Dimanche soir, à 20 heures, quand les résultats sont tombés, nous étions tellement bercés par les sondages que le score du FN est d'abord apparu comme un soulagement, moins fort que prévu, presque une baisse, oui, mais alors par rapport à quoi ? C'est en effet ensuite, que la réflexion à commencé à se faire : 25 % dans une élection locale pour un parti d'extrême-droite, c'est énorme, c'est du jamais vu, le FN effectue donc bel et bien une percée. En fait, pour savoir si un parti progresse ou régresse, ce qui compte, c'est l'élèment de comparaison que l'on prend. En l'occurrence pour ce scrutin départemental, il y a deux principales écoles, ceux qui comparent avec les précédentes cantonales de 2008 et 2011, ceux qui comparent avec les dernières élections en date, c'est à dire les élections européennes. Paradoxalement, c'est la seconde qui est la plus pertinente.

A priori, comparer les départementales de 2015 avec les cantonales de 2008 et 2011 semble pertinent. Ce sont des scrutins locaux, donc qui se jouent a priori sur des thèmatiques locales, et qui ont le même objet, à savoir la constitution de l'assemblée départementale. A première vue, tout est donc logique. Sauf que dans le cas présent, cette comparaison pose problème. D'abord parce que les élections cantonales de 2008 et 2011 étaient des scrutins partiels, puisqu'ils concernaient la moitié seulement des cantons à chaque fois et de plus, en 2015, les cantons ont tous été modifiés. Ensuite parce qu'en 2008 et 2011, l'élection était peu médiatisée, présentait peu d'enjeu au niveau national, et c'est donc bien sur des enjeux d'abord locaux que les électeurs se sont exprimés, et même si les problèmatiques d'ordre national jouent toujours c'est de façon moindre. Enfin et surtout parce qu'il s'est passé 3 et 6 ans depuis, et qu'en politique c'est énorme. De fait les choses ont bien changées depuis pour le Front National. Quasi inexistant en 2008, le FN va profiter de la récente intronisation politique et médiatique de Marine Le Pen en 2011 pour booster ses résultats. Après, il y a eu la présidentielle et la dynamique des municipales et des européennes pour le FN.

Comparer donc à des scrutins de même nature consiste donc à nier tous ces éléments et donc à fausser le commentaire. C'est pourtant en grande partie ce qu'ont fait les commentateurs politiques depuis dimanche. Il faut dire que cela présente pour eux l'avantage d'avaliser la thèse d'une forte progression et implantation du FN un peu partout. Certes c'est indèniable, mais avec cette évaluation, toute relativisation devient impossible, il ne reste plus que l'impression d'une montée inéluctable du FN vers le pouvoir. Peut-être est-ce l'effet recherché ?

Pour les élections européennes, nous avons le cas contraire. Un a priori défavorable puisque nous sommes confrontés à deux scrutins de nature différente : l'un national, l'autre local. Mais le scrutin départemental était-il vraiment local ? Premièrement, pour la première fois, tous les cantons étaient renouvelés en même temps. Deuxièmement, le PS comme l'UMP en jouant sur la peur du FN ont tout fait pour nationaliser l'enjeu, de même que les médias qui ont abondamment relayé ces tactiques. Enfin, c'est bien sur des enjeux nationaux que les électeurs se sont exprimés. Pour s'en convaincre il suffit de regarder les résultats réalisés par les illustres inconnus présentés par le FN qui bien souvent n'ont pas fait campagne : c'est bien un message national que les Français ont voulu envoyer dimanche.

Parce que l'élection départementale était donc une élection à caractère national, il faut donc la comparer avec la dernière élection nationale en date. Oui, mais me direz-vous, l'élection européenne, comme son nom l'indique est européenne, pas française. Certes, mais comme chacun le sait, ce qui a encourager les électeurs à se déplacer en juin dernier, c'est bien la conjoncture française et nullement les questions européennes.

Même si cette comparaison présente elle aussi des lacunes, elle me semble donc comme la plus pertinente. Pourtant, elle donne une impression différente de la première. Celle d'une stagnation, voire d'un léger repli du FN (en pourcentages, pas en voix). Du coup, le sentiment qui s'en ressort ensuite n'est plus tout à fait le même. Il est celui d'un danger FN toujours présent, toujours inquiètant, mais pour l'instant contenu. Bizarrement, cette interprétation n'a pas été retenue. C'est pourtant celle qui est la plus proche de la vérité. Elle ne nie pas la puissance importante de l'extrême-droite en France, elle permet juste d'en relativiser la portée.