Le mouvement de grève de demain 29 janvier sera probablement très suivi. C'est pourquoi de nombreux commentateurs le compare déjà aux mouvement de 1995 ou de 2006 contre le CPE, qui avaient fortement marqués les esprits en leur temps. Pourtant, il existe de vraies différences, et la journée de demain n'est pas comparable : il s'agira d'une grève politique quand les mouvements passés étaient dus à des revendications précises.

En effet, si des millions de personnes seront dans la rue demain, ce n'est pas pour réclamer le retrait d'une réforme ou pour obtenir de nouveaux acquis sociaux (cette époque est bien révolue). Non, demain, le mot d'ordre est multiple. Ce qui s'exprimera, c'est d'abord et avant tout un malaise diffus face à la peur de la crise, mais surtout face à la politique du gouvernement.

Il est vrai de dire que la crise angoisse les Français, et la peur de perdre son emploi ou de voir sa situation sociale affectée sera présente dans les cortèges. Mais la vraie raison qui explique l'ampleur de ce mouvement (j'anticipe, mais je n'ai aucun doute là-dessus) est ailleurs. Il y a un rejet de la politique du gouvernement, et un immense sentiment d'injustice. Comment accepter que les responsables de la crise continuent à empocher des millions quand les victimes elles n'ont qu'à subir et se taire ? Et en plus, elles doivent se montrer solidaires !

Ce malaise précède la crise, et celle-ci n'a fait qu'accentuer les ressentiments. C'est bien la politique du pouvoir qui sera remise en cause demain, sinon comment expliquer la présence massive de fonctionnaires. Même si elle n'a rien d'étonnant, leur mobilisation sera plus forte qu'à l'accoutumée, or, ils sont beaucoup moins concernés par le risque de perdre leur emploi que dans le secteur privé. Non, s'ils seront dans la rue demain, c'est parce qu'ils ne veulent pas des multiples réformes qui jettent le discrédit sur la fonction publique et mettent à mal la solidarité nationale. Ils en ont aussi plus qu'assez d'un discours qui divise et oppose constamment les Français entre eux.

Mais que le pouvoir ne s'y trompe pas, les salariés du privé sont en accord (ce que disent d'ailleurs les sondages) avec le mouvement de demain, et ils le prouveront par une présence plus importante que d'habitude. Nicolas Sarkozy et son gouvernement feraient une immense erreur de n'imputer cela qu'à la crise. La grogne contre le pouvoir était déjà manifeste avant l'été. La question du pouvoir d'achat reste un des problèmes majeurs des Français, or, l'Etat a trouvé des milliards pour les banques ou les grandes entreprises, mais rien pour les salariés. Et personne ne se fait d'illusions sur les soi-disant plans de relance. Il y a aujourd'hui un immense sentiment d'injustice.

Mais ce n'est pas tout, qui peut croire qu'il y a une France du public qui rejette les réformes et une France du privé (celle qui travaille selon le pouvoir) qui les attend et les soutient ? Qui peut croire que le travail le dimanche n'inquiète pas les salariés de la grande distribution ? Qui peut croire que les ouvriers acceptent la perspective de devoir travailler jusqu'à 70 ans ? Toutes ces questions, et d'autres comme la rémunération du chef de l'Etat, la politique sécuritaire, toutes seront présentes dans toutes les têtes demain. Car ce qui va s'exprimer dans la rue, ce sont des mois et des mois de frustration et de colère rentrés.

Pendant ce temps, quelle est l'attitude de la majorité ? Les ministres, les députés se répandent tous dans les médias, soit pour tirer à boulets rouges sur les syndicats et les grévistes, n'hésitant pas à remettre en cause le droit de grève, soit pour minimiser l'ampleur de la grève et l'imputer à un mouvement d'humeur. Quel décalage avec ce que les Français vivent au quotidien ! Tous les propos entendus ces derniers jours ne vont qu'attiser l'incendie qui couve. Nos gouvernants sont-ils à ce point inconscients de l'état d'exaspération dans lequel se trouve le pays ?

PS ; je vous renvoie sur un excellent article traitant du même sujet, sur le blog d'un ami blogueur :

http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/01/mobilisation-gnrale.html#more