Les agriculteurs sont une de ces rares catégories socio-professionnelles qui peuvent se permettre de tout faire, même éventuellement de casser, sans que jamais rien ou presque ne leur soit reprocher. Et en ces temps de grogne populaire accrue, ils ne pouvaient pas rester sans rien faire. Ainsi, les céréaliers de la région parisienne, à quelques centaines de tracteurs, avaient décidé d'organiser le blocus de Paris. Certes, l'affaire a tourné court suite à un accident mortel, mais leur action a été suffisamment relayée dans les médias pour qu'elle ait un impact.

Qu'on ne s'y trompe pas, ceux qui manifestaient bruyamment ce jour ne sont pas ces petits exploitants, éleveurs la plupart du temps, qui ne s'en sortent plus et qui pour beaucoup mettent la clef sous la porte. Non, les ronchons de cet après-midi sont les mieux nantis de l'agriculture française : les gros céréaliers des fertiles plaines de la Beauce et de la Brie. Le grenier à blé de la France. Ces exploitants qui possèdent la plupart du temps des centaines d'hectares et perçoivent des centaines de milliers d'euros par l'Union Européenne, les subventions étant jusqu'ici versées à l'hectare.

Et pourquoi manifestent-ils ces nababs de la production céréalière ? Parce que le gouvernement, comme le lui permet désormais l'Union Européenne, a décidé de réorienter une partie des aides agricoles vers les secteurs les plus fragiles, notamment l'élevage. Autrement dit, ces messieurs pleins de pognons, mais subventionnés à mort ne veulent pas partagé la poule aux oeufs d'or.

Oh ! ils ne sont pas bêtes, les braves ! Ils savent bien que leur cause est impopulaire en ces temps de disette, que dans certains départements où les agriculteurs sont pauvres, même la FNSEA soutient cette réforme. Alors, ils avancent masqué et essaient de profiter de l'air du temps, accusant eux aussi les taxes diverses et variées, l'augmentation des impôts, etc., etc. Bref, le discours bien établi d'une partie de la droite et de l'extrême-droite. Ainsi après les "Bonnets rouges", l'offensive est claire, le soi-disant ras le bol contre l'excés de taxes est orchestré en sous-main par les chiens de gardes du capital, le MEDEF, et les dirigeants de la FNSEA (laquelle se garde bien de toute position officielle mais agit discrètement), le tout bien emballé par des médias aux ordres.

Oui, la politique d'austérité que mène le gouvernement est néfaste pour la majorité des Français, oui, elle nous mène droit dans le mur. Aussi sûrement que cette vendetta contre l'impôt aux relents populistes voire poujadistes qui tend à saboter un des piliers de la république, symbole d'équité, d'égalité et de partage des richesses.

Cequ'il faut, c'est réclamer une véritable réforme fiscale, juste, équilibrée, comprise et partagée par tous. Pas celle que nous promet le premier ministre qui n'est annoncée que pour colmater les brêches et ne donnera rien comme d'habitude. Rien, sauf si nous sommes suffisamment nombreux dans la rue le dimanche 1er décembre pour pousser Jean-Marc Ayrault à aller plus loin sur sa gauche.