23 mai 2007
Ca bouge dans les médias.
On peut dire que ça bouge dans les médias français, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.
Commençons par la situation à France télévision, où 2 journalistes très populaires ont annoncé qu'elles cessaient de présenter leurs programmes réciproques, en raison de la profession de leurs maris : ministre. Comme toujours, cela pose le problème des relations entre politiques et journalistes. Mais soyons clair, si l'attitude de Mmes Schoenberg et Okrent est louable, je ne trouvais pas dérangeant qu'elles continuent leurs émissions, même si cela peut surprendre.
En effet, pour l'une comme pour l'autre, tout le monde connaissait leur liaison, qui d'ailleurs n'a pas posé de souci pendant des années, mais c'est donc en sachant qui elles étaient et d'où elles parlaient que les téléspectateurs les voyaient. Leur cas ne me posait pas de difficulté majeure. Par contre, nul ne peut ignorer aujourd'hui que de nombreux journalistes entretiennent des amitiés, voire plus, avec des politiques, que des séjours en vacances, des diners au restaurant ont lieu entre personnes de ces deux milieux, et là, rien n'est affiché, mais au moment de prendre la parole à l'antenne, ou d'écrire un article, le citoyen lambda n'est pas au courant que la personne qui l'informe n'est plus neutre.
Restons à la télévision pour la suite, avec la situation beaucoup plus inquiétante à TF1. On assiste actuellement au départ de l'équipe qui était en place depuis la privatisation de la chaîne. Elle s'en va et c'est tant mieux. Le nouveau PDG de TF1 s'appelera Nonce Paolini, sur lequel je sais peu de choses encore, mais son second sera Mr Laurent Solly, et là, il y a un vrai problème. En effet, Mr Solly n'était autre que le numéro 2 de la campagne de Nicolas Sarkozy. C'est à dire qu'en plus de ses dérangeantes amitiés avec les plus grands patrons de presse (Dassault, Bouygues, Lagardère), le président de la République place maintenant un de ses fidèles à la tête de la première chaîne française. Seule l'Italie sous Berlusconi a connu pareille situation en Europe, et dieu sait que les intellectuels, politiques de tout bord, défenseurs des droits de l'Homme avaient crié au déni de démocratie. En France, pour l'instant, peu de monde s'insurge, pourtant sur le plan de la liberté d'opinion, la crise est grave.
Enfin, hier soir, Jean-Marie Colombani n'a pas été reconduit à la tête du journal Le Monde. Mr Colombani a fait faire un virage économique extraordinaire à ce grand journal, le faisant passer de simple quotidien à grand groupe de presse. Mais en rachetant de nombreux titres et en diversifiant les activités du Monde, Jean-Marie Colombani a fragilisé la situation économique de son journal, et détérioré son image auprès de ses lecteurs. Les journalistes du Monde ont donc désormais dit stop. Mais, ne nous leurrons, Jean-Marie Colombani n'est qu'un fusible, le vrai pilote, celui qui a pensé la dérive macro-économique du Monde, le grand argentier, c'est Alain Minc. Et déjà, certains journalistes ont pointé que sans toucher à Alain Minc, rien ne changerait durablement. Mais hier soir, les journalistes ont un peu commencé à reprendre leur journal en main, à la place des financiers.
21 mai 2007
Une voiture bélier contre un centre de loisirs.
Dimanche toute la journée, matraquage aux différents journaux d'information radios (mais aussi télés) : une voiture bélier a été lancée contre un centre de loisirs dans la banlieue de Lille, le tout suivi d'un incendie.
Tiens, ça faisait longtemps que l'insécurité n'avait pas fait la Une, probablement depuis la "miraculeuse" émeute de la Gare du Nord. On avait fini par croire que la France était devenue le paradis sur Terre. Mais soudain, une affreuse question m'agite le cortex : il y a eu ces derniers mois plusieurs attaques identiques contre des collèges et des écoles autour de chez moi, mais pourquoi n'en-a-t-on pas parlé autant ?
Ah, mais j'y suis, cela s'est passé dimanche matin, et qu'est ce qu'il y avait dimanche ? Mr Sarkozy était en vacances au fort de Brégançon. D'un seul coup, paf !, plus rien, le vide cathodique, plus de footing matinal, de baiser à Cecilia, de ministres qui montent les marches de l'Elysée, de people qui les descendent. Bref, plus rien à se mettre sous la dent pendant tout le week-end, il faut combler. Oui, mais pour cela, il faut du croustillant, du violent, du fort car si le téléspectateur n'a pas sa part de rêve élyséen ou d'hémoglobine issue des quartiers difficiles, il risque d'être déprimé, et ce n'est jamais bon pour l'audimat.
Donc, la voiture-bélier (et autres agressions diverses sur tout le territoire). Bon, et bien puisque finalement ils vont en parler, on se dit que l'on va enfin comprendre pourquoi de tels actes violents sont commis, pourquoi des jeunes probablement en rupture de la société s'en prennent aux institutions de la République qui symbolisent l'intégration, qui représentent encore pour quelques uns une chance de réussite dans la société. On se dit que des sociologues, des criminologues spécialisés vont essayer de nous rassurer, que tout cela à des causes, une explication, que ces gens ne sont pas de dangereux criminels sanguinaires venus de nulle part.
On se dit tout cela et on ressort dépité de ce que l'on entend. A la fin du reportage on aura donc appris que des jeunes gens ont lancé une voiture-bélier contre un centre de loisirs, que la voisine a eu peur, que les pompiers ont été courageux, que les habitants du quartier ne peuvent plus faire garder leurs enfants, et que, last but not least, la police mène l'enquête.
Au bout du compte, à quoi servent les journaux d'information à la radio et à la télé, si on n'a pas l'information quand elle arrive, s'ils ne permettent pas de décrypter cette information ? A RIEN.
Alors, éteignez radios et télés, lisez la presse d'opinion ou internet et
sortez voir le monde tel qu'il est réellement.
13 mai 2007
De la liberté des médias
Une rumeur circule sur internet, relayée par les site du "Monde" et de "Libération" : le "Journal du dimanche" aurait renoncé a diffuser un article stipulant que Cécilia Sarkozy n'a pas exercé son droit de vote dimanche 6 mai.
Précisons d'abord que Mme Sarkozy fait ce qu'elle veut, c'est sa liberté, et qu'elle ne soit pas allé voter, je m'en fous.
Cependant, je ne sais pas si cette rumeur est vraie ou fausse, et mon but ici n'est pas de la relayer, mais bien de pointer du doigt que si elle paraît vraie, c'est uniquement parce qu'il y a eu des précédents.
Ce qui se passe ici est donc grave. Nous sommes face à une information sous forme d'accusation de censure, si celle-ci est fausse, le fait même que nous puissions la croire vraie est une atteinte à la liberté d'informer. A force d'intervenir, d'entretenir des liens pas toujours clairs avec les médias, Mr Sarkozy finit par décrédibiliser ceux-ci, et par affaiblir un contre pouvoir nécessaire.
12 mai 2007
Vive le Canard libre !
Vendredi dernier, une tentative de perquisition au siège du Canard enchaîné a eu lieu dans le cadre de l'affaire Clearstream.
Mais qu'est ce que c'est l'affaire Clearstream ? Un truc incompréhensible où des personnages importants qui ne s'aiment pas se tirent dans les pattes par justice et médias interposés. Et ça débouche sur une perquisition au Canard.
Est-il nécessaire de rappeler que le Canard es t probablement un de nos derniers fleurons d'une presse libre, indépendante et courageuse qui joue encore son rôle de contre-pouvoir numéros après numéros ?
Ainsi, on voit bien pourquoi une perquisition au sein même de ce journal est dommageable pour la liberté d'expression. Il y aurait eu des fuites, le secret de l'instruction aurait été violé, des documents auraient été publiés ensuite dans le journal au nom de volatil. Mais alors, si fuite il y a, c'est bien parce que traître au sein de la justice il y a, or rarement enquête en son sein on ne voit.
Le Canard a résisté, empêchant le bon déroulement de la perquisition, protégeant ses sources.
Vive le Canard !
08 mai 2007
Vive la presse libre et indépendante
Cela a été dit maintes et maintes fois pendant la campagne, les liens proches entre les grands et le candidat de la droite posent de graves problèmes pour la diversité de l'information et de la démocratie. Mais là, 24 heures à peine après l'élection présidentielle, la presse a vraiment fait trés fort : entre les courses à moto derrière la voiture du nouveau président, les journalistes envoyés au cas où en Corse, les différents reportages en direct de Malte pour nous apprendre quoi ? Un accord secret avec la Lybie pour libérer les infirmières bulgares ? Une vague d'attentats sans précédent en Corse ? Le président roule dans une voiture volée ? Non, rien de tout cela, Monsieur Sarkozy est en vacances. Grand bien lui fasse, aprés tout, il l'a probablement mérité aprés une telle campagne (comme l'auront bientôt mérité aussi ces millions de personnes qui vont travailler plus).
Outre le fait que la plupart des médias ont renoncé depuis longtemps (pas tous et pas tout le temps heureusement) a exercé leur rôle de contre-pouvoir, on peut se demander pourquoi cette information sans grande importance occupe tant de place.
En effet, exit la politique internationale, exit les grands dossiers économiques et sociaux. Vous n'êtes pas là pour réfléchir et comprendre, vous êtes au spectacle, et on va vous en donner du spectacle : du micro-trottoir, de la petite phrase, de l'agression sordide, du people en goguette.
Dormez braves gens, vous ne saurez pas, ne comprendrez pas, ne verrez pas le monde réel qui souffre, bouge, travaille, crée. Vous ne saurez rien non plus de ce qui se trame sans vous, mais peu importe, vous ne serez bientôt plus en mesure de le comprendre.
Comment faire pour que notre démocratie puisse se reposer sur une presse libre et indépendante, garantie vitale du bon fonctionnement de nos institutions ?
Elle doit être reconnue pour ce qu'elle est réellement : un pouvoir, le quatrième. Son indépendance, à la fois des pouvoirs politiques qui n'ont pas intérêt à ce que vous compreniez tout, et des pouvoirs économiques qui ont juste besoin de vendre des espaces publicitaires, son indépendance, donc, doit être sinon institutionnalisée, du moins protégée.
Séparation totale des pouvoirs d'avec les milieux politiques, comme le sont les pouvoirs législatifs et judiciaires (en principe). Indépendance totale des grandes entreprises : une chaîne de télé ou de radio, un grand journal, ne peut pas appartenir à un grand groupe qui oeuvre dans un autre domaine.
Tant que des mesures allant dans ce sens n'auront pas été prises, il y aura des suspicions sur le rôle des journalistes, comme on l'a vu pendant la campagne. Et peut-être finira-t-on par savoir ce que Monsieur Sarkozy a mangé au Fouquet's.