22 décembre 2009
Elections régionales : Nord Pas de Calais
Le Nord Pas de Calais sera particulièrement intéressant à regarder pour au moins deux raisons. D'abord parce que cet ancien bastion ouvrier ne s'était pas encore complètement remis des fermetures des mines et des grandes usines sidérurgiques qu'il subit à nouveau de plein fouet la crise économique, l'industrie automobile étant fortement implantée ici. Le taux d'abstention en dira long sur le désespoir des classes populaires. Ensuite, le Nord constituera un vrai test pour connaître les capacités de rebond du N, où Marine Le Pen a fait le choix de s'implanter durablement. Les classes populaires sont aujourd'hui celles où le parti d'extrême-droited'extrême-droite continue de prospérer. Un bon score ici aux régionales serait source d'inquiétude pour l'UMP et Nicolas Sarkozy dans la perspective des présidentielles.
La Gauche radicale :
Historiquement implanté dans la région, c'est le score du PCF qui part sous la bannière du front de gauche qui sera à suivre. La liste sera conduite par Alain Bocquet, personnalité locale respectée et appréciée, surtout, il sera épaulé par Marc Dolez ancien secrétaire de la fédération PS du Nord qui a gardé une influence certaine. Avec une campagne de terrain appuyée par ce qui reste de la force de frappe militante du PCF, le Front de gauche espère atteindre les 10 %, ce qui pourrait gêner fortement les socialistes, puisqu'alors Bosquet n'exclue pas d'être présent au second tour, surtout si le MODEM rejoint la gauche entre les deux tours. Il faudra cependant surveiller aussi le score du NOPA, qui fait généralement ici de bons résultats et pourrait grappiller des voix au front de gauche. Gageons cependant que le retour d'un vrai discours de gauche chez les communistes nordistes devrait limiter l'influence du parti d'Olivier Besancenot.
Le Parti socialiste :
Déjà abandonné par les communistes en 2004, le PS y va cette fois-ci sans les verts. Dans cette région historiquement ancrée à gauche, il serait fort surprenant qu'il perde le contrôle de l'exécutif. Toutefois, cette fois-ci, les socialistes devront compter au premier tour sur une concurrence accrue par la présence des verts. Ils devront aussi faire taire leurs divisions locales. Le score du PS dans la région sera certainement observé à la loupe, puisqu'il attestera aussi du poids réel de Martine Aubry dans sa région d'adoption, et par delà, au sein même du parti. Rappelons aussi que vu le contexte compliqué avec les communistes locaux, les négociations de second tour pourraient s'avérer compliquées, et peut-être contraindre le PS à une quadrangulaire. Cela dit, dans cette région fortement marquée par la crise et le chômage, c'est la capacité des partis de gauche à mobiliser leurs électeurs qui fera la différence.
Les écologistes :
Dans la foulée de leur bon score aux européennes, ils ont décidé cette fois-ci de s'affranchir de la tutelle socialiste au premier tour. Pour l'instant, il paraît fort probable que l'ensemble des forces écologistes se rassemble sous la bannière Europe écologie. Pour autant, la sociologie particulière du Nord Pas de Calais n'est guère favorable à ce courant qui recrute essentiellement dans les classes moyennes. Les écologistes espèrent surtout s'inscrire dans une dynamique nationale.
La majorité présidentielle :
En laissant la tête de liste régionale au Nouveau Centre, l'UMP en dit long sur ses chances réelles de gagner la région, d'autant plus qu'il ne fait de doute pour personne que le FN sera en mesure d'imposer une triangulaire au second tour. C'est Valérie Létard, très implantée dans la région qui conduira donc la liste. En envoyant la ministre aux technologies vertes au charbon, la droite espère prendre des voix écologistes, et récupérer les fruits de la posture verte de Nicolas Sarkozy à Copenhague. Malheureusement, il ne me semble pas que les considérations écologistes soient la priorité d'une région fortement populaire en déshérence économique.
Le Front National :
Marine Le Pen espère bien que son score aux régionales lui permettra de faire main basse sur le parti de son père. Bien implanté dans la région, à Hénin-BeaumontHénin-Beaumont, où il surfe sur les différents scandales qui émaillent la vie locale, le parti de Jean-Marie Le Pen espère bien être présent au second tour avec un score dépassant les 15 %, ce qui constituerait un coup de tonnerre. Il est évident que l'implantation du FN dans les classes populaires, l'impact dévastateur de la crise, la résurgence inopinée des thématiques sécuritaires et migratoires, réjouissent la formation d'extrême-droited'extrême-droite. Et ce n'est pas la présence d'une liste dissidente conduite par Carl Lang qui devrait nuire à Marine Le Pen.
19 décembre 2009
Elections régionales : Ile de France.
Comme annoncé il y a un mois, je commence mon tour de France des régions, 3 mois avant les élections. Je débute avec la première des régions, celle qui concentrera tous les regards : l'Ile de France.
Vu l'importance politique, économique, culturelle et démographique de la région capitale, il va sans dire que tous les 6 ans, les principaux partis mettent tous leurs efforts sur cette région. Mais cet année, les enjeux seront encore plus forts, à cause du projet de grand Paris voulu par Nicolas Sarkozy et qui risque fort à terme de modifier en profondeur les équilibres politico-socio-économiquespolitico-socio-économiques.
Toutefois, dans cette région si importante, le thème de campagne majeur reste les transports (et en cette période d'intempéries, ce ne sont les personnes coincées dans les bouchons qui me diront le contraire). L'organisme qui gère les transports publics en Île de France, le STIF, a fait l'objet d'une bagarre politicienne intense, de nombreux projets se trouvant bloqués faute de majorité pour les voter. Pourtant, le défi à relever en ce domaine est immense : vétusté des lignes SNCF et RATP, quasi absence de liaisons banlieue-banlieuebanlieue-banlieue, désenclavement de nombreux quartiers, etc.
Outre les transports, les problématiques liées à la pollution et à l'écologie vont jouer un rôle important. Beaucoup plus que dans toutes les autres régions, la population est ici fortement urbanisée, avec des classes moyennes sur représentées. Or, les dernières élections ont montré que ces populations étaient les plus sensibles aux questions environnementales. L'échec de la conférence de Copenhague ne devrait pas diminuer l'impact des besoins d'écologie chez les Franciliens.
Les forces en présence :
La gauche radicale :
Comme aux européennes, les principaux partis n'ont pas réussi à se mettre d'accord et devraient donc partir séparés aux urnes. Lutte ouvrière et le NPA présentent chacun leurs listes. Dans cette région riche où les nombreux quartiers populaires fournissent le gros des bastions de l'abstention, leur score devrait rester symbolique.
Il pourrait en être autrement du Front de gauche qui rassemble le PCF et le parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Le PCF possède encore de nombreux bastions en petite couronne, et le front de gauche, comme en juin dernier pourrait bénéficier du déclin de l'image d'Olivier Besancenot dans l'opinion et d'une bonne dynamique. Reste toutefois un handicap majeur : le PCF est toujours un parti aux pratiques staliniennes, et il s'entête à imposer la candidature de l'inconnu et peu charismatique Pierre Laurent, ce qui permettrait à ce dernier de pouvoir ensuite remplacer Mme Buffet. Comme d'habitude, l'intérêt du parti prime sur l'intérêt des électeurs, car les candidatures de messieurs Mélenchon ou Braouezec auraient été bien plus pertinentes et porteuses d'espoir.
Le Parti socialiste :
Le parti socialiste détient la région depuis 12 ans. Il a bénéficié la dernière fois d'une triangulaire imposée par le Front National. Il y a fort à parier que ce ne soit pas le cas cette fois-ci. En outre, le PS partira seul à la bataille, sans les écologistes cette fois-ci, avec en plus la présence du MODEM. C'est dire si au premier tour la partie sera compliquée pour jean Paul Huchon, d'autant plus que ce dernier malgré ses six années de présidence de région, reste méconnu et sans envergure. Pour autant, le PS défendra un bilan somme toute positif si on tient compte de tous les bâtons dans les roues mis par la droite au sein du STIF ou par l'entremise du gouvernement. L'enjeu principal pour le PS, sera de mobiliser les catégories populaires au premier tour, ce sont elles qui devraient lui permettre de devancer les listes Europe Écologie. Au second, Jean-Paul Huchon est à 3 mois de l'élection, pour l'instant largement favori.
Les Écologistes :
La composition sociologique de la région joue pour eux : l'importance des classes moyennes et la prédominance des thématiques environnementales devraient leur permettre de faire un gros score. Si on ajoute à cela une liste jeune, homogène avec des personnalités connues et respectées pour leurs engagements (Augustin Legrand, Coline Serreau, Stéphane Hessel, Pierre LarrouturouLarrouturou, etc.), la secrétaire des verts met tous les atouts de son côté pour créer la surprise au soir du premier tour. D'autant plus qu'ils peuvent aux aussi revendiquer leur part dans le bilan de la mandature. Reste toutefois deux inconnues qui pourraient les empêcher de devancer le PS : l'importance du vote utile, et l'impact de la conversion de Nicolas Sarkozy sur les plus centristes de leurs électeurs potentiels.
Le MODEM :
Les temps changent pour les centristes. En 2004, la liste menée par André Santini avait fait alliance au second tour tour avec la droite. Aujourd'hui, les centristes se rapprochent de la gauche. En Ile de la France, le parti de François Bayrou fait le pari de la diversité avec un jeune homme d'origine antillaise en tête de liste. Il devrait cependant avoir beaucoup de mal à exister avec la montée en puissance des écologistes qui pompent une grande partie de l'électorat modéré. Toutefois, il devrai comme il se doit être fortement courtisé entre les deux tours.
L'UMP :
S'il y a une région que la droite voudrait récupérer, c'est celle-ci. Avec le projet de grand Paris, et le futur agrandissement du quartier de la Défense, Nicolas Sarkozy ne manque pas d'ambitions pour la région capitale. Il lui importe donc qu'elle soit dirigée par un de ses fidèles. C'est donc une de ses ministres les plus en cour qui s'y colle : Valérie Pécresse. Même si elle devrait bénéficier de l'apport que constituent les bastions indéfectibles des Yvelines et des Hauts de Seine, la partie s'annoncent compliquée pour la ministre de l'enseignement supérieur. En premier, parce que même si elle est aux affaires depuis deux ans, elle reste largement méconnue du grand public. Ensuite, parce que comme tous les candidats de la majorité, elle va pâtir de l'image désastreuse de Nicolas Sarkozy dans l'opinion. Enfin, parce que son principal adversaire est elle-même : elle a parfois une forte tendance a méprisé ses interlocuteurs, ce qui pendant une campagne peut avoir un effet dévastateur.
Le Front National :
Au milieu des années 80, le parti d'extrême-droited'extrême-droite faisait des scores élevés dans les banlieues populaires. Avec le temps, son poids électoral a reflué, un peu plus en petite couronne qu'ailleurs, essentiellement à cause du métissage important de la société francilienne. Aujourd'hui, même s'il profite de la mise en avant de thématiques qui lui sont chères, il ne devrait pas retrouver dans la région suffisamment d'audience pour figurer au second tour. Auquel cas, il enterrerait définitivement les chances de la droite.
22 novembre 2009
Martine Aubry sur la bonne voie !
J'avais il y a un an , le 16 Novembre 2008 exactement, au lendemain du congrès de Reims, commis un article où je disais tout le mal que je pensais de Mme Aubry. J'y exprimais en particulier mes doutes sur son ancrage à gauche et sur volonté et sa capacité à rassembler son camp. Je suis loin d'avoir changé d'avis, mais je reconnais volontiers que ces dernières semaines, le comportement et certaines décisions de la leader socialiste m'ont parues positives et aller enfin dans le sens d'un repositionnement nécessaire sur les vraies valeurs de la gauche.
J'admets que bien que ne partageant pas toujours (loin de là) les positions de Mme Royal, j'ai parfois été séduit par sa personnalité, et par le fait qu'elle renvoyait aux oubliettes de l'histoire tous ces éléphants qui fait tant de mal par le passé. Mais là, avec la polémique stérile et inutile qui l'oppose à Vincent Peillon, je ne comprends, je ne suis plus. Pour quelqu'un qui voulait combattre les courants, elle tient exactement les comportements qu'elle dénonce. Surtout à quelques mois d'élections importantes, les dégâts dans l'opinion ne peuvent qu'être ravageurs, et je pense qu'un leader politique d'importance doit à certains moments oublier sa partition personnelle pour jouer collectif. C'est ici qu'intervient le premier point positif que je donne à Mme Aubry, car en ne rentrant pas dans la mêlée, en restant au-dessus de ces chamailleries stupides, elle renforce son image de premier secrétaire au travail, et indique pour une fois qu'il y a peut-être au PS des personnalités qui veulent en finir avec les combats d'égo.
De plus, il y a une autre chose qui me plaît beaucoup en ce moment chez elle, c'est qu'elle ne cesse de répéter qu'elle veut se situer sur le combat d'idées. Or, ces dernières années, le principal adversaire de la politique (au sens noble du terme), c'est cette pipolisation des hommes et des femmes politiques, dont l'actuel président et l'ancienne candidate socialiste se sont faits les ardents promoteurs. Mme Aubry n'apparaît dans aucun magazine people, elle ne met pas en sa scène sa famille ou ses proches, ne fait pas du plus anodin de ses déplacements un acte politique. Elle continue à faire de la politique comme on n'aurait jamais dû cesser d'en faire, c'est à dire un débat intellectuel où des conceptions différentes de la société s'affrontent. On sort enfin de ce combat des chefs où finalement tout le monde est d'accord sur le fond.
Martine Aubry a donc une attitude qui tranche avec celle de la plupart du personnel politique en ce moment. Mais c'est surtout ce qu'elle a dit ce weekend au congrès des jeunes socialistes à Grenoble, qui a attiré mon attention sur elle. Sur trois sujets, elle a dit des choses que l'on n'avait plus entendues depuis très longtemps dans la bouche d'un leader socialiste.
Elle s'est clairement prononcée pour le mariage et l'adoption homosexuelle, ce qui ne va pas forcément dans le sens de l'opinion mais est en phase avec les valeurs de tolérance et d'humanisme censées être celles de la gauche. Elle a ensuite affirmé haut et fort que le Parti Socialiste était partisan d'une régularisation massive des sans-papiers, sous conditions certes, mais enfin une proposition concrète en matière d'immigration et de lutte contre les injustices. Enfin, Mme Aubry est sortie de son silence sur le débat voulu par Mr Besson, dénonçant l'amalgame fait par l'Elysée entre l'immigration et l'identité nationale. J'aurais souhaité qu'elle demande à ses militants d'aller le clamer haut et fort et massivement dans les préfectures, mais bon, il s'agit d'un début.
Évidemment, le parti socialiste n'a toujours pas de projet. Évidemment, à quatre mois des élections régionales, il n'est toujours pas au clair sur ses alliances. Mais, ce weekend, le parti à la rose a peut-être commencé à rebondir avec à sa tête une première secrétaire dont l'image sort grandie grâce aux faux pas de sa principale concurrente.
21 novembre 2009
Point sur les élections régionales.
A quatre mois des élections régionales, et avant de commencer un petit focus régions par régions, il me semblait intéressant de faire un petit point sur la situation nationale, et de voir où en étaient les forces en présence.
La première inconnue de ce scrutin sera la participation. Alors que comme en 2004, tout le monde déplore le peu d'intérêt apparent des Français, je fais au contraire le pari que les électeurs répondront présent. Cela pour au moins deux raisons. La première, parce que l'électorat de droite reste mobiliser autour de la politique du président qu'il soutien. La seconde, parce que les régionales constituent la seule occasion qu'auront les Français avant les présidentielles d'exprimer leur colère, si tant est qu'ils en aient une comme je le crois. La participation devrait donc être forte.
Pour appréhender la situation, je propose de diviser le spectre politique en 5 grands camps, lesquels abordent le scrutin de façon très diverses.
La gauche radicale : Avec la crise, le rejet de la droite et les divisions au PS, elle devrait avoir le vent en poupe. Las, faute de pouvoir s'entendre sur une stratégie commune, et ce essentiellement à cause de l'incapacité qu'a le PCF de tourner le dos à ces alliances passées avec le PS (il est vital pour lui de conserver ses élus), ce camp se rend à la bataille fortement divisé. Certes, comme d'habitude, Lutte Ouvrière y va seule, et devrait une fois de plus faire un score marginal. A l'inverse le NPA et l'alliance du Front de gauche devraient se retrouver avec des scores autour de 5% chacun, ce qui prouve leur potentiel électoral. on comprend la déception des partisans d'une ligne de gauche radicale, car une alliance, accompagnée d'une dynamique aurait certainement permis à cette gauche d'être présente au second et d'imposer une autre politique au PS. Malheureusement, ce sont encore les combats de boutique qui l'ont emporté, et comme toujours les électeurs qui en font les frais.
La gauche dite de gouvernement : Pour résumer, il s'agit essentiellement des socialistes et des écologistes, lesquels partent sur des dynamiques opposées. Le PS est toujours englué dans ses divisions et ses combats de chef. Pour autant, contrairement aux élections européennes, il s'agit ici d'une élections à deux tours. Au premier, un léger effet "vote utile" devrait lui permettre de limiter la casse face à la concurrence des verts, du MODEM, et du Front de gauche. Au second tour, si les reports se font bien, la France entière devrait constater que l'UMP a eu une victoire à la pyrrhus aux régionales, et que la France penche à gauche. Pour les écologistes, la situation est très différente. Surfant sur leur bon score aux européennes et sur un climat d'inquiétude autour des questions environnementales, ils sont sur une excellente dynamique. Ils devraient même pouvoir se retrouver en tête de la gauche dans certaines régions, et revendiquer la présidence de certains exécutifs. Toutefois, leur stratégie aléatoire qui pousse certains à vouloir s'allier même avec la droite, devrait raviver les tensions, de même que les appétits qui ne vont pas manquer de naître. Le premier tour devrait être un succès pour eux, le second s'annonce comme stratégiquement périlleux.
Le Centre : Je parlerais ici surtout du MODEM, puisque le Nouveau Centre n'est qu'un avatar de l'UMP. La situation du parti de François Bayrou n'est pas très réjouissante. Depuis les européennes, la perception qu'ont les Français du leader centriste a évolué. Il apparaît désormais comme un ambitieux, à l'instar de Nicolas Sarkozy, et son projet se fait de plus en plus flou. En outre, la stratégie du ni droite ni gauche qui séduisait bon nombre de Français jusque là, ne semble plus aussi évidente, et les tentatives de rapprochement avec la gauche devraient effrayer certains électeurs. François Bayrou joue ici une de ses dernières cartouches, il aurait beaucoup de mal à se relever d'un nouvel échec.
La Droite : En rassemblant toutes les composantes ou presque de la droite bien avant le scrutin, Nicolas Sarkozy permet à son camp de se présenter uni au premier tour. Le contraste est grand avec l'image donnée par la gauche. Cette stratégie devrait s'avérer payante au premier tour, et devrait être propre à enclencher une dynamique de second tour, qui pourrait limiter les dégâts. Toutefois, le danger de rassembler trop largement au premier tour est qu'il n'y a plus de réserves de voix pour le second tour, lequel devrait nous renseigner sur l'impact réel de l'impopularité de exécutif et sur les chances réelles du président de la République en 2012. Il y a toutefois des signes qui ne trompent pas, alors qu'il y a 6 mois, les principaux leaders de l'UMP pensaient ravir 5 à 6 régions, ils se contentent désormais officieusement d'une ou deux. Ce qui n'est même pas sûr.
L'extrême-droite : donnée moribonde par tout le monde, elle peut encore constituer un vrai danger pour la droite dans certaines régions où elle semble capable d'atteindre les 10 % nécessaires pour se maintenir au second. Et ce, d'autant plus que certains des électeurs frontistes séduits par Nicolas Sarkozy pourraient être tentés par un retour au bercail, histoire d'envoyer un message avant 2012. De plus, les divisions de la gauche radicale ne lui permettent pas de surfer sur la colère ambiante, exercice pour lequel le Front National a par le passé montré qu'il était doué. Donc, attention, s'il y a une surprise à attendre, elle peut se produire de ce côté-ci de l'échiquier.
09 octobre 2009
Elections régionales : le rapport de force à 6 mois du scrutin.
Certes, le jeu des alliances n'est pas encore terminé, les évènement peuvent encore bouger les lignes, mais à 6 mois des élections régionales, on peut déjà faire une photographie pertinente de la France politique. Et comme j'aime bien l'exercice, je m'y essaie.
Le Front National : En 2004, la puissance électorale du FN lui avait permis de se maintenir dans une quinzaine de régions, provoquant ainsi la déroute de la droite. Cette époque est révolue pour le parti d'extrême-droited'extrême-droite. Pour autant, l'épisode polémique autour de Frédéric Mitterrand prouve que ce parti bouge encore et espère bien récupéré une parti des déçus de la droite. Toujours est-il qu'il semble toujours en mesure de dépasser les 10 % dans 2 ou 3 régions, notamment en PACA ou dans le Nord Pas de Calais. Le FN espère que ce scrutin sera celui de la fin de son déclin.
L'UMP : Au soir du premier tour, comme lorsque des européennes, l'UMP devrait apparaître comme étant le premier parti de France, devançant de loin ses adversaires. Sauf que cette fois-ci, il s'agit d'un scrutin à deux tours, et que le manque de réserves à droite va se faire cruellement sentir. A cela il faut rajouter que l'ouverture politique est de plus en plus mal vécue par les électeurs de droite. De plus, la taxe carbone, gage donné aux écologistes, est mal perçue dans les rangs conservateurs. Il y a quelques mois Xavier Bertrand rêvait tout haut de récupérer quelques régions. Il pourrait n'en être rien, et les électeurs pourraient faire dans les urnes, ce qu'ils n'ont pas fait dans la rue : botter les fesses du pouvoir.
Le MODEM : Scrutin compliqué pour le MODEM après l'échec retentissant des régionales. La difficulté pour le parti de François Bayrou tient essentiellement dans le fait qu'une grande partie de son électorat est volatil, et qu'il subit de plein fouet la concurrence écologiste. De plus, en apparaissant comme un homme obsédé par la présidentielle, le leader du MODEM a largement ébréché l'image de sincérité qui l'avait propulsé à 17 % en 2007.
Les écologistes : Depuis les européennes, ils ont le vent en poupe, et espèrent bien damer le pion aux socialistes. Toutefois, il ne s'agit pas du même scrutin, et les enjeux sont différents. D'une part la participation devrait être plus forte aux régionales, et d'autre part, il risque de pâtir de leur manque d'implantation dans les classes populaires. Mais, il est clair que partout où ils vont dépasser les 10 %, ils vont monnayer chèrement leur ralliement au second tour. L'enjeu sera pour eux de récupérer certaines présidences, voire d'être en mesure à terme de contester le leadership de la gauche au PS.
Le PS : Il y a peu de doutes qu'au soir du premier tour, il apparaîtra comme le grand malade de la politique française. complètement isolé, contrairement à 2004, concurrencé sur sa droite et sur sa gauche, le PS a beaucoup à craindre du premier tour. Mais heureusement pour lui, cette fois-ci, il y aura un second tour, où la droite ne semble pas en mesure de ravir beaucoup de régions. Tout dépendra de la capacité du PS à rassembler la gauche au second tour, voire à faire des concessions à ses alliés. Au second tour, il devrait de plus bénéficier de la volonté d'une part importante de l'électorat de sanctionner la droite.
La gauche radicale : Son potentiel électoral est évident, les scrutins allemands et portugais sont là pour le démontrer. Mais tout dépendra de la capacité des différentes obédiences à surmonter leurs divergences. NPA et Parti de Gauche semblent sur la même ligne, celle d'un refus de s'associer au PS pour diriger les régions. Tout dépendra donc des choix du PCF. Soit il choisit de maintenir ses alliances avec le PS et sauve ses élus mais se coupe définitivement du peu d'électorat qui lui reste. Soit il coupe avec le PS, mais ne pourra pas assumer le bilan des directions de région qui est aussi un peu le sien. Cruel dilemme en perspective.
09 septembre 2009
Le PS est pitoyable, mais la presse l'y aide bien !
Ce n'était un secret pour personne, mais le livre qui sort sur ce sujet enfonce le clou : c'est bien la haine qui a prévalue au congrès du Parti Socialiste à Reims, et le Tout Sauf Ségolène était pour la majorité élue, la seule ligne politique.
Evidemment, le clan Royal n'a pas été en reste et y est bien allé de ces petites tricheries, toutefois, ce qui prédomine c'est bien qu'il fallait à tout prix éliminer cette empêcheuse de magouiller en rond par n'importe quel moyen, dans le seul but de préserver les intérêts personnels des apparatchiks de ce parti. Il y a donc eu fraude massive à tous les étages. Ce simple fait, qu'un parti censé être du côté du peuple ne soit même pas capable de respecter ses propres militants me dégoûte profondément. Et on va nous demander, à nous électeurs de gauche de voter pour ces gens là ! Sans moi en tout cas !
On pense ce que l'on veut de Mme Royal, et à titre personnel si j'ai apprécié sa volonté de mettre un coup de pied dans ce nid d'éléphants, je suis loin de partager nombre de ses propositions. Toujours est-il qu'au Parti Socialiste, elle est considérée comme plus dangereuse que la droite. On ne m'enlèvera pas de l'idée que si elle a perdu la présidentielle, ce n'est pas parce qu'elle a été mauvaise ou que Sarkozy était meilleur qu'elle, non, c'est simplement parce qu'elle a été flinguée par ses propres amis.
Pour autant, je m'interroge sur l'opportunité de remuer de nouveau ces querelles à un moment où le PS semblait se ressaisir. A 6 mois d'élections régionales qui s'annoncent périlleuses pour l'opposition, mais surtout pour la majorité, on imagine aisément qui peut tirer profit d'une réouverture de la chasse chez les socialistes. Et je ne crois pas que le fait que le livre soit écrit par deux journalistes d'Europe 1 soit particulièrement anodin. Europe 1 appartient au groupe Lagardère, et chacun sait qu'Arnaud Lagardère est un proche de Nicolas Sarkozy. Il faut écouter les interviews politiques de Mr ElkkabachElkkabach, se pencher sur le contenu des journaux pour comprendre que cette station est particulièrement orientée à droite.
Toutefois, est-ce que la guerre au PS va de nouveau faire rage ? Pas sûr, car tous ont intérêt à une paix armée, tant ce parti joue gros aux élections régionales. Ségolène Royal la première d'ailleurs, puisqu'une réélection dans sa région la placerait d'office en position de favorite pour une candidature à la présidentielle. Quant à Martine Aubry et son entourage, après la claque des européennes, ils ne survivraient pas à un deuxième naufrage.
26 août 2009
les primaires au PS : l'arnaque totale !
Tout le landerneau politico-médiatiquepolitico-médiatique parisien ne parle plus que de cela : l'organisation de primaires au parti socialiste pour l'élection présidentielle de 2012. Ce furent d'abord la jeune génération en mal de reconnaissance (Montebourg, peillon) qui a sauté sur l'idée pour tenter de se faire une place au soleil, puis les cadors en place depuis plusieurs générations, les éléphants comme on dit, s'y sont mis. Maintenant, c'est une pétition sur laquelle circule les noms de nombreux artistes ou intellectuels de gauche. Le tout abondamment relayé qui voit dans la crise au socialiste un spectacle permanent assuré riche en rebondissements. Si avec tout ça Martine Aubry n'a pas la main forcé...
Les primaires sont maintenant présentées comme la panacée, la solution aux maux de la gauche, le seul moyen de gagner la présidentielle de 2012. Que la gauche se dote d'un chef incontestable et la messe sera dite. J'ai bien peur que tout ne soit pas aussi simple, car en mettant comme priorité le choix d'un candidat, le parti socialiste tournerait le dos à son histoire, pire, il en serait fini de la différence majeure entre la droite et la gauche. Historiquement, les partis de droite font confiance à un leader, tandis que ceux de gauche défendent d'abord le débat d'idée, la confrontation projet contre projet. La parenthèse Mitterrand, si elle a permis au PS d'accéder au pouvoir autour d'un leader charismatique, n'a au final débouché que sur une politique qui se différencie bien peu de celle de la droite.
L'exemple de l'Italie devrait pourtant alerter. La désignation lors de primaires, par des millions d'italiens, de Romano Prodi comme candidat au poste de président du conseil, a créée une véritable dynamique permettant son élection. Mais, les deux ans suivant le scrutin, n'ont été que divisions et disputes entre les différents partis de la majorité, car tellement soucieuse de se trouver un chef pour affronter BerlusconiBerlusconi, celle-ci avait oublier l'essentiel, trancher sur les questions de fond. Comme les primaires n'avaient pas permis de définir une ligne claire sur toutes les questions de politique économique, la gauche est allée droit dans le mur. Aujourd'hui, BerlusconiBerlusconi est de nouveau au pouvoir, l'Italie bascule vers le grand n'importe quoi, et la gauche n'a jamais été aussi faible dans ce pays.
C'est parce que leurs idées, au final, sont peu différentes de celles de la droite, parce qu'ils sont admiratifs de ce qu'a réalisé Nicolas Sarkozy, que les quadras du PS sont pressés de se trouver un chef. Aujourd'hui, il n'y a plus que la forme qui compte, car sur le fond, grosso modo, ils sont tous d'accords. Faire des primaires à gauche, permettra peut-être au PS de retrouver le pouvoir. Cela mettra aussi définitivement les idées de droite au pouvoir.
19 août 2009
Quel candidat pour la gauche en 2012 ?
En cette période estivale, où l'actualité politique se fait moins dense (la preuve, cela fait “ jours que l'on n'a pas entendu parlé de Sarkozy), j'avais envie de me laisser aller à un peu de prospective. Du coup, je me suis demandé ce qui ferait pour moi, le candidat idéal de la gauche, qui serait capable de gagner le second tour de la présidentielle ?
Je sais parfaitement que dans une démocratie, l'idéal serait de se déterminer sur des idées, sur un programme. Malheureusement, dans un système présidentiel fortement personnalisé comme le nôtre, c'est avant tout la personnalité des candidats qui prime. Et c'est encore plus vrai en cette période de communication à outrance, où le poids des images est bien plus important que le choc des mots.
Toutefois, avant de réfléchir sur un nom, je me suis d'abord interrogé sur ce que devraient être les qualités du candidat, et surtout sur ce que l'on est en droit d'attendre de lui (ou d'elle).
Pour moi, il (le candidat) devra clairement être marqué à gauche. Il ne suffit d'avoir l'étiquette Parti Socialiste pour être porteur de valeurs de gauche. Au sein même du PS, il est évident que de plus en plus de personnalités n'ont plus grand chose à voir avec les valeurs historiques du Parti. Etre de gauche, c'est avant tout être au côté des plus faibles. C'est aussi vouloir trouver des alternatives au capitalisme.
Ce candidat devra être évidemment soutenu par le PS, soutien sans lequel aucune victoire n'est possible, mais il ne devra pas forcément en faire partie. En tout état de cause, il est exclu qu'il appartienne à la longue lignée des éléphants qui parasitent le PS. De même qu'il est préférable qu'il ne soit pas associé aux années Jospin, qui ont, il faut bien le reconnaître laissé un souvenir plus mitigé dans la population.
Charismatique, il doit être un fédérateur capable d'entraîner derrière lui les classes populaires, les jeunes, les habitants des banlieues, et les Français issus de l'immigration, bref tous ceux qui constituent l'électorat naturel de la gauche et qui ont eus tendance à la déserter ces derniers temps.
Il devra également être reconnu pour ses compétences et sa capacité à dialoguer. N'oublions pas qu'en 2007 la droite a fait ses choux gras de l'image d'incompétence collée à Ségolène Royal (image à mon sens peu justifiée, mais qui lui a fait beaucoup de tort au moment du décompte final).
Enfin, et c'est une condition nécessaire pour remporter le second tour, cette personne bien que clairement à gauche devra être capable de rassembler au second de l'extrême gauche aux centristes, ou au moins l'aile droite du PS. Car si le premier tour se gagne en rassemblant d'abord son camp (Lionel Jospin pleure encore de l'avoir oublié), le second se gagne toujours au centre.
Il me semble que le portrait du candidat souhaitable tel que je l'ai esquissé tient compte des erreurs passées et de l'évolution politique de ce pays. Il n'exonère cependant en rien d'avoir un programme qui tient la route.
Partant des critères que j'ai définis ci-dessus, je me suis à réfléchir aux candidats potentiels. Et force est de reconnaître qu'ils n'étaient pas pléthores à satisfaire aux critères. De Mélenchon (qui au final pourrait avoir ma préférence si toutefois il se lançait dans l'aventure) à Valls en passant par Aubry, Hollande ou Royal, il y avait pour tous au minimum un critère éliminatoire. Après mure réflexion, j'ai fini par trouver la perle rare : Christiane Taubira.
Je le reconnais, le choix peu surprendre et à peu de chances d'être celui du PS (d'autant plus qu'elle n'en fait pas parti). Pourtant, à y regarder de plus près, elle possède de nombreuses qualités :
Intelligente, compétente, je l'ai déjà vue lors de débats où elle était excellente et connaissait très bien tous les dossiers.
Bien qu'au parti radical de gauche, elle a des positions bien plus claires que celles de son parti. Il suffit de relire ou de réécouter certains de ses discours à l'Assemblée ou lors de la campagne électorale de 2002 pour s'en rendre compte.
Femme, d'origine guyanaise, elle est à même de fédérer les minorités et une part importante de l'électorat féminin, une grande partie de son action politique plaidant dans ce sens.
Soutien de ségolène Royal lors de la dernière présidentielle, elle a une image consensuelle aussi bien à la gauche du PS qu'à sa droite.
Je sais qu'elle a peu de chances d'être candidate, se serait pourtant une occasion formidable de renouer avec le vote populaire et de tourner la page des combats de chefs qui nuisent à l'image de la gauche toute entière.
06 août 2009
Non, le PS n'est pas si mal en point que cela !
Depuis les élections européennes, tout le landerneau politico-médiatiquepolitico-médiatique tire à boulets rouges sur la direction du Parti Socialiste, certains allant jusqu'à prédire sa mort. C'est peut-être aller très vite en besogne.
En effet, il ne faut pas oublier que les élections européennes sont très particulières. Elles intéressent peu les Français qui traditionnellement les boudent, mais surtout elles servent d'éxutoire, et les vainqueurs d'un jour n'ont pas forcément de beaux lendemains assurés. Les scores magistraux de Bernard Tapie en 1994 ou de Charles Pasqua en 1999 n'auront débouché sur rien. Il est probable qu'il en sera en partie de même pour les Verts aujourd'hui. De même, prendre une veste européenne n'hypothèque en rien l'avenir national. En 1999, Nicolas Sarkozy, tête de liste RPR réalise le score le plus faible de toute l'histoire de la droite. 3 ans plus tard, Jacques Chirac sera réélu, et Nicolas Sarkozy aura le destin que l'on connaît malheureusement. Pareillement, le score calamiteux de Michel Rocard en 1994 n'empêchera pas le candidat socialiste d'arriver en tête au premier tour de la présidentielle de 1995, puis le PS de gagner les législatives de 1997.
Puisque l'élection présidentielle est celle autour de laquelle s'articule toute la vie politique française, le scrutin intermédiaire qui peut et doit servir de référence, ce sont les élections cantonales. Il s'agit du seul autre scrutin nominal à deux tours (je mets de côté les législatives désormais trop rapprochées des présidentielles). Les cantonales fonctionnent donc comme l'élection majeure.
En outre, un examen attentif du vote départemental permet de s'apercevoir qu'en 1995, 2002 et 2007 le résultat du premier tour de la présidentiel était inscrit dans les cantonales partielles précédentes. Les partielles de 1994 indiquent une bonne tenue du PS, celles de 2001 une remontée inquiétante de l'extrême-droitel'extrême-droite et surtout du Front National, quant à celles de 2006, l'UMP récupére souvent de nombreux sièges après avoir souffert les années précédentes de l'impopularité de Jacques Chirac.
Pour toutes ces raisons, je trouve intéressant de jeter un oeil sur les cantonales partielles de 2009 (on trouve les résultats sur le site du ministère de l'intérieur). Et qu'apprend-on ? Sur les 25 scrutins partiels, le PS a vu 7 de ses sièges renouvelés sur 8, le PCF a conservé le sien, mais l'UMP en perdu 6 sur 16, tous au profit du PS. Mieux, trois ont été perdus après les européennes.
Seul le Canard Enchaîné a relayé ces chiffres. Leur enseignement est pourtant claire : les électeurs de gauche n'ont aucune raison de désespérer, la présidentielle de 2012 est encore largement gagnable. Mais visiblement, il y a beaucoup de gens dans ce pays qui ont intérêt à nous faire croire le contraire.
22 juillet 2009
Le parti socialiste victime de la société du spectacle.
Bien qu'ayant pris mes distances depuis quelques temps avec le parti socialiste, je suis comme la plupart des électeurs de gauche, profondément attristé par l'état de décomposition avancée de ce parti. Eh oui, comme beaucoup, j'entretiens le secret espoir que le PS redevienne le fer de lance de la gauche, c'est à dire un parti ferme sur ses convictions et ses valeurs.
Hélas, alors que le monde traverse une crise sans précédent, que tout indique que le modèle libéral a prouvé son inefficacité, et qu'il est plus que jamais nécessaire de trouver une voie alternative (celle-ci à mon avis ne pouvant venir que de la gauche), les caciques du parti de Jaurés multiplient les querelles de personnes, les petites phrases et les combats d'égos surdimensionnés. De tout cela résulte une profonde vague de découragement chez les catégories populaires et laisse le terrain entièrement libre à la droite la plus libérale que nous n'ayons jamais eu.
Cependant, force est de reconnaitre que le désordre socialiste est la conséquence d'une société médiatique qui ne vit que par le spectacle. Les quadras, qui sont ceux par qui le scandale arrive, n'ont certes besoin de personne pour s'écharper, mais ils sont les enfants de cette société médiatique et usent et abusent des micros qu'on leur tend et sans lesquels ils n'auraient aucune existence politique puisqu'ils n'ont à l'évidence rien à proposer si ce n'est eux-mêmes.
De Manuel Valls à Julien Dhray en passant par Arnaud Montebourg, puisqu'il faut bien les nommer, qui peut citer une seule de leurs propositions sur la crise, les retraites, le travail le dimanche ? Ce sont pourtant sur ces sujets que les Français attendent la gauche. Pourtant aucun de ces prétendus socialistes ne s'exprime là-dessus, peut-être parce qu'ils n'ont rien à dire, probablement parce qu'ils sont d'accords avec la droite sur l'essentiel.
Mais ces hommes politiques, auxquels il convient de rajouter Jack Lang, le symbôle à lui seul de la gauche caviar, sont aussi en grande partie instrumentalisés par les médias. Il est en effet plus facile d'inviter l'une de ces personnalités pour obtenir la petite phrase qui fera couler de l'encre les jours suivants, que d'interroger sur les sujets de fond un député impliqué réellement dans la vie parlementaire ou une personnalité sincère dans ses convictions. Et quand bien même la parole leur est donnée, la majorité de l'interview sera consacrée aux prétendus querelles internes socialistes, et ce, alors que la plupart du temps l'interviewé souhaiterait s'exprimer sur d'autres questions. Et quand on sait que la plupart des médias, journaux, télés ou radios sont contrôlés soit directement, soit par des proches du pouvoir, on pourrait parfois se laisser aller à penser que la zizanie au PS est voulue et organisée avec la complicité (consciente ?) de certains dirigeants socialistes.
Je ne suis pas, loin de là, un fan de Martine Aubry, et d'ailleurs, j'attends peu de choses de cette personne. Pour autant, j'aimerai encore croire aux miracles, alors comme des milliers de Français, j'en appelle à la fin de cette mascarade et qu'on en revienne enfin au débat d'idée, ce qui de tous temps été la marque fabrique de la gauche.