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23 janvier 2010

Gainsbourg (vie héroïque) de Johann Sfar

Attention, il ne s'agit pas d'un film sur Gainsbourg, mais d'un film de Johann Sfar dont le sujet est Gainsbourg. Certes, toutes les scènes du film sont tirées de la vie du chanteur (ou de ses fantasmes), mais Johann Sfar n'a pas fait un biopic traditionnel censé nous mettre la larme à l'oeil dans les moments clés. Il a adapté son propre  imaginaire a celui de Serge Gainsbourg. Et cela donne un film personnel, attachant, plein de trouvailles graphiques et esthétiques.

Le meilleur exemple et cette idée de faire un double de gainsbourg. Un double qui exprime les peurs, les craintes du chanteur, qui lui permet de vaincre sa timidité. Ce double n'est pas ici une fantaisie, il est l'autre face de Gainsbourg. Il permet de comprendre et d'appréhender ce personnage complexe, multiple, terriblement fragile.

Sfar aime profondément Gainsbourg, l'artiste, mais aussi et surtout l'homme. Cela se sent et se voit. Il a trop de respect pour lui pour faire une biographie qui se contenterait de nous raconter des passages de sa vie. Non, ce qu'il veut nous faire aborder, toucher du doigt, c'est la sensibilité du personnage. Gainsbourg n'était pas que Gainsbarre. C'était un génie meurtri par son renoncement au seul art qui ait compté pour lui : la peinture. C'était un amoureux des femmes mais qui ne s'est jamais vraiment remis de sa rupture avec l'une d'entre elle (Bardot évidemment). C'était un homme profondément malheureux qui a passé sa vie à se suicider à petit feu.

Avant ce film Eric Elmosnino était inconnu. Il y a fort à parier qu'il ne va pas le rester très longtemps. Il est Gainsbourg. Jusque dans les mimiques, jusque dans la gestuelle. Autre coup de génie de Johann Sfar, avoir su retranscrire le foisonnement de la scène française dans les années d'après-guerre. On s'amuse de voir Fréhel, Vian, Les Frères Jacques, Brassens, etc. Et puis, il y a toutes ces personnalités connues, tous ceux qui font le show-biz aujourd'hui, qui font juste une petite apparition, autant par amitié pour Johann Sfar que par amour de Gainsbourg : bravo à tous qui ont réussi à repérer Yolande Moreau (facile), François Morel, Philippe Katerine (pas trop dur, mais il chante faux !), Claude Chabrol, Le Quatuor, Mathias Malzieu (là c'est balèze), Riad Sattouf (très balèze) ou encore Thomas Fersen.

Mais, s'il ne faut retenir qu'une seule actrice, il s'agira de laetitia Casta. Elle n'apparaît qu'un quart d'heure, mais quel quart d'heure ! Avec elle, Brigitte Bardot devient sympathique, humaine, presque sublime. La scène où elle apparaît dans le film au bout d'un couloir avec la musique de Initials BB restera pour sûr comme un grand moment de cinéma.

Alors, évidemment, on peut reprocher au film son aspect décousu, ou d'avoir occulté certains moments qui sont restés dans nos mémoires, comme la scène avec Whitney Houston. Honnêtement, ce n'est pas grave car l'essentiel de Gainsbourg est là, dans un film sincère et touchant, une vraie déclaration d'amour à l'oeuvre et à l'homme. Merci Monsieur Sfar, j'attends avec impatience votre prochain film.

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Commentaires
L
Troublant, en effet !
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M
j'ai revu le film en DVD et à la fin ça se termine sur le fils de gainsbourg, lucien. il est noté "à lucy". Sur le moment je me dis "lucien" ils ont mis "lucy" !et puis la réalité me revient et je pense à lucy gordon, mort troublante et si innacceptable. Et tout d'un coup, le fait que lucien (serge) soit mort, et que lucy le rejoigne m'ont perturbée. Les deux L.G. lucien et lucy. Je me demande si d'autres y ont pensé ! je trouve ça extrêmement troublant.
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