A la base, je ne suis pas un grand fan de l'écotaxe, d'autant plus qu'elle cumule trois inconvénients : le premier, et même si je ne suis pas concerné, c'est une taxe supplémentaire, dans une période où il y en a déjà beaucoup, je ne suis pas sûr qu'il faille en rajouter de nouvelles. Le deuxième est qu'elle a été créée par le gouvernement précédent, complètement assujetti au patronat. La troisième qu'elle est mise en place par un gouvernement de gauche qui malheureusement n'est pas moins assujetti aux mêmes puissances d'argent.

Seulement voila, comme je ne suis pas entièrement sectaire, je veux bien lui reconnaître quelques attributs intéressants à cette taxe, notamment de faire payer en priorité les principaux pollueurs que sont les transporteurs routiers et les agriculteurs, et ensuite parce que le produit de cette taxe servira en partira à financer des moyens de transports plus écologiques et à rénover les routes existantes.

Pour en revenir à la manifestation proprement dite, le moins que l'on puisse dire, est qu'il s'agit d'un conglomérat de nombreuses colères, liées, il faut bien le reconnaître, en grande partie à l'incroyable inefficacité du gouvernement. On y trouve aussi bien des militants du NPA que des autonomistes bretons, des ouvriers, des retraités, des petits patrons, des agriculteurs ou encore des marins pêcheurs. Qu'ont-ils donc en commun tous ces gens si ce n'est une colère diffuse contre l'Etat centralisé ?

Parce qu'enfin, comment peut-on expliquer que des salariés manifestent aux côtés de ceux-là même qui les licencient ? Au nom de la sauvegarde de l'emploi ? Mais l'écotaxe n'est pour rien à la crise de l'agro-alimentaire breton puisqu'elle n'existe pas encore. Mieux elle permettrait une relocalisation de certaines industries et de favoriser les productions locales, ce que justement les patrons ne veulent pas, eux qui préfèrent continuer à délocaliser tranquillement leur production pour plus de bénéfices. Relocaliser la production ? Mais ce serait alors favoriser les petites exploitations agricoles, les petits éleveurs, au détriment de ces immenses usines à viande que sont devenues bien trop de fermes bretonnes.

Bref, la manifestation de ce samedi, ainsi que la précédente est avant tout l'expression de la colère de ceux qui veulent que rien ne changent, de ceux qui veulent continuer à exploiter les salariés tranquillement, à polluer comme bon leur semble. Et comble de tout, ils ont réussi à rallier des milliers de personnes à une cause qui ne devrait pas être la leur. Ceux-là se sont faits duper, bien aidés en cela par des médias aux ordres qui se sont empressés de relayer le mouvement. Ne jamais oublier que la majorité des propriétaires de journaux, de télé, de radios privés, sont des grands patrons qui eux aussi n'ont pas intérêt à ce que l'on change de modèle économique.

Ainsi, la Bretagne a défilé contre l'écotaxe, contre le gouvernement, contre tout ou presque. Toute la Bretagne ? Non, parce qu'à Carhaix ils étaient quelques centaines , 2 à 3 000 tout au plus à se battre pour une revalorisation des salaires et de meilleures conditions de travail, ce dont ne veulent évidemment pas entendre parler les organisateurs de la manifestation de Quimper. Les médias ont abondamment relayé la colère de ceux de Quimper, contribuant à son succès, négligeant celle de Carhaix, contribuant à son échec relatif. Quant au gouvernement, il a reculé bien entendu, et de toute façon, quel qu'ait été le succès des deux manisfestations, il aurait eu l'écoute de celle de Quimper, puisque c'était là qu'étaient les patrons.