19 décembre 2009
Elections régionales : Ile de France.
Comme annoncé il y a un mois, je commence mon tour de France des régions, 3 mois avant les élections. Je débute avec la première des régions, celle qui concentrera tous les regards : l'Ile de France.
Vu l'importance politique, économique, culturelle et démographique de la région capitale, il va sans dire que tous les 6 ans, les principaux partis mettent tous leurs efforts sur cette région. Mais cet année, les enjeux seront encore plus forts, à cause du projet de grand Paris voulu par Nicolas Sarkozy et qui risque fort à terme de modifier en profondeur les équilibres politico-socio-économiquespolitico-socio-économiques.
Toutefois, dans cette région si importante, le thème de campagne majeur reste les transports (et en cette période d'intempéries, ce ne sont les personnes coincées dans les bouchons qui me diront le contraire). L'organisme qui gère les transports publics en Île de France, le STIF, a fait l'objet d'une bagarre politicienne intense, de nombreux projets se trouvant bloqués faute de majorité pour les voter. Pourtant, le défi à relever en ce domaine est immense : vétusté des lignes SNCF et RATP, quasi absence de liaisons banlieue-banlieuebanlieue-banlieue, désenclavement de nombreux quartiers, etc.
Outre les transports, les problématiques liées à la pollution et à l'écologie vont jouer un rôle important. Beaucoup plus que dans toutes les autres régions, la population est ici fortement urbanisée, avec des classes moyennes sur représentées. Or, les dernières élections ont montré que ces populations étaient les plus sensibles aux questions environnementales. L'échec de la conférence de Copenhague ne devrait pas diminuer l'impact des besoins d'écologie chez les Franciliens.
Les forces en présence :
La gauche radicale :
Comme aux européennes, les principaux partis n'ont pas réussi à se mettre d'accord et devraient donc partir séparés aux urnes. Lutte ouvrière et le NPA présentent chacun leurs listes. Dans cette région riche où les nombreux quartiers populaires fournissent le gros des bastions de l'abstention, leur score devrait rester symbolique.
Il pourrait en être autrement du Front de gauche qui rassemble le PCF et le parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Le PCF possède encore de nombreux bastions en petite couronne, et le front de gauche, comme en juin dernier pourrait bénéficier du déclin de l'image d'Olivier Besancenot dans l'opinion et d'une bonne dynamique. Reste toutefois un handicap majeur : le PCF est toujours un parti aux pratiques staliniennes, et il s'entête à imposer la candidature de l'inconnu et peu charismatique Pierre Laurent, ce qui permettrait à ce dernier de pouvoir ensuite remplacer Mme Buffet. Comme d'habitude, l'intérêt du parti prime sur l'intérêt des électeurs, car les candidatures de messieurs Mélenchon ou Braouezec auraient été bien plus pertinentes et porteuses d'espoir.
Le Parti socialiste :
Le parti socialiste détient la région depuis 12 ans. Il a bénéficié la dernière fois d'une triangulaire imposée par le Front National. Il y a fort à parier que ce ne soit pas le cas cette fois-ci. En outre, le PS partira seul à la bataille, sans les écologistes cette fois-ci, avec en plus la présence du MODEM. C'est dire si au premier tour la partie sera compliquée pour jean Paul Huchon, d'autant plus que ce dernier malgré ses six années de présidence de région, reste méconnu et sans envergure. Pour autant, le PS défendra un bilan somme toute positif si on tient compte de tous les bâtons dans les roues mis par la droite au sein du STIF ou par l'entremise du gouvernement. L'enjeu principal pour le PS, sera de mobiliser les catégories populaires au premier tour, ce sont elles qui devraient lui permettre de devancer les listes Europe Écologie. Au second, Jean-Paul Huchon est à 3 mois de l'élection, pour l'instant largement favori.
Les Écologistes :
La composition sociologique de la région joue pour eux : l'importance des classes moyennes et la prédominance des thématiques environnementales devraient leur permettre de faire un gros score. Si on ajoute à cela une liste jeune, homogène avec des personnalités connues et respectées pour leurs engagements (Augustin Legrand, Coline Serreau, Stéphane Hessel, Pierre LarrouturouLarrouturou, etc.), la secrétaire des verts met tous les atouts de son côté pour créer la surprise au soir du premier tour. D'autant plus qu'ils peuvent aux aussi revendiquer leur part dans le bilan de la mandature. Reste toutefois deux inconnues qui pourraient les empêcher de devancer le PS : l'importance du vote utile, et l'impact de la conversion de Nicolas Sarkozy sur les plus centristes de leurs électeurs potentiels.
Le MODEM :
Les temps changent pour les centristes. En 2004, la liste menée par André Santini avait fait alliance au second tour tour avec la droite. Aujourd'hui, les centristes se rapprochent de la gauche. En Ile de la France, le parti de François Bayrou fait le pari de la diversité avec un jeune homme d'origine antillaise en tête de liste. Il devrait cependant avoir beaucoup de mal à exister avec la montée en puissance des écologistes qui pompent une grande partie de l'électorat modéré. Toutefois, il devrai comme il se doit être fortement courtisé entre les deux tours.
L'UMP :
S'il y a une région que la droite voudrait récupérer, c'est celle-ci. Avec le projet de grand Paris, et le futur agrandissement du quartier de la Défense, Nicolas Sarkozy ne manque pas d'ambitions pour la région capitale. Il lui importe donc qu'elle soit dirigée par un de ses fidèles. C'est donc une de ses ministres les plus en cour qui s'y colle : Valérie Pécresse. Même si elle devrait bénéficier de l'apport que constituent les bastions indéfectibles des Yvelines et des Hauts de Seine, la partie s'annoncent compliquée pour la ministre de l'enseignement supérieur. En premier, parce que même si elle est aux affaires depuis deux ans, elle reste largement méconnue du grand public. Ensuite, parce que comme tous les candidats de la majorité, elle va pâtir de l'image désastreuse de Nicolas Sarkozy dans l'opinion. Enfin, parce que son principal adversaire est elle-même : elle a parfois une forte tendance a méprisé ses interlocuteurs, ce qui pendant une campagne peut avoir un effet dévastateur.
Le Front National :
Au milieu des années 80, le parti d'extrême-droited'extrême-droite faisait des scores élevés dans les banlieues populaires. Avec le temps, son poids électoral a reflué, un peu plus en petite couronne qu'ailleurs, essentiellement à cause du métissage important de la société francilienne. Aujourd'hui, même s'il profite de la mise en avant de thématiques qui lui sont chères, il ne devrait pas retrouver dans la région suffisamment d'audience pour figurer au second tour. Auquel cas, il enterrerait définitivement les chances de la droite.
21 novembre 2009
Point sur les élections régionales.
A quatre mois des élections régionales, et avant de commencer un petit focus régions par régions, il me semblait intéressant de faire un petit point sur la situation nationale, et de voir où en étaient les forces en présence.
La première inconnue de ce scrutin sera la participation. Alors que comme en 2004, tout le monde déplore le peu d'intérêt apparent des Français, je fais au contraire le pari que les électeurs répondront présent. Cela pour au moins deux raisons. La première, parce que l'électorat de droite reste mobiliser autour de la politique du président qu'il soutien. La seconde, parce que les régionales constituent la seule occasion qu'auront les Français avant les présidentielles d'exprimer leur colère, si tant est qu'ils en aient une comme je le crois. La participation devrait donc être forte.
Pour appréhender la situation, je propose de diviser le spectre politique en 5 grands camps, lesquels abordent le scrutin de façon très diverses.
La gauche radicale : Avec la crise, le rejet de la droite et les divisions au PS, elle devrait avoir le vent en poupe. Las, faute de pouvoir s'entendre sur une stratégie commune, et ce essentiellement à cause de l'incapacité qu'a le PCF de tourner le dos à ces alliances passées avec le PS (il est vital pour lui de conserver ses élus), ce camp se rend à la bataille fortement divisé. Certes, comme d'habitude, Lutte Ouvrière y va seule, et devrait une fois de plus faire un score marginal. A l'inverse le NPA et l'alliance du Front de gauche devraient se retrouver avec des scores autour de 5% chacun, ce qui prouve leur potentiel électoral. on comprend la déception des partisans d'une ligne de gauche radicale, car une alliance, accompagnée d'une dynamique aurait certainement permis à cette gauche d'être présente au second et d'imposer une autre politique au PS. Malheureusement, ce sont encore les combats de boutique qui l'ont emporté, et comme toujours les électeurs qui en font les frais.
La gauche dite de gouvernement : Pour résumer, il s'agit essentiellement des socialistes et des écologistes, lesquels partent sur des dynamiques opposées. Le PS est toujours englué dans ses divisions et ses combats de chef. Pour autant, contrairement aux élections européennes, il s'agit ici d'une élections à deux tours. Au premier, un léger effet "vote utile" devrait lui permettre de limiter la casse face à la concurrence des verts, du MODEM, et du Front de gauche. Au second tour, si les reports se font bien, la France entière devrait constater que l'UMP a eu une victoire à la pyrrhus aux régionales, et que la France penche à gauche. Pour les écologistes, la situation est très différente. Surfant sur leur bon score aux européennes et sur un climat d'inquiétude autour des questions environnementales, ils sont sur une excellente dynamique. Ils devraient même pouvoir se retrouver en tête de la gauche dans certaines régions, et revendiquer la présidence de certains exécutifs. Toutefois, leur stratégie aléatoire qui pousse certains à vouloir s'allier même avec la droite, devrait raviver les tensions, de même que les appétits qui ne vont pas manquer de naître. Le premier tour devrait être un succès pour eux, le second s'annonce comme stratégiquement périlleux.
Le Centre : Je parlerais ici surtout du MODEM, puisque le Nouveau Centre n'est qu'un avatar de l'UMP. La situation du parti de François Bayrou n'est pas très réjouissante. Depuis les européennes, la perception qu'ont les Français du leader centriste a évolué. Il apparaît désormais comme un ambitieux, à l'instar de Nicolas Sarkozy, et son projet se fait de plus en plus flou. En outre, la stratégie du ni droite ni gauche qui séduisait bon nombre de Français jusque là, ne semble plus aussi évidente, et les tentatives de rapprochement avec la gauche devraient effrayer certains électeurs. François Bayrou joue ici une de ses dernières cartouches, il aurait beaucoup de mal à se relever d'un nouvel échec.
La Droite : En rassemblant toutes les composantes ou presque de la droite bien avant le scrutin, Nicolas Sarkozy permet à son camp de se présenter uni au premier tour. Le contraste est grand avec l'image donnée par la gauche. Cette stratégie devrait s'avérer payante au premier tour, et devrait être propre à enclencher une dynamique de second tour, qui pourrait limiter les dégâts. Toutefois, le danger de rassembler trop largement au premier tour est qu'il n'y a plus de réserves de voix pour le second tour, lequel devrait nous renseigner sur l'impact réel de l'impopularité de exécutif et sur les chances réelles du président de la République en 2012. Il y a toutefois des signes qui ne trompent pas, alors qu'il y a 6 mois, les principaux leaders de l'UMP pensaient ravir 5 à 6 régions, ils se contentent désormais officieusement d'une ou deux. Ce qui n'est même pas sûr.
L'extrême-droite : donnée moribonde par tout le monde, elle peut encore constituer un vrai danger pour la droite dans certaines régions où elle semble capable d'atteindre les 10 % nécessaires pour se maintenir au second. Et ce, d'autant plus que certains des électeurs frontistes séduits par Nicolas Sarkozy pourraient être tentés par un retour au bercail, histoire d'envoyer un message avant 2012. De plus, les divisions de la gauche radicale ne lui permettent pas de surfer sur la colère ambiante, exercice pour lequel le Front National a par le passé montré qu'il était doué. Donc, attention, s'il y a une surprise à attendre, elle peut se produire de ce côté-ci de l'échiquier.
28 octobre 2009
Le Parti communiste est vraiment désespérant.
En apparence, le parti communiste français a décidé de reconduire le Front de gauche avec le parti de Jean-Luc Mélenchon. Ils devraient donc constituer au premier tour des listes indépendantes du Parti Socialiste. Mais ça, ce sont les apparences et le discours officiel, car en réalité les choses sont bien différentes.
Dans la réalité, ce sont les militants qui dans chaque région qui vont choisir la posture qu'ils veulent. Il faut donc s'attendre que dans plusieurs cas le parti communiste fasse alliance dès le premier tour avec les socialistes. De plus, dans tous les cas de figure, Mme Buffet, l'encore première secrétaire, a annoncé que le parti communiste rejoindrait la liste de gauche en tête (le PS donc), pour constituer des majorités et faire barrage à la gauche.
Cette attitude sonne le glas d'une union de la gauche radicale, Mme Buffet le sait d'ailleurs parfaitement. En effet, le NPA a fait d'un préalable à toute alliance, le refus de faire liste commune avec les socialistes. Vu la posture communiste, la rupture est donc inéluctable.
Evidemment, il y a un vrai piège tendu au NPA, puisqu'ainsi il apparaît comme le diviseur. Mais à bien y regarder, le parti de Besancenot a une vraie cohérence politique et idéologique, là où le parti communiste cherche d'abord à sauvegarder ses élus, au mépris de ce qui fut autrefois ses idées.
Comment les communistes vont pouvoir expliquer à leurs électeurs qu'ils font campagne contre le versement de subventions aux entreprises qui licencient ou délocalisent, alors que dans tous les exécutifs où ils participent, ils votent ces subventions. Comment vont ils faire lorsque les régions vont voter la mise en concurrence des TER dans chaque région ? Quitter les majorités socialistes qu'ils veulent former et donc provoquer une crise politique, ou se renier ? Cruel dilemme que depuis plus de 25 ans que les communistes partagent le pouvoir dans des majorités socialistes les communistes ont résolu par le reniement dans la plupart des cas.
A court terme, le Front de gauche peut faire un score raisonnable aux régionales, et le NPA sortira électoralement affaibli, surtout s'il n'arrive pas à rompre son isolement. Pour autant, une fois élus, les communistes devront rendre des comptes à leurs électeurs. Et là, il faut gager que la chute reprendra de plus belle. Comme toujours ! Il est affligeant de voir que le PCF ne tire jamais aucune leçon de l'histoire.
Les jeux ne sont pourtant pas encore complètement faits. Jean-Luc Mélenchon qui avait clairement lui aussi refusé de s'allier au PS, à une carte à jouer et peut encore pousser le PC à changer son fusil d'épaule. Pour autant, on n'en prend pas la direction, et là aussi, il devient difficile de suivre Mr Mélenchon. Pourquoi a-t-il quitté le PS pour mieux le rejoindre ensuite ?
Il est vraiment désespérant de voir qu'alors que nous avons besoin plus que jamais d'une gauche de résistance, ce sont les intérêts de boutique qui continuent à l'emporter. C'est de défendre des idées que nous avons besoin, pas de sauver des postes d'élus.
09 octobre 2009
Elections régionales : le rapport de force à 6 mois du scrutin.
Certes, le jeu des alliances n'est pas encore terminé, les évènement peuvent encore bouger les lignes, mais à 6 mois des élections régionales, on peut déjà faire une photographie pertinente de la France politique. Et comme j'aime bien l'exercice, je m'y essaie.
Le Front National : En 2004, la puissance électorale du FN lui avait permis de se maintenir dans une quinzaine de régions, provoquant ainsi la déroute de la droite. Cette époque est révolue pour le parti d'extrême-droited'extrême-droite. Pour autant, l'épisode polémique autour de Frédéric Mitterrand prouve que ce parti bouge encore et espère bien récupéré une parti des déçus de la droite. Toujours est-il qu'il semble toujours en mesure de dépasser les 10 % dans 2 ou 3 régions, notamment en PACA ou dans le Nord Pas de Calais. Le FN espère que ce scrutin sera celui de la fin de son déclin.
L'UMP : Au soir du premier tour, comme lorsque des européennes, l'UMP devrait apparaître comme étant le premier parti de France, devançant de loin ses adversaires. Sauf que cette fois-ci, il s'agit d'un scrutin à deux tours, et que le manque de réserves à droite va se faire cruellement sentir. A cela il faut rajouter que l'ouverture politique est de plus en plus mal vécue par les électeurs de droite. De plus, la taxe carbone, gage donné aux écologistes, est mal perçue dans les rangs conservateurs. Il y a quelques mois Xavier Bertrand rêvait tout haut de récupérer quelques régions. Il pourrait n'en être rien, et les électeurs pourraient faire dans les urnes, ce qu'ils n'ont pas fait dans la rue : botter les fesses du pouvoir.
Le MODEM : Scrutin compliqué pour le MODEM après l'échec retentissant des régionales. La difficulté pour le parti de François Bayrou tient essentiellement dans le fait qu'une grande partie de son électorat est volatil, et qu'il subit de plein fouet la concurrence écologiste. De plus, en apparaissant comme un homme obsédé par la présidentielle, le leader du MODEM a largement ébréché l'image de sincérité qui l'avait propulsé à 17 % en 2007.
Les écologistes : Depuis les européennes, ils ont le vent en poupe, et espèrent bien damer le pion aux socialistes. Toutefois, il ne s'agit pas du même scrutin, et les enjeux sont différents. D'une part la participation devrait être plus forte aux régionales, et d'autre part, il risque de pâtir de leur manque d'implantation dans les classes populaires. Mais, il est clair que partout où ils vont dépasser les 10 %, ils vont monnayer chèrement leur ralliement au second tour. L'enjeu sera pour eux de récupérer certaines présidences, voire d'être en mesure à terme de contester le leadership de la gauche au PS.
Le PS : Il y a peu de doutes qu'au soir du premier tour, il apparaîtra comme le grand malade de la politique française. complètement isolé, contrairement à 2004, concurrencé sur sa droite et sur sa gauche, le PS a beaucoup à craindre du premier tour. Mais heureusement pour lui, cette fois-ci, il y aura un second tour, où la droite ne semble pas en mesure de ravir beaucoup de régions. Tout dépendra de la capacité du PS à rassembler la gauche au second tour, voire à faire des concessions à ses alliés. Au second tour, il devrait de plus bénéficier de la volonté d'une part importante de l'électorat de sanctionner la droite.
La gauche radicale : Son potentiel électoral est évident, les scrutins allemands et portugais sont là pour le démontrer. Mais tout dépendra de la capacité des différentes obédiences à surmonter leurs divergences. NPA et Parti de Gauche semblent sur la même ligne, celle d'un refus de s'associer au PS pour diriger les régions. Tout dépendra donc des choix du PCF. Soit il choisit de maintenir ses alliances avec le PS et sauve ses élus mais se coupe définitivement du peu d'électorat qui lui reste. Soit il coupe avec le PS, mais ne pourra pas assumer le bilan des directions de région qui est aussi un peu le sien. Cruel dilemme en perspective.
14 septembre 2009
Mais à quoi joue le Parti Communiste Français ?
Le peuple français n'est pas à un paradoxe prés. A chaque élection nationale il renvoie le parti communiste aux oubliettes de l'histoire, mais tous les ans il se rue en masse et de plus en plus nombreux à la fête de l'Humanité, prouvant en cela qu'au delà des étiquettes politiques, il y a bien une place dans ce pays,pour une gauche de combat qui ne renie ni son passé, ni ses valeurs.
Ce potentiel électoral ne peut pas s'exprimer dans les urnes, à cause de la division de la gauche. Pourtant, depuis la naissance du NPA et l'éclosion du Front de gauche, on sent bien que les choses bougent. Et il apparaît évident que si les partis à gauche du PS s'unissaient, le paysage politique de ce côté-ci de l'échiquier en sortirait grandement modifié. L'exemple de Die Linke en Allemagne plaide en ce sens.
Mais tout dépend du Parti Communiste, car autre paradoxe, s'il est plus faible que jamais au niveau électoral, aucune alliance de poids ne peut se faire sans lui au sein de la gauche radicale. Son passé, le nombre de ses militants, ses réseaux pèsent encore lourd, au moins localement.
Pourtant, la direction du parti de la place du Colonel Fabien est devant un vrai dilemme pour les futures élections régionales. Soit, elle choisi l'aventure et prolonge le front de gauche en y associant le NPA d'Olivier Besancenot (qui apporte un poids médiatique non négligeable), soit elle maintient ses alliances avec le PS dans les régions.
Dans le premier cas, le risque pour le PCF est de perdre ses élus. Ce n'est pas rien puisque économiquement le PCF est quasiment mort sans la manne de ses élus de terrain. Mais en rompant avec le PS, il ferait aussi un choix politique d'importance. Celui de renouer avec sa propre histoire, celui de renouer avec le terrain de la radicalité, terrain qu'occupe désormais le NPA et Lutte Ouvrière et qui pendant des décennies a été son pré-carré. En outre, rompre avec le PS serait un choix risqué, mais qui peut aussi s'avérer gagnant, puisque si l'on se réfère aux dernières élections européennes, le Front de gauche élargi au NPA serait en mesure de se maintenir dans de nombreuses régions et d'imposer ses conditions au PS. Il n'est donc pas certain que le PC perde ses élus.
Dans le second cas, le parti de Mme Buffet pourrait espérer garder nombre de ses élus, avec l'argument de pouvoir influencer les décisions des majorités régionales. Jusqu'ici, cela n'a jamais joué qu'à la marge et sur des sujets annexes. Cela permettrait peut-être aussi au PCF de conserver une influence locale forte. Mais au niveau national, cela l'enterrerait définitivement. En continuant à s'allier à un PS traditionnellement de gauche dans l'opposition et démocrate-libéraldémocrate-libéral quand il exerce le pouvoir (nationalement ou localement), la ligne idéologique du PCF devient illisible, et les électeurs préfèrent se tourner alors vers des forces moins organisées mais dont le discours ne varie pas.
En proposant ce week-end lors de la fête de l'Humanité, d'organiser de grands ateliers de la gauche pour réfléchir sur l'avenir de celle-ci, Mme Buffet a décidé de ne pas choisir, ou plutôt de faire attendre sa décision, car il semble évident que le PCF ne veut pas perdre ses élus. Vu les bruits que l'on entend un peu partout, le PCF pourrait choisi des alliances électorales à la carte, rendant illisible sa stratégie et confirmant ce qui est une évidence depuis plus de quinze ans : désormais, le seul combat idéologique du PCF, c'est celui de sa survie économique.
Pour autant, un tel choix serait catastrophique pour des milliers de personne qui comme moi attendent désespérément qu'émerge à gauche une force refusant le capitalisme et se positionnant enfin clairement du coté des classes populaires. En faisant un pas vers le Front de gauche, le NPA avait rendu cet espoir crédible, le PCF ne doit pas le fracasser.
28 août 2009
Mélenchon : le chaînon manquant de la gauche ?
Ceux qui lisent régulièrement ce blog savent parfaitement où vont mes sympathies politiques. Même si j'ai parfois du mal à saisir toutes les subtilités de la dialectique trotskyste, qui ressemble beaucoup, il faut bien l'avouer à la langue de bois dès que l'on aborde les questions d'alliances ou de stratégie, c'est quand même avec le NPA, et surtout avec Olivier Besancenot que j'ai le plus d'atomes crochus.
Cependant, en 2009, il s'est passé beaucoup de choses à la gauche du PS. La création du NPA, évidemment. Mais aussi l'apparition du Parti de Gauche. Pourtant, au début, je ne l'ai pas vue d'un bon oeil. Certes, après le référendum de 2005, après l'acceptation du traité de Lisbonne par les socialistes, Jean-Luc Mélenchon et quelques autres ne pouvaient plus rester au PS. Leur départ était une question de cohérence avec leurs idées, ils l'ont fait, chapeau à eux. Malheureusement, ils ont aussi décidé dans la foulée de créer une nouvelle officine à gauche, prenant le risque d'ajouter de la division là où il n'y en a déjà que trop. C'est du moins ce que j'ai pensé à l'époque.
Mais depuis les choses ont bien changé, car l'attitude de Jean-Luc Mélenchon est exemplaire. Il agit comme un rassembleur. En partant associé avec le parti communiste aux européennes, mais surtout, en maintenant les discussions avec le NPA, il peut-être le catalyseur que la gauche (la vraie, pas celle qui louche du côté de la droite parce que la soupe y est plus chaude) attend depuis si longtemps. Il apparaît comme étant le seul à pouvoir réconcilier les inconciliables, c'est à dire les trotskystes et les communistes, qui ont bien plus que des divisions idéologiques ou stratégiques en commun, ils ont surtout des haines historiques.
Donc, depuis plus de 6 mois, Mélenchon est ce bateleur indispensable, ce militant farouche de l'union. Espérons qu'il réussisse, cela pourrait recréer de l'espoir et l'envie de se battre pour des millions de gens. Et pourrait au passage mettre une bonne claque à tous ces sociaux-démocrates qui font appel au bon peuple le temps d'une élection pour mieux le trahir ensuite.
Mais Jean-Luc Mélenchon était l'invité ce matin de France Inter, et j'ai été enthousiasmé par son discours et aussi, il faut bien le dire, par son charisme et son humour. En effet, je suis maintenant de plus en plus convaincu, qu'en plus d'un rassembleur, il ferait un excellent leader (même si apparemment il ne se voit pas dans ce rôle). Un alliage Mélenchon avec à ses côtés Olivier Besancenot le tout soutenu par le parti communiste et sa puissance militante, cela pourrait faire un malheur.
14 mars 2009
Pourquoi la stratègie européenne du NPA est la bonne ?
L'incapacité chronique qu'ont les partis situés à la gauche du PS de se réunir a un côté désespérant, en particulier pour ceux qui comme moi espèrent enfin une vraie alternative de gauche à ce pouvoir destructeur. Comme lors de la présidentielle, beaucoup sont ceux qui imputent ces divisions à Olivier Besancenot et à son nouveau parti. Je crois qu'ils se trompent et qu'au PCF comme chez les partisans de Jean-Luc Mélenchon, on est surtout pour prôner un vrai discours de gauche sans pour autant insulter l'avenir, c'est à dire rompre complètement avec les pratiques politiciennes en cours au PS ; on ne sait jamais, des postes de ministres seront peut-être à pourvoir un jour, et de toute façon, il y a des élus à sauver aux prochaines régionales.
Refuser toute alliance avec le Parti Socialiste, ce n'est en aucun cas refuser de participer au pouvoir. Le NPA se présente comme un parti anticapitaliste, qui a pour ambition de vouloir mettre en place un autre système, plus humain, plus juste, même si celui-ci reste à définir. Il est donc logique qu'il refuse toute alliance avec ceux qui autrefois tenaient le même discours et qui aujourd'hui ont renié leur propre histoire au nom d'une sociale-démocratie qui ne marche nulle part et n'est que la version acceptable du libéralisme.
Il est intéressant de regarder dans le passé et de s'apercevoir que des figures historiques du PS et du PCF, Jaurés, Blum, Thorez, tenaient des discours et des propos bien plus révolutionnaires et audacieux que ceux de Besancenot aujourd'hui. Le NPA ne fait que renouer avec ce qu'aurait toujours dû être la gauche : une alternative au capitalisme.
Le NPA ne refuse donc pas d'aller au pouvoir, simplement, contrairement aux communistes, il a une stratégie différente. Pour les partisans de l'ancienne LCR, il est temps de s'attaquer aux paradoxes socialistes, de montrer que par leur laxisme ils sont complices du marasme actuel. Il s'agit ainsi de pourfendre les politiques menées par les socialistes et d'espérer devenir le premier parti de gauche devant le PS. Si on en croit les sondages et l'aura croissante du leader du NPA, ce rêve n'est peut-être pas inaccessible, d'autant plus qu'avec la crise, le discours du NPA devient audible et crédible.
Devenir le premier parti de gauche ! C'est à ces conditions, à mon avis, qu'une alliance deviendrait alors possible avec le PS, mais sur les positions et le programme du NPA ; alors que jusqu'ici, les alliances de gauche au pouvoir étaient centrées sur le PS et son discours social-démocrate. De plus, cela ne peut être réalisable qu'avec un parti socialiste lesté de sa branche libérale.
Ca, c'est la stratégie (supposée, car il ne s'agit ici que de mon avis) vis à vis du PS. Par rapport au PCF, c'est plus compliqué, car en principe, il existe de nombreuses passerelles. Sauf que le parti communiste est un parti sous perfusion qui prône une union aux européennes, sans s'intéresser au contenu programmatique et idéologique, parce que pour lui, seul un gros score peut lui permettre se survivre. Mais surtout, la centrale de Mme Buffet, connaît une situation économique dégradée, et la perte de nombreux élus aux prochaines régionales serait catastrophique. Le PCF ne peut donc rompre avec le PS sous peine de disparaître complètement. Jean-Luc Mélenchon se situe dans une situation un peu analogue, lui qui n'est sorti du PS que pour espérer y revenir en position de force, à l'instar de ce que Charles Pasqua avait tenté à droite en son temps.
La stratégie du PCF ne s'inscrit pas dans l'avenir, elle n'est qu'électorale. Elle n'est basée sur aucun projet, sur aucun programme. En ce sens, même en cas de bon score aux européennes, elle ne peut déboucher sur rien, si ce n'est la reconduction des vieilles alliances qui n'ont données qu'amertume et déception.
Il en va autrement du NPA, puisque ce parti n'a pas pour l'instant d'élus à défendre. En essayant de pratiquer la politique autrement, notamment en partant de ce que disent et vivent les gens sur le terrain, le NPA cherche à tout prix à se distinguer des vieux partis dirigés par des hommes d'appareils en place depuis 30 ans. Cela insuffle un souffle nouveau à la politique et donne un vrai espace et une crédibilité à Besancenot et ses partisans. Le NPA aurait tort de renoncer à cet esprit novateur qui est le sien pour s'allier à des officines dont plus personne n'accepte les pratiques aujourd'hui.
PS : je tiens à préciser que je n'ai pas ma carte au NPA (même si vous aurez bien compris ce que sera mon vote en juin), et que les propos ci-dessus n'engagent que moi.
21 février 2009
Elections européennes : état des lieux.
A quelques mois de la seule échéance électorale de cette année, il m'a semblé intéressant de faire le point. Comme prévu, ce scrutin ne devrait pas passionner les foules, à moins que les Français ne se servent de leur bulletin de vote pour envoyer un message national, ce qui à l'instar des scrutins précédents est fort probable.
S'il s'agit d'élire les députés européens, il y a peu de chances que l'Europe soit au centre des débats. D'abord parce que le mode de scrutin national ne s'y prête pas, ensuite parce que l'Europe reste un concept lointain et nébuleux pour beaucoup de gens, enfin parce que les Français ont le sentiment (parfois justifié à mon avis) que le Parlement de Strasbourg ne sert pas à grand-chose, et que toutes les décisions principales sont prises entre chefs d'états, dans le dos des citoyens. Toutes ces raisons font que c'est surtout une lecture nationale qu'il faudra faire des résultats.
EXTREME-GAUCHE :
Il est clair qu'avec la crise économique, les idées défendues par les partis à la gauche du PS ont le vent en poupe. Toutefois, l'extrême-gauche devrait partir divisée au combat, atténuant l'effet attendu du score important qu'elle devrait faire. Toutefois, le NPA devrait profiter de la dynamique qui est la sienne actuellement, porté qu'il est par la personnalité médiatique d'Olivier Besancenot. Crédité de 8 à 9 % dans les sondages pour l'instant, il pourrait progresser encore et raffermir sa position hégémonique sur la gauche radicale.
A l'inverse, les élections européennes font l'effet d'une sorte de baroud d'honneur pour le PCF. Allié avec le nouveau parti du charismatique (à gauche) Jean-Luc Mélenchon, le parti de Marie-Georges Buffet peut espérer un score honorable et avoir quelques élus. Il est cependant peu probable que cela suffise pour revenir sur le devant de la scène pour peser à gauche face au parti socialiste.
Enfin, il reste le cas de Lutte Ouvrière. Sans sa porte-parole historique, le bastion inexpugnable de la gauche contestataire ne devrait pas faire un score important.
Les Verts :
En rassemblant toutes les familles écologistes sous une même banière, et en présentant des personnalités fortes en têtes de listes, les Verts pensaient avoir fait un bon coup politique. C'était compter sans l'arrivée de la crise économique qui met les préoccupations environnementales au second plan. De plus, la question de l'environnement est souvent reprise par les autres partis (NPA et MODEM notamment), alors que les écologistes n'ont toujours pas su se montrer crédibles sur les autres questions. Toutefois, s'il y a une vraie surprise lors de ce scrutin, je crois qu'elle viendra du score des verts.
Le Parti Socialiste :
Le scrutin de tous les dangers pour le parti de Jaurès. Une chose est sûre, il ne devrait pas rééditer le score de 2004, où il avait profiter à plein du rejet de Jean-Pierre Raffarin. Profondément divisé depuis son catastrophique congrès de Reims, coincé entre le NPA et le MODEM qui profitent de vraies dynamiques, le parti socialiste risque de sombrer définitivement. Cependant, les premiers sondages montrent qu'il semble mieux résister que prévu, profitant probablement de la crise économiquement et de la gauchisation de son discours, qui redevient peu à peu audible. En outre, face à la situation, les principaux dirigeants semblent désireux de se serrer les coudes, comme le suggère l'actuel rapprochement entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Enfin, si le discrédit de Mr Sarkozy dans l'opinion se confirme, le PS devrait sauver les meubles. Au moins pour cette fois-ci.
Le MODEM :
François Bayrou joue en grande parti son avenir politique sur les européennes. D'une part, parce qu'il a toujours clamé haut et fort son crédo européen, ensuite parce que le mode de scrutin associé au rejet de l'UMP lui permettent d'espérer un bon score, et de faire de l'élection au parlement de Strasbourg la première étape vers les présidentielles. Toutefois, même s'il apparaît probable que le MODEM fera un score plus que correct, particulièrement chez les classes moyennes et supérieures, le grand danger qui le guette est l'abstention, et peut-être aussi un petit réflexe de vote utile chez les électeurs de centre-gauche qui pourraient craindre une trop forte poussée de l'extrême-gauche, particulièrement du NPA.
L'UMP :
Quoiqu'il arrive, le soir du scrutin, les principaux leaders de droite diront qu'ils ont gagné. Il est en effet peu probable que l'UMP ne fasse pas plus mal que le résultat catastrophique de 2004. Mais il est tout aussi évident que l'élection ne sera pas facile pour le parti présidentiel. Les premiers sondages indiquent même une inversion des résultats de la présidentielle, avec l'ensemble des partis de gauche progressant de plus de 10 points. Certes, le soutien dont bénéficie encore Nicolas Sarkozy dans son propre camp fait qu'il devrait s'en sortir raisonnablement. Mais l'avenir pourrait s'avérer sombre, car à force de laminer les autres électorats de droite et d'extrême-droite, l'UMP n'a quasiment plus de réserves, et l'électorat centriste penche de plus en plus à gauche. Dans la perspective d'autres scrutins à 2 tours, comme les régionales ou la présidentielle, cette perspective sera problèmatique.
La droite souverainiste :
Traditionnellement, il y a un électorat de droite fortement anti-européen. Cet électorat ne se retrouve pas dans les thèses racistes du Front National. En s'alliant avec les chasseurs, Philippe de Villiers espére le récupérer en grande partie, à l'instar de ce qu'il a déjà fait par le passé. Il peut compter aussi sur le soutien d'une partie de la droite catholique. Toutefois, il sera concurrencé par la présence des listes soutenues par Nicolas Dupont-Aignan. Peu médiatisé, le jeune gaulliste peine à percer, mais son discours équilibré et sincère devrait toucher les nostalgiques du général de Gaulle, ou tous ceux qui croient qu'il ne faut laisser la République aux mains du marché, ceux qui ont une certaine idée de la grandeur de ce pays.
Le Front National :
Lentement, inexorablement, ça sent la fin pour le parti de Jean-Marie Le Pen. Financièrement proche de la liquidation, politiquement sans ligne directrice après le départ d'une part de son électorat vers la droite républicaine, profondément divisé, et avec un chef vieillisant qui ne sait pas passer la main, les élections européennes sont un vrai calvaire pour lui. S'il séduit encore une part non négligeable de l'électorat ouvrier, le Front National est dans une dynamique de déclin. D'autant plus que les thèmatiques qui ont fait son succès ne sont plus au premier plan.
05 février 2009
Quel avenir pour le NPA ?
L'évènement politique du jour aura lieu à La Plaine Saint-Denis et ne sera pas diffusé en direct par les grandes chaînes de télévision. Il s'agit de la dissolution de la LCR qui donnera officiellement naissance demain au NPA. Ceux qui me lisent régulièrement connaissent mes sympathies pour Olivier Besancenot, même si je n'ai pas ma carte à son nouveau parti. Ceci dit, et au-delà de mes opinions personnelles, je crois que l'apparition du NPA peut profondément changer la donne politique dans ce pays.
Tout d'abord, je remarque que le processus engagé par la LCR est unique dans l'histoire de ce pays. Voici un parti qui fait le triple constat de l'insuffisance de son socle militant, de l'incapacité des leaders de la gauche à proposer une alternative face au capitalisme, et d'une véritable attente dans le pays pour une gauche enfin de combat qui cesse de tergiverser avec les milieux économiques. C'est en partant de toutes ces analyses que la LCR décide de créer un nouveau parti, non pas en faisant des alliances d'appareil, mais en faisant appel aux militants, aux citoyens, à tous ceux qui se sont retrouvés dans les meetings d'Olivier Besancenot ou dans les luttes sociales. Evidemment, les militants historiques du parti trotskyste constituent le noyau dur du NPA, mais ils ne sont plus majoritaires. Quel parti peut aujourd'hui se vanter d'avoir tripler son nombre d'adhérents en moins d'un an ?
L'arrivée du NPA sur la scène politique est aussi un tournant de notre vie politique parce qu'il s'adresse directement à ceux qui depuis longtemps sont abandonnés par les partis politiques et particulièrement ceux de gauche : les ouvriers, les chômeurs, les jeunes, les immigrés, etc. Contrairement à l'idée majoritaire, je crois que dans un premier temps le refus de participer au pouvoir avec un parti socialiste qui ne rompt pas avec le capitalisme, est une force pour le futur NPA. Tout simplement parce que cette position rend de nouveau audible un discours que l'on n'entendait plus sous prétexte de pragmatisme économique. Et j'en veux pour preuve de l'efficacité de cette posture, le retour dans la bouche de leaders socialistes de mots et d'idées qu'ils n'ont plus prononcés depuis 20 ans. C'est Benoit Hamon qui veut rétablir l'autorisation administrative de licenciement, Ségolène Royal qui veut supprimer les aides aux entreprises qui licencient, ou encore d'autres qui n'hésitent plus à parler de nationaliser les banques. Tout cela fait parti du programme du NPA, et il est assez drôle de voir que Mme Royal qui n'a pas inspiré Barack Obama, s'inspire elle de l'extrême-gauche.
Le NPA profite de la crise qui donne indubitablement un nouvel écho à son discours de rupture. Pour autant, il serait faux de croire que le succès du parti d'Olivier Besancenot n'est dû qu'aux circonstances économiques. Dès la présidentielle de 2002, la candidature du jeune facteur trouve un écho dans la population grâce à un discours plus ouvert sur la société que celui du PCF ou de LO. Cet attrait ne s'est pas démenti en 2007 avec une affluence dans les meetings qui va bien au-delà des sympathisants de la LCR. L'arrivée aux avants-postes de la LCR correspond à une vague de fond. L'apathie des partis traditionnels et la crise économique et sociale ne font que renforcer sa puissance.
Pour autant, si à court ou moyen terme tout devrait sourire au NPA, il existe toutefois de nombreux écueils. Le premier étant la nature même du NPA, un parti qui se veut collectif, sans leader, mais de fait porté par la personnalité de son porte-parole principal, ce qui peut entraîner quelques désillusions le jour où celui-ci sera moins en phase avec la société. Le second réside dans la difficulté de passer d'un parti protestataire à un parti de propositions, même si on l'a vu, elles existent et sont souvent reprises par d'autres. le troisième sera de faire face aux conservatismes des autres partis de gauche, notamment le parti communiste qui lutte pour sa survie. Le dernier enfin sera de réussir à terme à nouer des alliances avec d'autres partis pour peser durablement face au parti socialiste, mais surtout face à la droite.
Au final, je crois que le NPA est une bonne nouvelle pour les gens de gauche, puisqu'il remet au goût du jour les combats qui furent ceux du parti communiste jusque dans les années 70, mais en n'occultant pas le poids du Stalinisme, et surtout en acceptant l'ouverture aux autres idées, en prônant le débat au sein même de l'organisation et en s'adaptant aux moeurs de notre temps, ce qui admettons-le, ne fut pas le cas du parti de Thorez ou de Marchais.
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02 décembre 2008
Elections européennes : la recomposition générale.
A 6 mois des élections européennes, il m'a semblé intéressant de faire un point dans un paysage politique qui s'annonce profondément bouleversé.
Comme toujours, il est à craindre pour ce scrutin un fort taux d'abstention. Pourtant, les élections européennes sont probablement celles qui influent le plus sur notre vie puisque 80 % des lois françaises se décident là. Cependant, le mode de scrutin (compliqué et à caractère national) ainsi que la propension des politiques à accuser l'Europe de tous leurs manques, font que les Français s'en désintéressent.
Malgré cela, ce scrutin s'annonce instructif, parce que la présidentielle de 2007 a singulièrement bougé les lignes, mais aussi parce que d'ici 2012, il y aura bien peu d'élections pour juger l'état des forces politiques.
A droite tout d'abord. Malgré un rejet de sa politique par la population, l'UMP devrait s'en sortir assez bien, et ce pour plusieurs raisons. D'une part, parce que le score de 2004 fut particulièrement mauvais, par conséquent celui de 2009 sera meilleur. Ensuite parce que les divisions du Front National lui profitent. Ce dernier devrait encore subir un revers important. Enfin, l'UMP va tirer profit de l'état du PS et de la division de la gauche. Cependant, attention, l'apparition d'un nouveau parti, Debout la République, qui bénéficie de l'image de gaulliste intègre de son leader (Nicolas Dupont-AignanDupont-Aignan) peut capitaliser sur les déçus du sarkozysmesarkozysme et sur ceux qui sont réticents face à l'Europe.
De même, il ne faut pas oublier le MODEM. Certes le parti de François Bayrou est plus isolé que jamais, mais lui aussi devrait bénéficier du vide idéologique du Parti socialiste. Et surtout, parce que les positions de François Bayrou sur l'Europe ont toujours été claires et n'ont jamais variées, ce scrutin lui est en général favorable.
La situation à gauche est beaucoup plus complexe, avec un Parti Socialiste malade de ses divisions qui va aborder l'échéance en très mauvaise posture. Mais comme si ses divisions internes ne suffisaient pas, il va devoir affronter une triple concurrence. Celle du MODEM évidemment, mais aussi celle des verts qui pour une fois se présentent unis avec une tête de liste populaire (Cohn-Bendit).
Mais le vrai danger pour le PS, sera l'attitude de l'extrême gauche. Le NPA d'Olivier Besancenot monte en puissance depuis plusieurs et pourrait cristalliser la colère de nombreux électeurs de gauche. Cependant, la présence du Parti de Gauche de Jean -Luc Mélenchon vient troubler le jeu. De la capacité des forces de gauche de se rassembler et de partir ensemble à la bagarre électorale dépendra en grande partie le sort de ce camp. Si l'alliance du Parti de Gauche avec le PCF ne fait aucun doute, le ralliement du NPA pourrait profondément modifier la donne électorale et placer les listes de cet attelage devant le Parti Socialiste. Cela obligerait ce dernier à modifier son discours et à abandonner sérieusement ses velléités d'alliances avec le MODEM.
J'ai le sentiment que cette élection pourtant boudée des électeurs pourrait définir les grandes lignes de la future présidentielle. A mon sens, ce qui va se jouer à gauche va être la clef de voûte des affrontements futurs, que se soit dans les urnes ou dans la rue.
PS : je voudrais juste faire un petit retour sur la législative partielle d'Arcachon. Cette circonscription, à droite depuis 2 législatures, vient de revenir à un PS moribond. Certes, le candidat socialiste profite de la situation locale ubuesque (la députée élue en 2007 a préféré laissé son siège pour un autre plus confortable au Sénat, se moquant ainsi délibérément des électeurs), mais cela en dit surtout long sur l'état de popularité réelle du chef de l'état. Et sur la crédibilité des sondages d'opinion.