27 mars 2009
Interessants résultats des élections professionnelles à la SNCF.
Les élections professionnelles à la SNCF ne manquaient pas d'intérêt. D'abord parce qu'elles sont toujours un baromètre intéressant pour juger du climat social, ensuite parce que la SNCF sera la première entreprise publique à appliquer les nouvelles règles de représentativité syndicale définies par la loi.
Ces règles, voulues par la CGT et la CFDT sont sources de contentieux avec les autres centrales. Pourtant, elles sont l'une des rares bonnes réformes de l'ère Sarkozy. Désormais, il faut au moins 10 % des voix pour être représentatif, et pour être validés, les accords d'entreprise doivent être signés par des syndicats représentants au moins 30 % des voix. En outre, il est possible de dénoncer un accord, à condition de peser au moins 50 % des suffrages. Grâce à la nouvelle législation, un accord ne pourra plus s'appliquer s'il n'est signé que par une organisation ultra-minoritaireultra-minoritaire. A partir de maintenant, les pouvoirs publics comme les syndicats seront obligés de rechercher un minimum de consensus. C'est une excellente chose pour la démocratie dans l'entreprise.
A partir de ces nouvelles règles, les résultats des élections indiquent des bouleversements profonds. On constate d'abord une baisse du taux de participation, comme pour les élections prud'hommales, même si les trois quarts des salariés se sont déplacés. Ensuite, même en légère baisse, la CGT conserve largement sa première place, avec 39 % des voix. SUD figure parmi les grands gagnants du scrutin avec une progression de près de 3 %, même s'il perd sa seconde place. SUD et la CGT sont historiquement les syndicats les radicaux de l'entreprise, or, à eux deux ils disposent de la majorité de blocage, cela augure de belles bagarres pour l'avenir. En outre, la forte progression de SUD, fort décrié par la presse et la classe politique après le mouvement de la gare Saint-Lazare, indique une radicalisation des employés, radicalisation que l'on a aussi entrevu dans les cortèges du 19 mars, et qui sonne comme un avertissement pour le gouvernement.
C'est l'UNSA qui ravit la seconde place, et qui obtient la plus forte progression avec 18 %. J'y vois comme un signe de défiance envers les grandes centrales syndicales dont la stratégie est loin d'être claire. La CFDT, qui pour l'occasion s'était raliée à la FGAAC obtient un décevant score de 11 %. Ce syndicat continue de payer son attitude conciliante à l'égard du pouvoir. Face à un pouvoir intransigeant, l'heure n'est apparent plus à la négociation pour les cheminots. Quant aux autres syndicats, FO, allié à la CGC, progresse légèrement, et la CFTC chute de 3 %, mais les deux syndicats, ne sont désormais plus considérés comme représentatifs dans l'entreprise.
La nouvelle loi permet visiblement de clarifier les choses, mais avec deux syndicats revendicatifs en position de force et deux syndicats réformateurs très minoritaires, la partie va être serrée pour la direction de l'entreprise et pour le pouvoir.
21 mars 2009
Mais que font les syndicats ?
Après les importantes manifestations du 19 mars, nous étions nombreux à espérer que les syndicats donneraient une suite rapide au mouvement. Leur réunion dès le lendemain laisser d'ailleurs libre cours à cet espoir. Las, 4 heures de réunion pour décider qu'il était urgent d'attendre, tout juste se reverront-ils dans 10 jours.
Il y a bien évidemment derrière cette hésitation la volonté de maintenir l'unité syndicale coûte que coûte. Il faut bien reconnaître qu'elle a facilité le succès des journées de manifestation. Mais l'unité n'est pas une fin en soi, et ce n'est pas elle qui améliorera les conditions de milliers de Français, elle ne suffira pas non plus à mettre un frein aux abus du patronat, ni à contrecarrer des réformes contraires à l'intérêt public.
Tout le problème est là. L'unité se fait sur un accord minimal entre centrales syndicales car sur l'essentiel, elles sont en profond désaccord les unes avec les autres. Il n'y a pas d'entente sur les revendications, mais pas non plus sur les moyens d'actions. Il y a celles qui veulent favoriser la négociation, faire passer quelques avantages au risque de céder sur l'essentiel. Il y a celles qui sont beaucoup plus revendicatives et prônent une attitude beaucoup plus radicale.
Cependant, à l'exception de SUD, il y a au moins une chose sur laquelle elles sont d'accord : la crainte d'être débordées par les partis de gauche radicale qui poussent à l'affrontement. Les propos véhéments de Mr Chérèque envers Olivier Besancenot prouvent cette crainte.
Attention, parce que cette posture ambiguë présente de nombreux dangers. Le premier étant d'apparaître comme les garants d'un système dont visiblement beaucoup de Français ont compris les limites. Le second, de se couper définitivement des masses laborieuses. Il ne faut pas oublier que les syndicats sont faiblement implantés dans notre pays, et que leur situation est fragile. Le troisième danger vient du temps qui joue pour le gouvernement, plus les syndicats sont longs à la détente, plus le pouvoir en place occupe le terrain.
Jeudi dernier, il suffisait d'écouter les slogans, de lire les affiches pour comprendre que nous n'étions pas dans un mouvement social traditionnel. Les revendications sont clairement politiques. Ce qu'ont exprimés les millions de Français dans la rue, c'est tant un malaise social qu'une volonté d'en découdre avec un pouvoir que beaucoup, de plus en plus nombreux, exècrent. La grève du 19 mars était politique. Il s'agit d'un affrontement entre ceux qui veulent maintenir un système en place, la droite, le patronat, une partie de l'opposition, et cette part importante des Français qui ont compris qu'avec la crise nous avions changé d'ère. A trop tergiverser, à ne pas vouloir entrer dans ce combat, les syndicats prennent le risque de se retrouver dans le premier camp.
18 mars 2009
Et après le 19 mars ?
D'ores et déjà, la question n'est plus de savoir si le 19 mars sera un succès ou pas. Le nombre de manifestants sera très important, il ne peut en être autrement tant le sentiment d'injustice est fort. Non, la vraie question qui se pose désormais est de savoir ce qui se passera ensuite, puisqu'il est aussi acté que le gouvernement ne changera pas sa politique.
Pour beaucoup, dont je suis, l'exemple à suivre est celui de la Guadeloupe : une grève générale massive jusqu'à obtention de satisfaction. L'histoire de notre pays regorge d'exemples où cette tactique a été payante. Mais en cette période de crise économique aigüe, où le chômage et la précarité rôdent pour beaucoup de Français, il est difficile de s'installer dans un conflit durable, pourtant souhaitable.
En outre, l'attitude de certains partenaires sociaux porte à caution. Certes, c'est l'unité syndicale, si rare dans notre pays, qui permet le succès des journées de manifestation et de grève. Mais cette unité est aussi la faiblesse du mouvement actuel, certaines centrales syndicales ne s'engageant que sur des mots d'ordres modérés, donnent l'impression d'agir en garants de la paix social et d'éviter toute explosion incontrôlée. En cela, ces leaders syndicaux sont complices du pouvoir.
Cependant, plus le temps passe, plus la colère devient immense et risque à terme d'être difficilement maîtrisable. Que ce soit les étudiants, les salariés de Continental ou de Sony, des manifestations de violence se font jour. De plus en plus il y a une incompréhension face à l'attitude des syndicats, et ceux-ci risquent d'être dépassés par la base. Comme ce fut le cas lors des manifestations anti-CPE.
Un tel dépassement est aujourd'hui possible et facilité par la faiblesse des principales organisations syndicales. Je crois effectivement que les prochains mois peuvent déboucher sur un mouvement d'ampleur. Mais attention, ce ne serait pas sans danger.
Le premier risque réside dans l'inconnu. L'histoire démontre que le pire est souvent ce qui arrive dans des périodes troublées. Un mouvement d'importance pourrait donc déboucher sur un durcissement du pouvoir. En outre, si les syndicats et les principaux partis politiques s'avéraient dépassés, cela serait grandement préjudiciable pour le futur, décrédibilisant durablement ces organisations, laissant ainsi le terrain libre à la droite et au patronat.
Au final, je suis partisan d'un mouvement d'ampleur, mais accompagné par les forces syndicales, au moins celles qui sont vraiment revendicatives, ce qui permettrait de renvoyer les autres à leur responsabilités. Je crois donc qu'après le 19 mars il faut que les salariés fassent pression sur les directions syndicales, même si cela doit aboutir à la fin de l'unité.
13 mars 2009
Face à l'autisme du pouvoir, le risque de radicalisation est réelle.
La période que nous vivons est singulière par de nombreux aspects. Habituellement en temps de crise, les gens ont tendance à se replier sur eux-mêmes, les revendications politiques ou sociales, l'expression des colères, tout cela est mis sous l'éteignoir. Cette fois-ci, il se produit le contraire, le mécontentement est très fort, et les manifestations sont fréquentes, populaires et très suivies.
On peut expliquer cela de plusieurs façons. Il y a en premier lieu un fantastique sentiment d'injustice ; Les banques et les grands patrons ont provoqué le marasme économique que nous connaissons, par leurs mauvais choix, et par une philosophie du toujours plus de profit suicidaire pour la société ; Pourtant, les états ont débloqué des milliards pour leur venir en aide, quand il n'est pas possible de décréter une augmentation des salaires pour soulager les souffrances des citoyens de base.
Ces derniers jours, ce sentiment d'injustice s'est encore renforcé avec l'attitude incompréhensible de certains grands groupes, qui annoncent des bénéfices records et licencient, ou bien ne respectent pas leurs engagements. Que se soit Total ou Continental, ces annonces sont scandaleuses, et comme pour une fois, le désarroi ouvrier a été très bien relayé médiatiquement, on imagine parfaitement leur effet sur l'opinion publique. D'autant plus que ces deux entreprises ne sont pas des cas isolés ; un peu partout en France, il y a aujourd'hui des salariés qui se battent contre des licenciements ou des délocalisations, sans que cela ne fasse la une des médias.
L'attitude du chef de l'état attise aussi les mécontentements. Il a fallu quelques heures seulement à Mr Sarkozy pour secourir les banquiers, et plusieurs semaines avant de répondre aux guadeloupéens. Les Français découvrent un chef de l'Etat sourd à leurs revendications légitime, mais qui en plus leur apparaît comme complètement éloigné de leurs préoccupations. Ils ne se reconnaissent plus dans cet homme qui ne se déplace qu'accompagné de centaines de CRS, s'octroie des vacances de luxe au Mexique dont le financement est obscur, légifère en permanence, restreint les libertés.
Tout cela fait donc que cette crise débouche sur une colère immense qui devrait s'exprimer le 19 mars. Mais attention, car l'on constate aussi un autre phénomène : le jusqu'au-boutisme et la radicalité des mouvements en cours.
Les mouvements aux Antilles ont été longs et violents, mais nos compatriotes ultra-marinsultra-marins n'ont rien lâché. Dans les universités, le conflit dure depuis des semaines et ne faiblit. C'est d'ailleurs tout le monde de l'éducation qui ne désarme pas. Face à un pouvoir qui est de plus en plus intransigeant, la rue à son tour ne transige pas. Pour l'instant les syndicats canalisent peu ou prou leurs troupes. Mais attention, nombreux sont les salariés de base qui ne comprennent pas la stratégie des grandes centrales et qui veulent en découdre. Le risque est grand qu'elles soient dépassées.
La journée du 19 mars sera probablement très suivie. La responsabilité des syndicats sur la suite à donner n'en sera que plus grande ; et ils n'ont pas le droit à l'erreur sous peine de laisser s'exprimer d'une autre manière un désarroi et une amertume immenses.
18 février 2009
Nicolas Sarkozy, président de l'obstination, du mépris et de l'improvisation.
Les périodes de fortes tensions sociales agissent souvent comme des révélateurs sur nos principaux dirigeants. Mai 68 a montré aux yeux des Français à quel point le général De Gaulle était vieux et dépassé, les manifestations pour "l'école libre" de 1984 ont consacré le renoncement de François Mitterand à mener une vraie politique de gauche, renoncement il est vrai déjà commencé avec la politique de rigueur, quant à Jacques Chirac, les grèves de 1995 scelleront définitivement son premier mandat quelques mois seulement après son investiture, le renoncement sera sa marque de fabrique ensuite.
Moins de deux ans après son arrivée à l'Elysée, Nicolas Sarkozy est assurément soumis à un révélateur de cet acabit. Le peuple Français est en train de découvrir la véritable personnalité de celui qu'il a élu. Et cela n'est guère réjouissant, car ce qui avait surtout guidé Mrs Mitterand et Chirac dans leurs reculs face à la rue, c'est cette volonté farouche de conserver un lien malgré tout avec le peuple, de se comporter en élu de tous les Français.
Force est de constater que cette dimension est complètement absente chez Nicolas Sarkozy. Depuis 20 mois, il mène une politique délibérément inégalitaire au nom du libéralisme économique, et alors même que de plus en plus de voix se lèvent dans toutes la société pour le supplier de revenir sur celle-ci. Il s'arc-boute sur ses principes, une relance par l'investissement qui a le grand avantage de ménager les amis qui ont aidé à son élection, mais qui a pour désagrément principale de faire perdurer une politique qui est à la base de la crise. Nicolas Sarkozy s'obstine, donnant ainsi l'impression d'être un président autiste, coupé des Français. Il prend donc le risque de créer des tensions importantes pouvant déboucher sur de graves conflits sociaux. C'est déjà le cas en GuadeloupeGuadeloupe.
La GuadeloupeGuadeloupe, justement symbolise à elle seule, l'autre trait fondamental du caractère présidentiel : le mépris face à ceux qui ne pensent pas comme lui, particulièrement s'ils sont pauvres. Ce mépris s'est matérialisé par un délai incroyablement long avant de prendre acte de la gravité de la situation dans les îles françaises. Mais au-delà de ce conflit ultra-marinultra-marin, les attaques judiciaires successives contre ceux qui ont eu l'outrecuidance de manifester leur colère dans des termes qui déplaisait au président, ces attaques expriment le dédain de Mr Sarkozy envers la nécessaire liberté d'expression.
Enfin, dans le but de maintenir sa politique coûte que coûte, et surtout dans un refus d'écoute des autres, opposition, syndicats, professionnels, et même des membres de sa propre majorité, Nicolas Sarkozy improvise, colmate les brèches, essaie de gagner du temps. Alors que les plans de relance américains, anglais ou espagnols sont conséquents et vont dans le sens d'un rééquilibrage nécessaire des richesses, celui de la France est ridiculement faible et favorise les fautifs de la crise. Plutôt que de revenir en arrière, le gouvernement français s'entête, fait des annonces régulières, pour aider l'industrie automobile, les chômeurs, ou encore les classes moyennes. Tout cela donne l'impression d'exécutif sans aucune ligne de conduite, qui pilote au jour le jour, essayant de faire face à une crise dont il n'a compris ni l'ampleur, ni les raisons.
C'est donc cet homme là, obstiné, méprisant, sans direction qui va recevoir les syndicats. Il ne faut rien attendre de cette réunion, Nicolas Sarkozy n'étant pas psychologiquement capable de renier sa politique, et les politiques forts de la mobilisation du 29 janvier, ne peuvent se permettre de lâcher sur l'essentiel, une relance du pouvoir d'achat. Gageons que leurs divisions réelles sur la politique à mener ne réapparaîtront pas avant le 19 mars.
Que ce soit en GuadeloupeGuadeloupe, ou en Métropole, on a l'impression que le pays pays s'enfonce inexorablement dans la dépression, une dépression qui pourrait déboucher sur un chaos social s'il n'y a pas une prise de conscience rapide de la part du pouvoir.
10 février 2009
Comment justifier le choix du 19 mars pour une nouvelle manifestation nationale ?
Les syndicats ont décidé de maintenir la pression sur le gouvernement en appelant à une nouvelle journée de manifestations le 19 mars. Le choix de la date fait évidemment débat : un mois après la rencontre avec le chef d'Etat, le risque est grand de voir le soufflet retomber et de ne pas profiter des luttes en cours ainsi que de l'exaspération réelle des Français.
L'interrogation est d'autant plus forte que les modalités d'actions ne sont pas définies (grève ?) et que l'on connaît la tendance qu'ont certains syndicats à trahir les salariés pour quelques biscuits insignifiants glanés ici ou là. Il est assurément dommage de ne pas profiter de la vague du 29 janvier. Pourtant, une fois passée la déception de ne pas retourner immédiatement au combat, on peut trouver quelques bons arguments pour justifier la stratégie syndicale :
1) Ce qui a présidé à ce choix est la volonté de maintenir coûte que coûte l'unité syndicale. Si le 19 mars cette unité existe encore, elle ne peut que renforcer la mobilisation. La pression n'en sera ainsi que plus forte sur le gouvernement.
2) Réussir un gros mouvement d'envergure ne se prépare pas en quelques jours. En se laissant un mois, les syndicats se donnent du temps pour mobiliser les troupes.
3) Il faut se souvenir de l'exemple du CPE où il y a eu un mois d'écart entre les deux premières manifestations. La première s'étant d'ailleurs soldée par une mobilisation relativement faible. On a vu ce qu'il en a été par la suite.
4) La date du 19 mars permet d'éviter les vacances scolaires, peu propices aux mouvements d'envergure. En choisissant ce moment là, les syndicats laissent la possibilité aux étudiants et aux lycéens de rejoindre le mouvement en nombre.
5) Cet argument dépasse les syndicats, mais il ne faut pas oublier que ces dernières années ilsont souvent été dépassés pas leurs bases. Il ne faut donc pas exclure que sous la pression des luttes déjà existentes (universites, Antilles, ...), voire d'autres encore à venir, le mouvement prenne de l'ampleur, et qu'ainsi le 19 mars apparaisse comme le point de convergence de toutes les luttes.
En tout cas, ce qu'il faut retenir, au-delà de la déception de devoir encore attendre un mois, c'est que les syndicats restent unis, et qu'il y aura des suites au 29 janvier.
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30 janvier 2009
Quelques réflexions après la grève du 29 janvier
Au-delà des querelles de chiffre, il est une certitude sur laquelle tout le monde s'accorde : la journée du 29 janvier s'est soldée par un franc et massif succès pour les centrales syndicales. Seulement, cette réussite ne résoud rien. Au contraire, les questions qui se posent aujourd'hui sont nombreuses.
Quelles réactions de la part de l'Etat ?
A en croire les premières réactions, l'Etat à bien conscience désormais qu'il marche sur des oeufs. Il y a une volonté apparente de calmer le jeu, et de fait le chef de l'Etat a mis sous l'éteignoir son discours bravache et péremptoire. Seulement, il n'y a que le discours qui se calme. Pas la politique. Le désir de mener à terme les réformes injustes sources de colère est toujours là. Apparemment, derrière l'apaisement, il y a bien l'intention de passer en force et de continuer à jouer sur le rapport de force. C'est risqué, mais Nicolas Sarkozy sait que la division syndicale et la faiblesse de l'opposition jouent pour lui. Il sait que cela ne durera pas éternellement, il a donc peu de temps pour agir.
Quelles suites les syndicats vont-ils donner au mouvement ?
Le plus dur reste à faire pour les syndicats : réussir à matérialiser les mécontentements. Cela sera très dur, car derrière l'unité historique affichée hier, il y a de profondes divisions. La CFDT, par la voix de son leader à d'ores et déjà annoncé qu'elle n'envisageait pas de suites. De fait, la plupart des centrales sont divisées entre une base très remontée et un sommet plus prudent. Mais, en plus des moyens d'action, il y a aussi des divisions sur le fond. La mobilisation d'hier s'est faite sur un mot d'ordre très général, qui a pour conséquence qu'aucune revendication précise ne s'est détachée des cortèges. Le mouvement syndical est donc confronté à une double difficulté : d'un côté la nécessité de ne pas laisser retomber la formidable mobilisation d'hier, et donc donner une suite, de l'autre trouver des revendications fédératrices.
Qu'ont réellement voulu dire les Français ?
Enormément de choses, d'où la difficulté des syndicats pour donner une suite. Ils ont d'abord voulu crier leurs peurs face à la crise, mais aussi leur ras le bol d'une politique inégalitaire. A cela, il faut rajouter un profond sentiment d'injustice : ce qui s'est exprimé hier, c'est avant tout de la colère.
Jusqu'où sont-ils prêts à aller ?
C'est la question de base. Si on en croit la mobilisation moindre que prévu dans la fonction publique, et le fait que beaucoup dans le privé ont utilisé des RTT ou des congés pour aller à la manifestation, un mouvement de grève générale semble peu crédible. Pourtant, la colère est là, et il faudra soit que le gouvernement réussisse à la contenir par des réformes et un changement de politique, soit qu'elle s'exprime de toutes façons. Le plus probable, c'est que l'on assiste à de multiples mouvements locaux, souvent très violents.
A mon humble avis, la France vient de rentrer dans une période nouvelle de son histoire sociale. Il y a peu de chances que l'on assiste à de grands mouvements type 36 ou mai 68, par contre nous rentrons dans une période de turbulences sociales qui risque d'être longue, d'autant plus que nous n'avons pas la bonne personne au pouvoir pour répondre aux angoisses des Français.
PS : on trouve une analyse intéressante à cette adresse :blogajef.blog.lemonde.fr/
25 janvier 2009
Quelles revendications pour la grève du 29 janvier ?
La grève et les manifestations du 29 janvier risquent d'être très suivis. Si on en croit un sondage publié dans le Parisien, elles seront également très populaires (69 %), ce qui en dit long sur la popularité de ce gouvernement. Mais, comme souvent lors de tels mouvements, les revendications ne sont pas toujours claires pour beaucoup de personnes, empêchant nombre d'entre elles de se reconnaître dans cette action. Pourtant, ces revendications existent bien, et sont même particulièrement pertinentes. On les trouve sur le texte d'appel à la grève et à la manifestation disponible sur les sites des grandes centrales syndicales :
TOUS A LA MANIF LE 29 JANVIER
04 décembre 2008
Faible participation et hausse des syndicats les plus revendicatifs aux élections prud'homales.
Ne nous voilons pas la face, la très faible participation aux élections prud'homales, dans un contexte de crise aigües, est une vraie déception. D'autant plus que les conseils de prud'hommes, spécificité française unique en Europe, sont vraiment un outil formidable pour faire respecter le droit des travailleurs, dans un pays où ils sont autant méconnus que bafoués.
On peut voir de multiples explications à cette abstention massive, comme la conséquence logique du faible taux de syndicalisation dans ce pays, ou la méconnaissance par nombre de salariés de ce que sont les Prud'hommes et à quoi ils servent. D'ailleurs, leur dénomination peu claire n'encourage pas à la compréhension. Mais, cependant, je vois deux raisons majeures au peu d'intérêt suscité par le scrutin.
La première réside dans l'attitude des syndicats, obnubilés par les élections au moment même où les salariés subissent de plein fouet la récession et ses corollaires : montée du chômage, de la pauvreté, gel des salaires, etc. On a peu entendu les leaders syndicaux s'exprimer sur la crise, laissant l'impression d'une véritable déconnexion entre les angoisses des Français et les réponses syndicales.
La seconde est plus insidieuse et concerne le gouvernement. Si on a beaucoup vu l'ineffable ministre du travail Xavier Bertrand appeler au vote la dernière semaine, c'est probablement pour masquer que bien peu a été fait pour encourager les salariés à se déplacer. Quelques jours de communication pour faire comprendre un scrutin complexe, c'est bien peu. De même, on s'aperçoit que partout ou des bureaux de vote ont été installés dans les entreprises, la participation dépasse les 50%. Pourquoi cela n'a-t-il pas été généralisé ? Il faut évidemment relier cela aux attaques régulières dont sont victimes les Conseils de Prud'hommes ces dernières années de la part du gouvernement : fermetures de tribunaux, baisse sensible des moyens de fonctionnement. Je ne suis pas sûr que cette institution ait réellement l'aval du pouvoir et que cette faible participation ne soit pas finalement vue d'un bon oeil en haut lieu.
Pourtant, même s'il y a eu peu d'électeurs, il y a quand même eu un scrutin ; et les résultats sont intéressants. Si la CGT reste le premier syndicat Français avec 34 %, pour la première fois depuis 1979, son score est en hausse. De même, les groupes Solidaires, même s'ils n'obtiennent que 4 % font une percée significative à l'échelle nationale. Le message qu'ont donc voulu envoyer une part importante des salariés est qu'il faudra donc compter sur eux pour défendre leurs droits malgré la crise. A l'inverse, tous les autres syndicats dits réformateurs sont en baisse, et particulièrement la CFDT, qui paye ses différentes trahisons et le manque de lisibilité de sa ligne (Chérèque ces derniers jours avait un discours bien plus offensif que d'habitude). Enfin, il semble que les patrons aient sensiblement plus voté. Je n'en connais pas les résultats, mais peut-être peut on y voir un signe d'une fronde contre l'hégémonie du MEDEF. Si tel était le cas, se serait une bonne nouvelle.
30 mai 2008
Il ne faut pas toucher aux 35 heures.
C'est Jean-Claude Mailly, le responsable du syndicat FO, qui avait raison. Le soi-disant couac de la majorité sur les 35 heures n'en était pas un. L'avant-projet de loi concocté par le ministre du travail Xavier Bertrand a bien pour objet de les détricoter et d'y mettre fin.
Ce que prévoit la future loi, c'est que les contingents d'heures supplémentaires pourront être négociés entreprises par entreprises. Même si cela se fait dans le cadre de la nouvelle organisation des relations avec les partenaires sociaux (les accords doivent signés par des syndicats représentants 30 % des salariés), la faiblesse des syndicats est telle que le patronat aura quasiment champ libre.
Ce qui veut dire que demain, il est probable que de nombreux salariés soient contraints de travailler jusqu'à 48 heures par semaine, (maximum autorisé par l'Union européenne) sous prétexte de faire des heures supplémentaires . Et surtout que cela soit la première pierre d'une casse plus large du code du travail.
On voit le danger pour le monde du travail. A cela, il faut rajouter la méthode, entièrement basée sur l'hypocrisie et le mensonge, puisqu'il y a moins d'une semaine le président de la République et son ministre du travail assuraient vouloir garder les 35 heures.
Les syndicats ont déjà prévu une réaction qu'ils espèrent forte, les salariés n'avaient pas besoin de cela pour être en colère contre ce gouvernement. En plus de jouer aux pyromanes, Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand viennent de donner la preuve que leur parole ne valait rien. Ce qui pour des dirigeants politiques est grave.