28 août 2009
Mélenchon : le chaînon manquant de la gauche ?
Ceux qui lisent régulièrement ce blog savent parfaitement où vont mes sympathies politiques. Même si j'ai parfois du mal à saisir toutes les subtilités de la dialectique trotskyste, qui ressemble beaucoup, il faut bien l'avouer à la langue de bois dès que l'on aborde les questions d'alliances ou de stratégie, c'est quand même avec le NPA, et surtout avec Olivier Besancenot que j'ai le plus d'atomes crochus.
Cependant, en 2009, il s'est passé beaucoup de choses à la gauche du PS. La création du NPA, évidemment. Mais aussi l'apparition du Parti de Gauche. Pourtant, au début, je ne l'ai pas vue d'un bon oeil. Certes, après le référendum de 2005, après l'acceptation du traité de Lisbonne par les socialistes, Jean-Luc Mélenchon et quelques autres ne pouvaient plus rester au PS. Leur départ était une question de cohérence avec leurs idées, ils l'ont fait, chapeau à eux. Malheureusement, ils ont aussi décidé dans la foulée de créer une nouvelle officine à gauche, prenant le risque d'ajouter de la division là où il n'y en a déjà que trop. C'est du moins ce que j'ai pensé à l'époque.
Mais depuis les choses ont bien changé, car l'attitude de Jean-Luc Mélenchon est exemplaire. Il agit comme un rassembleur. En partant associé avec le parti communiste aux européennes, mais surtout, en maintenant les discussions avec le NPA, il peut-être le catalyseur que la gauche (la vraie, pas celle qui louche du côté de la droite parce que la soupe y est plus chaude) attend depuis si longtemps. Il apparaît comme étant le seul à pouvoir réconcilier les inconciliables, c'est à dire les trotskystes et les communistes, qui ont bien plus que des divisions idéologiques ou stratégiques en commun, ils ont surtout des haines historiques.
Donc, depuis plus de 6 mois, Mélenchon est ce bateleur indispensable, ce militant farouche de l'union. Espérons qu'il réussisse, cela pourrait recréer de l'espoir et l'envie de se battre pour des millions de gens. Et pourrait au passage mettre une bonne claque à tous ces sociaux-démocrates qui font appel au bon peuple le temps d'une élection pour mieux le trahir ensuite.
Mais Jean-Luc Mélenchon était l'invité ce matin de France Inter, et j'ai été enthousiasmé par son discours et aussi, il faut bien le dire, par son charisme et son humour. En effet, je suis maintenant de plus en plus convaincu, qu'en plus d'un rassembleur, il ferait un excellent leader (même si apparemment il ne se voit pas dans ce rôle). Un alliage Mélenchon avec à ses côtés Olivier Besancenot le tout soutenu par le parti communiste et sa puissance militante, cela pourrait faire un malheur.
14 mars 2009
Pourquoi la stratègie européenne du NPA est la bonne ?
L'incapacité chronique qu'ont les partis situés à la gauche du PS de se réunir a un côté désespérant, en particulier pour ceux qui comme moi espèrent enfin une vraie alternative de gauche à ce pouvoir destructeur. Comme lors de la présidentielle, beaucoup sont ceux qui imputent ces divisions à Olivier Besancenot et à son nouveau parti. Je crois qu'ils se trompent et qu'au PCF comme chez les partisans de Jean-Luc Mélenchon, on est surtout pour prôner un vrai discours de gauche sans pour autant insulter l'avenir, c'est à dire rompre complètement avec les pratiques politiciennes en cours au PS ; on ne sait jamais, des postes de ministres seront peut-être à pourvoir un jour, et de toute façon, il y a des élus à sauver aux prochaines régionales.
Refuser toute alliance avec le Parti Socialiste, ce n'est en aucun cas refuser de participer au pouvoir. Le NPA se présente comme un parti anticapitaliste, qui a pour ambition de vouloir mettre en place un autre système, plus humain, plus juste, même si celui-ci reste à définir. Il est donc logique qu'il refuse toute alliance avec ceux qui autrefois tenaient le même discours et qui aujourd'hui ont renié leur propre histoire au nom d'une sociale-démocratie qui ne marche nulle part et n'est que la version acceptable du libéralisme.
Il est intéressant de regarder dans le passé et de s'apercevoir que des figures historiques du PS et du PCF, Jaurés, Blum, Thorez, tenaient des discours et des propos bien plus révolutionnaires et audacieux que ceux de Besancenot aujourd'hui. Le NPA ne fait que renouer avec ce qu'aurait toujours dû être la gauche : une alternative au capitalisme.
Le NPA ne refuse donc pas d'aller au pouvoir, simplement, contrairement aux communistes, il a une stratégie différente. Pour les partisans de l'ancienne LCR, il est temps de s'attaquer aux paradoxes socialistes, de montrer que par leur laxisme ils sont complices du marasme actuel. Il s'agit ainsi de pourfendre les politiques menées par les socialistes et d'espérer devenir le premier parti de gauche devant le PS. Si on en croit les sondages et l'aura croissante du leader du NPA, ce rêve n'est peut-être pas inaccessible, d'autant plus qu'avec la crise, le discours du NPA devient audible et crédible.
Devenir le premier parti de gauche ! C'est à ces conditions, à mon avis, qu'une alliance deviendrait alors possible avec le PS, mais sur les positions et le programme du NPA ; alors que jusqu'ici, les alliances de gauche au pouvoir étaient centrées sur le PS et son discours social-démocrate. De plus, cela ne peut être réalisable qu'avec un parti socialiste lesté de sa branche libérale.
Ca, c'est la stratégie (supposée, car il ne s'agit ici que de mon avis) vis à vis du PS. Par rapport au PCF, c'est plus compliqué, car en principe, il existe de nombreuses passerelles. Sauf que le parti communiste est un parti sous perfusion qui prône une union aux européennes, sans s'intéresser au contenu programmatique et idéologique, parce que pour lui, seul un gros score peut lui permettre se survivre. Mais surtout, la centrale de Mme Buffet, connaît une situation économique dégradée, et la perte de nombreux élus aux prochaines régionales serait catastrophique. Le PCF ne peut donc rompre avec le PS sous peine de disparaître complètement. Jean-Luc Mélenchon se situe dans une situation un peu analogue, lui qui n'est sorti du PS que pour espérer y revenir en position de force, à l'instar de ce que Charles Pasqua avait tenté à droite en son temps.
La stratégie du PCF ne s'inscrit pas dans l'avenir, elle n'est qu'électorale. Elle n'est basée sur aucun projet, sur aucun programme. En ce sens, même en cas de bon score aux européennes, elle ne peut déboucher sur rien, si ce n'est la reconduction des vieilles alliances qui n'ont données qu'amertume et déception.
Il en va autrement du NPA, puisque ce parti n'a pas pour l'instant d'élus à défendre. En essayant de pratiquer la politique autrement, notamment en partant de ce que disent et vivent les gens sur le terrain, le NPA cherche à tout prix à se distinguer des vieux partis dirigés par des hommes d'appareils en place depuis 30 ans. Cela insuffle un souffle nouveau à la politique et donne un vrai espace et une crédibilité à Besancenot et ses partisans. Le NPA aurait tort de renoncer à cet esprit novateur qui est le sien pour s'allier à des officines dont plus personne n'accepte les pratiques aujourd'hui.
PS : je tiens à préciser que je n'ai pas ma carte au NPA (même si vous aurez bien compris ce que sera mon vote en juin), et que les propos ci-dessus n'engagent que moi.
05 février 2009
Quel avenir pour le NPA ?
L'évènement politique du jour aura lieu à La Plaine Saint-Denis et ne sera pas diffusé en direct par les grandes chaînes de télévision. Il s'agit de la dissolution de la LCR qui donnera officiellement naissance demain au NPA. Ceux qui me lisent régulièrement connaissent mes sympathies pour Olivier Besancenot, même si je n'ai pas ma carte à son nouveau parti. Ceci dit, et au-delà de mes opinions personnelles, je crois que l'apparition du NPA peut profondément changer la donne politique dans ce pays.
Tout d'abord, je remarque que le processus engagé par la LCR est unique dans l'histoire de ce pays. Voici un parti qui fait le triple constat de l'insuffisance de son socle militant, de l'incapacité des leaders de la gauche à proposer une alternative face au capitalisme, et d'une véritable attente dans le pays pour une gauche enfin de combat qui cesse de tergiverser avec les milieux économiques. C'est en partant de toutes ces analyses que la LCR décide de créer un nouveau parti, non pas en faisant des alliances d'appareil, mais en faisant appel aux militants, aux citoyens, à tous ceux qui se sont retrouvés dans les meetings d'Olivier Besancenot ou dans les luttes sociales. Evidemment, les militants historiques du parti trotskyste constituent le noyau dur du NPA, mais ils ne sont plus majoritaires. Quel parti peut aujourd'hui se vanter d'avoir tripler son nombre d'adhérents en moins d'un an ?
L'arrivée du NPA sur la scène politique est aussi un tournant de notre vie politique parce qu'il s'adresse directement à ceux qui depuis longtemps sont abandonnés par les partis politiques et particulièrement ceux de gauche : les ouvriers, les chômeurs, les jeunes, les immigrés, etc. Contrairement à l'idée majoritaire, je crois que dans un premier temps le refus de participer au pouvoir avec un parti socialiste qui ne rompt pas avec le capitalisme, est une force pour le futur NPA. Tout simplement parce que cette position rend de nouveau audible un discours que l'on n'entendait plus sous prétexte de pragmatisme économique. Et j'en veux pour preuve de l'efficacité de cette posture, le retour dans la bouche de leaders socialistes de mots et d'idées qu'ils n'ont plus prononcés depuis 20 ans. C'est Benoit Hamon qui veut rétablir l'autorisation administrative de licenciement, Ségolène Royal qui veut supprimer les aides aux entreprises qui licencient, ou encore d'autres qui n'hésitent plus à parler de nationaliser les banques. Tout cela fait parti du programme du NPA, et il est assez drôle de voir que Mme Royal qui n'a pas inspiré Barack Obama, s'inspire elle de l'extrême-gauche.
Le NPA profite de la crise qui donne indubitablement un nouvel écho à son discours de rupture. Pour autant, il serait faux de croire que le succès du parti d'Olivier Besancenot n'est dû qu'aux circonstances économiques. Dès la présidentielle de 2002, la candidature du jeune facteur trouve un écho dans la population grâce à un discours plus ouvert sur la société que celui du PCF ou de LO. Cet attrait ne s'est pas démenti en 2007 avec une affluence dans les meetings qui va bien au-delà des sympathisants de la LCR. L'arrivée aux avants-postes de la LCR correspond à une vague de fond. L'apathie des partis traditionnels et la crise économique et sociale ne font que renforcer sa puissance.
Pour autant, si à court ou moyen terme tout devrait sourire au NPA, il existe toutefois de nombreux écueils. Le premier étant la nature même du NPA, un parti qui se veut collectif, sans leader, mais de fait porté par la personnalité de son porte-parole principal, ce qui peut entraîner quelques désillusions le jour où celui-ci sera moins en phase avec la société. Le second réside dans la difficulté de passer d'un parti protestataire à un parti de propositions, même si on l'a vu, elles existent et sont souvent reprises par d'autres. le troisième sera de faire face aux conservatismes des autres partis de gauche, notamment le parti communiste qui lutte pour sa survie. Le dernier enfin sera de réussir à terme à nouer des alliances avec d'autres partis pour peser durablement face au parti socialiste, mais surtout face à la droite.
Au final, je crois que le NPA est une bonne nouvelle pour les gens de gauche, puisqu'il remet au goût du jour les combats qui furent ceux du parti communiste jusque dans les années 70, mais en n'occultant pas le poids du Stalinisme, et surtout en acceptant l'ouverture aux autres idées, en prônant le débat au sein même de l'organisation et en s'adaptant aux moeurs de notre temps, ce qui admettons-le, ne fut pas le cas du parti de Thorez ou de Marchais.
PS : N'oubliez pas que la newsletter, c'est pratique.
07 novembre 2008
Coup de balai Royal au PS !
Ça y est le drame socialiste est en passe de se terminer, en tout cas une partie du verdict a été rendue par les militants hier soir, en attendant la réponse définitive au congrès de Reims qui passera forcément par des tractations obscures. Mais, ce qui s'est joué hier est digne d'intérêt et pourrait bousculer la donne à gauche.
1) Avant toute chose, il faut faire un constat : le PS est bien le seul grand parti Français à avoir un fonctionnement vraiment démocratique. Les socialistes sont trop souvent raillés pour leurs divisions pour ne pas leur rendre cet hommage. La droite qui ne rate pas une occasion de se gausser ferait bien de s'en inspirer, cela ne pourrait que faire du bien à l'image de la politique.
2)La participation à ce scrutin est faible, ce qui traduit une lassitude des socialistes, mais aussi des gens de gauche face aux divisions des leaders socialistes. Ceci dit, il faut relativiser cette désaffection car en 2006, beaucoup de nouveaux militants n'avaient pris leur carte que dans le but de choisir le candidat à la présidentielle, beaucoup sont partis, et de nombreux autres qui sont restés ne se sont aucunement impliqués dans la vie du parti.
3)La victoire relative de Ségolène Royal et l'échec patent de Bertrand Delanoë sont à interpréter comme une volonté farouche des militants d'en finir avec les éléphants, et particulièrement avec l'ère Jospin. Cette impression est renforcée par le bon score de Benoit Hamon.
4)Contre toutes les prévisions, la motion soutenue par Ségolène Royal arrive en tête. Une fois de plus, la coupure est flagrante entre les élites de ce parti et sa base. Les militants socialistes ont donc en partie confirmé le choix qu'ils ont fait en 2006 pour la présidentielle, là aussi, la volonté d'en finir avec la guerre des égos est claire.
5)Même si Mme Royal apparaît comme la principale gagnante de ce scrutin, cela ne doit pas faire oublier que la motion arrivée en tête représente moins d'un tiers des votants. Le Parti Socialiste est donc profondément divisé, le congrès de Reims n'est donc gagné pour personne.
6)Le score important de la gauche du parti est réjouissant. Il fait de Benoit Hamon un partenaire indispensable pour toute majorité. De plus, avec lui, c'est enfin une nouvelle figure médiatique qui arrive sur le devant de la scène et qui tient un vrai discours de gauche.
7)La décision de Jean-Luc Mélenchon et de Marc Dolez de quitter le parti n'est pas une surprise tant ils semblaient avoir pris leurs distances avec le parti socialiste. Cependant, le moment choisi est curieux, puisqu'ils partent alors que leurs idées ont réussi une jolie percée. Espérons que Mr Mélenchon ne parte pas dans la seule intention de créer son parti et de rajouter ainsi de la division à la division.
8)Si Mme Royal ou un de ses proches venaient à remporter le congrès de Reims, j'y verrai comme une clarification à gauche, avec d'un côté un PS définitivement social-démocrate, rompant ainsi avec son histoire faite de lutte contre le capitalisme, et d'un côté un Olivier Besancenot qui aurait un véritable boulevard devant lui.
22 octobre 2008
Le Tazer : une affaire emblèmatique.
Il y a 4 ans de cela, le gouvernement français autorisait l'utilisation des pistolets Tazer pour la police et la gendarmerie, sans qu'aucun débat national ou presque n'ait lieu. Bientôt les policiers municipaux auront eux aussi le droit de s'en servir.
Le débat n'aurait jamais eu lieu si le président de la société Tazer France n'avait eu la mauvaise idée (pour lui) d'attaquer en justice quiconque disait du mal de son pistolet. Or, parmi les personnes concernés, il y avait des représentants d'associations, dont Amnesty International, mais aussi des politiques, dont le porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, bien content de l'opportunité qui lui est fournie de fourbir ses arguments contre le pistolet mais aussi contre une certaine culture de la répression dans notre pays. On pense ce que l'on veut de Mr Besancenot, mais force est de constater que grâce à lui, les médias se sont enfin emparés de la question, et le débat peut avoir lieu.
Je ne reviendrais pas sur la question du nombre de morts dont le pistolet Tazer serait directement ou pas responsable. Je n'ai pas envie d'avoir un procès, d'autant plus qu'il me semble y avoir d'autres arguments pour refuser l'utilisation du tazer.
En premier lieu, je reviendrais sur l'argument majeur des partisans de cette arme, selon lesquels il éviterait des morts, contrairement à l'utilisation du revolver. Or, sauf erreur de ma part, le Tazer ne se substitue pas au revolver mais se rajoute comme étant une possibilité supplémentaire. En outre, à force d'insister sur sa dangerosité moindre, on risque surtout d'en faciliter l'utilisation et de la rendre plus fréquente, alors que le geste de sortir son arme à feu reste très rare pour un policier.
Ensuite, je prendrais comme référence l'exemple anglais, où les policiers en tenue, jusqu'à il y a encore peu n'avaient pas d'armes. Je n'ai pas entendu parler d'une délinquance galopante outre-Manche. De même, de nombreux sociologues font remarquer que la présence d'armes met une distance entre les représentants de l'ordre et les citoyens, ce qui peut être à l'origine de malentendus et de tensions.
Enfin, l'arrivée du Tazer participe d'une course à l'armement en vigueur depuis quelques temps au sein des forces publiques. Après le Flash-ball, désormais le Tazer. Comment ne pas croire que cela contribue à renforcer un climat de méfiance, un sentiment d'insécurité, puisque si les policiers sont si équipés, c'est qu'il y a danger. Bref, on renforce l'impression de peur, là où peut-être le dialogue, la prévention seraient plus efficaces.
07 octobre 2008
Quand la crise économique devient un véritable krach boursier.
Hier, les cours de toutes les bourses du monde se sont effondrés, et particulièrement la bourse de Paris. La crise économique s'est transformée en véritable panique boursière. Alors évidemment, on pense automatiquement aux images issues de la crise de 1929, et à toutes les conséquences qu'elle a eu : les files de gens aux soupes populaires, l'explosion du nombre de chômeurs, la montée de l'intolérance, etc.
Pourtant, à première vue, il y a un coté jouissif à voir tous ces actionnaires richissimes ruinés pour avoir voulu faire fortune sur le dos des plus petits. Il est aussi réjouissant d'être dans un pays où le libéralisme a pris du retard, en effet, nos politiques n'ont pas encore eu le temps de casser le système de retraite par répartition et de la remplacer par des fonds de pension ; avec l'effondrement des bourses, des millions de retraités américains n'ont aujourd'hui plus aucune retraite. Bénissons le Conseil National de la Résistance et le courage des hommes politiques d'alors.
Oui, bénissons-le, en regard de ce que nous propose notre époque. Face à une crise de forte ampleur, nous n'avons droit qu'à l'agitation de Nicolas Sarkozy qui s'excite pour faire oublier qu'il n'a rien à proposer ; et face à lui, le néant ou presque, le Parti Socialiste ne peut qu'être aux abonnés absents puisqu'elle ne peut dénoncer un système qu'elle vient définitivement de faire rentrer dans sa charte il y a quelques mois à peine.
Nicolas Sarkozy ne propose rien ; sinon de débloquer des millions d'euros pour sauvegarder un système qui fait la preuve de son inefficacité. Rien que cette décision devrait faire sortir dans la rue des millions de personnes. Pensez-donc, en quelques heures, l'Etat français est capable de débloquer des millions d'euros pour sauver une banque et venir à la rescousse de quelques actionnaires, alors que depuis 18 mois il n'a rien fait pour le pouvoir d'achat de millions de concitoyens. Voila désormais mis au grand jour la preuve que le pouvoir en France( et dans la plupart des démocraties occidentales) n'a pas pour but de servir le plus grand nombre, mais bien les intérêts de quelques-uns.
Et la démonstration de l'incapacité de Nicolas Sarkozy à agir face à la crise ne s'arrête pas là. Son obsession à rechercher une solution européenne est un aveu d'impuissance ; et ce d'autant plus que les européens, Allemagne en tête, ne semblent pas décider à aller dans cette voie.
Pourtant, si aucun homme politique n'ose le dire en France, parce que cela remettrait en cause toutes les politiques qu'ils ont mené depuis 30 ans, droite comme gauche, la solution d'urgence, ils la connaissent tous. c'est ce qu'avait fait le général de Gaulle au sortir de la guerre pour redresser le pays : la nationalisation de toutes les banques et de tous les instituts de crédit.
Il devient de plus en plus une évidence que l'argent à l'instar de l'eau ou de l'énergie est un bien commun qui ne peut être confié à des intérêts privés. En reprenant la main sur le crédit, l'Etat se redonnerait de vrais moyens pour relancer l'économie. Aujourd'hui, les banques trop soucieuses de limiter la casse n'ont aucun intérêt à prêter aux particuliers ou aux PME. Jamais les banques n'auraient dû être privatisées, et pourtant c'est bien ce qui va encore se faire avec la Poste.
Le seul homme politique qui propose une renationalisation de toutes les banques, c'est Olivier Besancenot (il va d'ailleurs plus loin en proposant qu'elles soient mises sous le contrôle des citoyens) ; et il est notable que l'on ne parle plus de lui qu'à travers la personnalité de Jean-Marc Rouillan. Le facteur de la LCR serait-il devenu d'un seul coup gênant ?
06 octobre 2008
L'affaire Rouillan pour déstabiliser Besancenot ?

Le NPA, notamment grâce à la présence de son porte-parole très populaire, Olivier Besancenot, a le vent en poupe. Je pense d'ailleurs que cette montée en puissance, si elle n'a pas été favorisée par l'Elysée est au moins vue d'un bon oeil : tout ce qui peut nuire au PS, plaît à Nicolas Sarkozy.
Seulement voilà, avec la crise économique, les propos de Besancenot ont encore plus de poids et de force. D'un seul coup, ses dénonciations deviennent concrètes, et ses attaques contre le capitalisme sonnent encore plus juste aux oreilles des classes populaires, premières victimes de la crise. De gentil trublion, tout juste bon à empêcher le PS de revenir au pouvoir, le gentil facteur gêne au plus haut niveau désormais. Devant l'effondrement patent du système capitaliste, il devient urgent de colmater les brèches et de décrédibiliser tous ceux prônent d'autres alternatives.
Et c'est ainsi que Jean-Marc Rouillan est utilisé par la presse et les hommes politiques de l'UMP comme du PS (ils ont pour une fois un intérêt commun), pour dézinguer Olivier Besancenot, et à travers lui son futur parti.
Jean-Marc Rouillan faisait parti d'Action Directe, ce groupuscule d'extrême-gauched'extrême-gauche, partisan de la lutte armée et condamné pour les assassinats de René Audran, directeur des relations internationales au ministère de la défense, et de Georges Besse, PDG de Renault. Après plus de 20 ans de prison, il bénéficie d'une semi-libertésemi-liberté sous condition de ne pas s'exprimer sur les affaires pour lesquelles il a été condamné. En juin, il adhère à un comité NPA, celui des Bouches du Rhône, et rencontre Olivier Besancenot. Cependant, il donne une interview à l'Express, et il lui est reproché de tenir des propos sur ses affaires. Il retourne donc en prison.
A partir de là, la machine médiatique s'emballe, revient sans cesse sur le soutien d'Olivier Besancenot à Jean-Marc Rouillan, allant même jusqu'à prétendre que le NPA serait partisan de la lutte armée, voire de l'action terroriste. Il n'en est évidemment rien, Besancenot et la LCR ont toujours condamné les méthodes d'Action Directe, ils défendent seulement le droit de Jean-Marc Rouillan à avoir une vie militante puisqu'il a purgé sa peine. Invité ce matin sur France Inter, Besancenot a étè contraint de passer de la moitié de l'interview sur ce sujet, comme si ce qu'il avait à dire sur les salaires, les licenciements, les profits du patronat n'était que secondaire.
Tout cela sent évidemment le piège à plein nez, l'ancien activiste d'extrême-gauched'extrême-gauche n'est utilisé ici que pour déstabiliser le futur NPA. Il faut bien dire que faute de pouvoir le faire sur le terrain politique ou sur celui des idées, on essaie désormais de le faire sur celui de la morale. (Au passage, je remarque qu'aux Etats-Unis, les Républicains en mauvaise posture utilisent les mêmes arguments pour déstabiliser Obama).
PS : les propos reprochés à Rouillan sont les suivants : "Je n'ai pas le droit de m'exprimer là-dessus... Mais le fait que je ne m'exprime pas est une réponse. Car il est évident que si je crachais sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer. Par cette obligation de silence on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique."
Alors d'accord, les mots exuses, regrets et pardon ne figurent pas, ce qui est normal puisqu'il n'a pas le droit de s'exprimer sur les affaires. Mais peut-on considérer qu'il a parlé de ses condamnations. Non, évidemment non si on sait lire. Il se contente de faire remarquer l'utilité que certains peuvent trouver à son obligation de silence. En tout cas, c'est la lecture que j'en fait.
PS 2 : Un bon article sur le sujet, même s'il ne défend pas tout à fait le même point de vue que moi :
http://acide-critique.over-blog.com/
24 août 2008
Le NPA ne sera pas la marionnette de l'UMP
On a pu lire un peu partout que Nicolas Sarkozy, via la mainmise qu'il a sur les principaux médias, avait encouragé et voulu la montée en puissance d'Olivier Besancenot. Ce qui est vrai, c'est que la droite pense, à tort mais j'expliquerai pourquoi, que le NPA peut lui permettre de conserver le pouvoir et d'affaiblir durablement le parti socialiste. Cependant, les scores de Besancenot à la présidentielle ou des candidats LCR aux municipales ne doivent rien à Sarkozy, mais beaucoup plus aux luttes sociales et au fait que la LCR incarne l'idée d'une gauche de combat, proche de ceux qui souffrent.
Et à gauche, comme à droite, la tendance est à minimiser le phènomène qui se passe autour de la création du NPA. A l'heure où la plupart des partis politiques voient leurs militants partir en masse, la LCR en créant le NPA a multiplié les siens par 4 ou 5. Quand la majorité des militants socialistes ou communistes ont plus de 50 ans et proviennent des classes moyennes ou de la fonction publique, les moins de 30 ans, les ouvriers, les employés, les habitants des quartiers difficiles, les précaires, constituent le socle de ce nouveau parti.
Et quand le parti socialiste donne l'impression de n'être qu'un champ de ruine idéologique où le combat des chefs règne, quand le parti communiste n'a pour seul objectif que sa survie, quand le MODEM n'en finit plus d'agoniser autour de François Bayrou, et l'UMP d'obéir à un président discrédité, le NPA, lui fourmille d'idées, va sur le terrain, défend ses idées et les gens.
Et c'est bien pour toutes ces raisons que la droite se trompe. La comparaison avec le FN, épine de la droite, n'a aucune raison d'être. Le NPA ne sera pas l'épine du parti socialiste. D'abord parce que ses militants, comme ses futurs électeurs sont politisés et ont d'abord pour adversaire la droite. J'en veux pour preuve le fait que les reports de voix aux seconds tours se passent toujours très bien, contrairement au FN. Ensuite, parce que la composition de ce futur parti sera vraiment représentative de la société française. Et ce sera un cas unique sur l'échiquier politique. Et enfin et surtout, parce que l'extrême gauche a de tous temps considéré que la lutte n'était pas que sur le terrain électoral, mais dans la rue, les usines, les facultés, etc.
Bref, pour tous ceux qui en ont marre de la pensée unique, l'arrivée probable d'une nouvelle donne à gauche est une excellente nouvelle, qui pourrait redonner de la consistance au débat politique. Souhaitons-le en tout cas.
21 novembre 2007
Besancenot sera-t-il l'homme politique de demain ?
Il suffisait d'être dans la manifestation parisienne ce mardi, pour comprendre qu'il se passe quelque chose autour de la figure d'Olivier Besancenot. Certes, il a obtenu un score honorable à la présidentielle, et l'appel de la LCR à créer un nouveau parti est le seul parmi tous ceux émis à gauche, à recevoir un écho favorable. Mais cela n'explique pas tout, et si j'en crois mon intuition, Besancenot sera amené un jouer un rôle éminent dans la politique française dans les mois et les années à venir, et je vois à cela de nombreuses raisons.
En premier lieu, la LCR en général, et son leader charismatique en particulier bénéficient de la situation de vide idéologique chez les autres partis de gauche. Entre un parti socialiste qui hésite l'approbation de la plupart des réformes actuelles et une posture plus radicale, un parti communiste cliniquement mort, des écologistes qui n'en finissent plus de compter leurs divisions, une Arlette Laguiller réduite à faire alliance aux municipales avec ses ennemis socialistes d'hier pour continuer à exister encore, au milieu de tout cela, le discours clair, fort de Besancenot, en phase avec une partie du mouvement social, voire au-delà, ce discours reçoit un écho favorable, et est souvent perçu comme source d'espoir chez de nombreux salariés. De plus contrairement à Lutte Ouvrière qui a payé au prix fort son refus de voter Chirac en 2002, la LCR apparaît comme un parti attaché aux valeurs démocratiques.
En second lieu, la personnalité même du dirigeant de la LCR joue en sa faveur. Jeune, dynamique, il est aussi salarié à La Poste. Et il est évident que pour des milliers de personnes, quand il parle du monde du travail, il sait de quoi il parle. Ce qui reconnaissons-le, n'est pas le cas de la plupart des hommes politiques de gauche comme de droite.
Ensuite, je pense que la gauche radicale à un avenir devant elle pour des raisons plus conjoncturelles. La droite, pour prendre le pouvoir et le garder, a eu besoin de récupérer les voix du Front National. Elle a donc radicalisé son discours et ses méthodes. Logiquement, la radicalisation d'une partie de l'échiquier politique vers un discours d'ordre et de sécurité, entraîne en réaction le mouvement inverse dans le camp d'en face, vers plus de liberté de justice et d'équité. Surtout lorsque ceux qui sont censés défendre ces valeurs ont abandonné la partie. Il suffit de regarder ce qui se passe en Allemagne, le PSD, en s'alliant avec la droite et en créant la confusion idéologique chez une partie de son électorat, a créé un espace politique pour un nouveau parti à sa gauche. En appelant à la création d'un parti anticapitaliste, la LCR ambitionne surtout d'être le concurrent du parti socialiste à gauche.
Et puis, enfin, j'y vois une dernière raison, tactique celle-ci. Nicolas Sarkozy verrait à mon avis d'un bon oeil la montée de l'extrême gauche, fragilisant un peu plus le parti socialiste. Pour lui, la LCR pourrait être à gauche ce que le Front National a été pour la droite : une machine à perdre. Ce raisonnement me semble plausible chez un Sarkozy tacticien, mais il comporte cependant une faille : l'électorat de gauche est particulièrement celui de l'extrême-gauche, est un électorat politisé, contrairement à celui d'une parti de Front National, le vote Le Pen ayant souvent été un vote de rejet de la classe politique. Il me semble en plus que le vote Besancenot porte en lui des envies de changement de société qui n'étaient évidemment pas présent au Front National.