rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

05 décembre 2009

Sarkozy, entends-tu cette colère sociale qui monte ?

Les immenses manifestations de janvier et mars dernier laissaient augurer d'un printemps social chargé. Las ! la stratégie incompréhensible des syndicats, leur division et l'absence d'opposition politique crédible ont tué dans l'oeuf cette formidable demande de plus de justice sociale. Depuis, les centrales syndicales sont inaudibles et c'est la morosité qui règne en maître au sein de la population.

Toutefois, le gouvernement aurait tort de se réjouir et de voir dans ce manque de combativité une acceptation de sa politique. Depuis quelques semaines, les choses bougent, les revendications, quoique toujours catégorielles se font plus précises, avec en plus une nouveauté qui devrait inquiéter Nicolas Sarkozy et ses ministres : le secteur privé devient lui aussi remuant. Et les mouvements dans ce secteur ne concernent plus seulement des actions désespérées pour sauvegarder l'emploi ou pour l'obtention de primes de départ décentes, non, maintenant les revendications portent aussi sur les salaires et les conditions de travail.

Dans le service public, les secteurs qui sont à la pointe de la lutte ne sont pas réputés pour être habituellement les plus revendicatifs. Ce sont tout d'abord les établissements culturels publics qui sont en grève contre les réductions de personnel. Commencé au Centre Georges Pompidou, le mouvement touche maintenant d'autres grands établissements  comme le Louvre et le château de Versailles, et devrait s'étendre prochainement, notamment à la Bibliothèque Nationale. Certes, cela ne concerne qu'un nombre réduit de fonctionnaires et reste peu handicapant pour la majorité des Français. Mais c'est l'image de la France à l'étranger qui en pâtit. Sans compter les dégâts occasionnés sur notre industrie touristique, fierté nationale et véritable pompe à fric de la nation.

L'autre catégorie de fonctionnaires touchée est encore plus surprenante puisqu'il s'agit des policiers. Et avec eux, c'est le coeur de la politique de Nicolas Sarkozy qui est remis en cause, du moins son volet sécuritaire. Les fonctionnaires de police dénoncent massivement non seulement les réductions d'effectifs mais aussi et surtout la politique du chiffre qui les conduit à être toujours plus exposés et les oblige à négliger une de leurs missions essentielles : la prévention. Ils sont de plus confrontés à ce paradoxe qui finira bien un jour par exploser à la tête du pouvoir : comment toujours faire plus avec un effectif en baisse constante ?

Mais les fonctionnaires ne sont plus seuls, d'autres catégories de salariés ont bien l'intention d'exprimer leur colère. A commencer par les routiers dont on connaît la capacité à boucler l'économie d'un pays, d'autant plus que cette fois-ci, ils ne menacent plus de faire des barrages routiers, mais de s'en prendre aux grandes surfaces, ce qui en période de Noël ne serait pas anodin pour l'économie. Et la revendication est nouvelle puisqu'elle concerne les augmentations de salaires. Il est amusant de noter que le mouvement pourrait s'ajouter à une grève des cheminots. Avec les deux en même temps, le pouvoir à de quoi être inquiet.

Et ce n'est pas fini, car il y a un autre secteur où les salariés commencent à se faire entendre, c'est celui de la restauration. Là aussi, la demande porte surtout sur les salaires. Il faut qu'après les millions octroyés au patronat, les employés veulent maintenant eux aussi leur part du gâteau.

On voit bien que dans tous les exemples que je viens de citer, non seulement les revendications sont précises (ce qui n'était pas le cas au printemps), mais c'est aussi la politique de Nicolas Sarkozy qui est complètement remise en cause. Est-ce que le mouvement social serait en train de trouver un nouveau souffle ?

Posté par leunamme à 15:53 - economie et social - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

31 juillet 2009

Et si l'automne était vraiment chaud ?

Le mois d'août se profile à l'horizon, et comme d'habitude, tout se passe comme comme si l'homo politicus Français rentrait dans une sorte d'hibernation estivale. Il y est d'ailleurs bien aidé par les médias qui nous matraquent de sujets au mieux secondaires comme la grippe A ou insignifiants comme le malaise présidentiel, histoire de faire remonter sa côte de popularité en berne depuis presque 2 ans.

Pourtant, si elle le voulait vraiment, la presse française n'aurait pas à beaucoup se forcer pour trouver un vrai sujet d'information. Alors que chaque année on nous prédit un automne social chaud, celui de cette année pourrait bien l'être pour de bon, puisqu'il a déjà commencé cet été. Pour la première fois, les occupations d'usines, séquestrations de patrons, menaces à la bonbonne de gaz n'ont pas connus de trêve estivale, signe que la colère ouvrière est forte, même si pour l'instant elle ne trouve de porte-voix ni dans les partis politiques, ni auprès des syndicats. Et c'est justement cette absence de relais qui devrait inquiéter.

Dans le même temps, Nicolas Sarkozy depuis les élections européennes est encore plus présent qu'avant dans les médias. Et pourtant, il reste impopulaire, profondément impopulaire. De même, la remontée de la bourse, l'attente de patrons et de banquiers qui agissent comme si la crise n'avait jamais eu lieu (d'ailleurs pour eux, a-t-elle eu lieu ?), tout cela ne fait qu'augmenter le sentiment de colère et d'injustice.

Il n'y a pour moi aucun doute que de nombreux éléments sont réunis pour un incendie social. Il manque juste une petite étincelle pour l'allumer. Le changement de statut de La Poste pourrait bien être cette étincelle. De fait, personne n'est dupe, les mots de la ministre de l'économie n'y changeront rien, les Français savent qu'à terme il s'agit de privatiser La Poste, LE SERVICE PUBLIC préféré des Français, celui qui à leurs yeux est synonyme de lien social, notamment dans les campagnes ou les quartiers défavorisés. Il n'est qu'à voir les leviers de bouclier à chaque fermeture de bureau pour comprendre que le gouvernement s'attaque à un gros morceau. Et même les élus de terrain de droite sont vent debout contre le changement de statut.

Toutefois, la stratégie incompréhensible des syndicats, la division des partis de gauche, peuvent constituer un obstacle, ce qui pourrait déboucher soit sur une multiplication des mouvements locaux et sporadiques, soit sur une vraie révolte nationale mais complètement incontrôlée et incontrôlable. Je ne suis pas sûr que l'un et l'autre soit souhaitables. Mais si demain, les organisations syndicales et les grands partis politiques se décidaient à faire taire leurs divisions et d'enfin se mettre au diapason de la colère populaire, alors, oui, l'automne peut-être chaud et avoir de vrais débouchés politiques.

Posté par leunamme à 08:53 - economie et social - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

15 mai 2009

La réforme de l'hopital est le symbole de l'autisme du pouvoir

On ne compte plus le nombre de réformes engagées par ce gouvernement. Il y en a tellement, elles se succèdent à une telle vitesse que tout débat, toute tentative de bilan autour de chacune d'entre elles est impossible. Pourtant, il en est une plus symbolique que les autres et qui retient l'attention de tout le pays : la réforme de l'hôpital public.

Elle est intéressante en premier lieu parce qu'elle touche au coeur du système de santé français, système qui partout nous est envié parce qu'il met la solidarité entre tous au centre de l'action publique. Mais, en second lieu, cette réforme ne manque pas d'intérêt car elle donne une représentation exacte de la politique de Mr Sarkozy et de la façon dont celle-ci est menée.

Il est assez paradoxal de constater qu'à l'heure où même le très libéral journal économique anglais "The economist" ne tarit pas d'éloge sur le système social français, à l'heure où tous les partis politiques, de droite comme de gauche admettent que si la France résiste mieux à la crise, elle le doit en partie à l'importance de son secteur public, et surtout à la qualité de celui-ci, il est paradoxal donc, de voir le pouvoir en place mener une politique libérale visant à affaiblir le secteur public au nom d'une sacro-sainte rentabilité.

En effet, après le démantèlement en cours de l'université, c'est au tour du secteur hospitalier de devoir se plier aux dures lois du marché et du profit. Car madame Bachelot aura beau jurer ses grands dieux que non, c'est bien de cela qu'il s'agit ici. Comment expliquer sinon la fermeture d'hôpitaux, de services, de dizaines de lits ? Comment expliquer les diminutions de postes ? Et que l'on ne vienne pas nous dire qu'en regroupant les hôpitaux on améliore la qualité. Les hôpitaux français sont déjà parmi les meilleurs du monde, c'est bien la preuve que cela fonctionne non ? Il s'agit seulement de faire des économies, lesquelles, au contraire risquent fort de se traduire par une détérioration de la qualité du service rendu.

Voilà pour le fond d'une réforme qui va dans le même sens que toutes celles menées depuis 2 ans, celui de la liquidation de tous les acquis issus du Conseil National de la Résistance, la plupart du temps pour le bénéfice d'intérêts privés, à savoir les principales entreprises du CAC 40.

Mais la forme mérite aussi d'être regardée de plus prés. Dans ce cas, comme très souvent depuis mai 2007, la ministre n'est pour rien dans le texte final. Tout à été décidé à l'Elysée par le président et ses conseillers, sans aucune concertation ou presque avec les partenaires sociaux, de toute façon, quand concertation il y a, on tient rarement compte de leur avis. La ministre défend ensuite un projet de loi évidemment rapidement constesté par l'immense majorité des professionnels de la santé, soutenus dans le cas de cette réforme, par l'opinion publique. L'Elysée intervient donc pour calmer le jeu en retirant une mesure soi-disant centrale (le renforcement des pouvoirs du directeur de l'hôpital en l'occurrence), mais qui ne change en rien la philosophie finale de la réforme. Cela permet tout juste à la presse d'affirmer que le pouvoir a reculé, et à ce dernier de se cacher derrière ce soi-disant recul pour  s'arc-bouter et s'offusquer contre le conservatisme des syndicats et des fonctionnaires.

La même méthode a été utilisée pour la réforme du statut des enseignants-chercheursenseignants-chercheurs. Elle permet, même après de fortes luttes de faire passer les textes, mais elle a cependant de graves désagréments. Elle divise les Français, crée des rancoeurs, et renforce le sentiment que le pouvoir est autiste. Et devant la colère qui gronde et le désespoir qui monte, on se demande combien de temps ce pouvoir peut encore tenir.

05 mai 2009

1er Mai : un recul de la mobilisation en trompe-l'oeil

Les médias n'ont pas manqué cette occasion de porter un coup au mouvement social : l'unité syndicale affichée le 1er Mai n'a pas permis de mobiliser autant qu'espéré. Et beaucoup de conclure à un essoufflement de la mobilisation ou au moins à une certaine lassitude.

La baisse du nombre de manifestants est réelle, comme le corroborent les chiffres, qu'ils soient syndicaux ou policiers. A cela, il est facile de trouver plusieurs explications logiques ayant trait notamment au calendrier ou à la météo.

En effet, le week-end prolongé de 3 jours que permettait cette année le jour férié du premier Mai, ajouté à une météo clémente, inclinaient plutôt au repos ou à la détente qu'à la manifestation. Si à cela on rajoute qu'un tiers du territoire était encore en vacances scolaires, on comprend aisément où sont passées les personnes qui manquaient.

Malheureusement la date choisie ne peut suffire comme explication. Je suis convaincu que la stratégie illisible des syndicats, préférant une unité de façade à une radicalisation pourtant réclamée par une grande partie de la base, cette stratégie donc, déçoit et plonge dans le scepticisme de nombreux salariés qui se sentent abandonnés.

Pour autant, le gouvernement ne devrait pas se réjouir, et y voir, comme l'ont fait certains ministres, des signes d'un début d'approbation de la politique de Nicolas Sarkozy. Bien au contraire.

En effet, même s'il y avait moins de monde qu'en janvier ou en mars, il y avait 4 à 5 fois plus de personnes que pour un premier Mai ordinaire. Il faut d'ailleurs remonté à 2002 et au choc dû à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle pour trouver une affluence équivalente. C'est dire que le 1er Mai 2009 était loin d'être négligeable.

En outre, au-delà du nombre, il est intéressant de regarder qui était présent. Traditionnellement, les 1er Mai mobilisent moins les salariés de la fonction publique. Ce sont donc des salariés du secteur privé qui formaient le gros des troupes, salariés qui bien souvent rechignent, pour des raisons bien compréhensibles, à se mobiliser pour les mots d'ordre en semaine. Autres constats, que l'on pouvait faire en observant les cortèges (du moins celui de Paris) : la présence plus forte qu'à l'accoutumée de jeunes et de retraités. Les manifestation ont donc à priori mobilisé un éventail large de la population, mais surtout des gens qui probablement ne s'étaient pas déplacés, du moins pour beaucoup d'entre eux, lors des précédentes journées d'action.

Enfin, il y a un phénomène qui m'a interpellé et qui devrait à l'avenir inquiéter le pouvoir, c'est la présence, certes réduite, mais tout de même, de militants du MODEM qui n'hésitaient pas à afficher leurs couleurs. C'est pour moi un signal très fort indiquant que ce parti, et donc son électorat pour une part non négligeable, se situe clairement dans l'opposition, ce qui revient à penser que l'UMP, en dehors de sa base et de ce qui reste du FN, ne dispose d'aucune marge de manoeuvre. Par conséquent, lorsque Nicolas Sarkozy est crédité de 30 % dans des pseudo enquêtes d'opinion sur la future présidentielle, cela veut donc dire que potentiellement il ne peut rassembler beaucoup plus.

Pour conclure, je dirais que pour une fois, il ne faut pas se fier à la participation réelle. J'ai le sentiment que la colère contre la politique actuelle est plutôt en train de s'étendre. Gageons que les futures mobilisations du 26 mai et du 13 juin ne me démentiront pas.

PS : compte tenu de mes difficultés actuelles à produire des textes régulièrement, je vous conseille l'inscription à la newsletter pour être informés à chaque publication.

Posté par leunamme à 18:58 - economie et social - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

11 avril 2009

Et si le grand mouvement social n'avait pas lieu !

Depuis des semaines, l'espoir (ou la crainte, c'est selon) d'un grand mouvement social qui changerait profondément la donne, à l'instar de ce qui s'est passé en Guadeloupe, est dans toutes les têtes. Pourtant, si tous les ingrédients nécessaires à une explosion sociale sont réunis (sentiment d'injustice, précarisation massive, peur du chômage, rejet du pouvoir, inexistence de l'opposition, etc...), il devient de plus en plus crédible que celui-ci n'aie pas lieu rapidement. Du moins pas sous la forme que l'on a connu aux Antilles.

A cela il y a plusieurs raisons, la première étant le manque de lisibilité de la stratégie syndicale. Par frilosité, par peur de briser la nécessaire unité, aucun n'ose se lancer dans un appel à la grève générale reconductible, qui serait pourtant à mon avis le seul levier pour faire reculer le gouvernement sur le pouvoir d'achat et sur un certain nombre de réformes fortement contestées. La seconde raison est que nous ne sommes plus dans les années 70, où tout un secteur pouvait débrouiller par solidarité avec les collègues d'une autre entreprise. Aujourd'hui, l'individualisme a pris le dessus, et ce qui se passe chez Sony, CaterpillarCaterpillar ou Continental choque et émeut, mais ne pousse pas les gens à se mobiliser sur leur propre lieu de travail.

Pourtant, l'incertitude qui existe sur la possibilité de futurs grands mouvements ne devrait pas réjouir le pouvoir. Mai 68 ne se reproduira peut-être pas dans l'immédiat, mais les nuages noirs et la colère de millions de travailleurs ou de chômeurs sont bel et bien présents. Et il faudra bien qu'ils s'expriment.

C'est d'ailleurs ce à quoi on assiste depuis quelques temps, avec des conflits locaux de plus en plus violents. Plutôt qu'une révolution, ce sont des dizaines, voire des centaines de jacqueries locales qui se profilent. Tout cela donne évidemment un contexte économique et social très perturbé, mais surtout beaucoup plus difficilement contrôlable pour le pouvoir, lequel en se radicalisant à son tour, en tenant des discours péremptoires contre les ouvriers en colère prend le risque de voir se multiplier les actes de désespoirs dans les entreprises.

Pour l'instant, à la mi-avril, nous ne sommes absolument pas dans l'optique révolutionnaire que certains politiques appellent pourtant de leurs voeux, les mobilisations sont trop disparates et isolées les unes des autres pour cela. Pour autant, si Mrs Sarkozy et consorts continuent à nier ostensiblement le malaise social, si rien n'est fait pour changer le sentiment d'injustice qui prévaut sur la politique actuelle du gouvernement Fillon, si les moyens de l'Etat continuent perpétuellement à être mis pour la protection des puissants et des riches, alors une fédération des colères deviendra possible. Nous n'y sommes pas encore, mais rien n'indique que nous n'y allons pas.

Posté par leunamme à 14:36 - economie et social - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

06 avril 2009

Violences à Strasbourg : le symbole de la radicalisation du pouvoir.

Les violences qui ont eu lieu ce week-end à Strasbourg en marge du sommet de l'OTAN sont impressionnantes par leur ampleur. Si elles en disent long sur l'ampleur de la contestation qui monte dans l'ensemble de la société occidentale, elles sont également le signe d'une radicalisation inquiétante du pouvoir.

Quelques jours après les évènements, beaucoup sont ceux qui s'interrogent sur le rôle de la police, sur la lenteur de son intervention malgré le nombre exceptionnellement élevé de fonctionnaires du ministère de l'intérieur présents sur place. Certainsplace.Certains politiques (Besancenot entre autres pour en citer un) insinuent ouvertement qu'il y a eu une volonté délibérée de la part de la préfecture de voir les choses dégénérées. De plus, la polémique est agrémentée par un syndicat de policiers allemands qui estiment que leurs homologues Français ont refusés leur aide alors qu'ils se situaient à quelques mètres.

Etrange impression que cette manifestation pacifiste qui dégénère en pugilat urbain. Cela laisse forcément un goût amer à tout ceux, l'immense majorité, qui n'ont rien à voir avoir les fauteurs de trouble, et qui malheureusement aux yeux d'une partie de la population y seront fatalement assimilés.

Toutefois, tout cela était inéluctable et pourrait bien faire partie d'une stratégie délibérée consistant à faire passer les opposants à la politique de Nicolas Sarkozy pour des agitateurs violents. En effet, jamais on n'a vu un président s'entourer d'autant de forces de l'ordre à chacun de ses déplacements. Leur surnombre agissant de plus en plus comme une provocation. Les manifestants sont systématiquement éloignés le plus loin possible des lieux du débat et fortement encadrés, laissant le président s'exprimer au milieu d'une foule de partisans triés sur le volet au préalable.

Après avoir organisé le contrôle des médias, après avoir réduit la parole de l'opposition au Parlement, après avoir tenté de ficher les citoyens avec Edwige, après avoir restreint le droit de grève pour certaines catégories de salariés particulièrement mobilisés, le pouvoir tente insidieusement de se prendre à une autre liberté fondamentale : celle de manifester.

C'est évidemment le signe d'un gouvernement aux abois, qui sait sa politique contestée et impopulaire. Qui sait de même que l'opposition grandie. Il ne lui reste plus désormais que la force pour faire passer ses réformes iniques et se maintenir au pouvoir.

Petit à petit, la France devient une démocratie Canada Dry : ça ressemble à la démocratie, ça en a l'apparence, mais ce n'est déjà plus la démocratie.

Posté par leunamme à 14:42 - actualité politique - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

21 mars 2009

Mais que font les syndicats ?

Après les importantes manifestations du 19 mars, nous étions nombreux à espérer que les syndicats donneraient une suite rapide au mouvement. Leur réunion dès le lendemain laisser d'ailleurs libre cours à cet espoir. Las, 4 heures de réunion pour décider qu'il était urgent d'attendre, tout juste se reverront-ils dans 10 jours.

Il y a bien évidemment derrière cette hésitation la volonté de maintenir l'unité syndicale coûte que coûte. Il faut bien reconnaître qu'elle a facilité le succès des journées de manifestation. Mais l'unité n'est pas une fin en soi, et ce n'est pas elle qui améliorera les conditions de milliers de Français, elle ne suffira pas non plus à mettre un frein aux abus du patronat, ni à contrecarrer des réformes contraires à l'intérêt public.

Tout le problème est là. L'unité se fait sur un accord minimal entre centrales syndicales car sur l'essentiel, elles sont en profond désaccord les unes avec les autres. Il n'y a pas d'entente sur les revendications, mais pas non plus sur les moyens d'actions. Il y a celles qui veulent favoriser la négociation, faire passer quelques avantages au risque de céder sur l'essentiel. Il y a celles qui sont beaucoup plus revendicatives et prônent une attitude beaucoup plus radicale.

Cependant, à l'exception de SUD, il y a au moins une chose sur laquelle elles sont d'accord : la crainte d'être débordées par les partis de gauche radicale qui poussent à l'affrontement. Les propos véhéments de Mr Chérèque envers Olivier Besancenot prouvent cette crainte.

Attention, parce que cette posture ambiguë présente de nombreux dangers. Le premier étant d'apparaître comme les garants d'un système dont visiblement beaucoup de Français ont compris les limites. Le second, de se couper définitivement des masses laborieuses. Il ne faut pas oublier que les syndicats sont faiblement implantés dans notre pays, et que leur situation est fragile. Le troisième danger vient du temps qui joue pour le gouvernement, plus les syndicats sont longs à la détente, plus le pouvoir en place occupe le terrain.

Jeudi dernier, il suffisait d'écouter les slogans, de lire les affiches pour comprendre que nous n'étions pas dans un mouvement social traditionnel. Les revendications sont clairement politiques. Ce qu'ont exprimés les millions de Français dans la rue, c'est tant un malaise social qu'une volonté d'en découdre avec un pouvoir que beaucoup, de plus en plus nombreux, exècrent. La grève du 19 mars était politique. Il s'agit d'un affrontement entre ceux qui veulent maintenir un système en place, la droite, le patronat, une partie de l'opposition, et cette part importante des Français qui ont compris qu'avec la crise nous avions changé d'ère. A trop tergiverser, à ne pas vouloir entrer dans ce combat, les syndicats prennent le risque de se retrouver dans le premier camp.

Posté par leunamme à 17:14 - economie et social - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

20 mars 2009

la grève, spécifité française ?

Depuis quelques jours, c'est devenu l'antienne préférée des tenants du libéralisme : les Français sont des râleurs patentés, et les manifestations et les grèves font parties des spécifités locales. Ce discours présente l'avantage d'éviter de se pencher sur les causes réelles de la colère des Français, et surtout, en filigrane, il justifie la politique du gouvernement et sous-entend qu'elle est la seule possible. Tous ces postulats ne sont que des mensonges, destinés avant tout à faire perdurer un système dont la plupart des gens sont en train de découvrir la dangerosité. .

Il n'y aurait qu'en France que l'on manifeste : C'est faux !  la Grèce et l'Islande ont connu des manifestations particulièrement violentes. Ce sont peut-être de petits pays, mais ils ont la particularité d'être soumis à des politiques très libérales, à l'instar de la France. De plus, si la situation est plus calme aux Etats-Unis, en Allemagne, au Royaume-uni ou en Espagne, il faut noter que tous ces pays ont choisi de faire une relance par la consommation, contrairement à Mr Sarkozy. On voit bien que c'est la politique du gouvernement Français qui est en cause, et que cela n'a rien à voir avec un supposé penchant national pour la grève.

De même, insister sur le fait que Nicolas Sarkozy paie au prix fort la crise, et sous-entendre ainsi que sa politique est la bonne et la seule possible, c'est oublier un certain nombre de choses, et c'est surtout une fois de plus, un mensonge. En effet, la cote de popularité du président de la République était en berne avant la crise, le chômage à commencé à remonter avant la crise, la question centrale du pouvoir d'achat se posait avant la crise, et les déficits publics ont dévissé avant la crise. Reconnaître tout cela, c'est admettre que la politique menée depuis 2 ans n'est pas la bonne, c'est aussi justifier la colère actuelle et les manifestations. On comprend aisément que certains ne peuvent s'y résoudre.

Les Français ne sont pas plus râleurs que les autres. D'ailleurs, depuis 30 ans le nombre de journées de grève est en baisse quasi-constante. Non, le problème de la France, ce qui fait qu'elle est régulièrement soumise à des soubresauts sociaux d'envergure, c'est l'incapacité qu'ont ses dirigeants à gouverner dans un esprit de dialogue. C'est aussi la soumission permanente de nombreux d'entre eux aux lobbies économiques, l'absence d'opposition crédible proposant une autre voie, et c'est enfin la quasi disparition d'une presse libre et indépendante. Tout cela fait que les Français n'ont d'autre choix que celui de manifester pour se faire entendre.

18 mars 2009

Et après le 19 mars ?

D'ores et déjà, la question n'est plus de savoir si le 19 mars sera un succès ou pas. Le nombre de manifestants sera très important, il ne peut en être autrement tant le sentiment d'injustice est fort. Non, la vraie question qui se pose désormais est de savoir ce qui se passera ensuite, puisqu'il est aussi acté que le gouvernement ne changera pas sa politique.

Pour beaucoup, dont je suis, l'exemple à suivre est celui de la Guadeloupe : une grève générale massive jusqu'à obtention de satisfaction. L'histoire de notre pays regorge d'exemples où cette tactique a été payante. Mais en cette période de crise économique aigüe, où le chômage et la précarité rôdent pour beaucoup de Français, il est difficile de s'installer dans un conflit durable, pourtant souhaitable.

En outre, l'attitude de certains partenaires sociaux porte à caution. Certes, c'est l'unité syndicale, si rare dans notre pays, qui permet le succès des journées de manifestation et de grève. Mais cette unité est aussi la faiblesse du mouvement actuel, certaines centrales syndicales ne s'engageant que sur des mots d'ordres modérés, donnent l'impression d'agir en garants de la paix social et d'éviter toute explosion incontrôlée. En cela, ces leaders syndicaux sont complices du pouvoir.

Cependant, plus le temps passe, plus la colère devient immense et risque à terme d'être difficilement maîtrisable. Que ce soit les étudiants, les salariés de Continental ou de Sony, des manifestations de violence se font jour. De plus en plus il y a une incompréhension face à l'attitude des syndicats, et ceux-ci risquent d'être dépassés par la base. Comme ce fut le cas lors des manifestations anti-CPE.

Un tel dépassement est aujourd'hui possible et facilité par la faiblesse des principales organisations syndicales. Je crois effectivement que les prochains mois peuvent déboucher sur un mouvement d'ampleur. Mais attention, ce ne serait pas sans danger.

Le premier risque réside dans l'inconnu. L'histoire démontre que le pire est souvent ce qui arrive dans des périodes troublées. Un mouvement d'importance pourrait donc déboucher sur un durcissement du pouvoir. En outre, si les syndicats et les principaux partis politiques s'avéraient dépassés, cela serait grandement préjudiciable pour le futur, décrédibilisant durablement ces organisations, laissant ainsi le terrain libre à la droite et au patronat.

Au final, je suis partisan d'un mouvement d'ampleur, mais accompagné par les forces syndicales, au moins celles qui sont vraiment revendicatives, ce qui permettrait de renvoyer les autres à leur responsabilités. Je crois donc qu'après le 19 mars il faut que les salariés fassent pression sur les directions syndicales, même si cela doit aboutir à la fin de l'unité.

Posté par leunamme à 12:19 - economie et social - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 février 2009

Pourquoi la situation sociale est plus tendue en France que dans les autres pays européens ?

C'est officiel, la France à l'instar des autres pays européens est entrée en récession, la ministre de l'économie vient de prononcer le mot. Cependant, même si la situation n'est pas florissante en France, on remarque que notre pays résiste mieux que d'autres. Il doit en grande partie cette résistance à son modèle social et à l'importance de ses services publics pourtant tellement décriés. Pourtant, si on excepte la Grèce et l'Islande, deux pays à la situation particulière, la France est la seule grande nation en proie à d'importantes turbulences sociales qui menacent de déraper en un grand conflit majeur. Il y a, à mon avis, plusieurs explications à ce paradoxe apparent :

1) En France, contrairement à d'autres pays, la réalité de la crise a longtemps été niée par les autorités, créant ainsi un décalage profond entre ce que vivent et ressentent les Français, et les discours officiels.

2) Depuis bientôt 2 ans, le gouvernement a mis en route de très nombreuses réformes qui modifient profondément l'organisation socio-économique de notre pays. Si certaines d'entre elles avaient au départ l'assentiment de la population, la méthode employée pour les faire passer fait qu'au final, elles sont toutes ou presque devenues impopulaires. Il n'y a pour ainsi dire aucune concertation, toutes les réformes sont décidées d'en haut, sans que jamais les acteurs de terrain ne soient consultés.

3) L'obstination du pouvoir à ne pas intégrer un volet concernant le pouvoir d'achat pèse lourdement sur le climat social. D'autres pays, comme le Royaume-Uni, l'Espagne ou encore l'Allemagne l'ont fait, garantissant ainsi momentanément la paix sociale, ainsi qu'ils sont dans un marasme économique bien plus profond que nous. En France, la plupart des aides sont perçues comme des cadeaux faits aux entreprises, notamment les banques, à l'origine de la crise. Cela induit un fort sentiment d'injustice.

4) Le mécontentement est très fort dans les Antilles françaises, il faut y voir je crois, une résurgence du passé colonial de la France, passé que nous n'avons jamais eu le courage de regarder en face. L'élection de Barack Obama fêtée avec joie dans ces régions nous renvoie à nos manquements en matières d'égalité sociale et d'intégration des minorités. Ce malaise des DOM-TOM, pourrait gagner les banlieues métropolitaines,où il est regardé de prés, et où la crise de l'automne 2005 n'a jamais été traitée. Tout ceci est explosif a plus ou moins long terme.

5) En confisquant le pouvoir, en réduisant à néant le rôle du premier ministre, en affaiblissant les ministres, Nicolas Sarkozy dénature la cinquième République et perturbe profondément la vision politique des Français. De plus, en multipliant les discours non suivis d'actes, il contribue à rendre inaudible la parole politique.

6) La faiblesse de l'opposition, l'absence de projet alternatif crédible, la mise sous tutelle de tous les contre-pouvoirscontre-pouvoirs, tout cela fait que la rue devient peu à peu le dernier moyen d'exprimer sa colère et son désarroi. Rajouté à cela une répression de plus en plus mal vécue par la population, on comprend que des partis aux propos plus radicaux aient une écoute favorable en ce moment.

Alors que tout laisse penser que le gouvernement souhaite éviter une explosion sociale, celle-ci n'a jamais semblé aussi proche, à cause notamment de la façon qu'a Nicolas Sarkozy d'exercer le pouvoir. Les prochains jours  seront déterminants, mais il me semble probable que l'on ne pourra pas éviter une forte déflagration sociale.

« Accueil  1  2   Page suivante »