil de communication

Rien ne changera de ce remaniement ministériel, la politique menée sera la même, les hommes et les femmes qui arrivent ou changent de poste ne modifieront rien, puisque tout est décidé à l'Elysée.

D'ailleurs, l'ampleur du nombre d'arrivées, le jeu de chaises musicales et la qualité même de certaines personnalités prouvent bien qu'il s'agit d'un gouvernement fantoche, tout juste bon à faire parler les journalistes pendant des semaines, permettant aux conseillers de l'Elysée, les vrais décideurs, de préparer dans l'ombre les réformes de demain. Toutefois, il y a quelques enseignements à retenir de cet épisode.

L'ampleur de ce remaniement tout d'abord. Alors qu'au départ il s'agissait de remplacer seulement les deux ministres élus au parlement de Strasbourg (et sommés d'y aller, contrairement à Brice Hortefeux), ce sont au final huit personnes qui entrent au gouvernement et beaucoup de postes qui changent de titulaires. C'est bien là le signe qu'il y avait comme un dysfonctionnement dans la maison Sarkozy. Sur les départs, dans l'ensemble de Boutin à Dati en passant par Laporte, personne ne les pleurera. Et dans certains cas, leur départ est vraiment une bonne nouvelle.

Parmi les arrivées, il y a bien évidemment celle de Frédéric Mitterrand. A elle seule cette nomination résume la conception de la politique de Nicolas Sarkozy. Pour lui, la politique est d'abord de la communication, et la formation du gouvernement en est le premier outil, s'il peut en plus déstabiliser l'opposition, alors tous les objectifs fixés au nouvel organigramme seront remplis. Frédéric Mitterrand n'est donc pas nommé pour ses compétences, qu'il a peut-être certes, mais être un homme de culture reconnu ne gage en rien qu'il pourra géré plusieurs milliers de fonctionnaires. Non, le neveu de François Mitterrand, ne doit sa présence qu'à son nom de famille et à son assimilation par l'opinion à la famille socialiste, bien qu'il se soit toujours déclaré de droite.

Parmi les ministères qui changent de responsables, il y en a un emblématique, c'est celui des affaires sociales, qui en six mois aura donc son troisième ministre. Qui plus est, il s'agira de Xavier Darcos, l'homme qui a mis le feu à l'Education Nationale. Cela en dit long sur les intention présidentielles en ce qui concerne certains dossiers sulfureux : retraites, salaires, travail le dimanche, etc.

Je note aussi une bonne nouvelle, l'arrivée de Mme Alliot-MarieAlliot-Marie à la justice. Non pas que je sois un grand fan d'elle, mais après le passage désastreux de Rachida Dati, il fallait quelqu'un de rigoureux et de droit à ce poste. Ce sont justement les qualités de l'élue du pays basque.

Enfin, quelques considérations générales pour terminer ce billet :

Il n'y a pas de ministres dits d'ouvertures, à l'exception du trésorier du MODEM, ce qui démontre une ois de plus que le centre n'existe pas et réaffirme la volonté de Sarkozy de tuer politiquement François Bayrou.

Le nouveau gouvernement sera recentrè à droite, avec l'arrivée de nombreux fidèles du président, ce qui laisse penser que ce dernier prépare déjà la future présidentielle.

Enfin, une fois de plus tout s'est décidé à l'Elysée, confirmant si besoin était, l'inutilité du Premier Ministre.

23 juin 2009

22 juin 2009 : acte de décès de la cinquième république

Conformément à la constitution nouvellement modifiée, le président de la République a pu s'exprimer sans s'exposer au débat devant le congrès réuni à Versailles. Au-delà du discours lui-même, cet acte inédit dans notre pays pose de nombreuses questions sur le fonctionnement de nos institutions, en tout cas, sur la façon dont Nicolas Sarkozy pratique le pouvoir.

Nous avons un président qui en deux ans à rayé complètement le premier ministre de la carte politique. Celui-ci n'est plus le dépositaire de la politique gouvernementale, puisque tout ce décide désormais à l'Elysée entre le président et ses conseillers. François Fillon et ses ministres sont réduits au rôle de potiches, tout juste bons pour l'inauguration des chrysanthèmes. Cela pose à l'évidence un vrai problème démocratique puisque le cabinet du président, là où sont réellement prises toutes les décisions, n'est responsable ni devant le peuple dont il ne tient pas sa légitimité, ni devant le Parlement devant lequel il n'est pas autorisé à s'exprimer. La quasi-disparitionquasi-disparition des ministres et surtout du premier d'entre eux est donc un véritable déni de démocratie, une négation du Parlement, pourtant le vrai lieu de débat émanant du peuple.

Mais il y a encore plus grave. En modifiant ainsi la constitution, en s'octroyant des pouvoirs comme aucun de ses prédécesseurs n'en ont eu, on pouvait au moins s'attendre à ce que notre président tienne un discours qui fasse date dans l'histoire, à l'instar de ce qu'étaient capables de faire les Clémenceau ou ChurchillChurchill. Assurément Nicolas Sarkozy n'est pas de cette trempe. Il en est même loin. Il s'est contenté d'un discours de politique générale, égrenant les priorités qui seront celles de son futur gouvernement. Un discours qui est donc celui qui est normalement dévolu au premier ministre. On en arrive donc à un paradoxe néfaste pour la cinquième République, où non seulement le président réduit à néant ou presque le rôle du Premier Ministre, mais où en prenant sa place il affaiblit sa propre position, là même où il pensait renforcer sa stature de président. En ce comportant en chef du gouvernement, Nicolas Sarkozy n'est plus au-dessus de là mêlée, là où les Français espéreraient qu'ils soient, mais ils fragilise durablement les institutions.

A tout cela, il faut rajouter l'opposition qui n'en finit plus sa débandade. Certes, elle est mal en point, sans projet, sans leader, et même sans électeurs. Mais au moins pouvait-on attendre d'elle que devant un tel coup de canif à l'esprit de la cinquième République, devant ce qui est désormais une présidentialisationprésidentialisation du régime, qu'elle agisse avec cohérence et force. Las, tel ne fut pas sa stratégie, elle a préféré pour une grande part (les communistes et les écologistes malheureusement forts minoritaires ont sauvé leur honneur en boudant la séance) écouter sagement le président, puis quitter la salle sans profiter de l'occasion qui lui était donnée de marquer sa différence. Ce 22 juin 2009, l'opposition socialiste a contribué à signer l'acte de décès de la cinquième République.

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19 juin 2009

Sarkozy soutient Barroso pour que rien ne change.

Cette semaine, Nicolas Sarkozy nous a offert un résumé de son art de la politique en seulement deux actes.

Le premier, c'est son discours sur le monde du travail et sur la crise qu'il a donné à l'OIT (Organisation Internationale du Travail). Un discours que l'on peut qualifier de résolument ancré à gauche, avec des propositions qu'aucun dirigeant syndicaliste n'a renié, notamment sur la nécessité d'imposer des règles internationales en matière de régulation économique et de droit du travail. Voilà une preuve supplémentaire, si besoin en était, que la droite libérale a parfaitement connaissance des maux que provoquent sa propre politique, et qu'en plus elle connaît les moyens de s'en sortir. C'est donc en conscience que les principaux dirigeants du monde nous envoie dans le mur.

Le second acte a eu lieu dans un temps très rapproché avec le premier, il s'agit de la volonté conjointe de la France et de l'Allemagne de maintenir José Manuel Barroso à la tête de l'Union européenne. En 5 ans, le bilan du portugais est proche du néant, que ce soit dans les domaines sociaux, politiques, de la défense, en politique extérieure, l'Europe n'a pas avancé d'un pouce. Seule la dérégulation libérale a connu un grand bond en avant dont les salariés paient les pots cassés aujourd'hui à l'heure de la crise.

La crise, justement parlons-en, puisqu'en ces temps difficiles où même les gouvernements les plus libéraux ont appelé de leurs souhaits un plan de relance européen, l'homme qui était susceptible de pouvoir l'impulser, Mr Barroso donc, a brillant par son absence.

C'est donc cet homme, faible, sans envergure ni charisme, sans aucune vision politique et surtout sans aucun projet d'avenir pour l'Europe que les dirigeants européens veulent reconduire. Et gageons que la fronde des parlementaires de Strasbourg n'y changera pas grand-chose, il retrouvera au final son siège, enterrant ainsi tous les beaux discours donnés à l'OIT ou ailleurs.

En politique, plus que dans aucun autre domaine, ce sont les actes qui comptent. Mr Sarkozy aura beau nommé des ministres issus de gauche, faire des discours avant-gardistes, la politique qu'il mène est la plus à droite et la plus réactionnaire que la France ait connu depuis la guerre. Il vient d'en donner la preuve, même si comme toujours, il a réussi à brouiller les cartes.

10 juin 2009

Elections européennes, beaucoup de perdants et un seul vainqueur : Ségolène Royal !

Beaucoup de choses ont été dites sur les résultats des dernières élections européennes. Et en ce qui concerne le scrutin français, la plupart des commentaires s'accordent sur les mêmes choses : débâcle du PS et du MODEM, victoire de l'UMP, échec de la poussée de la gauche radicale.

Il me semble surtout que les choses sont un peu plus compliquées que cela, car au-delà des scores des uns et des autres, le vrai fait marquant, c'est l'abstention record. Quelle signification peut-on vraiment donner aux résultats quand près de deux électeurs sur trois ne se sont pas déplacés ? Les raisons de cette abstention sont multiples, et je n'ai pas l'intention d'en débattre dans ce message. Cependant, la faiblesse du nombre de votants relativise fortement la victoire de l'UMP, d'autant plus qu'il est acquis que la droite a su mobiliser son électorat plus fortement que la gauche.

L'UMP a donc gagné les élections, puisque pour une élection à un tour, c'est la liste arrivée en tête qui remporte le plus de sièges. Est-ce pour autant un succès électoral ? Le premier parti de France fait avec 28 % quasiment le plein des voix de droite, ce qui veut dire que pour une élection à 2 tours, la droite dispose de peu de réserves. Et même si on ne peut préjuger à l'avance de ce que feront les électeurs écologistes ou centristes lors de la présidentielle, c'est bien l'antisarkozysmel'antisarkozysme qui tient lieu d'élément commun aux leaders de tous ces partis. De plus, s'il est vrai que la droite l'emporte dans toute l'Europe, c'est en France qu'elle obtient son score le plus faible. Certes, l'UMP peut se targuer d'un excellent score, mais ce qui l'attend surtout, ce sont des lendemains électoraux difficiles qui sont inscrits dans les résultats de ce 7 juin.

La victoire des verts, plus évidentes est toutefois elle aussi à relativiser. Les écologistes ont déjà par le passé réalisé des coups électoraux, qui n'ont jamais eu de lendemains, rappelons nous les régionales de 1992 ou les européennes de 2004. En outre, le succès de leurs listes doit autant au charisme des leaders (Cohn-Bendit, Bové, Joly) qu'à la volonté des Français d'envoyer un message aux centristes et aux socialistes. Ceux qui aujourd'hui croient qu'il y a une adhésion forte des Français au vote écologiste risquent d'en être pour leurs frais lors des prochains scrutins.

Avant de passer aux grands perdants que sont le PS et le MODEM, je voulais dire un mot de la gauche radicale. Certes, le résultat du Front de gauche est honorable, mais constitue quand même un échec puisqu'il n'améliore presque pas le score de 2004 obtenu par les seuls communistes. En outre, à mon avis, le PCF vient de sceller son acte de décès, Mélenchon ayant opérer une véritable OPA sur le parti, qui n'existe plus par lui-même. Quant au NPA, les 5 % sont nettement en-deçà des espérances, cependant, il s'agit d'un doublement du résultat de 2004, réalisé lui en alliance avec LO. De plus, l'électorat jeune et ouvrier, fer de lance de la gauche radicale s'est abstenu massivement. Le NPA sait aujourd'hui qu'il a encore du travail devant lui, mais qu'il a un vrai potentiel électoral, contrairement au PCF dont les électeurs plus âgés se sont apparemment mieux mobilisés.

J'en viens aux deux grands malades de ce scrutin le MODEM et le PS. Pour le parti de François Bayrou, les derniers jours de campagne ont permis de lever une imposture : le leader centriste n'est mué que par une seule ambition : la sienne. Les Français ont enfin pu voir qui il était réellement : le même autocrate que le personnage du président qu'il pourfend pourtant à longueur de discours. L'échec du MODEM n'est pas dû à son programme ou à sa campagne ratée, il le doit à la personnalité de son président qui aura bien du mal cette fois-ci à s'en relever.

Les données sont très différentes en ce qui concerne le parti socialiste. Rejet du libéralisme, pouvoir exécutif discrédité : tout porter à penser que le succès serait là pour le parti de Martine Aubry. Ce ne fut pas le cas. Les électeurs, et particulièrement les abstentionnistes ont sanctionné les divisions et les combats d'arrière-cour ainsi que l'absence de programme. Ce sont aussi les contradictions du parti qui ont été rejetées, celles qui notamment conduisent les dirigeants à clamer haut et fort leur refus du libéralisme et à voter dans le même temps le traité de Lisbonne. Pour autant, Le PS a déjà connu des échecs similaires, et s'en est toujours remis. Surtout que dans le cas présent, il semble évident que les Français attendent que ce parti redevienne le vivier intellectuel qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être.

Cependant, au Parti Socialiste, où rien n'est jamais simple, il apparaît que cet échec n'en est pas un pour tout le monde. Depuis le congrès de Reims, tout a été fait pour écarter Ségolène Royal de la direction du parti. Cet échec est celui de Martine Aubry et de tous les éléphants mais n'est pas le sien. En se maintenant à distance pendant la campagne, en apparaissant comme rassembleuse depuis, elle devient peu à peu le recours évident du PS pour 2012. Les jeux ne sont pas encore faits, mais Ségolène Royal en restant au-dessus de la mêlèe prospère sur les divisions des autres. De plus, avec l'effondrement du MODEM, la question des alliances qui était pour elle une véritable épine ne se pose plus, quand à la concurrence annoncée du NPA, elle n'est pas encore très virulente. En restant à l'écart des jeux politiciens, en continuant à faire entendre à intervalles réguliers sa petite musique sur les sujets internationaux ou économiques, Mme Royal se rend de plus en plus incontournable. Le grand vainqueur de ce scrutin, c'est elle.

Posté par leunamme à 14:29 - actualité politique - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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