Quel que soit le pays, quels que soient le type d'élections, les scrutins dits de mi-mandat sont toujours l'occasion pour les électeurs d'envoyer un message soit de soutien au pouvoir en place (cas rarissime) soit d'avertissement voire de défiance. Les élections départementales françaises n'échappent pas à la règle, mais cette fois-ci le message, me semble-t-il, s'accompagne d'un malaise profond de la société française. les principales leçons à en tirer :

- Un rejet massif de la classe politique française : avec 50 % d'abstention, aucun des vainqueurs d'hier soir n'a de quoi pavoiser, puisqu'il est de toutes façons, minoritaire, voire ultra minoritaire au sein de la population. Ce chiffre constitue à lui seul la preuve d'une défiance profonde et continue envers la classe politique française. On pourrait le relativiser cependant, puisque les élections départementales (autrefois cantonales) on toujours peu mobiliser, à tel point qu'elles ont toujours été couplées avec un autre scrutin ; les deux seules fois où cela n'a pas été le cas ces trente dernières années (1994 et 2011), la participation a encore été plus faible. Cependant, il est un chiffre encore plus significatif et qui pourtant n'a été commenté par personne : celui des bulletins blancs ou nuls. Plus de 8 % des électeurs d'hier ont choisi de ne pas choisir, ce chiffre dépasse même les 10 % dans la plupart des cas où les Français étaient confrontés à un duel.  Le sens de cela est clair, les Français, du moins une part encore importante d'entre eux, croient encore en la politique pour réguler les problèmes du quotidien, mais assurément plus dans leurs hommes politiques.

- Une politique gouvernementale rejetée et une gauche contestataire qui a du mal à exister :  j'ai beau essayer, mais je n'arrive pas à trouver ce qui peut permettre à Manuel Valls de relativiser la claque qu'il a reçue hier. En effet, il faut bien être clair, la déculottée reçue par la gauche dans son ensemble est d'abord la sienne et celle de François Hollande. Elle est toute entière à mettre sur le compte de leur politique libérale et des promesses électorales non tenues. Jamais un parti n'avait perdu plus de trente départements d'un coup ! Il est clair qu'hier et la semaine précédente, les Français n'ont pas voté sur des considérations locales mais bien nationales, et là le message est limpide : stop de cette politique injuste, inefficace et surtout qu'ils n'ont pas souhaité. Dans le même temps, la gauche radicale résiste mieux que prévu, le PCF sauvant l'un de ces deux départements et échouant d'un rien pour le second. Mieux, le Front de Gauche réussi, dans un contexte tourmenté pour la gauche à l'emporter dans plus d'une cinquantaine de cantons, ce qui est au passage est beaucoup plus que le Front National et bien moins commenté. Mais voilà, la division de la gauche radicale, ses stratégies à géométrie variable l'ont rendue inaudible et par conséquence inefficace.

- Une victoire à la Pyrrhus pour la droite : dès hier soir, les principaux commentateurs glosaient pour savoir si cette "victoire" était d'abord celle de Sarkozy et de sa stratègie droitière ou celle de Juppé et de son recentrage. Il y a là malentendu me semble-t-il. Certes, électorament parlant, la droite a gagné hier, mais de fait c'est surtout une défaite historique de la gauche. Franchement, personne n'a senti d'enthousiasme réel pour les candidats de l'union de la droite, si tel avait été le cas, le FN n'aurait pas recueilli autant de suffrages. De fait, où est le programme de la droite, où est son état des lieux face à ses années de puvoir, où est son leader ? La droite est en chantier, et la victoire d'hier ne résoud aucun de ses problèmes. Pire pour elle, avec un FN à une hauteur jamais vue, elle est face à des responsabilités historiques qu'elle n'est pour l'instant pas prête à assumer.

- Le Front National face à son plafond de verre : pour le FN, les élections départementales auront été celles de tous les paradoxes. Oui, elles constituent pour lui un succès réel, puisqu'il est plus haut que jamais, puisqu'il s'implante un peu partout et qu'il a semble-t-il encore une parge de progression dans l'abstention. Pourtant, il n'a aucun département quand il rêvait d'en conquérir 4 ou 5, il n'a gagné que dans 31 cantons quand on lui en promettait une centaine. Dans une élection majoritaire à deux tours, la réalité se rappelle à lui : la bipolarisation de la France est une réalité qu'il n'a pas réussi à changer. Mais, il y a aussi d'autres choses à retenir de ce second tour pour le FN. Quand il était confronté à un candidat de gauche en duel, il a en général fortement progessé (environ dix points) : il y a donc bel et bien une porosité entre l'électorat de droite et le sien, mais cette porosité est très imparfaite puisqu'il aurait dû alors remporter un nombre bien supérieure de cantons. L'électorat de droite reste majoritairement hostile au FN pour l'instant. Quand il était en duel face à un candidat de droite, le FN à peu augmenté (4 à 5 points en moyenne), contrairement au à son adversaire : quoi qu'on en dise, à gauche, le Front républicain, ça marche encore. Enfin, dans le cas de triangulaires gauche, droite, FN, il est intéressant de constater que le score de FN  ne progresse pas ou peu, voire qu'il régresse significativement : la porosité avec la droite est donc réciproque et en cas de conquête possible, c'est le candidat de droite qui a le plus souvent la préférence. Tout ceci signifie aussi en substance que si le vote FN est de plus en plus un vote d'adhésion, il reste majoritairement un vote de protestation. Enfin, il est un enseignement majeur pour Marine Le pen : s'il elle devait être au second tour de la présidentielle, elle a tout intérêt à ce que ce soit contre le candidat de gauche, seule configuration où elle aurait manifestement une chance de l'emporter.