Frédéric Lefebvre et la presse : je t'aime moi non plus !
Avec la succession de polémiques actuelles, la ligne de défense de la droite est claire : il s'agit d'une cabale contre le pouvoir montée par la presse. Et c'est l'artilleur en chef de l'UMP, Frédéric Lefebvre qui s'y colle. On peut trouver un peu partout la vidéo de son interview par Jean-MichelJean-Michel Apathie. Ce serait risible si ce n'était pas un énorme mensonge qui cherche à dissimuler une vérité bien plus cruelle : Ce gouvernement menace gravement la liberté d'expression. On n'en est pas encore à la situation italienne, où le président du conseil va jusqu'à porter plainte contre les rares journaux qui osent lui résister. Pour autant, je crois qu'il est utile de faire un petit rappel à Mr Lefebvre.
L'Etat est l'actionnaire unique de tout le service public audiovisuel, soit la totalité des chaînes du groupe France-télévisionFrance-télévision, l'ensemble de Radio France, auxquels il faut rajouter l'audiovisuel extérieur (RFI, France 24). L'Etat est censé garantir la liberté d'expression de ces moyens d'expression. Rappelons simplement que le président de la République nomme directement les PDG des différents groupes. Rappelons aussi que la directrice des programmes politiques de France 2, s'est fait vertement rappeler la façon dont elle doit exercer son métier lors de la dernière interview du président. S'il y a une cabale contre le gouvernement, on voit mal comment elle pourrait venir de ce côté-ci.
Du côté du secteur privé, alors, mais malheureusement, la situation n'est guère plus réjouissante. La première chaîne de télévision française appartient à Martin Bouygues, un très proche du président : sur TF1, les risques de débordements sont bien circonscrits. Il en est de même pour Europe 1qui a pour principal actionnaire le groupe Lagardère, dont le président Arnaud Lagardère a un jour déclaré qu'il considéré Nicolas Sarkozy comme son frère. Quant aux autres principales radios (RTL, RMC), soumises à la publicité et à la guerre d'audience, on les voit mal prendre le risque de se mettre à dos des annonceurs aussi importants que l'Etat, Bouygues où les principaux groupes de distribution dont chacun sait que les intérêts économiques penchent du côté de l'extrême-gauchel'extrême-gauche.
Il y a bien encore la presse papier, avec certains journaux qui restent indépendants (L'Humanité, Le Canard Enchaîné, Politis, Les InrockuptiblesInrockuptibles), mais leur situation économique est très difficile, et leur impact sur la population moindre (excepté le Canard peut-être). Pour le reste, Le Figaro appartient au groupe Dassault, et il suffit de le lire pour se rendre compte que ce journal est à l'UMP ce que la Pravda était à l'URSS. Le groupe Bolloré, dont le PDG, Vincent Bolloré est lui aussi un proche, possède une bonne partie des journaux gratuits. Quant à la presse régionale, elle prend bien soin depuis des décennies, de s'occuper prioritairement d'actualité... régionale.
Il y a bien ici ou là quelques poches de résistance, mais bon, globalement les moutons sont bien gardés. Et cela Monsieur Lefebvre ne l'ignore pas. C'est donc un gros mensonge qu'il a commis sur RTL, à moins qu'il ne visait autre chose : internet.
Eh oui ! Parce que si le pouvoir contrôle peu ou prou les médias traditionnels, tel n'est pas le cas sur la toile. Je ne parle même pas des milliers de blogs où la liberté d'expression est totale. Il suffit de regarder tous ces nouveaux sites d'information qui éclosent (Rue 89, Mediapart, Arrêt sur image, Bakchich, Slater, Marianne 2, etc.). Là réside une vraie impertinence journalistes, un vrai questionnement au quotidien sur les sujets qui fâchent. Le problème du pouvoir, c'est la montée en puissance de ce moyen, qui est maintenant bien plus influent que la presse papier. D'ailleurs, les grands journaux ne s'y trompent pas qui publient régulièrement sur leurs sites des articles bien plus virulents que dans le format papier (c'est souvent le cas pour Libération, mais même Le Monde s'y met).
Et Monsieur Lefebvre n'est pas dupe de cet état des choses. Car sa sortie médiatique arrive à la suite de plusieurs autres responsables de la majorité (Mr Copé particulièrement), qui visaient explicitement Internet et sa trop grande indépendance. De la parole aux actes, on sait qu'avec l'UMP il n'y a jamais très loin, on est donc en droit de craindre une tentative de remise au pas du web.
Cela pourrait s'avérer difficile, au moins techniquement, d'où la volonté actuelle de décrédibiliser internet, pour essayer d'en diminuer l'influence. En attendant, la liberté d'expression a encore sa petite fenêtre : utilisons-làutilisons-là.