Instauration d'un service minimum dans les transports publics.
Notre vénéré président a annoncé hier soir, avec force conviction; la création d'un service minimum dans les transports publics, le principal visé étant évidemment la SNCF. Encore faut-il réellement savoir de quoi il s'agit, et ne pas véhiculer des mensonges et des inepties, malheureusement grandement répandus dans les médias et dans l'opinion.
Certes, je déplore comme beaucoup, et ce d'autant plus que je suis concerné, la gêne occasionnée pour les usagers à chaque mouvement dans les transports. Mais, vous remarquerez que je n'ai pas employé les termes de victimes ou d'otages. Car de quoi parle-t-on ? Avant de pointer du doigt de façon systématique les syndicats (et je veux bien admettre qu'ils parfois loin d'être exempts de tout reproche), pourquoi l'entreprise publique SNCF et l'Etat Français n'assument jamais leur part de responsabilité dans les conflits ? Pourquoi l'entreprise publique ne profite jamais du préavis de grève pour lancer des négociations avant les conflits, tel que la loi l'y oblige normalement ? Pourquoi l'Etat n'emtame-t-il pas une vaste consultation avec les syndicats et les fédérations d'usagers, sur une amélioration du service et des conditions de travail ? Il faut dire que cela nécessiterait probablement des moyens financiers et humains autrement plus importants qu'aujourd'hui, qu'un gouvernement qui a le secret espoir de privatiser un jour la SNCF ne peut envisager.
Non,plutôt que d'investir pour l'avenir de l'entreprise, et pour le maintien d'un service public de qualité sur l'ensemble du territoire, l'Etat préfère se battre sur l'idée d'un service minimum, au risque de porter atteinte au droit de grève (mais est-ce vraiment un risque ou une volonté délibérée ?). Il faut tout de même signaler, que pour les principales fédérations d'usagers, le service minimum n'est pas une priorité, au contraire de la sécurité des voyageurs, de la fermeture des petites gares au profit du TGV qui rapporte de l'argent, de la suppression de trains et de lignes peu rentables mais nécessaires à l'économie d'une région.
Et puis, qu'entend-on par service minimum ? Si on considère, qu'à l'exception des grèves de 1995, les cheminots et employés des transports publics ne sont jamais tous en grève, il y a donc toujours des trains qui circulent.
On veut également obliger les agents à se déterminer gréviste ou non deux jours avant le début du conflit. Mais dans quel but ? Pour leur exercer plus de pression ? On voudrait les pousser à la grève, on ne ferait pas autrement, puisqu'on les oblige à se déterminer avant la fin de la durée du préavis qui est normalement conçu pour négocier afin d'éviter les conflits. J'en conclu qu'au plus haut niveau de l'Etat, on ne juge pas nécessaire de négocier pour résoudre les problèmes, mais juste d'éviter les grèves.
Ensuite, on veut imposer un vote au bout de 8 jours afin qu'une majorité décide ou non de continuer le mouvement. Sachant évidemment qu'en amont tout aura été fait pour diviser les salariés et rien pour résoudre le conflit. Je rappelerais cependant qu'avant la légalisation du droit de grève, les employés et salariés faisaient quand même grève.
Enfin, on voit bien que Mr Sarkozy n'a jamais été dans l'obligation de faire grève pour défendre ses droits ou son travail, sinon il saurait que les jours de grève ne sont pas payés. Quand on parle de paiement des jours de grève, il s'agit de la négociation d'un accord entre syndicats et employeurs pour que le retrait sur le salaire soit échelonné dans le temps.
Évidemment, toutes ces mesures seront populaire. Et j'avoue que parfois, je ne comprends pas toujours les motifs de grève. Cependant, il faut bien se rappeler que dans les années 60 et 70 (et avant évidemment), c'est dans le secteur privé qu'avaient lieu les plus grandes grèves. Aujourd'hui, les conditions des salariés du privé se sont tellement dégradées qu'ils ne peuvent plus. Toutes ces personnes qui se réjouissent du bon tour joué aux cheminots, devraient se rappeler qu'en 1995 beaucoup d'entre elles ont fait grève par procuration. Et ont fêté la victoire des cheminots.