09 septembre 2009
Le PS est pitoyable, mais la presse l'y aide bien !
Ce n'était un secret pour personne, mais le livre qui sort sur ce sujet enfonce le clou : c'est bien la haine qui a prévalue au congrès du Parti Socialiste à Reims, et le Tout Sauf Ségolène était pour la majorité élue, la seule ligne politique.
Evidemment, le clan Royal n'a pas été en reste et y est bien allé de ces petites tricheries, toutefois, ce qui prédomine c'est bien qu'il fallait à tout prix éliminer cette empêcheuse de magouiller en rond par n'importe quel moyen, dans le seul but de préserver les intérêts personnels des apparatchiks de ce parti. Il y a donc eu fraude massive à tous les étages. Ce simple fait, qu'un parti censé être du côté du peuple ne soit même pas capable de respecter ses propres militants me dégoûte profondément. Et on va nous demander, à nous électeurs de gauche de voter pour ces gens là ! Sans moi en tout cas !
On pense ce que l'on veut de Mme Royal, et à titre personnel si j'ai apprécié sa volonté de mettre un coup de pied dans ce nid d'éléphants, je suis loin de partager nombre de ses propositions. Toujours est-il qu'au Parti Socialiste, elle est considérée comme plus dangereuse que la droite. On ne m'enlèvera pas de l'idée que si elle a perdu la présidentielle, ce n'est pas parce qu'elle a été mauvaise ou que Sarkozy était meilleur qu'elle, non, c'est simplement parce qu'elle a été flinguée par ses propres amis.
Pour autant, je m'interroge sur l'opportunité de remuer de nouveau ces querelles à un moment où le PS semblait se ressaisir. A 6 mois d'élections régionales qui s'annoncent périlleuses pour l'opposition, mais surtout pour la majorité, on imagine aisément qui peut tirer profit d'une réouverture de la chasse chez les socialistes. Et je ne crois pas que le fait que le livre soit écrit par deux journalistes d'Europe 1 soit particulièrement anodin. Europe 1 appartient au groupe Lagardère, et chacun sait qu'Arnaud Lagardère est un proche de Nicolas Sarkozy. Il faut écouter les interviews politiques de Mr ElkkabachElkkabach, se pencher sur le contenu des journaux pour comprendre que cette station est particulièrement orientée à droite.
Toutefois, est-ce que la guerre au PS va de nouveau faire rage ? Pas sûr, car tous ont intérêt à une paix armée, tant ce parti joue gros aux élections régionales. Ségolène Royal la première d'ailleurs, puisqu'une réélection dans sa région la placerait d'office en position de favorite pour une candidature à la présidentielle. Quant à Martine Aubry et son entourage, après la claque des européennes, ils ne survivraient pas à un deuxième naufrage.
10 juin 2009
Elections européennes, beaucoup de perdants et un seul vainqueur : Ségolène Royal !
Beaucoup de choses ont été dites sur les résultats des dernières élections européennes. Et en ce qui concerne le scrutin français, la plupart des commentaires s'accordent sur les mêmes choses : débâcle du PS et du MODEM, victoire de l'UMP, échec de la poussée de la gauche radicale.
Il me semble surtout que les choses sont un peu plus compliquées que cela, car au-delà des scores des uns et des autres, le vrai fait marquant, c'est l'abstention record. Quelle signification peut-on vraiment donner aux résultats quand près de deux électeurs sur trois ne se sont pas déplacés ? Les raisons de cette abstention sont multiples, et je n'ai pas l'intention d'en débattre dans ce message. Cependant, la faiblesse du nombre de votants relativise fortement la victoire de l'UMP, d'autant plus qu'il est acquis que la droite a su mobiliser son électorat plus fortement que la gauche.
L'UMP a donc gagné les élections, puisque pour une élection à un tour, c'est la liste arrivée en tête qui remporte le plus de sièges. Est-ce pour autant un succès électoral ? Le premier parti de France fait avec 28 % quasiment le plein des voix de droite, ce qui veut dire que pour une élection à 2 tours, la droite dispose de peu de réserves. Et même si on ne peut préjuger à l'avance de ce que feront les électeurs écologistes ou centristes lors de la présidentielle, c'est bien l'antisarkozysmel'antisarkozysme qui tient lieu d'élément commun aux leaders de tous ces partis. De plus, s'il est vrai que la droite l'emporte dans toute l'Europe, c'est en France qu'elle obtient son score le plus faible. Certes, l'UMP peut se targuer d'un excellent score, mais ce qui l'attend surtout, ce sont des lendemains électoraux difficiles qui sont inscrits dans les résultats de ce 7 juin.
La victoire des verts, plus évidentes est toutefois elle aussi à relativiser. Les écologistes ont déjà par le passé réalisé des coups électoraux, qui n'ont jamais eu de lendemains, rappelons nous les régionales de 1992 ou les européennes de 2004. En outre, le succès de leurs listes doit autant au charisme des leaders (Cohn-Bendit, Bové, Joly) qu'à la volonté des Français d'envoyer un message aux centristes et aux socialistes. Ceux qui aujourd'hui croient qu'il y a une adhésion forte des Français au vote écologiste risquent d'en être pour leurs frais lors des prochains scrutins.
Avant de passer aux grands perdants que sont le PS et le MODEM, je voulais dire un mot de la gauche radicale. Certes, le résultat du Front de gauche est honorable, mais constitue quand même un échec puisqu'il n'améliore presque pas le score de 2004 obtenu par les seuls communistes. En outre, à mon avis, le PCF vient de sceller son acte de décès, Mélenchon ayant opérer une véritable OPA sur le parti, qui n'existe plus par lui-même. Quant au NPA, les 5 % sont nettement en-deçà des espérances, cependant, il s'agit d'un doublement du résultat de 2004, réalisé lui en alliance avec LO. De plus, l'électorat jeune et ouvrier, fer de lance de la gauche radicale s'est abstenu massivement. Le NPA sait aujourd'hui qu'il a encore du travail devant lui, mais qu'il a un vrai potentiel électoral, contrairement au PCF dont les électeurs plus âgés se sont apparemment mieux mobilisés.
J'en viens aux deux grands malades de ce scrutin le MODEM et le PS. Pour le parti de François Bayrou, les derniers jours de campagne ont permis de lever une imposture : le leader centriste n'est mué que par une seule ambition : la sienne. Les Français ont enfin pu voir qui il était réellement : le même autocrate que le personnage du président qu'il pourfend pourtant à longueur de discours. L'échec du MODEM n'est pas dû à son programme ou à sa campagne ratée, il le doit à la personnalité de son président qui aura bien du mal cette fois-ci à s'en relever.
Les données sont très différentes en ce qui concerne le parti socialiste. Rejet du libéralisme, pouvoir exécutif discrédité : tout porter à penser que le succès serait là pour le parti de Martine Aubry. Ce ne fut pas le cas. Les électeurs, et particulièrement les abstentionnistes ont sanctionné les divisions et les combats d'arrière-cour ainsi que l'absence de programme. Ce sont aussi les contradictions du parti qui ont été rejetées, celles qui notamment conduisent les dirigeants à clamer haut et fort leur refus du libéralisme et à voter dans le même temps le traité de Lisbonne. Pour autant, Le PS a déjà connu des échecs similaires, et s'en est toujours remis. Surtout que dans le cas présent, il semble évident que les Français attendent que ce parti redevienne le vivier intellectuel qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être.
Cependant, au Parti Socialiste, où rien n'est jamais simple, il apparaît que cet échec n'en est pas un pour tout le monde. Depuis le congrès de Reims, tout a été fait pour écarter Ségolène Royal de la direction du parti. Cet échec est celui de Martine Aubry et de tous les éléphants mais n'est pas le sien. En se maintenant à distance pendant la campagne, en apparaissant comme rassembleuse depuis, elle devient peu à peu le recours évident du PS pour 2012. Les jeux ne sont pas encore faits, mais Ségolène Royal en restant au-dessus de la mêlèe prospère sur les divisions des autres. De plus, avec l'effondrement du MODEM, la question des alliances qui était pour elle une véritable épine ne se pose plus, quand à la concurrence annoncée du NPA, elle n'est pas encore très virulente. En restant à l'écart des jeux politiciens, en continuant à faire entendre à intervalles réguliers sa petite musique sur les sujets internationaux ou économiques, Mme Royal se rend de plus en plus incontournable. Le grand vainqueur de ce scrutin, c'est elle.
17 novembre 2008
Parti socialiste : ce n'est pas si grave !
A la lecture des journaux ce matin, le congrès du parti socialiste a été un fiasco total. C'est probablement aussi l'impression qu'ont eu une majorité de Français, mais il faut dire que ceux-ci n'auront pu se faire une opinion qu'au travers des médias, et notamment de la télévision. Or, celle-ci est un prisme qui déforme la réalité pour la transformer à son image. La télévision vit sur le temps court, elle n'a pas de temps à consacrer aux longues explications qui auraient pourtant été nécessaires pour appréhender ce congrès. Il fallait donc du spectacle, et en politique, quoi de plus spectaculaire qu'un combat des chefs, que la succession de petites phrases sans intérêt. Evidemment, la réunion de Reims a été cela, mais pas seulement. Cependant, la complexité des débats, la réalité des divisions idéologiques, politiques, stratégiques n'a été qu'effleurée : il est préférable de faire de l'audience plutôt que d'informer.
Alors évidemment, le citoyen de gauche lambda qui attend enfin une petite éclaircie pour espérer sortir du marasme dans lequel nous plongent les politiques libérales menées par la droite, ce citoyen là sort dépité, abattu de ce week-end rémois ; et on peut penser que les amis politiques et médiatiques du président s'en réjouissent. Pourtant je crois que tout n'a pas été négatif à Reims, il y a même des raisons d'espérer et pour les militants socialistes, (dont je ne suis pas, je le rappelle) quelques raisons d'être fiers de leur parti.
En premier lieu, le Parti Socialiste a montré qu'il était un vrai parti démocratique, le seul avec les verts. Le contraste est saisissant avec l'UMP, où les principaux dirigeants sont directement nommés par le chef de l'état, et où le débat n'existe pas ; pourtant, à droite aussi la diversité des opinions existe. On voit bien d'ailleurs que l'absence de liberté d'expression imposée par le président de la République à son parti se retrouve dans sa pratique du pouvoir : des plaintes régulières contre ceux qui s'opposent dans des termes qu'il n'apprécie pas, de nombreux textes allant dans le sens d'une surveillance accrue des Français, ... Le parti socialiste au moins n'a pas peur d'afficher ses divisions et de respecter la parole de chacun.
Voilà, pour la forme. Sur le fond ensuite, je crois que les divisions et les querelles du week-end sont directement issues du congrès de Rennes en 1991. En plus de 10 ans passés comme premier secrétaire, l'essentiel de l'action de François Hollande aura été de mettre sous l'éteignoir les différents courants, d'empêcher le débat nécessaire entre des options stratégiques et politiques opposées. Ce débat correspond aussi à une lutte de pouvoir, mais pas seulement. Ce qui pose problème aujourd'hui : la volonté d'une partie des dirigeants, Ségolène Royal en tête, de faire alliance avec le centre. En 1991, cette question existait déjà, à la suite du choix de François Mitterrand de faire entrer des centristes au gouvernement, et elle fut centrale au congrès de Rennes, puis oubliée pendant près de 15 ans, pour soi-disant préserver l'unité du parti. Elle resurgit aujourd'hui, certes de façon brutale, mais enfin le débat a lieu, enfin le PS va pouvoir se choisir une direction et une stratégie claire. Encore faut-il pour cela qu'il se donne pour premier secrétaire un des deux candidats dont les choix sont sans ambigüités (sur la troisième, Martine Aubry pour être clair, j'ai exprimé ce que j'en pensais dans mon message d'hier).
D'ailleurs pour rebondir sur les candidatures de Benoit Hamon (dont je persiste à penser qu'elle est la meilleure, non seulement pour le PS, mais aussi pour la gauche et la France) et de Ségolène Royal, je note que par la nature même des ces 2 personnes et de leurs projets, ils sont à même d'effectuer le renouvellement nécessaire au sein du parti : plus de classes moyennes et populaires au sein des dirigeants, plus de jeunes, plus de mixité. Bref, un parti qui ressemble plus à la France, et cet horizon là est une raison d'espérer pour les socialistes.
Enfin, je finirai en répondant à ceux qui se lamentent du spectacle donné dans la nuit de samedi à dimanche et par ce rassemblement impossible. Il était inscrit dans le vote des militants, et on ne peut que se réjouir qu'aucun accord obscur n'ait été réalisé dans leur dos. Un rapprochement des motions, Aubry, Delanoë, Hamon : un Tout Sauf Ségolène déplorable. Un rapprochement de la motion Royal avec une autre : sur quelle base idéologiques si ce n'est celle des intérêts particuliers ? Des accords dans la nuit entre personnalités aux profils et aux discours disparates, c'est ce que les socialistes font depuis le congrès de Rennes. On voit où cela les a conduits. Jeudi et peut-être vendredi, ce sont les militants qui trancheront, et c'est bien plus sain ainsi. Au moins le premier secrétaire élu bénéficiera d'une vraie légitimité.
Pour autant, je ne suis pas dupe. A partir de vendredi, le nouveau premier secrétaire aura une tâche ardue. Celle de ressouder son parti, d'en refaire une machine à idées, de ne pas se couper définitivement de tous ces anciens électeurs (dont je suis) qui espèrent trouver des solutions de gauche à nos problèmes, quitte à les trouver ailleurs (j'en suis également). Mais il devra aussi et surtout être enfin à l'écoute des souffrances des Français, leur proposer une réelle alternative à la droite, basée sur un vrai projet, et enfin s'opposer efficacement à la politique de la droite.
PS : je rajoute juste deux petites choses pour montrer qu'il ne faut pas désespérer : en 1993, la gauche fait son plus mauvais score aux élections législatives : 4 ans plus tard elle est au pouvoir. En 1999, la droite est en ruines ou presque, victime de divisions internes (tiens, tiens), aux élections européennes elle change de tête de liste à quelques jours du scrutin et fait un score calamiteux : 3 ans après, elle prend le pouvoir et l'a toujours.
16 novembre 2008
L'imposture Martine Aubry.
Maintenant c'est sûr, le congrés de Reims a débouché sur un échec. Cela ne surprend personne, tant les animosités au sein du Parti Socialiste sont fortes. Ce sont donc les militants qui auront à départager les 3 candidats en lice, Benoit Hamon, Ségolène Royal et Martine Aubry.
Les candidatures des deux premiers sont faciles à justifier puisqu'elles correspondent à des stratégies réellement différentes et à des conceptions opposées de ce que doit être le Parti Socialiste. L'un, Benoit Hamon, défend les acquis idéologiques du PS, des alliances avec l'ensemble de la gauche et un parti fait de militants certes peu nombreux mais actifs, quand l'autre, Ségolène Royal, est partisan d'ancrer le PS vers le centre, de présidentialiser son parti, de rompre avec les anciennes alliances et de faire du PS un parti de masse en facilitant l'adhésion. Quoique l'on pense de l'une ou l'autre de ces positions (et mon souhait irait vers la première), elles constituent un choix clair, un choix politique qui entrainera la gauche française dans des voies complètement différentes dans les années à venir.
Il n'en est pas de même pour la candidature de Mme Aubry. Quelle est la stratègie défendue par cette dernière ? Celle d'un retour vers la gauche comme le faisait pressentir le texte de sa motion ? Mais dans ce cas l'alliance avec Benoit Hamon n'aurait pas dû poser beaucoup de problèmes. Mais Mme Aubry veut-elle vraiment d'un parti socialiste clairement à gauche, elle qui dans sa ville de Lille à conclu des alliances avec les centristes alors même qu'elle n'en avait pas besoin (et ce n'est pas parce que le parti l'autorise que l'on est obligé de le faire).
Et cette posture de femme clairement ancrée à gauche est pour le moins en contradiction profonde avec un parcours politique qui penche sérieusement vers le centre. Elle est bien à l'origine d'une fondation (FACE, fondation pour agir contre l'exclusion) qui regroupe quelques uns des plus grands patrons français : est-ce concevable quand on se dit de gauche, donc défenseurs des ouvriers, des salariés, des précaires, des pauvres, de travailler main dans la main avec ceux qui souvent les exploitent voire les oppriment ?
En outre, Mme Aubry est considérée comme la femme des 35 heures, projet emblèmatique du gouvernement Jospin. Evidemment, cette loi a été un grand progrès social, permettant à de nombreux cadres de retrouver leurs familles, développant le secteur des loisirs, et luttant efficacement contre le chômage, une loi allant dans le sens de l'histoire. D'ailleurs, l'acharnement de la droite à vouloir la supprimer sans jamais le faire complètement en dit long sur son importance et sur l'attachement que les Français portent aux 35 heures. Pourtant, cette loi a été la cause majeure de l'échec de la gauche en 2002, parce que mal préparée, elle a accentué la fléxibilité dans les entreprises et contribué au gel des salaires, notamment les plus bas. De fait, ce sont donc les ouvriers, les employés, les catégories populaires qui ont subi de plein fouet les effets pervers de la loi sur les 35 heures. Ils s'en sont rappelés en 2002. Depuis, Mme Aubry a certes reconnu l'imperfection de son dispositif, mais elle s'en est surtout violemment pris à celle qui en 2007 en avait fait un bilan sans concession et assez juste : Mme Royal.
Et puis, sur les actes politiques de Mme Aubry, je rajouterai un épisode beaucoup moins connu, mais qui me tient à coeur. Elle fut sous les gouvernements Cresson et Bérégovoy ministre du travail. A ce titre, elle n'aurait pas interdit l'utilisation de l'amiante dans notre pays, préférant un usage contrôlé de celle-ci (comme l'indique le site suivant :http://www.wsws.org/francais/News/2005/octobre05/261005_Amiantefr.shtml, ainsi que l'article Wikipédia consacré à Martine Aubry). Rappelons simplement qu'à cette époque la France est le dernier grand pays européen à autoriser l'amiante et que la CEE recommande son interdiction (qui sera effective en 1997). Les principales victimes de l'amiante furent des centaines d'ouvriers qu'aurait du protéger un gouvernement de gauche.
Pour toutes ces raisons, je considére que la candidature de Mme Aubry au nom d'un retour du PS vers la gauche est une imposture. Sa présence au scrutin de jeudi prochain aura surtout comme effet de nuire à la candidature de Benoit Hamon, qui elle est claire sur ses positions. De plus, la motion défendue par Mme Aubry et soutenue par les fabiusiens, autrefois partisans des baisses d'impôts, et par les strauss-kahniens qui ne rejetaient pas les fonds de pension. Je pense que la volonté de Mme Aubry d'être sécrétaire du premier parti d'opposition n'est muée que par les ambitions personnelles (elle n'est pas la seule dans ce cas évidemment, mais, elle, elle ne l'assume pas), et surtout pas une haine féroce envers Ségolène Royal.
11 novembre 2008
Mon rapport compliqué avec Mme Royal.
Ceux qui lisent régulièrement ce blog le savent, mes sympathies politiques vont largement du côté de la LCR, en grande partie grâce à la figure emblématique d'Olivier Besancenot, mais surtout parce qu'ils sont aujourd'hui les seuls à porter haut et fort des valeurs de gauche, et les seuls à s'opposer frontalement et efficacement à la politique de Nicolas Sarkozy. Cependant, aussi curieux que cela puisse paraître, je garde une certaine sympathie pour Mme Royal.
Evidemment, je suis loin d'être en accord avec toutes ses idées, notamment son acceptation du système capitaliste. Je ne partage pas non plus certains de ses penchants patriotiques et une certaine dérive sécuritaire, loin s'en faut. J'ajouterai à cela une tendance démagogique et une mauvaise habitude qui consiste à opposer le peuple aux élites. Et surtout, l'idée d'une alliance avec le centre-droit, qui signifierait la mort de la gauche de combat pour de nombreuses années, cette idée-là m'insupporte.
Pourtant, le personnage de Mme Royal m'attire, pour de multiples raisons, même si au fond, je sais qu'il ne faut pas se faire beaucoup d'illusions, si demain elle était au pouvoir, cela ne changerait pas radicalement la face de l'histoire. Mais il y a beaucoup de choses positives chez elle.
En premier lieu, même si elle est présente depuis plus de 20 ans dans les cercles du pouvoir, elle n'a jamais eu de responsabilités majeures et apparaît comme n'étant pas en partie comptable de la politique menée par les socialiste sous Mitterrand et Jospin. Ce n'est qu'en partie vrai, mais elle a su rester en retrait des décisions et des orientations majeurs. A l'instar de Mr Sarkozy pour la droite, elle correspond a une envie de renouveau et de changement. Il est d'ailleurs notable que sa motion est celle qui est signée par le plus de nouvelles personnalités.
Ensuite, son obstination force le respect. Il faut bien reconnaitre qu'elle n'a pas été épargnée par les coups, provenant le plus souvent de son propre camp. De François Hollande à Bertrand Delanoë en passant par Rocard ou Fabius, ils ont tout essayé pour la discréditer. Pour l'instant c'est un échec total, et c'est surtout le parti socialiste qu'ils ont discrédité. Les médias aussi ne l'ont pas épargnée, là par contre les dégats sur son image ont été plus féroces, et sont à mon avis en partie responsables de son échec à la présidentielle.
Mais ce n'est pas tout, ces petites phrases, ces perfidies ont fait oublier l'essentiel. Tout le monde s'est focalisé sur ses vélléités de rapprochement avec le MODEM sur certaines des ses positions pour le moins iconoclastes à gauche. C'est oublier que sur les retraites, la sécurité sociale, la crise économique elle tient un discours bien plus radical que le plupart des dirigeants socialistes. De plus aujourd'hui au PS, elle est la plus pugnace et peut-être la plus écoutée des opposants à Nicolas Sarkozy (je met la LCR à part, ici je ne parle que des socialistes).
Enfin, je terminerai en rappelant deux choses essentielles. Le fait qu'elle soit une femme n'est pas négligeable, surtout dans un pays où les hommes partagent si peu le pouvoir. Mais surtout, elle a réussi à ramener vers la politique et surtout vers la gauche toutes les catégories populaires qui ont tant fait défaut à ce camp lors des dernières élections ; et sur ce point les récents sondages ne le démentent pas. Elle reste populaire chez les ouvriers, les employés ou les jeunes, et par contre elle est moins prisée chez les classes moyennes ou les professions intellectuelles. On se rapproche de ce que devrait être un électorat populaire de gauche.
07 novembre 2008
Coup de balai Royal au PS !
Ça y est le drame socialiste est en passe de se terminer, en tout cas une partie du verdict a été rendue par les militants hier soir, en attendant la réponse définitive au congrès de Reims qui passera forcément par des tractations obscures. Mais, ce qui s'est joué hier est digne d'intérêt et pourrait bousculer la donne à gauche.
1) Avant toute chose, il faut faire un constat : le PS est bien le seul grand parti Français à avoir un fonctionnement vraiment démocratique. Les socialistes sont trop souvent raillés pour leurs divisions pour ne pas leur rendre cet hommage. La droite qui ne rate pas une occasion de se gausser ferait bien de s'en inspirer, cela ne pourrait que faire du bien à l'image de la politique.
2)La participation à ce scrutin est faible, ce qui traduit une lassitude des socialistes, mais aussi des gens de gauche face aux divisions des leaders socialistes. Ceci dit, il faut relativiser cette désaffection car en 2006, beaucoup de nouveaux militants n'avaient pris leur carte que dans le but de choisir le candidat à la présidentielle, beaucoup sont partis, et de nombreux autres qui sont restés ne se sont aucunement impliqués dans la vie du parti.
3)La victoire relative de Ségolène Royal et l'échec patent de Bertrand Delanoë sont à interpréter comme une volonté farouche des militants d'en finir avec les éléphants, et particulièrement avec l'ère Jospin. Cette impression est renforcée par le bon score de Benoit Hamon.
4)Contre toutes les prévisions, la motion soutenue par Ségolène Royal arrive en tête. Une fois de plus, la coupure est flagrante entre les élites de ce parti et sa base. Les militants socialistes ont donc en partie confirmé le choix qu'ils ont fait en 2006 pour la présidentielle, là aussi, la volonté d'en finir avec la guerre des égos est claire.
5)Même si Mme Royal apparaît comme la principale gagnante de ce scrutin, cela ne doit pas faire oublier que la motion arrivée en tête représente moins d'un tiers des votants. Le Parti Socialiste est donc profondément divisé, le congrès de Reims n'est donc gagné pour personne.
6)Le score important de la gauche du parti est réjouissant. Il fait de Benoit Hamon un partenaire indispensable pour toute majorité. De plus, avec lui, c'est enfin une nouvelle figure médiatique qui arrive sur le devant de la scène et qui tient un vrai discours de gauche.
7)La décision de Jean-Luc Mélenchon et de Marc Dolez de quitter le parti n'est pas une surprise tant ils semblaient avoir pris leurs distances avec le parti socialiste. Cependant, le moment choisi est curieux, puisqu'ils partent alors que leurs idées ont réussi une jolie percée. Espérons que Mr Mélenchon ne parte pas dans la seule intention de créer son parti et de rajouter ainsi de la division à la division.
8)Si Mme Royal ou un de ses proches venaient à remporter le congrès de Reims, j'y verrai comme une clarification à gauche, avec d'un côté un PS définitivement social-démocrate, rompant ainsi avec son histoire faite de lutte contre le capitalisme, et d'un côté un Olivier Besancenot qui aurait un véritable boulevard devant lui.
28 septembre 2008
Ségolène Royal, l'épine dans le pied des éléphants du PS
Elle est incroyable Ségolène Royal. Cela fait des mois que tous les caciques du PS, tous les éléphants de retour, n'ont de cesse de tout faire pour l'éliminer. Ils ont tout essayer, les petites phrases, les trahisons (Montebourg), la montée en puissance médiatique de figures pourtant bien peu charismatiques (Aubry, Delanoë), l'isolement politique, rien n'y a fait, elle est toujours là. Mieux (ou pire c'est selon), c'est quand on la croit au fond du trou qu'elle ressurgit du bois.
En cela, son show au Zénith hier soir est un rappel nécessaire aux Hollande, Aubry, Delanoë qui voudraient bien faire leurs tripatouillages de motions tranquillement dans leur coin. Là où Delanoë et Hollande ont péniblement rameuté 500 personnes à Cergy, elle, elle remplit le Zénith. Et le message est clair, peu importe qui sera le prochain secrétaire national du PS, ce dernier devra compter avec elle, car elle a bien l'intention d'être de nouveau candidate à la présidentielle. Etre présidente un jour, c'est son objectif, avec ou contre le PS.
Alors, certes elle peut énerver, Ségolène Royal. Elle est même critiquable sur nombre de ses prises de position. Mais elle a un côté bravache, une sorte de Don Quichotte en jupons qui combat les vieux moulins à vent socialistes, ceux-là mêmes qui ont tant fait de mal à la politique et à la gauche. Alors ce roc immuable, cette faconde mitterandienne revendiquée, ça rassure, ça plaît, même si on n'ose se l'avouer.
Ségolène Royal est iconoclaste, elle s'est forgée en dehors du parti, mais elle est populaire et particulièrement au sein des couches sociales qui ces dernières années ont déserté la gauche, et comme c'est bien la seule dans ce parti, elle gêne, elle exaspère les cadors socialistes. Parce que sa popularité, c'est sa force.
Sa faiblesse aussi. Parce qu'elle incarne, comme Nicolas Sarkozy à droite, la personnalisation de la politique. Comme Mitterand, elle joue avant tout sur son image, mais plus que son maître en politique, elle fait de la politique un spectacle. En retard dans les sondages en 2007, elle fait Charléty, distancée pour la conquête du parti, hop, un Zénith.
Et ce côté spectaculaire, c'est contraire à ce qu'est fondamentalement la gauche. Alors que la droite a toujours eu besoin d'un chef (De Gaulle, Chirac, Sarkozy aujourd'hui), la gauche elle, se targuait de jouer collectif, voulait mettre en avant les idées plutôt que les personnes. Mitterand a commencé à entreprendre ce virage, Ségolène Royal, à l'instar de Besancenot ou de Bayrou, continue à creuser ce sillon.
On peut se réjouir de cette évolution, ou bien la regretter, mais elle correspond à ce que veut la cinquième République ; et elle correspond probablement aussi aux inspirations profondes du peuple Français, toujours en recherche d'un sauveur. Et comme les éléphants socialistes continuent à faire de la politique comme si le monde n'avait pas évolué en 30 ans, alors, forcément, elle gêne.
17 mai 2008
L'affrontement Royal Delanoë est souhaitable.
Je sais, le titre peut surprendre tant il va à l'encontre de tout ce que l'on veut nous raconter aujourd'hui. Il est d'ailleurs de bon ton de railler le parti socialiste et de clamer haut et fort que les luttes intestines qui règnent en son sein n'intéressent personne. Et pourtant, le congrès du mois de novembre sera primordial non seulement pour le parti socialiste, mais aussi pour la gauche et le pays lui-même.
Alors oui, la pléthore de candidatures au poste se secrétaire général fait désordre. Mais, il ne faut pas s'y fier, deux seules sont intéressantes, les autres ne sont là que pour troubler le jeu ou satisfaire des égos personnels. Et on voit bien à travers la montée médiatique d'un Pierre Moscovici ou d'un Manuel Valls qui a intérêt à ce que le débat entre les deux principaux candidats n'est pas lieu.
Donc oui, mille fois oui, la confrontation Royal contre Delanoë doit avoir lieu. Parce que Royal ou Delanoë, ce ne sera pas la même ligne idéologique, ni les mêmes alliances et stratégies électorales qui en découleront. Parce que ce débat permettra enfin au PS de clarifier les choses et d'y voir clair dans le magma de la gauche.
Là où Royal prend des positions dignes de la social-démocratie et ne renie pas des rapprochements avec le centre, Delanoë, lui se veut le garant de l'héritage socialiste et le gardien des alliances traditionnelles à gauche. Là où Delanoë privilégie les discours d'appareil et la politique paillette, Royal a elle toujours préféré s'adresser à la base quitte à prendre à revers une partie des sympathisants de gauche.
Il est grand temps que les militants et les électeurs de gauche sachent enfin où va le PS. Va-t-il continuer à se définir comme un défenseur des valeurs traditionnelles de la gauche, ou se transformer en parti social-démocrate qui renonce aux idéaux révolutionnaires pour une politique de réformes.
Pour toutes ces raisons le débat est souhaitable, mais aussi pour deux autres fondamentales. Vu le passé des deux protagonistes, il est fort probable qu'avec eux il reste digne et sans coups bas (enfin pas trop). En espérant que les cadors qui se tapissent dans l'ombre attendant leur heure, les Fabius, Hollande, Aubry ou Strauss-Kahn qui dans le passé n'ont pas toujours résistés aux plaisirs des petites phrases ou des bassesses, en espérant donc qu'ils se fassent discrets.
La dernière raison, c'est que même s'ils sont dans la politique depuis longtemps, ils n'ont jamais ni l'un ni l'autre occupé de postes d'envergure nationale, ou de ministères importants. Avec l'un ou l'autre, il y a de fortes chances que l'on voit apparaître au PS de nouvelles têtes et donc de nouvelles idées.
