L'histoire se déroule en Espagne, au milieu des années 70. Franco est agonisant, la dictature n'a plus que quelques jours à vivre, et déjà l'appel de la démocratie se fait sentir. Santiago Laredo est un jeune policier prometteur de Murcie, une grande ville au sud de Valence. Il vient d'apprendre qu'il est muté à Huesca, une petite ville au nord du pays, à quelques encablures de la frontière française. A cette annonce surprise, qui pourrait apparaître comme une sanction imméritée, s'ajoute le fait qu'il sera désormais sous les ordres d'un certain Avelino Pared, qui traîne dans la police une réputation sulfureuse. Inquiet, tout autant que curieux, il décide de passer les jours qui lui restent avant son départ, à enquêter sur ce fameux Don Avelino Pared. Et peu à peu, à force de dossiers ou de rencontres, il reconstruit un passé à la fois monstrueux et fascinant. Un passé qui fait remonter à la surface ses propres blessures.

Vous l'aurez deviné, les secrets qui remontent à la surface ont trait à la guerre d'Espagne et à la dictature. Écrit en 1981, par un auteur dont le nom indique que l'histoire espagnole le touche de prés, "La Nuit du décret" est un des romans les plus beaux que j'ai lu sur cette période. "Del Castillo" ne juge pas ni ne condamne, même s'il est clair que son camp est celui des Républicains. A travers la rencontre de deux hommes, et surtout à travers l'histoire d'Avelino Pared (nom plus que symbolique puisqu'il signifie mur en espagnol), c'est 40 années de l'histoire de ce pays qu'il raconte. Un pays meurtri, profondément divisé et qui sort de la dictature complètement déboussolé, mais avec une profonde envie de tirer un trait sur le passé.

Face à la démocratie qui arrive, il reste des hommes qui ont cru aux utopies, nationalistes ou socialistes, qui ont fait couler le sang pour leurs idées, et qui restent seuls avec leurs désillusions. Don Avelino pourrait faire partie de ceux-là s'il n'avait garder en lui cette foi totale en un monde parfait. Un monde où le mot d'ordre serait l'ordre, un ordre divin avec la police pour l'appliquer. Une sorte "d'oeil" tout puissant, où chacun serait fiché et surveillé en permanence. Une dictature policière complète en droite ligne de ce dont sortait l'Espagne, mais qui n'est pas sans résonance avec notre époque entièrement vouée aux communications et aux mondes virtuels (Del Castillo, en visionnaire, l'évoque d'ailleurs brièvement).

C'est peu dire que ce livre m'a plu. Il m'a bouleversé. L'histoire de ce Papon espagnol qui ne fait jamais rien d'autre qu'obéir à la loi, sans jamais la remettre en question, est terrifiante parce qu'elle est vraie. Certes, tout ici est fictif, sauf que des Avelino Pared, il y en eut plein dans cette période, en Espagne ou ailleurs, et que sans eux, aucune dictature ne peut s'installer durablement.

Un roman bouleversant, parce que Pared est une pourriture, mais Del Castillo ne juge pas. On se prend même de sympathie par moment, pour ce personnage qui ne l'est pourtant pas, sympathique. C'est là la force du roman, ne jamais dévoiler complètement là où il veut nous emmener pour mieux nous surprendre dans un final stupéfiant (les 60 dernières pages sont stupéfiantes ! ).

Ce livre a eu le prix Renaudot en 1981. A la lecture on se dit que ce n'est pas un hasard et que les jurés d'alors on fait un choix audacieux et courageux.

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