Ce week-end, la majorité des espagnols votaient pour élire leurs conseils régionaux et municipaux. Au soir soir du résultat, l'évènement est bel et bien l'explosion en plein vol du bipartisme qui règnait sur la politique espagnole depuis la fin du franquisme. Désormais, il faudra compter avec Podemos, le nouveau parti de gauche radicale qui s'inscrit dans un refus des politiques d'austérité et dans une lutte contre la corruption, et dans une moindre mesure avec Ciudadanos, son pendant au centre droit.

Inexistant il y a encore deux ans, la percée de Podemos est réelle et indéniable. S'appuyant sur le puissant mouvement des Indignés qui avait bousculer positivement l'Espagne en 2011, le parti de gauche radicale aura des élus dans presque tous les conseils régionaux, redistribuant ainsi les cartes, et pourra même ravir quelques mairies alors qu'il avait choisi de ne pas s'investir sur ce scrutin.

Cependant, comme toujours, la focalisation médiatique sur quelques résultats (Madrid et Barcelone en l'occurrence), masque d'autres réalités profondes. Il faut le dénoncer lorsque cela se fait au détriment des politiques soutenues sur ce blog, mais l'honnêteté est de le dire aussi lorsque cela se fait à notre bénéfice. Dans une moindre mesure, c'est le cas pour ce scrutin espagnol.

Regardons les résultats de plus prés pour bien comprendre. Oui, Podemos s'installe durablement sur la scène politique, du moins peut-on l'espérer. La vérité cependant est de dire qu'il n'arrive qu'en troisième place, avec 14 % des voix, 10 points derrière le PSOE et 20 points derrière la droite qui reste, et de loin la première force politique du pays, même si elle enregistre un fort recul. On est loin des 25 à 30 % donnés par les sondages il y a moins d'un an, et de la possible victoire aux législatives qui en découlait. Si lors du futur scrutin législatif les résultats étaient équivalents, on aboutirait soit à un blocage institutionnel si le PSOE et Podemos ne pouvaient s'entendre, soit à un retour au pouvoir du PSOE en alliance avec Podemos, et l'on sait bien en France, ce qu'il advient des partis radicaux dans de pareils cas.

Les 14 % de Podemos obtenus hier sont une vraie percée électorale puisque le parti partait de rien, mais si on compare à ce qu'il pouvait espérer il y a un an de cela, force est de constater que la dynamique est plutôt vers un reflux. Il faut espérer que les gains d'hier se transforment en dynamique positive.

Les municipales viennent confirmer ce trompe-l'oeil. Podemos avait choisi de ne pas y présenter de candidats, sauf cas exceptionnels. A Madrid comme à Barclone, ce sont donc des candidatesissues de la société civile qui sont en passe de l'emporter. Or, ces deux candidates, bien que soutenues par Podemos, ont aussi pris un peu leur distance avec lui, en choisissant des alliances plus large.

Au final, les résultats de ce dimanche donnent quand même un peu d'espoir. La ligne officielle des apparatchiks européens, pro-libérale, pro austérité est en train de battre en brêche. Attention cependant, car ces premières victoires sont fragiles, et un rien peut fragiliser l'édifice comme sont venus le rappeler les premiers scandales qui ont ébranlé Podemos cet hiver (ici).