En ce qui concerne la gauche radicale française, il est une question que tout le monde se pose, et qui de fait est la bonne : qu'est ce qui fait que Syriza en Grèce ou Podemos en Espagne ont réussi à pofiter de la crise et de l'échec des partis de pouvoir et pas le Front de gauche en France ? J'ai déjà essayé il y a quelques semaines d'apporter des élèments de réponse (à lire ici). Cependant, il me semble qu'il y a une piste que je n'ai pas encore évoquée, celle du rapport aux médias.

Entre la France, l'Espagne ou la Grèce, les leaders de la gauche de combat ont toutefois tous un point commun : ils sont charismatiques ! Je sais, on peut reprocher beaucoup de choses à Jean-Luc Mélenchon, mais pas celle-ci. Force est de reconnaître qu'il est un tribun hors pair, le meilleur sur la scène politique actuelle.

Alexis Tsipras dans un contexte de fermeture de la télévision publique a su parler aux journalistes, défendre leurs intérêts et donc en quelque sorte ne pas s'en faire des ennemis à défaut de s'en faire des alliés. De fait, la presse grecque a fait preuve d'indulgence à son égard (attention, pas toute la presse grecque, disons principalement les médias publics et la presse de gauche). Pablo Iglesias a su adapter son discours, le simplifier à l'extrême pour qu'il devienne audible par ses concitoyens, et surtout, à l'heure du nivellement culturel généralisé par le bas, le rendre compatible avec des impératifs d'audience (lire ici).

Jean-Luc Mélenchon, lui, a choisi de s'en prendre frontalement au système médiatique, en dénoncant les accointances entre pouvoir politique, économique, ou médiatique, en prônant un discours de vérité avec la réalité et surtout avec ses idées (cf son billet sur l'assassinat de Nemtsov sur son blog par exemple), en dénoncant une aristocratie journalistique qui diffuse sur toutes les antennes la même doxa libérale tous les jours, tout le temps.

Qu'on ne s'y méprenne pas. J'approuve ce que dit Jean-Luc Mélenchon, sur le fonds et bien souvent sur la forme. Il est l'un des rares politiques à s'essayer à une critique de fond sur la façon dont on est informés aujourd'hui. Le problème est que Jean-Luc Mélenchon a négligé la puissance du système médiatique, la capacité de la corporation des journalistes à faire bloc entre eux, et à discréditer en permanence son propos et ses discours et finalement à le passer dans la broyeuse médiatique.

La faiblesse de la stratègie de Jean-Mélenchon vient essentiellement du fait qu'elle ne peut pas s'appuyer sur une presse d'opinion de gauche libre et indépendante. On le sait, les rares organes de presse qui essaient encore de faire vivre une pensée différente sont tous mal en point. Pour que l'entreprise salutaire de dénonciation de la propagande quotidienne par Jean-Luc Mélenchon puisse réussir, il aurait fallu, je pense, prendre la question à l'envers : s'atteler d'abord à construire à média alternatif, puissant, fédérateur, pour ensuite dénoncer le système non plus de l'intérieur, mais de l'extérieur.

Mais qui aujourd'hui, quelle organisation politique, syndicale, associative, est en mesure de construire cet outil ? Pour l'instant, nous sommes bien dans une impasse, et le discours de Jean-Luc Mélenchon reste inaudible, parce que ceux qui font l'opinion ont tout intérêt à ce qu'il le reste.