05 décembre 2009
Sarkozy, entends-tu cette colère sociale qui monte ?
Les immenses manifestations de janvier et mars dernier laissaient augurer d'un printemps social chargé. Las ! la stratégie incompréhensible des syndicats, leur division et l'absence d'opposition politique crédible ont tué dans l'oeuf cette formidable demande de plus de justice sociale. Depuis, les centrales syndicales sont inaudibles et c'est la morosité qui règne en maître au sein de la population.
Toutefois, le gouvernement aurait tort de se réjouir et de voir dans ce manque de combativité une acceptation de sa politique. Depuis quelques semaines, les choses bougent, les revendications, quoique toujours catégorielles se font plus précises, avec en plus une nouveauté qui devrait inquiéter Nicolas Sarkozy et ses ministres : le secteur privé devient lui aussi remuant. Et les mouvements dans ce secteur ne concernent plus seulement des actions désespérées pour sauvegarder l'emploi ou pour l'obtention de primes de départ décentes, non, maintenant les revendications portent aussi sur les salaires et les conditions de travail.
Dans le service public, les secteurs qui sont à la pointe de la lutte ne sont pas réputés pour être habituellement les plus revendicatifs. Ce sont tout d'abord les établissements culturels publics qui sont en grève contre les réductions de personnel. Commencé au Centre Georges Pompidou, le mouvement touche maintenant d'autres grands établissements comme le Louvre et le château de Versailles, et devrait s'étendre prochainement, notamment à la Bibliothèque Nationale. Certes, cela ne concerne qu'un nombre réduit de fonctionnaires et reste peu handicapant pour la majorité des Français. Mais c'est l'image de la France à l'étranger qui en pâtit. Sans compter les dégâts occasionnés sur notre industrie touristique, fierté nationale et véritable pompe à fric de la nation.
L'autre catégorie de fonctionnaires touchée est encore plus surprenante puisqu'il s'agit des policiers. Et avec eux, c'est le coeur de la politique de Nicolas Sarkozy qui est remis en cause, du moins son volet sécuritaire. Les fonctionnaires de police dénoncent massivement non seulement les réductions d'effectifs mais aussi et surtout la politique du chiffre qui les conduit à être toujours plus exposés et les oblige à négliger une de leurs missions essentielles : la prévention. Ils sont de plus confrontés à ce paradoxe qui finira bien un jour par exploser à la tête du pouvoir : comment toujours faire plus avec un effectif en baisse constante ?
Mais les fonctionnaires ne sont plus seuls, d'autres catégories de salariés ont bien l'intention d'exprimer leur colère. A commencer par les routiers dont on connaît la capacité à boucler l'économie d'un pays, d'autant plus que cette fois-ci, ils ne menacent plus de faire des barrages routiers, mais de s'en prendre aux grandes surfaces, ce qui en période de Noël ne serait pas anodin pour l'économie. Et la revendication est nouvelle puisqu'elle concerne les augmentations de salaires. Il est amusant de noter que le mouvement pourrait s'ajouter à une grève des cheminots. Avec les deux en même temps, le pouvoir à de quoi être inquiet.
Et ce n'est pas fini, car il y a un autre secteur où les salariés commencent à se faire entendre, c'est celui de la restauration. Là aussi, la demande porte surtout sur les salaires. Il faut qu'après les millions octroyés au patronat, les employés veulent maintenant eux aussi leur part du gâteau.
On voit bien que dans tous les exemples que je viens de citer, non seulement les revendications sont précises (ce qui n'était pas le cas au printemps), mais c'est aussi la politique de Nicolas Sarkozy qui est complètement remise en cause. Est-ce que le mouvement social serait en train de trouver un nouveau souffle ?
21 mars 2009
Mais que font les syndicats ?
Après les importantes manifestations du 19 mars, nous étions nombreux à espérer que les syndicats donneraient une suite rapide au mouvement. Leur réunion dès le lendemain laisser d'ailleurs libre cours à cet espoir. Las, 4 heures de réunion pour décider qu'il était urgent d'attendre, tout juste se reverront-ils dans 10 jours.
Il y a bien évidemment derrière cette hésitation la volonté de maintenir l'unité syndicale coûte que coûte. Il faut bien reconnaître qu'elle a facilité le succès des journées de manifestation. Mais l'unité n'est pas une fin en soi, et ce n'est pas elle qui améliorera les conditions de milliers de Français, elle ne suffira pas non plus à mettre un frein aux abus du patronat, ni à contrecarrer des réformes contraires à l'intérêt public.
Tout le problème est là. L'unité se fait sur un accord minimal entre centrales syndicales car sur l'essentiel, elles sont en profond désaccord les unes avec les autres. Il n'y a pas d'entente sur les revendications, mais pas non plus sur les moyens d'actions. Il y a celles qui veulent favoriser la négociation, faire passer quelques avantages au risque de céder sur l'essentiel. Il y a celles qui sont beaucoup plus revendicatives et prônent une attitude beaucoup plus radicale.
Cependant, à l'exception de SUD, il y a au moins une chose sur laquelle elles sont d'accord : la crainte d'être débordées par les partis de gauche radicale qui poussent à l'affrontement. Les propos véhéments de Mr Chérèque envers Olivier Besancenot prouvent cette crainte.
Attention, parce que cette posture ambiguë présente de nombreux dangers. Le premier étant d'apparaître comme les garants d'un système dont visiblement beaucoup de Français ont compris les limites. Le second, de se couper définitivement des masses laborieuses. Il ne faut pas oublier que les syndicats sont faiblement implantés dans notre pays, et que leur situation est fragile. Le troisième danger vient du temps qui joue pour le gouvernement, plus les syndicats sont longs à la détente, plus le pouvoir en place occupe le terrain.
Jeudi dernier, il suffisait d'écouter les slogans, de lire les affiches pour comprendre que nous n'étions pas dans un mouvement social traditionnel. Les revendications sont clairement politiques. Ce qu'ont exprimés les millions de Français dans la rue, c'est tant un malaise social qu'une volonté d'en découdre avec un pouvoir que beaucoup, de plus en plus nombreux, exècrent. La grève du 19 mars était politique. Il s'agit d'un affrontement entre ceux qui veulent maintenir un système en place, la droite, le patronat, une partie de l'opposition, et cette part importante des Français qui ont compris qu'avec la crise nous avions changé d'ère. A trop tergiverser, à ne pas vouloir entrer dans ce combat, les syndicats prennent le risque de se retrouver dans le premier camp.
18 mars 2009
Et après le 19 mars ?
D'ores et déjà, la question n'est plus de savoir si le 19 mars sera un succès ou pas. Le nombre de manifestants sera très important, il ne peut en être autrement tant le sentiment d'injustice est fort. Non, la vraie question qui se pose désormais est de savoir ce qui se passera ensuite, puisqu'il est aussi acté que le gouvernement ne changera pas sa politique.
Pour beaucoup, dont je suis, l'exemple à suivre est celui de la Guadeloupe : une grève générale massive jusqu'à obtention de satisfaction. L'histoire de notre pays regorge d'exemples où cette tactique a été payante. Mais en cette période de crise économique aigüe, où le chômage et la précarité rôdent pour beaucoup de Français, il est difficile de s'installer dans un conflit durable, pourtant souhaitable.
En outre, l'attitude de certains partenaires sociaux porte à caution. Certes, c'est l'unité syndicale, si rare dans notre pays, qui permet le succès des journées de manifestation et de grève. Mais cette unité est aussi la faiblesse du mouvement actuel, certaines centrales syndicales ne s'engageant que sur des mots d'ordres modérés, donnent l'impression d'agir en garants de la paix social et d'éviter toute explosion incontrôlée. En cela, ces leaders syndicaux sont complices du pouvoir.
Cependant, plus le temps passe, plus la colère devient immense et risque à terme d'être difficilement maîtrisable. Que ce soit les étudiants, les salariés de Continental ou de Sony, des manifestations de violence se font jour. De plus en plus il y a une incompréhension face à l'attitude des syndicats, et ceux-ci risquent d'être dépassés par la base. Comme ce fut le cas lors des manifestations anti-CPE.
Un tel dépassement est aujourd'hui possible et facilité par la faiblesse des principales organisations syndicales. Je crois effectivement que les prochains mois peuvent déboucher sur un mouvement d'ampleur. Mais attention, ce ne serait pas sans danger.
Le premier risque réside dans l'inconnu. L'histoire démontre que le pire est souvent ce qui arrive dans des périodes troublées. Un mouvement d'importance pourrait donc déboucher sur un durcissement du pouvoir. En outre, si les syndicats et les principaux partis politiques s'avéraient dépassés, cela serait grandement préjudiciable pour le futur, décrédibilisant durablement ces organisations, laissant ainsi le terrain libre à la droite et au patronat.
Au final, je suis partisan d'un mouvement d'ampleur, mais accompagné par les forces syndicales, au moins celles qui sont vraiment revendicatives, ce qui permettrait de renvoyer les autres à leur responsabilités. Je crois donc qu'après le 19 mars il faut que les salariés fassent pression sur les directions syndicales, même si cela doit aboutir à la fin de l'unité.
13 mars 2009
Face à l'autisme du pouvoir, le risque de radicalisation est réelle.
La période que nous vivons est singulière par de nombreux aspects. Habituellement en temps de crise, les gens ont tendance à se replier sur eux-mêmes, les revendications politiques ou sociales, l'expression des colères, tout cela est mis sous l'éteignoir. Cette fois-ci, il se produit le contraire, le mécontentement est très fort, et les manifestations sont fréquentes, populaires et très suivies.
On peut expliquer cela de plusieurs façons. Il y a en premier lieu un fantastique sentiment d'injustice ; Les banques et les grands patrons ont provoqué le marasme économique que nous connaissons, par leurs mauvais choix, et par une philosophie du toujours plus de profit suicidaire pour la société ; Pourtant, les états ont débloqué des milliards pour leur venir en aide, quand il n'est pas possible de décréter une augmentation des salaires pour soulager les souffrances des citoyens de base.
Ces derniers jours, ce sentiment d'injustice s'est encore renforcé avec l'attitude incompréhensible de certains grands groupes, qui annoncent des bénéfices records et licencient, ou bien ne respectent pas leurs engagements. Que se soit Total ou Continental, ces annonces sont scandaleuses, et comme pour une fois, le désarroi ouvrier a été très bien relayé médiatiquement, on imagine parfaitement leur effet sur l'opinion publique. D'autant plus que ces deux entreprises ne sont pas des cas isolés ; un peu partout en France, il y a aujourd'hui des salariés qui se battent contre des licenciements ou des délocalisations, sans que cela ne fasse la une des médias.
L'attitude du chef de l'état attise aussi les mécontentements. Il a fallu quelques heures seulement à Mr Sarkozy pour secourir les banquiers, et plusieurs semaines avant de répondre aux guadeloupéens. Les Français découvrent un chef de l'Etat sourd à leurs revendications légitime, mais qui en plus leur apparaît comme complètement éloigné de leurs préoccupations. Ils ne se reconnaissent plus dans cet homme qui ne se déplace qu'accompagné de centaines de CRS, s'octroie des vacances de luxe au Mexique dont le financement est obscur, légifère en permanence, restreint les libertés.
Tout cela fait donc que cette crise débouche sur une colère immense qui devrait s'exprimer le 19 mars. Mais attention, car l'on constate aussi un autre phénomène : le jusqu'au-boutisme et la radicalité des mouvements en cours.
Les mouvements aux Antilles ont été longs et violents, mais nos compatriotes ultra-marinsultra-marins n'ont rien lâché. Dans les universités, le conflit dure depuis des semaines et ne faiblit. C'est d'ailleurs tout le monde de l'éducation qui ne désarme pas. Face à un pouvoir qui est de plus en plus intransigeant, la rue à son tour ne transige pas. Pour l'instant les syndicats canalisent peu ou prou leurs troupes. Mais attention, nombreux sont les salariés de base qui ne comprennent pas la stratégie des grandes centrales et qui veulent en découdre. Le risque est grand qu'elles soient dépassées.
La journée du 19 mars sera probablement très suivie. La responsabilité des syndicats sur la suite à donner n'en sera que plus grande ; et ils n'ont pas le droit à l'erreur sous peine de laisser s'exprimer d'une autre manière un désarroi et une amertume immenses.
30 janvier 2009
Quelques réflexions après la grève du 29 janvier
Au-delà des querelles de chiffre, il est une certitude sur laquelle tout le monde s'accorde : la journée du 29 janvier s'est soldée par un franc et massif succès pour les centrales syndicales. Seulement, cette réussite ne résoud rien. Au contraire, les questions qui se posent aujourd'hui sont nombreuses.
Quelles réactions de la part de l'Etat ?
A en croire les premières réactions, l'Etat à bien conscience désormais qu'il marche sur des oeufs. Il y a une volonté apparente de calmer le jeu, et de fait le chef de l'Etat a mis sous l'éteignoir son discours bravache et péremptoire. Seulement, il n'y a que le discours qui se calme. Pas la politique. Le désir de mener à terme les réformes injustes sources de colère est toujours là. Apparemment, derrière l'apaisement, il y a bien l'intention de passer en force et de continuer à jouer sur le rapport de force. C'est risqué, mais Nicolas Sarkozy sait que la division syndicale et la faiblesse de l'opposition jouent pour lui. Il sait que cela ne durera pas éternellement, il a donc peu de temps pour agir.
Quelles suites les syndicats vont-ils donner au mouvement ?
Le plus dur reste à faire pour les syndicats : réussir à matérialiser les mécontentements. Cela sera très dur, car derrière l'unité historique affichée hier, il y a de profondes divisions. La CFDT, par la voix de son leader à d'ores et déjà annoncé qu'elle n'envisageait pas de suites. De fait, la plupart des centrales sont divisées entre une base très remontée et un sommet plus prudent. Mais, en plus des moyens d'action, il y a aussi des divisions sur le fond. La mobilisation d'hier s'est faite sur un mot d'ordre très général, qui a pour conséquence qu'aucune revendication précise ne s'est détachée des cortèges. Le mouvement syndical est donc confronté à une double difficulté : d'un côté la nécessité de ne pas laisser retomber la formidable mobilisation d'hier, et donc donner une suite, de l'autre trouver des revendications fédératrices.
Qu'ont réellement voulu dire les Français ?
Enormément de choses, d'où la difficulté des syndicats pour donner une suite. Ils ont d'abord voulu crier leurs peurs face à la crise, mais aussi leur ras le bol d'une politique inégalitaire. A cela, il faut rajouter un profond sentiment d'injustice : ce qui s'est exprimé hier, c'est avant tout de la colère.
Jusqu'où sont-ils prêts à aller ?
C'est la question de base. Si on en croit la mobilisation moindre que prévu dans la fonction publique, et le fait que beaucoup dans le privé ont utilisé des RTT ou des congés pour aller à la manifestation, un mouvement de grève générale semble peu crédible. Pourtant, la colère est là, et il faudra soit que le gouvernement réussisse à la contenir par des réformes et un changement de politique, soit qu'elle s'exprime de toutes façons. Le plus probable, c'est que l'on assiste à de multiples mouvements locaux, souvent très violents.
A mon humble avis, la France vient de rentrer dans une période nouvelle de son histoire sociale. Il y a peu de chances que l'on assiste à de grands mouvements type 36 ou mai 68, par contre nous rentrons dans une période de turbulences sociales qui risque d'être longue, d'autant plus que nous n'avons pas la bonne personne au pouvoir pour répondre aux angoisses des Français.
PS : on trouve une analyse intéressante à cette adresse :blogajef.blog.lemonde.fr/
28 janvier 2009
Une grève politique !
Le mouvement de grève de demain 29 janvier sera probablement très suivi. C'est pourquoi de nombreux commentateurs le compare déjà aux mouvement de 1995 ou de 2006 contre le CPE, qui avaient fortement marqués les esprits en leur temps. Pourtant, il existe de vraies différences, et la journée de demain n'est pas comparable : il s'agira d'une grève politique quand les mouvements passés étaient dus à des revendications précises.
En effet, si des millions de personnes seront dans la rue demain, ce n'est pas pour réclamer le retrait d'une réforme ou pour obtenir de nouveaux acquis sociaux (cette époque est bien révolue). Non, demain, le mot d'ordre est multiple. Ce qui s'exprimera, c'est d'abord et avant tout un malaise diffus face à la peur de la crise, mais surtout face à la politique du gouvernement.
Il est vrai de dire que la crise angoisse les Français, et la peur de perdre son emploi ou de voir sa situation sociale affectée sera présente dans les cortèges. Mais la vraie raison qui explique l'ampleur de ce mouvement (j'anticipe, mais je n'ai aucun doute là-dessus) est ailleurs. Il y a un rejet de la politique du gouvernement, et un immense sentiment d'injustice. Comment accepter que les responsables de la crise continuent à empocher des millions quand les victimes elles n'ont qu'à subir et se taire ? Et en plus, elles doivent se montrer solidaires !
Ce malaise précède la crise, et celle-ci n'a fait qu'accentuer les ressentiments. C'est bien la politique du pouvoir qui sera remise en cause demain, sinon comment expliquer la présence massive de fonctionnaires. Même si elle n'a rien d'étonnant, leur mobilisation sera plus forte qu'à l'accoutumée, or, ils sont beaucoup moins concernés par le risque de perdre leur emploi que dans le secteur privé. Non, s'ils seront dans la rue demain, c'est parce qu'ils ne veulent pas des multiples réformes qui jettent le discrédit sur la fonction publique et mettent à mal la solidarité nationale. Ils en ont aussi plus qu'assez d'un discours qui divise et oppose constamment les Français entre eux.
Mais que le pouvoir ne s'y trompe pas, les salariés du privé sont en accord (ce que disent d'ailleurs les sondages) avec le mouvement de demain, et ils le prouveront par une présence plus importante que d'habitude. Nicolas Sarkozy et son gouvernement feraient une immense erreur de n'imputer cela qu'à la crise. La grogne contre le pouvoir était déjà manifeste avant l'été. La question du pouvoir d'achat reste un des problèmes majeurs des Français, or, l'Etat a trouvé des milliards pour les banques ou les grandes entreprises, mais rien pour les salariés. Et personne ne se fait d'illusions sur les soi-disant plans de relance. Il y a aujourd'hui un immense sentiment d'injustice.
Mais ce n'est pas tout, qui peut croire qu'il y a une France du public qui rejette les réformes et une France du privé (celle qui travaille selon le pouvoir) qui les attend et les soutient ? Qui peut croire que le travail le dimanche n'inquiète pas les salariés de la grande distribution ? Qui peut croire que les ouvriers acceptent la perspective de devoir travailler jusqu'à 70 ans ? Toutes ces questions, et d'autres comme la rémunération du chef de l'Etat, la politique sécuritaire, toutes seront présentes dans toutes les têtes demain. Car ce qui va s'exprimer dans la rue, ce sont des mois et des mois de frustration et de colère rentrés.
Pendant ce temps, quelle est l'attitude de la majorité ? Les ministres, les députés se répandent tous dans les médias, soit pour tirer à boulets rouges sur les syndicats et les grévistes, n'hésitant pas à remettre en cause le droit de grève, soit pour minimiser l'ampleur de la grève et l'imputer à un mouvement d'humeur. Quel décalage avec ce que les Français vivent au quotidien ! Tous les propos entendus ces derniers jours ne vont qu'attiser l'incendie qui couve. Nos gouvernants sont-ils à ce point inconscients de l'état d'exaspération dans lequel se trouve le pays ?
PS ; je vous renvoie sur un excellent article traitant du même sujet, sur le blog d'un ami blogueur :
http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/01/mobilisation-gnrale.html#more
26 janvier 2009
Mes revendications pour le 29 janvier.
Pour le mouvement du 29 janvier, il y a évidemment les revendications portées par les syndicats. Mais en plus de celles-ci, chaque gréviste, chaque manifestants a des motivations qui lui sont propres. Voici les miennes :
- Refuser de payer les conséquences d'une crise due à l'incompétence de certains.
- Refuser les suppressions d'emplois dans la fonction publique.
- Clamer haut et fort mon attachement à un service public de qualité pour tous, indispensable en temps de crise.
- Montrer avec des milliers d'autres que je suis partisan d'une autre répartition des richesses.
- Imposer un contrôle des salariés sur leurs entreprises.
- Imposer une revalorisation des salaires
- Imposer des réformes qui passent par un vrai dialogue social et non plus décidée à l'Elysée.
Voila, il y en aurait évidemment plein d'autres, mais la vraie, la plus importante, la voici :
- Crier ma haine de ce pouvoir inique et espérer enfin une prise de conscience de la part de mes compatriotes que la solution passe forcément par un retour de la lutte des classes, comme celle que pratiquent le pouvoir et les principaux patrons de ce pays.
25 janvier 2009
Quelles revendications pour la grève du 29 janvier ?
La grève et les manifestations du 29 janvier risquent d'être très suivis. Si on en croit un sondage publié dans le Parisien, elles seront également très populaires (69 %), ce qui en dit long sur la popularité de ce gouvernement. Mais, comme souvent lors de tels mouvements, les revendications ne sont pas toujours claires pour beaucoup de personnes, empêchant nombre d'entre elles de se reconnaître dans cette action. Pourtant, ces revendications existent bien, et sont même particulièrement pertinentes. On les trouve sur le texte d'appel à la grève et à la manifestation disponible sur les sites des grandes centrales syndicales :
TOUS A LA MANIF LE 29 JANVIER
15 janvier 2009
Irresponsables propos de Nicolas Sarkozy sur le droit de grève !
Une fois de plus, le président de la République a montré son vrai visage, celui d'un diviseur, d'un provocateur et d'un réactionnaire. Lors d'une cérémonie où il était censé présenter ses voeux au monde du travail, Nicolas Sarkozy a procédé à une attaque en règle contre le syndicat Sud-Rail, responsable selon lui de la fermeture de la gare Saint-Lazare cette semaine ; et de promettre en plus un durcissement dudroit de grève. Rappelons simplement que cela prouve l'inutilité de la loi sur le service minimum, comme les syndicats l'avaient annoncés à l'époque. Cela n'a pas empêché Mr Sarkozy d'aligner mensonges et contre-vérités :
- "une organisation syndicale irresponsable casse le service public et bafoue l'intérêt des usagers du service public" : Mais qui est irresponsable dans cette affaire alors que les motifs qui ont entrainé la grève à la gare Saint-Lazare sont connus depuis des mois, et qu'avant le débraillage, la direction a eu 15 jours (comme le prévoit la loi) pour négocier, ce qu'elle n'a pas fait ? Un mois de grève n'ont servi à rien, alors qu'une seule journée de fermeture de la gare a permis aux salariés d'obtenir satisfaction sur toutes leurs revendications. Qui est irresponsable ?
Et qui casse le service public ? Les salariés qui défendent leurs droits, où un gouvernement et une entreprise publique qui ferment les gares et ne donnent pas les moyens nécessaires au renouvellement du matériel et au contrôle des voies ?
- "Des usagers pris en otage dans des conditions d'une violence inacceptable" : comme toujours, il est navrant d'entendre dans la bouche du plus haut rprésentant de l'Etat, ancien ministre de l'intérieur, des propos dignes du café du commerce. Son passage place Beauvau aurait dû lui apprendre ce qu'est une prise d'otage. Et si violence il y a, on aimerait l'entendre dénoncer celles commises à l'encontre des cheminots dans l'exercice de leur métier.
- "S'il y a des faiblesses dans la loi votée par le Parlement, nous les changerons par la loi" : Et ça, alors que le climat socio-économique se dégrade, ce n'est pas des propos irresponsables. Si la loi ne permet plus un exercice effectif du droit de grève, les mouvements existeront toujours, mais seront alors bien plus violents. Ce n'est pas en interdisant aux gens de revendiquer que les revendications n'existent plus.
Jouer les gros bras face aux syndicats, cela plaît certainement à l'électorat de droite. De tels propos ne laissent présager de rien de bon à l'aube d'une journée de manifestation qui s'annonce massive. De même, la nomination de Mr Hortefeuxau ministère des affaires sociales ne va pas dans le sens d'un dialogue apaisé.
PS : les phrases en gras sont des extraits du discours de Nicolas Sarkozy.
21 novembre 2008
La politique du mépris !
Au regard de l'attitude de certains ministres avec les fonctionnaires, méprisante est le qualificatif qui convient le mieux à cette façon de gouverner. Méprisante la gestion de la crise qui consiste à aider les responsables et ne rien faire pour soutenir le pouvoir d'achat des victimes. Méprisante l'attitude de Mme Dati face aux juges, ou de Mr Darcos avec les enseignants.
Mais les propos virulents de chacun de ces ministres ne sont pas innocents ni le fruit du hasard. Ils correspondent à une stratégie bien établie qui consiste à dresser les Français les uns contre les autres, à dénigrer le travail des fonctionnaires pour mieux faire passer des réformes qui pourraient être impopulaires.
Et pour cela, on n'hésite pas à mentir ou à travestir la réalité. Comme le ministre de l'Education stigmatisant les nombreux mouvements de grève dans son secteur pour faire passer les professeurs pour des activistes. Il oublie au passage qu'au regard de sa politique de casse en profondeur du système scolaire français, les grèves pourraient (devraient ?) être bien plus fréquentes et bien plus virulentes, et qu'en fin de compte, les enseignants font preuve d'une vraie conscience professionnelle en privilégiant d'abord leurs élèves plutôt que leurs légitimes combats.
De même, la ministre de la justice n'hésite pas à s'asseoir sur la loi, à déranger des juges en pleine nuit pour des faits qui ne sont que les conséquences de la politique ultra-répressiveultra-répressive de ce pouvoir. Mais voilà, il faut en permanence, quel que soit le problème, montrer que l'on agit, au mépris des personnels, des règles et du dialogue. Le risque est de provoquer une cassure entre le ministère et les juges, mais peu importe, puisque l'image de la ministre et du président remontent dans les sondages. Au diable les coups de canif dans l'état de droit.
Mais qui peut décemment blâmer ces pauvres ministres, ils ne sont que de simples exécutant qui luttent pour rester dans les bonnes grâces de leur patron. Et, il faut bien le reconnaître, l'exemple vient d'en haut. Car enfin, le mensonge, le mépris sont monnaie courante chez notre président de la République.
N'est-ce pas méprisant que de doubler son propre salaire et de déclarer qu'il n'y a plus rien pour les Français moyens ? N'est-ce pas mensonger que de faire croire à chacun qu'en travaillant plus et plus longtemps on pourra vivre mieux alors que dans le même temps le nombre de licenciements explosent ? N'est-ce pas mensonger que de s'agiter pour changer la face et du mener une politique pour faire en sorte que rien ne bouge ?
Médiatiquement, politiquement, cette méthode du mépris est payante pour l'instant. Toutes les réformes ou presque sont passées sans trop de casse. Mais la note future risque d'être lourde : le pays se divise de plus en plus, les colères montent et les rancoeurs s'accumulent. Pour l'instant, faute d'une opposition crédible et d'un sujet mobilisateur, elles n'ont pu déboucher sur aucun mouvement d'ampleur nationale. Mais gare, tout est réuni pour que cela puisse se produire.