Les Verts sont-ils un frein à la prise de conscience écologique ?
Depuis les élections européennes de l'année dernière et le score à deux chiffres inattendu de la liste portée par Yannick Jadot, l'écologie politique a le vent en poupe dans notre pays et élections après élections fait de notables poussées. Il faut s'en réjouir, parce que bien avant la crise sanitaire et la crise économique qui menace, le dérèglement climatique doit être la première de nos préoccupations.
Pour autant, engranger des succès électoraux veut aussi dire prendre la direction d’exécutifs importants (en l'occurrence certaines des plus grandes villes françaises) et donc ne plus manier seulement le ministère de la parole, mais être en mesure de poser des actes. Le moins que l'on puisse, c'est que les premières mesures prises par certains maires écologistes ont de quoi surprendre. Certes, l'opposition au Tour de France ou l'interdiction des sapins de Noël sur la voie publique sont avant tout symboliques et la politique est aussi faite de symboles (même beaucoup), mais ce sont des symboles très fortement populaires auxquels les Français sont très attachés, et particulièrement en province et dans les zones rurales. Dans le cas du Tour de France, malgré tous les scandales de dopage, c'est un de nos derniers éléments de fierté nationale.
Evidemment que les problèmes mis en avant par les écologistes sont justes, mais sont-ils politiquement fondés ? L'urgence aujourd'hui est de convaincre le plus de gens possibles de l'urgence environnementale, et notamment les classes populaires sans lesquelles rien ne pourra se faire dans ce domaine. L'important est d'arriver à expliquer que les catastrophes écologiques et les inégalités sociales sont les deux faces d'un seul et même problème : la folie capitaliste et la prédation de quelques uns au détriment du plus grand nombre.
En s'en prenant dès le départ à des totems populaires, certes symboliques mais qui ne revêtent aucun caractère primordial ou d'urgence, le risque est grand pour ces nouveaux maires de renvoyer l'image d'élus issus de la bourgeoisie des grandes villes coupés des aspirations des classes populaires. En clair, ils donnent crédit aux populistes dans leur discours renvoyant les élites contre le Peuple.
C'est d'autant plus dommage que dans le même temps, ces mêmes élus écologistes associés à une grande partie de la gauche politique et associative, posaient un acte fort en réclamant un moratoire sur l’implantation de la 5G dans le pays. On avait là un concentré de ce que peut et doit être le rôle d'élus écologistes : des guides nous poussant à la réflexion et à la remise en cause de notre mode de vie et de notre société. On peut regretter le télescopage entre les décisions des maires et cette demande de moratoire parce qu'à la lecture d'un sondage, on s'aperçoit que l'immense majorité des Français sont prêts pour le débat sur la 5G (et donc sur notre mode de vie). Pour peu qu'on ne les brusque pas et qu'on les respecte.