Si vous tombez sur un journal qui en cette période estivale prend le risque suicidaire de s'essayer à l'analyse politique un peu poussée, il est fort probable que vous n'échappiez pas aux conclusions suivantes : la France se radicalise sur sa droite, Mme Le Pen a le vent en poupe, et le mouvement se généralise dans tout le monde occidental.

Ah ça, il est vrai qu'en période normale, hors grandes vacances scolaires donc, on en bouffe à foison de l'extrême-droite qui monte, de la peur du terrorisme, de cette délinquance qui fait le lit de Mme Le Pen, etc., etc. Et la France ne serait pas une exception, regardez les mouvements anti-immigration en Allemagne, regardez la montée des anti-européens outre-Manche, et on ne vous parle pas de Donald Trump aux Etats-Unis nouvelle coqueluche de cette presse bien-pensante qui joue à se faire peur. Peu importe que tout ces mouvements soient différents les uns des autres, qu'ils aient des explications parfois opposés, ils sont la preuve d'une seule chose : le monde se radicalise sur sa droite et la pensée conservatrice, voire rétrograde, est devenue dominante.

Est-ce si sûr que cela ? Je mets de côté le cas de la France et de la poussée du Front National sur laquelle il y aurait beaucoup à dire (et sur laquelle j'ai beaucoup écrit sur ce blog). Mais regardons un peu les autres pays, et particulièrement ceux qui sont les fidèles représentants du libéralisme le plus forcené, les tenants d'une austérité aveugle et destructrice.

Commençons par l'Allemagne de Mme Merkel qui impose ses vues à toute l'Europe. Elle serait si populaire nous dit-on qu'elle pourrait même avoir la majorité absolue au Bundestag si l'élection avait lieu aujourd'hui .

Angela Merkel, chancelière inoxydable ?

Angela Merkel sera-t-elle une fois de plus dans les starting-blocs dans la course à la chancellerie 2017 ? La question est dans l'air depuis quelque temps. Officiellement, la chancellerie s'obstine à déclarer qu'aucune décision ne sera prise avant le début de l'année 2016.

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Diantre ! Il faudrait donc désespérer définitivement des Allemands ? Peut-être bien que non ! Il est peu probable que vous ayez entendu parler des élections locales à Hambourg et à Brême. Dans les deux cas, le parti de gauche radicale, Die Linke, a atteint un score de presque 10 %. En soi, ce n'est pas très impressionnant, ce qui l'est c'est qu'il s'agit d'un doublement du score, et surtout c'est la première percée significative dans l'ouest du pays, Die Linke étant surtout implanté dans les anciens Länder d'Allemagne de l'est.

 

Die Linke double son score à Brème et prend racine à l'ouest

"Un monde sans l'Humanité, ce serait le triomphe de ce que mon ami Jean-Baptiste Para, l'autre jour, désignait à juste titre comme " un totalitarisme à l'état gazeux "", Olivier Barbarant, poète, romancier, spécialiste de l'œuvre d'Aragon.

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Jeremy Corbyn, vous connaissez ? Il est fort probable que non, pourtant il va peut-être falloir que vous vous habituiez à ce nom. Pour vous situer le personnage, je dirais que c'est une sorte de Mélenchon qui aurait décidé de rester au parti socialiste et de conquérir celui-ci sur sa gauche. A quelques détails prés cependant, Mr Corbyn est anglais, travailliste donc, et surtout il est en passe de réussir là où le leader de la gauche radicale française a échoué. Selon toute vraisemblance, Mr Corbyn devrait gagner l'élection interne du parti travailliste et s'en retrouver à sa tête, insufflant ainsi à ce vieux parti un virage à 180° sur sa gauche. Anecdotique ? il semblerait que non, puisque derrière sa candidature, c'est un véritable engouement populaire qui en train de se créer.

 

Jeremy Corbyn, socialiste radical à l'assaut du Parti travailliste

Et si c'était lui ? La chose paraissait inconcevable, même dans l'esprit des bookmakers les plus intrépides, lorsque les primaires du Parti travailliste se sont ouvertes à la mi-juin après la démission de son leader Ed Miliband , sèchement battu aux élections législatives du 7 mai par le Premier ministre David Cameron.

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La présidentielle américaine ça vous intéresse ? probablement pas puisque l'on vous dit que tout est joué d'avance et que la seule inconnue est de savoir quel Républicain affrontera Hillary Clinton. Sauf que ce n'est peut-être pas si sûr ! Bernie Sanders, vous voyez qui sait ? Il est candidat à l'investiture démocrate face à Mme Clinton, sauf que lui ne se proclame pas démocrate, mais socialiste. Il est même le seul élu socialiste au niveau fédéral, et ce n'est pas une mince affaire quand on sait qu'au pays de l'oncle Sam, le qualificatif de socialiste est considéré comme un gros mot. Eh bien Mr Sanders, sans grands moyens financiers, sans véritable couverture médiatique, fait salle comble à chacun de ses meetings, à tel point qu'il est désormais un vrai concurrent pour Mme Clinton.

 

Bernie Sanders dépasse Hillary Clinton dans un sondage pour la primaire | États-Unis

Bernie Sanders Photo Ringo H.W. Chiu, AP Selon ce sondage publié mercredi, 44% des personnes interrogées dans le New Hampshire choisiraient le sénateur indépendant du Vermont comme candidat démocrate à la présidentielle de novembre 2016. Ils sont seulement 37% à désigner Hillary Clinton.

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Un socialiste président des Etats-Unis ? L'idée même doit en faire frémir beaucoup. Soyons réaliste il y a peu de chances que cela arrive, mais le simple fait que cela ait pu être envisagé par un nombre important d'Américains indique peut-être qu'il se passe quelque chose sur la gauche dans le monde occidental. Et encore sur ce billet je ne parle pas de Syriza et de Tsipras, qui malgré ses renoncements garde encore semble-t-il la confiance du peuple grec, ni du Podemos espagnol ou du Sinn Fein irlandais, tous les deux en situation de bousculer l'échiquier politique