rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

17 mai 2008

L'affrontement Royal Delanoë est souhaitable.

Je sais, le titre peut surprendre tant il va à l'encontre de tout ce que l'on veut nous raconter aujourd'hui. Il est d'ailleurs de bon ton de railler le parti socialiste et de clamer haut et fort que les luttes intestines qui règnent en son sein n'intéressent personne. Et pourtant, le congrès du mois de novembre sera primordial non seulement pour le parti socialiste, mais aussi pour la gauche et le pays lui-même.

Alors oui, la pléthore de candidatures au poste se secrétaire général fait désordre. Mais, il ne faut pas s'y fier, deux seules sont intéressantes, les autres ne sont là que pour troubler le jeu ou satisfaire des égos personnels. Et on voit bien à travers la montée médiatique d'un Pierre Moscovici ou d'un Manuel Valls qui a intérêt à ce que le débat entre les deux principaux candidats n'est pas lieu.

Donc oui, mille fois oui, la confrontation Royal contre Delanoë doit avoir lieu. Parce que Royal ou Delanoë, ce ne sera pas la même ligne idéologique, ni les mêmes alliances et stratégies électorales qui en découleront. Parce que ce débat permettra enfin au PS de clarifier les choses et d'y voir clair dans le magma de la gauche.

Là où Royal prend des positions dignes de la social-démocratie et ne renie pas des rapprochements avec le centre, Delanoë, lui se veut le garant de l'héritage socialiste et le gardien des alliances traditionnelles à gauche. Là où Delanoë privilégie les discours d'appareil et la politique paillette, Royal a elle toujours préféré s'adresser à la base quitte à prendre à revers une partie des sympathisants de gauche.

Il est grand temps que les militants et les électeurs de gauche sachent enfin où va le PS. Va-t-il continuer à se définir comme un défenseur des valeurs traditionnelles de la gauche, ou se transformer en parti social-démocrate qui renonce aux idéaux révolutionnaires pour une politique de réformes.

Pour toutes ces raisons le débat est souhaitable, mais aussi pour deux autres fondamentales. Vu le passé des deux protagonistes, il est fort probable qu'avec eux il reste digne et sans coups bas (enfin pas trop). En espérant que les cadors qui se tapissent dans l'ombre attendant leur heure, les Fabius, Hollande, Aubry ou Strauss-Kahn qui dans le passé n'ont pas toujours résistés aux plaisirs des petites phrases ou des bassesses, en espérant donc qu'ils se fassent discrets.

La dernière raison, c'est que même s'ils sont dans la politique depuis longtemps, ils n'ont jamais ni l'un ni l'autre occupé de postes d'envergure nationale, ou de ministères importants. Avec l'un ou l'autre, il y a de fortes chances que l'on voit apparaître au PS de nouvelles têtes et donc de nouvelles idées.

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16 mai 2008

Nicolas Sarkozy joue au pyromane.

Incroyable ! L'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy est tout simplement incroyable. En intervenant à chaud, en ne répondant pas aux interrogations de toute une profession en crise, il sort complètement du rôle du président de la République.

Là où il devrait être un élément rassembleur, il se comporte en diviseur. En jouant l'opinion contre une partie du monde enseignant, il prend le risque de créer des conflits sur un sujet majeur, qui devrait faire consensus : l'éducation de nos enfants.

il apparaît comme un président partisan, alors qu'il devrait être celui de tous les Français. En méprisant le dialogue social, en se montrant sourd aux revendications, aux craintes et aux doutes des enseignants sur les réformes en cours, il agit comme un idéologue. Là où il devrait favoriser le dialogue et essayer de faire passer ses réformes dans la concertation, il passe en force.

Il prend le risque d'apparaître comme incompétent et donc de dévaloriser durablement la responsabilité de président. En effet, si sa décision d'imposer un service minimum dans les écoles est aujourd'hui populaire, qu'en sera-t-il demain lorsque les Français s'apercevront que cette mesure n'est pas constitutionnelle, et n'est pas non plus applicable d'un point de vue pratique. D'ailleurs, avec la grève du 22 mai dans les transports, les Français ne vont pas tarder à se rendre compte que le service minimum, ce n'est rien d'autre que du vent.

Concrètement, l'intervention de Nicolas Sarkozy n'avait qu'un but, reprendre la main politiquement, enrayer sa chute dans les sondages, et surtout déclarer la guerre aux syndicats enseignants dans le but de les affaiblir.

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14 mai 2008

Le rejet de la loi OGM est-il symptomatique d'une crise plus profonde ?

Hier soir, en fin d'après-midi, les députés ont rejeté à une voie près et à la surprise générale la loi sur les OGM. Bien au-delà de cette loi, que le gouvernement a visiblement décidé de faire passer en force, c'est la façon dont le pouvoir est exercé qui est remis en cause et contesté, certes par les députés de l'opposition, mais par une partie de ceux de la majorité, rejoignant en cela l'opinion, du moins si on en croit les sondages.

Et pourtant, sur le dossier de l'environnement tout avait plutôt bien commencé. Avec le Grenelle, Nicolas Sarkozy agissait là où ses prédécesseurs n'avaient fait que des beaux discours. Mieux, pour une fois, il avait laissé la place à la négociation et à la concertation avec l'ensemble des associations et partenaires concernés. Le résultat, certes incomplet a été salué par l'ensemble des observateurs comme une avancée, et les plus radicaux des écologistes ont consenti à reconnaître les efforts.

C'est ensuite que tout se gâte. Car les bisbilles entre ministres sur ce sujet, l'absence des députés dans l'hémicycle au moment du vote, les modifications profondes de la loi par rapport au projet initial, ne sont que les conséquences de l'exercice du pouvoir tel qu'il est pratiqué par Nicolas Sarkozy.

En cumulant toutes les fonctions, en étant tour à tour président, premier ministre, ministre de l'environnement. En ne laissant aucune place pour le débat parlementaire, et en méprisant sa propre majorité, tout cela fait que les députés se rebellent, les ministres se battent entre eux pour occuper le rare espace qui leur reste.

Mais on s'aperçoit aussi qu'il y a un autre problème, plus inquiétant celui-ci. L'accord initial interdisait complètement la culture en plein champ des OGM. Après passage à l'assemblée puis au sénat, les parlementaires ont amendé le texte de loi et réintroduit l'autorisation de ces cultures. La raison en est simple, beaucoup de députés des zones rurales subissent la pression des lobbies semenciers. Cet épisode de notre vie politique est la première preuve flagrante que la vie parlementaire est sous observation complète des milieux économiques (et pas seulement, puisqu'il existe plein d'autres lobbies). Il est donc illusoire de croire que nos élus décident en toute conscience et en toute liberté.

A travers cette séance déplorable, l'image du pouvoir est une fois de plus écorné. Nous sommes aujourd'hui face à un couple exécutif discrédité dans l'opinion, qui ne maîtrise plus sa majorité ni visiblement les prises de parole des membres de l'équipe gouvernementale. Et ce pouvoir est à l'aube d'affronter une semaine sociale agitée. Mais quel crédit doit-on encore lui accordé ?

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09 mai 2008

La suppression des départements serait-elle une bonne chose ?

Régulièrement ce sujet revient sur le tapis, il faut revoir l'organisation administrative de la France. En effet, entre les régions, les départements, les communes et maintenant les communautés d'agglomérations et autres regroupements de collectivités, il y a de quoi s'y perdre, et ne plus savoir qui fait quoi.

Supprimer un échelon, outre que cela simplifierait les choses et permettrait une meilleure répartition des tâches, permettrait aussi de faire de grosses économies grâce à la suppression des doublons.

Seulement voilà, l'échelon que tout le monde semble vouloir supprimer (mais personne n'a le courage politique de le faire), est le département. Il est vrai qu'à première vue se serait le plus facile à faire. La région, avec un poids démographique et géographique important est l'échelon parfait pour faire face aux défis économiques et à la concurrence des autres régions européennes, notamment allemande. La commune, difficile d'y toucher tant l'esprit de clocher des Français semble être chevillé à leur corps bien au-delà du cliché.

Reste donc les conseils généraux. Même si les départements sont bicentenaires et que l'on voit bien à travers l'affaire des plaques d'immatriculations que les Français y sont attachés, le Conseil Général reste une entité floue et lointaine. Personne ne connaît les responsabilités exactes de ces élus, et le mode de scrutin qui fait que les élections cantonales ont lieu en deux fois (tous les 3 ans) et sont systématiquement jumelées avec d'autres élections encourage le désintérêt des Français. De plus, les préfectures, représentations locales de l'Etat continueraient à exister et à maintenir la présence symbolique de cet échelon. Et de facto, si l'on en croit les sondages, c'est bien les départements dont les Français préféreraient la disparition.

Mais est-ce politiquement pertinent ? A l'heure où la France à elle toute seule a le tiers des communes de l'Union européenne, personne ne s'interroge sur la pertinence à conserver cet émaillage. Que peut concrètement faire un faire d'une commune de 100 habitants, comme il y en a pléthore dans la France rurale ? L'existence de tous ces petits villages a-t-elle une autre raison d'exister, que celle affective, qui relie chacun d'entre nous au lieu où il est né ou a grandi ? D'ailleurs, les communes se rapprochent de plus en plus souvent pour offrir à leurs concitoyens des services que seules elles ne pourraient fournir.

A contrario, le canton, division électorale du conseil général, n'a-t-il pas la taille idéale d'un point de vue démographique, géographique et économique pour prendre plus d'importance ? Ne serait- il pas plus judicieux de regrouper les communes dans les cantons, au sein du département pour leur permettre d'exister économiquement ? Cela pourrait aussi permettre une meilleure répartition des moyens entre communes riches et pauvres. De plus, avec quelques milliers ou dizaines de milliers tout au plus, les citoyens pourraient rester suffisamment proche de leur élu, et celui-ci aurait enfin les moyens de mener une vraie politique, particulièrement en matière de services publics.

Oui, mais voilà pour supprimer les municipalités au profit des cantons et des départements, cela supposerait que le personnel politique veuille affronter les Français, ceux-ci étant attachés à leurs villages. Mais prendre des décisions n'est plus dans les gènes des politiques Français, et il y a fort à parier que si un jour on supprime quelque chose, se sera bien les départements (mais même-là, ce n'est pas fait).

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06 mai 2008

Après un an de sarkozysme : où en est la gauche ?

A l'heure où tout le monde disserte sur le bilan de la première année de la présidence Sarkozy, je ne vais pas en rajouter, pour finalement dire ce que chacun constate au quotidien, ce bilan est catastrophique. Non, ce qui m'intéresse ici (et d'ailleurs d'une façon plus générale), c'est de savoir où en est la gauche, et d'une façon plus générale les idées de gauche.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'au premier abord, là non plus le bilan n'est pas folichon.

En dehors du parti socialiste, les petites formations sont toujours aussi émiettées. Le parti communiste, s'il a sauvé la plupart de ses élus locaux reste inaudible au niveau national, au même titre que les verts. Ces deux formations se retrouvent face à un choix cornélien. D'un côté, s'allier avec le PS, (ce qui ne leur a pas forcément réussi par le passé) dans le cadre d'un programme de gouvernement, ce qui aurait pour eux l'avantage de leur garantir des postes et une pérennité financière, au détriment souvent de leurs idées. De l'autre, le choix d'une plus grande radicalité en se rapprochant de l'extrême-gauche, ce qui les contraindrait à rompre au moins momentanément avec le parti socialiste. Ce choix, particulièrement pour le PC serait cohérent idéologiquement (même si l'alliance avec la LCR ne va pas de soi), mais signifierait la fin de ces partis, la perte de nombreux postes d'élus, et surtout, la garantie de ne pas retrouver le pouvoir avant longtemps. Pour l'instant, aussi bien le PC que les Verts ont choisi de continuer seuls, ce qui ne semble pas devoir les mener bien loin.

La LCR ensuite. Le choix fait par cette formation, contrairement aux autres partis de gauche, a au moins l'avantage de la clarté. La LCR a décidé de s'engager sur la voie de la radicalité et d'une rupture avec le parti socialiste, ou du moins sa frange la plus droitière. Elle bénéficie en outre de la figure très médiatique de son leader Olivier Besancenot, qui semble faire une percée incontestable dans l'opinion. Mais son appel à la création d'un nouveau parti n'a reçu aucun appui des autres façons un peu importantes de gauche, et sa posture pour l'instant surtout contestataire risque de l'isoler durablement.

Le parti socialiste, enfin. Il est clair que le retour de la gauche au pouvoir ne peut se faire qu'autour de lui. Mais à l'heure où François Hollande va quitter son poste de premier secrétaire, la situation est inquiétante. Les candidats à sa succession se multiplient, ainsi que les petites phrases et les piques. Chacun se concentre sur sa personne et sur son image. Mais personne ne s'attelle au Parti socialiste à ce qui devrait être la vraie priorité, à savoir définir la position idéologique et programmatique du parti. Tout pour l'instant n'est qu'un combat de personnes. Or, du choix que feront les militants socialistes au prochain congrès dépend une grande partie de l'avenir de la gauche, voire des orientations futures de la politique française. Qu'il s'agisse d'un rapprochement avec le centre, voire une partie de la droite, pour une politique qui essaierait seulement d'assouplir les lois du marché, ou d'un repositionnement sur les valeurs traditionnelles de la gauche, c'est à dire un refus de l'économie de marché telle qu'elle est, et une volonté d'aller vers une société plus solidaire et plus juste, on voit bien que les enjeux sont considérables. Mais ce que l'on ne voit pas pour l'instant, c'est la volonté des dirigeants de se mettre au travail. Pourtant, on sent chez les militants une vraie envie de débattre et de refaire de leur parti le centre névralgique de la bataille des idées.

Tout cela, quand on se situe de ce côté de l'échiquier n'est en effet guère réjouissant. Cependant, il existe de vraies raisons d'espérer. Tout d'abord parce qu'il existe une réelle attente à gauche, et même au-delà. On le voit dans le rejet de la politique gouvernementale (qui n'était pas qu'un simple rejet de l'attitude du président comme on nous l'a rabâché). On le voit aussi dans les mouvements qui se multiplient pour le pouvoir d'achat, mais aussi pour la défense de l'éducation ou encore des retraites. Les Français attendent de la gauche des positions claires sur ces sujets. Ensuite, parce que ce qui se passe dans le monde est lourd d'enseignement. Les échecs partout en Europe de la social démocratie ou des dirigeants qui prônaient une troisième voie, ou la montée en Amérique latine d'une gauche plus radicale qui malgré certaines difficultés connaît de vrais succès économiques et politiques et s'installe durablement au pouvoir comme au Vénézuela ou au Brésil, tout cela devrait servir d'indicateurs à nos dirigeants. Enfin, il existe aussi des gens qui réfléchissent et qui sont sources de propositions crédibles pour l'avenir du pays mais aussi de la planète. Certes, ils sont peu relayés mais leurs propositions sont censées. J'en veux pour preuve cet article trouvé sur le site du journal Marianne : http://www.marianne2.fr/S'entre-détruiront,-certains-le-sont-encore!_a86929.html?PHPSESSID=553fde5ccf91e25768be0265ff1b4d3d

PS : l'article de Marianne2 a le grand avantage de résumer exactement ma pensée, et ce bien mieux que je n'aurais su le faire.

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04 mai 2008

De la chute de la social-démocratie.

Ces dernières semaines, les élections législatives en Italie et locales en Angleterre ont fourni de nombreuses indications dont la gauche française et particulièrement le parti socialiste ferait bien de tenir compte. Dans ces deux pays, la gauche au pouvoir a mené des politiques libérales, parfois au-delà même de ce que les politiques de droite prônaient. Et dans les deux cas la sanction est claire, une victoire éclatante de la droite et une gauche qui se retrouve dans un profond désarroi idéologique, obligée qu'elle est d'assumer une politique fondamentalement contraire aux valeurs qu'elle est censée porter.

Mais, l'Italie et le Royaume-uni ne sont pas des cas isolés. Partout où la gauche au pouvoir a fait sien les dogmes libéraux, partout elle s'est effondrée et s'est retrouvée durablement dans l'opposition, complètement déboussolée. Ce fut le cas aux Etats-Unis où Clinton n'a pas osé mener jusqu'au bout la réforme de la sécurité sociale, faute d'affronter les multinationales du secteur, en Allemagne où Schröder a enfoncé l'Allemagne dans une politique de rigueur incroyable, qui touche en premier les plus faibles. Mais de la Belgique aux Pays-Bas, en passant par la Suède, partout où les partis sociaux démocrates au pouvoir se sont essayés au libéralisme, ils se sont effondrés, ont perdu le pouvoir et la plupart du temps, ne sont pas prêts de le retrouver.

On peut certes trouver quelques exceptions, comme l'Espagne de Zapatero ou l'Angleterre de Blair. Encore faut-il reconnaître que Zapatero a accédé au pouvoir dans des conditions particulières et qu'il l'a cependant emporté de nouveau, mais de peu face à une droite pas encore remise de l'ère Aznar et de la gestion des attentats. Quant à Tony Blair, il a su utiliser à des fins électorales la guerre en Irak, et surtout, il n'a jamais eu d'adversaire crédible face à lui.

Mais, le cas Lionel Jospin, typiquement français celui-ci, est aussi un autre exemple de rejet par l'opinion de cette gauche qui renie tant ces valeurs qu'elle finit par ne plus savoir où elle habite. Lionel Jospin, le premier ministre à avoir le plus privatisé sous la cinquième République, l'homme politique désarçonné face à des ouvriers en colère contre la délocalisation de leur entreprise, et enfin le premier candidat de la gauche qui refuse de qualifier de socialiste son programme et ne prononce pas une seule fois le mot ouvrier durant toute la campagne électorale. Et bien, cet homme-là ne sera pas au second tour de la présidentielle.

Mais ce n'est pas tout, car en France comme en Italie, bien plus que le parti socialiste (ou Démocrate en Italie), ce sont les mouvements et partis alliés avec eux au pouvoir qui pâtissent le plus de ce rejet. Comme si les concessions et les couleuvres avalées par la gestion des affaires devait coûter encore plus cher à ceux qui sont censés être le plus radicaux. Et a contrario, en France et en Allemagne est en train de monter en puissance une autre gauche, plus radicale, qui refuse obstinément le tournant libéral pris par les tenants de la social-démocratie.

A quelques mois d'un congrès qui s'avère important non seulement pour le parti socialiste, mais aussi pour toute la gauche et pour la France, cela devrait amener les caciques socialistes à réfléchir. Pourtant, quand on voit que certains continuent à appeler à des alliances avec le centre droit, que d'autres, à demi-mots trouvent bien les réformes inéquitables sur les retraites ou sur l'école, on est en droit d'être inquiet, et de craindre que, même si le parti socialiste surfant sur le rejet de Sarkozy parvenait à retrouver le pouvoir, les idées de gauche, elles ne restent pour longtemps au placard.

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28 avril 2008

La mort programmée du commerce de proximité.

Madame Lagarde, notre ineffable ministre de l'économie vient de présenter son plan pour relancer la croissance. Parmi les principales mesures, on en trouve une particulièrement inquiétante, et qui fait la part belle à la grande distribution.

Selon le gouvernement, une des raisons de la crise du pouvoir d'achat est que les prix ne peuvent pas baisser pour cause de situation de monopole des grandes surfaces dans nombre de communes. Il faudrait donc recréer de la concurrence en rendant plus facile leur implantation. Comme si la France n'était pas suffisamment équipée en supermarchés de toutes sortes.

Même en admettant, comme le prévoit le gouvernement que cela contribuera réellement à faire baisser les prix, et créera de nombreux emplois, le coût économique et social des dommages collatéraux risque d'être exorbitant.

En effet, il y aura des emplois créés, mais lesquels, quand on sait que le secteur de la grande distribution paie très mal ses employés et multiplie les temps partiels non voulus. Et combien de commerces de centres villes seront obligés de fermer leurs portes, ne pouvant résister à une telle concurrence. Un économiste à parler de 200 000 créations d'emplois possibles. Mais combien de supprimés ? Combien de centres villes, de villages risquent de se retrouver désertés ? Sachant en plus qu'avec le petit commerce, il n'y a pas que les emplois qui disparaissent, mais également tout un lien social, et parfois aussi tout un savoir-faire.

Mais ce n'est pas tout, carrefour, Auchan et autres, on le sait font souvent pression sur les petits fabricants pour pouvoir proposer des produits moins chers. Mais à force de toujours tirer les prix vers le bas, les petits fournisseurs n'auront bientôt plus d'autre choix que de déposer le bilan ou de dé-localiser. A force de toujours tout vouloir payer moins cher, ce sont les emplois d'ici qui disparaissent. Plutôt que de payer les choses moins chères, ne faudrait-il pas les payer le juste prix, celui qui permettrait au producteur, au distributeur et au consommateur d'y trouver leur compte. En favorisant à outrance la grande distribution comme cela semble être le cas, le gouvernement privilégie un des acteurs au détriment de tous les autres.

Enfin, je terminerai cet article par une réflexion. Nicolas Sarkozy promettait il y a encore peu de construire une politique de civilisation. Il semble que pour lui, la civilisation se résume à consommer toujours plus. Peut-on me dire où cela mène de toujours consommer plus ? Ne serait-il pas préférable de consommer mieux, et surtout de réapprendre à vivre ensemble ? Vivre sans toujours consommer.

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11 avril 2008

Un pouvoir de plus en plus coupé des réalités sociales

Cela avait commencé juste après l'élection présidentielle avec le vote de la loi TEPA (le fameux paquet fiscal), perçue comme un magnifique cadeau aux plus fortunés alors que la droite avait réussi à rallier à elle une part importante des classes populaires dont les aspirations étaient opposées. C'était le premier signe que ce nouveau pouvoir était éloigné du terrain et ne connaissait en rien les réels problèmes des Français.

Mais depuis, les éléments se sont accélérés, ressemblant parfois à du mépris voire de la provocation. Alors que le gouvernement communique quasi quotidiennement sur l'état alarmant des finances, multiplie les coupes budgétaires et les appels à des restrictions draconiennes, nous avons un président qui s'exhibe en croisière ou en vacances de luxe, une ministre de la justice qui dilapide son budget en frais de réception, un ministre des DOM-TOM qui dépense en un seul voyage en jet privé l'équivalent de plusieurs années de salaire d'un modeste ouvrier.

Mais rien y fait, ni les protestations des syndicats et de l'opposition, ni la baisse dans les sondages, ni la défaite aux élections municipales. Non, le gouvernement continue à s'entêter à ne pas entendre le cri lancinant des Français : le problème majeur est celui du pouvoir d'achat. Désormais, on parle de supprimer la carte familles nombreuses à la SNCF, d'augmenter encore le prix du gaz, de durcir les conditions des chômeurs, ou de retarder l'âge de la retraite. Bref, on nous explique que devant une situation économique difficile, se sont surtout les petites gens et les classes moyennes qui doivent se serrer la ceinture. Peu importe que GDF fasse de mirobolants bénéficies, peu importe que les suppressions de postes dans la fonction publique soient très chères à payer à l'avenir. Mais surtout, alors que dans le même temps, les grandes entreprises continuent à annoncer des profits colossaux, il n'est jamais question de les mettre à contribution.

Seulement, attention, il est des signes qui ne trompent pas sur l'humeur des Français, des signes beaucoup plus pertinents que des sondages. Les handicapés ont manifesté, les retraités aussi, qui n'ont d'ailleurs jamais été aussi nombreux. Maintenant c'est le tour des lycéens, et chacun sait dans ce pays que lorsque la jeunesse est dans la rue, cela peut vite tourner au blocage du pays. Et ce n'est pas tout, des manifestations sur le sujet des retraites sont à prévoir, sans compter qu'il y a de plus en plus d'entreprises privées qui se mettent en grève pour des augmentations de salaires.

Si le gouvernement ne modifie pas rapidement son discours et ses actes, tout porte à croire que la situation sociale est explosive. Et les commémorations des 40 ans de mai 68 qui arrivent ne risquent pas d'apaiser les tensions.

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12 mars 2008

Derrière les municipales, des scrutins cachés.

Les élections municipales, par leur enjeu et leur proximité avec les électeurs, ont accaparé l'attention des politiques et des médias. Pourtant, au même moment se jouent d'autres élections de façon directe ou indirecte. Pour diverses raisons, ils sont moins médiatisés, mais sont tout aussi importants.

Il s'agit en premier lieu des élections cantonales. Elle défrayent peu la chronique, pourtant la gestion des départements correspond à de vrais enjeux, puisque les budgets à gérer sont colossaux, et depuis la décentralisation version Raffarin, les pouvoirs ont été accrus. Comme pour les municipales, la gauche devrait sortir renforcée et diriger plus de la moitié des départements.

Ensuite, il y a les communautés d'agglomération. Difficiles à appréhender, elles sont peu connues des Français. Pourtant, dans les grandes villes, se sont elles qui ont le vrai pouvoir, et les maires ont souvent les mains liées si le président de l'agglomération n'est pas de la même couleur politique. On voit d'ailleurs que dans certaines villes, les alliances de second tour ont été menées avec cet enjeu en tête. C'est le cas notamment à Lille.

Plus sûrement enfin, ces élections locales risquent d'avoir une forte incidence sur les futures sénatoriales. En effet, à ce scrutin au suffrage indirect, ce sont les grands électeurs qui votent. Ils sont issus des conseils généraux, régionaux et municipaux. Or, la gauche dirige déjà la quasi totalité des régions. Après dimanche, elle pourrait diriger une grosse majorité de départements et voir son influence fortement renforcée dans les villes.

Or, la loi a changé. Avant, le sénat était renouvelable par tiers tous les 3 ans, désormais il est renouvelable par moitié tous les 3 ans. Ce qui veut dire qu'en septembre, la moitié des sénateurs vont être renouvelés par un collège électoral directement issu d'élections favorables à la gauche. L'avance de la droite dans cette assemblée est telle que cela ne devrait pas suffire. Mais, en 2011, l'autre moitié des sénateurs va être renouvelée par le même collège électoral. Ce qui veut dire que si dimanche les élections sont très favorables à la gauche, en 2011, pour la première fois dans l'histoire de ce pays, le Sénat pourrait être à gauche. Nul doute qu'à ce moment les socialistes ne trouveront plus cette assemblée archaïque.

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11 mars 2008

La droite découvre que siphonner l'électorat du Front National a des effets secondaires.

Nicolas Sarkozy, en fin stratège politique qu'il est, avait compris une chose : pour être élu, il faut rassembler le plus possible son camp dès le premier tour. Il lui fallait donc récupérer une partie de l'électorat Front National. Et en tant que ministre de l'intérieur, c'est ce qu'il s'est employé à faire. Le renforcement de la législation sur l'immigration, les discours musclés envers les jeunes, la empathie envers les victimes,n'avaient qu'un but : ramener les électeurs frontistes dans le giron de la droite traditionnelle.

Et au vu des résultats, cela a marché. Il a donc continué  une fois élu président : la France a désormais le triste privilège d'avoir un ministre de l'immigration, les charters se multiplient, le droit est bafoué sous prétexte de protection des victimes, ... Sur les premiers mois de sa présidence, cela lui a permis d'atteindre des sommets de popularité.

Mais aujourd'hui, les choses sont toutes autres. En situation de défiance dans l'opinion, cet électorat venu du Front National, s'il ne retourne pas dans les bras de Jean-Marie Le Pen, a tendance à se réfugier dans l'abstention. Mais dans le même temps, toutes ces postures guerrières ont fait fuir un électorat de droite plus modéré, lequel se retrouve souvent au MODEM.

Or, et c'est là que réside toute la difficulté de la droite aujourd'hui. On voit avec les résultats des municipales, qu'elle n'a plus de réserves sur son extrême-droite. Elle doit donc aller chercher l'électorat du MODEM. Mais celui-ci est beaucoup moins enclin à se reporter sur l'UMP. Une part non négligeable de ses troupes sont des déçus de la gauche.

A gauche, le problème se pose aussi. Sauf que le contexte est différent, puisqu'il y a une montée de l'extrême-gauche, et que le parti socialiste dispose donc ainsi de réserves.

Cette nouvelle situation risque de complètement bouleverser la donne à l'avenir. Pour contrer la montée du Front National, toute la sphère politique s'était déportée sur la droite. Désormais, pour la droite, l'enjeu est au centre. C'est très clair quand on voit les tractations pour les municipales. Quant à la gauche, elle est tiraillée entre le centre et son extrême gauche. A l'instar de ce qui se passe en Allemagne, assisterions-nous à une gauchisation de la société ? Après des décennies de recul, une nouvelle ère de conquêtes sociales s'ouvre-t-elle à nouveau ? Il est trop tôt pour le dire, mais ce qui est clair, c'est que les lignes bougent actuellement.

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