04 décembre 2009
Christian Estrosi : le sarkozyste zélé.
Il en est des ministres comme de l'ensemble des citoyens, certains sont plus enclins à faire du zèle que d'autres. C'est assurément le cas de Christian Estrosi. Le maire de Nice a donc décidé d'en rajouter une louche sur le thème de l'insécurité et de publier un de ces fameux arrêtés municipaux sur les mineurs qui font tant parler. Pourtant, il n'a sauté aux yeux de personne qu'il y avait plus de délinquances à Nice qu'ailleurs.
Oui, mais la population aisée et vieillissante présente en masse sur la promenade des Anglais a eu légèrement tendance à voter Front National ces dernières années (comme quoi, trop de soleil, cela peut parfois être nuisible). A la veille d'élections qui s'annoncent périlleuses, il faut bien donner des gages à cet électorat si on ne veut pas qu'il retourne dans les bras de Jean-Marie Le Pen. Peu importe le scepticisme des forces de police ace à ce couvre-feu, peu importe qu'une nouvelle fois on règle un problème de société par la force, peu importe que la menace de suppression d'aides sociales contribue surtout à enfoncer un peu plus des familles qui auraient plutôt besoin qu'on les aide. Non, Mr Estrosi a parfaitement compris que son mentor qui dirige l'Elysée voulait faire de la sécurité un thème de campagne, donc il communique sur ce sujet, montre ses petits muscles, et pour les conséquences, on verra plus tard.
Mais ce n'est pas tout, car Mr Estrosi est vraiment un bon soldat du sarkozysmesarkozysme. Il ne lui a pas échappé qu'en lançant un débat sur l'identité nationale, messieurs Sarkozy et Besson avaient aussi l'intention d'instrumentaliser le dossier de l'immigration. Et comme avec le vote suisse l'actualité lui fournit une excellente occasion de s'afficher, Christian Estrosi ne s'en prive pas et déclare qu'il n'y aura pas de minarets à Nice. Voilà qui est courageux et qui va encore faire gagner quelques voix (ce qui reste à prouver). Mais, au fait, pourquoi cette déclaration soudaine ? Y a-t-il une mosquée en construction à Nice ? Quelqu'un a-t-il l'intention de construire un minaret dans le centre ville ? Ou alors s'agit-il une nouvelle fois de jouer sur les peurs et de faire un effet d'annonce ?
Sur ces deux exemples, on comprend mieux comment Nicolas Sarkozy a réussi à récupérer les voix du Front National. Tout simplement en reprenant ses idées. Malheureusement pour l'UMP, je crains fort pour ce parti que la mise en application de ces idées là n'entraîne aussi un retour des électeurs frontistes dans leur famille d'origine.
02 septembre 2009
sécurité : Sarkozy continue dans l'erreur !
Les dernières statistiques concernant la sécurité ne sont pas bonnes. On sait le sujet sensible à L'Elysée, où on n'oublie pas que Nicolas Sarkozy doit en partie son élection à son passage musclé au ministère de l'Intérieur. Cela explique le remontage de bretelles qu'ont subi cet après-midi les principaux responsables de la police et de la gendarmerie, avec en prime, une visite du président himself.
Pour autant, que signifie cette mise en scène sécuritaire ? Certainement pas un aveu d'échec de la part du gouvernement. Non, Mr Sarkozy l'a réaffirmé, il est à l'origine de la politique du résultat (autrement du chiffre), il maintiendra donc cette politique.
Peu lui importe qu'un nombre de plus en plus important de policiers dénoncent cette politique, peu lui importe que les liens entre les forces de l'ordre et les citoyens soient exécrables, et pas seulement dans les cités. A tous les niveaux, l'échec de la politique sécuritaire est patent.
Augmenter le nombre de caméras vidéos, rajouter des lois à la pléthore qui existent déjà, tout cela ne changera rien tant que le pouvoir n'aura pas compris que l'augmentation des formes les plus violentes de la délinquance n'est que le symptôme d'un mal autrement plus profond et autrement plus complexe : le malaise social, le sentiment d'injustice et d'inégalité ressenti par une part croissante de la population.
On peut également se poser des questions sur la finalité réelle de ce discours, et si l'imposture de cette politique n'est pas volontaire. Quand on voit que les commissariats les plus exposés de Seine-Saint-DenisSeine-Saint-Denis sont tous en manque d'effectifs depuis de nombreuses années, à tel point qu'une ville comme Saint-Denis a été obligée de se doter d'une police municipale afin de pallier les faiblesses de la police nationale, quand on voit qu'au contraire il y a une profusion de fonctionnaires à chaque déplacement du président ou d'un de ses ministres, on peut se demander si le but rechercher est bien de protéger la population et de faire baisser la délinquance.
Peut-être que le pouvoir à tout intérêt à maintenir la délinquance à un niveau élevé. Cela lui permet de continuer à servir son discours sécuritaire, celui-là même qui marche si bien depuis 2002.
22 mai 2009
La france est-elle une dictature ?
Je reconnais que la question est un brin provocatrice, mais se la poser c'est déjà admettre qu'il y a de nombreux dysfonctionnements dans le système démocratique Français. Certes, notre pays donne l'apparence d'une démocratie saine : le multipartismemultipartisme, le droit de manifester, la liberté d'opinion par exemple sont garantis par la constitution. Pourtant, peu à peu tous les fondamentaux sont attaqués. Cette dérive était déjà en marche avant Nicolas Sarkozy, mais depuis son arrivée, il a fortement contribué à son accélération. Petite revue de détail non exhaustive.
La liberté d'opinion : une des caractéristiques des pays démocratiques est qu'ils ont une presse diversifiée, où la plupart des opinions sont respectées. Or, aujourd'hui en France, la plupart des grands médias télés radios ou papiers appartiennent à des proches du pouvoir en place, où sont désormais contrôlés par lui en ce qui concerne le réseau public. Il suffit d'ailleurs de regarder les journaux du soir pour s'apercevoir qu'ils disent tous la même chose au même moment. Il y a certes quelques titres de presse qui résistent, mais ils sont isolés et peu influents.
La liberté d'expression : avec Nicolas Sarkozy les Français redécouvrent qu'ils n'ont plus le droit de critiquer le président de la République. Les procès se multiplient contre de simples citoyens qui ont osés exprimer leur légitime colère, même si c'était un peu vertement. Aux Etats-Unis par exemple, ce type de procès est impensable. En France, il devient de plus en plus difficile de critiquer librement le chef d'état.
La dérive sécuritaire : la caractéristique de toutes les dictatures est que la police y bénéficie de tous les droits ou presque. Or, aujourd'hui que constate-t-on ? on met en garde à vue des enfants de 6 ans, ou des syndicalistes, on maintient en détention un homme accusé de terrorisme sans preuves (c'est ce que rapporte la presse en tout cas), et on propose même que des fouilles aient lieu à l'intérieur même des écoles. A chaque élections l'insécurité refait surface, et on durcit de nouveau les lois. L'avantage est évident, pendant que les braves citoyens ont peur, ils ne pensent pas à revendiquer, et préfèrent sauvegarder le peu qu'ils ont.
L'indépendance de la justice : Il s'agit d'un des fondamentaux en démocratie. Or dire que la justice n'est pas indépendante du pouvoir en France, c'est enfoncer des portes ouvertes. Cela ne date d'ailleurs pas de Nicolas Sarkozy, sur ce sujet, il n'y est d'ailleurs pas pour grand-chose. Cependant, il est consternant de voir que les affaires se multiplient, et que celles-ci ne débouchent quasiment jamais sur des condamnations. Rappelons que même un pays comme le Pérou à condamner à de la prison ferme un ancien président de la République.
Le suffrage universel : Sans suffrage universel, pas de régime démocratique, c'est une évidence. D'ailleurs il ne viendrait à personne l'idée de contester la légitimité de l'élection de Nicolas Sarkozy. Mais, se faire élire, c'est une chose, rester au pouvoir en est une autre. Or, ces derniers jours, certaines déclarations de Jean-Pierre Raffarin sont inquiétantes. Il a en effet constaté d'après les premiers sondages liés aux élections européennes que si la droite arrivait largement en tête, ce serait en fait une victoire à la Pyrrhus, puisque l'UMP ne disposerait d'aucune réserve de voix, ce qui laisse envisager de sévères défaites aux élections régionales, mais surtout aux présidentielles. Et que propose donc l'ancien premier ministre ? Ni plus ni moins de changer la loi électorale et faire en sorte que tous les futurs scrutins se jouent à un tour. Cela aurait l'avantage de maintenir la droite au pouvoir pendant très longtemps. Et de faire croire au peuple qu'il choisit encore ses dirigeants.
Ce ne sont là que quelques exemples, on pourrait malheureusement les multiplier. Alors oui, la France est encore une démocratie, mais pour combien de temps encore ?
23 avril 2009
A la veille des européennes, Sarkozy ressort la vieille rengaine de l'insécurité.
Ça y est, c'est parti, depuis le discours de Nice de Nicolas Sarkozy, on peut considérer que la campagne électorale des élections européennes est définitivement lancée. En effet, la droite en perdition comme souvent sur les dossiers économiques et sociaux nous ressort le thème qui lui a souvent permis de tirer son épingle du jeu : l'insécurité.
Nicolas Sarkozy tente donc de nouveau une diversion en brandissant la menace que représentent (selon lui) les bandes de jeunes. Sa politique économique contestée, ses réformes sociales rejetées, il ne lui reste plus pour éviter un véritable affront électoral, équivalent à celui des municipales, que de revenir à la source de sa popularité, à savoir un discours musclé, sans concessions face à l'insécurité. Il est conforté dans cette voie par des sondages en hausse et par le soutien indéfectible de l'électorat de droite.
Pour autant, il se pourrait bien que cette tactique si fructueuse pour la droite et pour lui-même depuis presque 10 ans, ne soit plus aujourd'hui aussi rentable.
En effet, car désormais, sur ce thème, Nicolas Sarkozy a un bilan. Celui de quasiment 5 années passées au ministère de l'intérieur et de 2 ans comme président de la République. Après presque 7 ans à multiplier les lois sécuritaires, clamer haut et fort aujourd'hui qu'il faut de nouveau durcir le dispositif sécuritaire en France est un véritable aveu d'échec. Nicolas Sarkozy en voulant légiférer sur les bandes reconnaît donc implicitement que les 22 lois qu'il a voulues sur ce thème n'ont servies à rien.
Mais en plus de stigmatiser l'échec d'une politique, le discours de Nice se retrouve en complet décalage avec les vraies préoccupations des Français. Par rapport à 2002, voire 2007, nous avons changé d'époque. La crise est passée par là. La peur du chômage et la colère face aux injustices flagrantes sont, à juste titre au centre des inquiétudes de nos compatriotes.
En relançant le thème de l'insécurité, il rassemble certes le cercle de ses partisans les plus farouches, mais il pointe le doigt sur le fossé qu'il y a entre sa politique et les difficultés rencontrées par de plus en plus de personnes. En refusant de les voir et d'y apporter de vraies réponses, Nicolas Sarkozy prend le risque d'attiser la colère et de multiplier les conflits comme ceux de CatterpillarCatterpillar ou de Continental. Toutefois reconnaissons au moins qu'il a raison sur un point, le problème majeur de notre pays est bien l'insécurité, mais l'insécurité... Sociale.
02 janvier 2009
Nicolas Sarkozy président de l'insécurité !
C'est censé être l'image de marque de notre président : la fermeté sécuritaire. C'est sur ce terrain qu'il a fabriqué sa notoriété, et c'est en partie grâce à son discours musclé qu'il doit son élection. Mais un discours et une notoriété, cela ne fait pas forcément de bons résultats. La preuve : le nombre de voitures brûlées pour le réveillon de la nouvelle année n'a jamais été aussi important.
Il faut dire que les millions accordés aux banques, le bouclier fiscal pour les plus riches quand les autres, les humbles, doivent travailler plus dans la crainte permanente du lendemain, ce n'est pas fait pour apaiser le climat social. Cependant, il y a deux ou trois petites choses qui m'intriguent.
Depuis le premier janvier, Nicolas Sarkozy n'est plus président de l'Union européenne, il ne peut plus parader, gesticuler et faire croire au monde entier qu'il peut trouver des solutions à tous les problèmes (d'ailleurs, je pose la question, qu'a-t-il résolu ?). Il est donc obligé de revenir sur la scène nationale, bien moins gaie vu le contexte économique fortement dégradé, en partie à cause de sa politique rappelons-lerappelons-le. Et curieusement, les 30 et 31 décembre, le gouvernement a intensivement communiqué sur les moyens policiers qu'il mettait en place pour le réveillon. De même, le jour de l'an, il fut beaucoup question de voitures brûlées, et l'augmentation fut expliquée par des arnaques potentielles à l'assurance dédouanant ainsi la politique gouvernementale. Plus personne ne parle des licenciements massifs, et les problèmes de l'hôpital public sont relégués au second plan. Comme le fut aussi, chose curieuse, la politique intérieure lors des voeux présidentiels.
Le temps se gâte, il est temps de faire peur à nouveau, de faire croire que la guerre civile est à nos portes. Nicolas Sarkozy va pouvoir légiférer, durcir encore des lois déjà liberticides, et montrer ainsi qu'il pense à nous, qu'il s'occupe du bien-être des Français. D'ailleurs, la première mesure de 2009 (suppression du permis de conduire aux incendiaires de voitures) va déjà dans ce sens. C'est sûr que c'est plus facile à décréter que l'interdiction de licencier ou de délocaliser en cas de bénéfices.
Cependant, pour une fois, je vois le retour du thème de l'insécurité sur le devant des médias comme un signe positif : l'hiver risque d'être rude, mais pas uniquement à cause de la météo. Non pas que l'amoncellement de difficultés sur nombre de mes contemporains me réjouisse, mais bien parce que j'ai le sentiment que depuis quelques mois beaucoup commencent à ouvrir les yeux sur la politique actuelle, et surtout, sur la façon dont on les considère.
22 octobre 2008
Le Tazer : une affaire emblèmatique.
Il y a 4 ans de cela, le gouvernement français autorisait l'utilisation des pistolets Tazer pour la police et la gendarmerie, sans qu'aucun débat national ou presque n'ait lieu. Bientôt les policiers municipaux auront eux aussi le droit de s'en servir.
Le débat n'aurait jamais eu lieu si le président de la société Tazer France n'avait eu la mauvaise idée (pour lui) d'attaquer en justice quiconque disait du mal de son pistolet. Or, parmi les personnes concernés, il y avait des représentants d'associations, dont Amnesty International, mais aussi des politiques, dont le porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, bien content de l'opportunité qui lui est fournie de fourbir ses arguments contre le pistolet mais aussi contre une certaine culture de la répression dans notre pays. On pense ce que l'on veut de Mr Besancenot, mais force est de constater que grâce à lui, les médias se sont enfin emparés de la question, et le débat peut avoir lieu.
Je ne reviendrais pas sur la question du nombre de morts dont le pistolet Tazer serait directement ou pas responsable. Je n'ai pas envie d'avoir un procès, d'autant plus qu'il me semble y avoir d'autres arguments pour refuser l'utilisation du tazer.
En premier lieu, je reviendrais sur l'argument majeur des partisans de cette arme, selon lesquels il éviterait des morts, contrairement à l'utilisation du revolver. Or, sauf erreur de ma part, le Tazer ne se substitue pas au revolver mais se rajoute comme étant une possibilité supplémentaire. En outre, à force d'insister sur sa dangerosité moindre, on risque surtout d'en faciliter l'utilisation et de la rendre plus fréquente, alors que le geste de sortir son arme à feu reste très rare pour un policier.
Ensuite, je prendrais comme référence l'exemple anglais, où les policiers en tenue, jusqu'à il y a encore peu n'avaient pas d'armes. Je n'ai pas entendu parler d'une délinquance galopante outre-Manche. De même, de nombreux sociologues font remarquer que la présence d'armes met une distance entre les représentants de l'ordre et les citoyens, ce qui peut être à l'origine de malentendus et de tensions.
Enfin, l'arrivée du Tazer participe d'une course à l'armement en vigueur depuis quelques temps au sein des forces publiques. Après le Flash-ball, désormais le Tazer. Comment ne pas croire que cela contribue à renforcer un climat de méfiance, un sentiment d'insécurité, puisque si les policiers sont si équipés, c'est qu'il y a danger. Bref, on renforce l'impression de peur, là où peut-être le dialogue, la prévention seraient plus efficaces.
17 octobre 2008
Retour sur le meurtre d'un enfant à La Courneuve en 2005.
C'était en juin 2005, à la cité des 4 000 à La Courneuve, un règlement de compte entre jeunes va faire une victime, un petit garçon de 11 ans qui avait le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Dès le lendemain, Nicolas Sarkozy se rend sur les lieux avec tous les médias à sa suite. La petite phrase sur le "Kärcher", encore dans toutes les mémoires va créer une énorme polémique dans le pays. Le très médiatique futur président va faire de nombreuses promesses pour améliorer la situation de ce quartier en complète déshérence. La Courneuve, le temps de quelques semaines et de quelques discours, va devenir symbole de "la réussite" de sa politique répressive.
3 ans après, alors que s'ouvre le procès des meurtriers présumés, il convient de revenir sur les propos et les promesses d'alors. C'est en effet cette attitude déterminée, ce goût pour les petites phrases qui font polémique qui ont permis à Nicolas Sarkozy de se faire élire 2 ans plus tard.
Mais aujourd'hui, qu'y a-t-il de changer à la cité des 4 000 ? Rien, absolument rien. Selon les propos de policiers entendus dans les médias ces jours-ci, les trafics continuent, et le taux de chômage des jeunes reste un des plus élevé de France, la misère sociale reste la même. Les emplois promis ne sont jamais arrivés. En 3 ans, il y a juste un peu plus de stigmatisation de ce quartier et de désillusion pour la plupart des habitants.
Ce procès tombe très bien, car il va enfin permettre de montrer que la politique sécuritaire ne résout rien, qu'au contraire elle amplifie les inégalités et les injustices. Il est dommage que très peu de journalistes ou de médias en 3 ans n'aient eu le courage de mettre Mr Sarkozy face à son échec cuisant.
D'ailleurs la meilleure preuve de ce fiasco, ce sont les sifflets du Stade De France lors du match contre la Tunisie. Une des raisons de ces sifflets, certes inacceptables sur le principe, ce sont les sentiments de rejet d'une partie des jeunes des quartiers difficiles.
Au moment où nous sommes en train de vivre une crise économique de première importance, et où il est fort probable que les populations les plus fragiles soient celles qui la subissent la plus durement, il devient urgent de revenir sur les erreurs de la politique sécuritaire et de remettre de l'humanité dans ces quartiers (à commencer par des services publics autres que les CRS).
18 février 2008
On reparle de l'insécurité : y aurait-il des élections bientôt ?
Tôt ce matin, plusieurs centaines de CRS ont effectué un coup de filet sur une trentaine de personnes à Villiers le Bel et dans les communes alentour. Les personnes arrêtées sont supposées être celles qui ont tiré à balles réelles sur des policiers à l'automne dernier. Certes, les auteurs de ces actes sont des assassins en puissance et méritent d'être condamnés. Toutefois cette opération pose un certain nombre de questions graves.
En premier lieu, celle de l'ampleur de la force utilisée. Tant de CRS au petit matin, s'il n'y a pas là volonté de faire de la provocation... On doit sûrement avoir les moyens, en France, d'arrêter 30 personnes (qui en plus n'habitaient pas toutes au même endroit) de façon plus discrète.
Mais la discrétion n'était surtout pas de mise, bien au contraire, puisque la presse était présente sur place en grand nombre avant même le début des opérations. On est en train de faire de la justice un spectacle. C'est une grave dérive qui à terme ne peut qu'avoir des conséquences désastreuses dans ces quartiers, à la fois sur l'image des policiers et de l'Etat, mais aussi de la presse (rappelons que lors des émeutes de Villiers le Bel, plusieurs journalistes ont été pris à parti).
La date de cette opération n'est également pas due au hasard : à moins de trois semaines d'une échéance électorale qui s'annonce périlleuse pour la droite au pouvoir. Chacun sait qu'à chaque fois qu'elle est en difficulté, qu'elle ne peut s'en remettre à ses actes ou à son programme pour convaincre les électeurs, la droite joue sur les peurs, sur l'insécurité. Au risque de renforcer celle-ci. Mais cela présente toujours l'intérêt majeur de mobiliser son électorat.
En fin de semaine, plusieurs personnalités politiques de tous bords et de premier plan ont signé un texte contre une dérive de la pratique du pouvoir. Il dénonçait une pratique autoritaire et personnelle de l'exercice de certaines fonctions (celles du président, qui n'était jamais nommé). Il fut facile pour les ministres et notamment le premier d'entre eux, de fustiger le côté mauvais perdant des signataires. Il a cependant suffi de moins d'une semaine pour que les faits viennent leur donner raison. Là où la situation difficile de certains quartiers mériterait concertation, débat et surtout moyens financiers, les seules réponses proposées sont la force et la médiatisation. Comme si on voulait que les évènements de Villiers le Bel se reproduisent.
27 novembre 2007
Inquiet !
Tout d'abord, avant de commencer ce message, je tiens à préciser 2 petites choses pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïtés sur ce qui va suivre.
1) Je cherche seulement à comprendre les raisons de la violence dans les banlieues, pas à l'excuser. Quand on tire à balles réelles sur une personne, flic ou pas, il s'agit d'une tentative de meurtre et doit être puni comme tel. Aucune colère ne doit, à mon sens, justifier la mort d'autrui.
2) Mr Sarkozy a été élu par une majorité d'électeurs. Son élection est donc légitime au vu du fonctionnement démocratique Français. Il faut donc l'accepter. Même si on peut penser que certaines dérives médiatiques et un glissement vers la politique spectacle ont pu influencer le résultat final, du moins en ce qui concerne les 2 finalistes.
Voilà, maintenant que ces deux petites choses sont précisées, je peux commencer.
Les divers évènements qui se succèdent depuis 2 ou 3 mois me rendent inquiet. Les émeutes de Villiers le Bel tout d'abord, parce qu'elles me font craindre de revivre ce qui s'était passé à l'automne 2005.Parce que la colère, la violence, la haine, qui émanent de ces jeunes n'a d'égal que la colère, la violence, la haine et l'incompréhension surtout de toute une autre partie de la population qui s'exprime ici et là sur internet ou sur certaines émissions de radio.
Je suis inquiet aussi parce que la colère n'est pas qu'à propos des banlieues. Elle est dans les facs, dans les services publics, dans les entreprises de transports (où le sentiment d'une part des employés d'avoir été trahi par les syndicats rajoute l'amertume à la colère). Elle est aussi chez toute une partie de la population qui ne peut plus se loger, qui subit de plein fouet les augmentations de matières premières ou des produits d'alimentation.
Je suis inquiet parce que cette colère s'accompagne souvent d'un profond sentiment d'injustice envers un pouvoir qui n'a eu de cesse de donner des gages aux plus riches, tout en taxant les plus pauvres (franchises médicales).
Je suis inquiet, parce que je ne crois pas que Mr Sarkozy, tout légitime qu'il est, soit l'homme de la situation pour apaiser une France divisée et en crise d'identité profonde. Si celui-ci avait été un homme de dialogue, cela se saurait. Il suffit de demander aux maires des communes dont les tribunaux vont fermer suite à des décisions arbitraires, ou bien à ceux qui subissent la plupart des réformes actuelles sans que bien souvent il n'y ait eu de concertation préalable digne de ce nom.
Je suis inquiet enfin, parce que ce que traduisent les différents mouvements actuels, c'est une coupure entre la partie la plus populaire des Français, et les élites de toutes sortes : politiques, journalistes, intellectuels, professeurs, etc.
Je suis inquiet, mais si on y réfléchit bien, rien de tout cela n'est surprenant. Il suffisait d'analyser les données de la présidentielle pour comprendre que derrière le résultat final, c'est bien de 2 France que l'élection a accouché, et 2 France qui visiblement ne communiquent pas entre elles. L'une rurale, plus agée, faite de commerçants, d'artisans, de professions libérales et de Français plutôt riches. L'autre, plus urbaine, plus jeune, plus populaire et où la population active est majoritairement représentée.
Tout cela est très schématique, je le conçoit, mais on imagine bien que ce n'est pas dans la première France que l'on trouvera la frange la plus progressiste de ce pays. Les commerçants, les agriculteurs, sans vouloir les insulter, sont pour la majorité d'entre eux, plutôt des conservateurs. Or, c'est parce que la politique et les réformes de Nicolas Sarkozy s'adresse en priorité à la deuxième France, celle qui justement n'a pas voté pour lui, qu'il y a problème. La majorité des étudiants Français n'a pas voté pour que l'on privatise en partie l'université. La majorité des fonctionnaires n'a pas voté pour que l'on sacrifie les services publics sur l'autel de la rentabilité économique, la majorité des ouvriers et des employés de ce pays n'a pas voté pour travailler plus, d'autant plus que cela ne se traduit pas par gagner plus. L'écrasante majorité des habitants des quartiers difficiles (jusqu'à 80 % dans certains bureaux de vote de Seine Saint Denis) n'a pas voté pour un homme qui a eu des propos insultants et méprisants envers une partie de sa jeunesse, ni pour une pour une politique de sécurité basée uniquement sur la répression, et qui ne fait que stigmatiser et enfoncer un peu plus les plus fragiles.
Notre pays est profondément divisé, et l'homme qui nous dirige et qui est censé nous rassembler, est pour beaucoup, le symbole de ces divisions.
Je suis inquiet.
26 novembre 2007
Les banlieues : l'échec de la politique de répression.
Les incidents de ce week-end à Villiers le Bel sont venus rappeler une inquiétante réalité : la situation dans les banlieues est toujours aussi explosive. Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, la question de l'insécurité avait comme par enchantement, quasiment disparue des médias. La mort de deux jeunes, la remet au premier plan. Elle permet aussi de mettre en avant l'échec d'une politique de sécurité basée uniquement sur la répression.
C'est là-dessus que Nicolas Sarkozy avait dès 2002 fondé son aura médiatique, grâce à un discours musclé, et une mise en scène permanente de ses sorties sur le terrain. Pourtant, force est de constater que cette politique est un fiasco. Parce que la police de proximité a été supprimée avant même qu'elle ne puisse porter ses fruits, la plupart du temps, les seules forces de police qui pénètrent dans les quartiers difficiles sont celles de Brigade Anti Criminalité (BAC), pas spécialement réputées pour leur sens du dialogue et de la retenue. Les relations entre les jeunes et la police se sont dégradées à un point tel qu'aujourd'hui, un simple contrôle d'identité peut tourner à l'émeute.
Beaucoup plus grave encore, en stigmatisant systématiquement toute une catégorie de population, en utilisant parfois des mots violents et rabaissants, Mr Sarkozy a divisé la France en deux et monté les Français les uns contre les autres. Il suffit de lire les commentaires à propos des incidents de Villiers le Bel sur les forums d'actualité pour en prendre la mesure. Difficile de ne pas être effaré quand la majorité de nos compatriotes internautes semble penser qu'il n'est que justice que les deux jeunes soient morts : ils ne portaient pas de casque, ils l'ont donc bien cherché. Difficile de ne pas être choqué devant le déferlement de haine contre ceux qui habitent ces quartiers, tous supposés fainéants, voyous, clandestins pour beaucoup, voire islamistes ou terroristes.
Pourtant, il faudrait quand même voir la réalité en face. Ce qu'avaient mis en lumière les émeutes de 2005, ce n'était pas une jeunesse en marge de la société, mais bien au contraire, toute une population qui vit en France, aimerait qu'on la considère Française et a l'impression qu'on lui refuse ce droit. Les jeunes de Villiers le Bel qui parlent de racisme, de mépris ou de sentiment d'abandon, ne disent pas autre chose.
Tout le monde en 2005 a juré ses grands dieux que la situation était grave, mais que désormais on en avait conscience. Mais qu'ont ils fait ? Ils ont tenu de magnifiques discours sur la justice qui devait être la même pour tous, sur la mixité sociale à remettre dans les quartiers pour en finir avec les ghettos, sur une meilleure représentation des minorités dans les médias, la politiques ou encore le monde de l'entreprise. Résultat, Clichy sous Bois, ville de 25 000 habitants attend toujours son commissariat, et on parle de supprimer certains délits pour les patrons d'entreprises. Résultat, les villes qui ne respectaient pas les 20 % de logements sociaux continuent à le faire, en toute impunité. Résultat, si des ministres d'origine maghrébine ou africaine ont bien été nommés, dans le même temps, on a créé un ministère de l'immigration et organisé une chasse systématique aux sans-papiers, renvoyant encore une fois de plus à ces origines toute une population, comme si on lui refusait le droit d'avoir seulement envie d'être Français ou de vivre ici.
En fait, depuis 2005, rien ou si peu n'a changé. Le taux de chômage dans les cités est toujours deux à trois fois plus élevé que la moyenne nationale. Les services publics y sont sous-représentés, l'insécurité ne baisse pas, mais par contre la parole de certains Français s'est libérée : il n'est plus rare d'entendre dans la rue des propos ouvertement racistes.
En fin de compte, les évènements de Villiers le Bel n'ont rien d'étonnant. Les rancoeurs, les haines, les incompréhensions surtout, sont toujours là. Pourtant, l'automne 2005 avait permis de mettre en lumière des solutions pour intégrer une population qui finalement ne demande que cela. Ces solutions sont encore d'actualité. Le respect de la mixité, la mise en place d'une vraie lutte contre les discriminations, un effort conséquent sur les services publics, en particulier l'éducation, tout cela notamment n'attend qu'une volonté politique. Malheureusement, aujourd'hui comme hier, la voie choisie semble être totalement contraire.