Ulrich est un jeune adolescent d'un peu plus de quinze qui vit seul avec sa mère, ouvrière dans les acièries. Bien que modeste, ils mène une vie que l'on pourrait qualifier de normale sauf que l'histoire débute en Allemagne à la fin des années 30 et qu'Ulrich est métis.

Galadio est le second prénom d'Ulrich, sa mère lui a donné en souvenir de son père, un de ces soldats français originaires des colonies qui sont venus occupés le sud de l'Allemagne à la fin de la première guerre. Comme beaucoup d'autres, il a fréquenté une jeune allemande, mais il a été rapatrié du jour au lendemain par l'armée française, sans savoir qu'il allait être père.

L'enfance d'Ulrich s'est passée sans heurts, même si une partie de sa famille maternelle l'a rejetée. Au début, l'arrivée d'Hitler n'a rien changé. C'est peu à peu que les choses se sont gâtées. Quand il a été mis de côté au lycée, quand la piscine lui a été interdite, mais surtout quand sa mère a reçu une lettre obligeant Ulrich à se présenter à l'hopital. Sentant le danger, il s'échappe mais finit par être rattrapé.

A l'hopital, il échappe miraculeusement à la stérilisation qui lui été promise, mais il est repéré par des officiers SS qui l'emmènent à Babelsberg, les fameux studios de cinéma allemand. Là, il servira de figurant africain dans les films allemands à la gloire du nazisme et de la colonisation de l'Afrique que le règime a entrepris. Lors d'une expédition en Guinée Bissau pour un tournage, Ulrich s'évade et décide de partir à la recherche de son père.

Didier Daeninckx a vraiment une place à part dans le paysage littéraire français. Celle non seulement d'un écrivain engagé contre le racisme et l'intolérance, mais aussi et surtout celle d'un homme qui fouille continuellement notre passé et notre mémoire pour en sortir les heures les plus sombres que les autorités aimeraient bien oublier.

Il est l'un des premiers a avoir parlé du massacre des algèriens par la police française en 1961, l'un des rares a avoir évoqué les zoos humains de l'exposition coloniale de 1931. Toute son oeuvre est basée sur la lutte contre l'oubli.

Avec Galadio, c'est toute une histoire que personnellement j'ignorais, celle de ces enfants nés de liaisons entre des soldats français noirs et des femmes allemandes à la fin de la première guerre mondiale. Daeninckx nous fait replonger dans la complexité des années 30, en allemagne évidemment, mais aussi et surtout dans l'Afrique équatoriale française, celle qui en 1940 va devoir choisir entre le maréchal Pétain et le général de Gaulle. Cette Afrique composée essentiellement d'africains qui se retrouvent pris en otages dans un conflit qui les dépasse et ne les concerne pas.

A travers un personnage, Ulrich / Galadio, Daeninckx réussit à mêler la petite histoire et la grande. Comment des évènements qui se sont passés il y a 20 ans peuvent modifier profondément la vie d'un jeune adolescent. Ce simple paradigme est passionnant.

Un seul regret toutefois. Le livre ne fait que 140 pages. C'est bien peu pour traiter un tel sujet. J'aurais aimé que Didier Daeninckx s'arrête un peu plus sur certains personnages, ou sur certaines situations. Galadio est attachant de bout en bout parce qu'il est comme n'importe quel enfant d'aujourd'hui né de deux parents de cultures différentes : écartelé entre ses deux origines. Pour tout cela, cette histoire aurait mérité plus de temps, plus de longueur.

Mais, peu importe, au final Galadio est un roman formidable, et surtout accessible à tous ce qui n'est pas la moindre de ces qualités.

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Sur le web :

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