19 décembre 2009
Elections régionales : Ile de France.
Comme annoncé il y a un mois, je commence mon tour de France des régions, 3 mois avant les élections. Je débute avec la première des régions, celle qui concentrera tous les regards : l'Ile de France.
Vu l'importance politique, économique, culturelle et démographique de la région capitale, il va sans dire que tous les 6 ans, les principaux partis mettent tous leurs efforts sur cette région. Mais cet année, les enjeux seront encore plus forts, à cause du projet de grand Paris voulu par Nicolas Sarkozy et qui risque fort à terme de modifier en profondeur les équilibres politico-socio-économiquespolitico-socio-économiques.
Toutefois, dans cette région si importante, le thème de campagne majeur reste les transports (et en cette période d'intempéries, ce ne sont les personnes coincées dans les bouchons qui me diront le contraire). L'organisme qui gère les transports publics en Île de France, le STIF, a fait l'objet d'une bagarre politicienne intense, de nombreux projets se trouvant bloqués faute de majorité pour les voter. Pourtant, le défi à relever en ce domaine est immense : vétusté des lignes SNCF et RATP, quasi absence de liaisons banlieue-banlieuebanlieue-banlieue, désenclavement de nombreux quartiers, etc.
Outre les transports, les problématiques liées à la pollution et à l'écologie vont jouer un rôle important. Beaucoup plus que dans toutes les autres régions, la population est ici fortement urbanisée, avec des classes moyennes sur représentées. Or, les dernières élections ont montré que ces populations étaient les plus sensibles aux questions environnementales. L'échec de la conférence de Copenhague ne devrait pas diminuer l'impact des besoins d'écologie chez les Franciliens.
Les forces en présence :
La gauche radicale :
Comme aux européennes, les principaux partis n'ont pas réussi à se mettre d'accord et devraient donc partir séparés aux urnes. Lutte ouvrière et le NPA présentent chacun leurs listes. Dans cette région riche où les nombreux quartiers populaires fournissent le gros des bastions de l'abstention, leur score devrait rester symbolique.
Il pourrait en être autrement du Front de gauche qui rassemble le PCF et le parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Le PCF possède encore de nombreux bastions en petite couronne, et le front de gauche, comme en juin dernier pourrait bénéficier du déclin de l'image d'Olivier Besancenot dans l'opinion et d'une bonne dynamique. Reste toutefois un handicap majeur : le PCF est toujours un parti aux pratiques staliniennes, et il s'entête à imposer la candidature de l'inconnu et peu charismatique Pierre Laurent, ce qui permettrait à ce dernier de pouvoir ensuite remplacer Mme Buffet. Comme d'habitude, l'intérêt du parti prime sur l'intérêt des électeurs, car les candidatures de messieurs Mélenchon ou Braouezec auraient été bien plus pertinentes et porteuses d'espoir.
Le Parti socialiste :
Le parti socialiste détient la région depuis 12 ans. Il a bénéficié la dernière fois d'une triangulaire imposée par le Front National. Il y a fort à parier que ce ne soit pas le cas cette fois-ci. En outre, le PS partira seul à la bataille, sans les écologistes cette fois-ci, avec en plus la présence du MODEM. C'est dire si au premier tour la partie sera compliquée pour jean Paul Huchon, d'autant plus que ce dernier malgré ses six années de présidence de région, reste méconnu et sans envergure. Pour autant, le PS défendra un bilan somme toute positif si on tient compte de tous les bâtons dans les roues mis par la droite au sein du STIF ou par l'entremise du gouvernement. L'enjeu principal pour le PS, sera de mobiliser les catégories populaires au premier tour, ce sont elles qui devraient lui permettre de devancer les listes Europe Écologie. Au second, Jean-Paul Huchon est à 3 mois de l'élection, pour l'instant largement favori.
Les Écologistes :
La composition sociologique de la région joue pour eux : l'importance des classes moyennes et la prédominance des thématiques environnementales devraient leur permettre de faire un gros score. Si on ajoute à cela une liste jeune, homogène avec des personnalités connues et respectées pour leurs engagements (Augustin Legrand, Coline Serreau, Stéphane Hessel, Pierre LarrouturouLarrouturou, etc.), la secrétaire des verts met tous les atouts de son côté pour créer la surprise au soir du premier tour. D'autant plus qu'ils peuvent aux aussi revendiquer leur part dans le bilan de la mandature. Reste toutefois deux inconnues qui pourraient les empêcher de devancer le PS : l'importance du vote utile, et l'impact de la conversion de Nicolas Sarkozy sur les plus centristes de leurs électeurs potentiels.
Le MODEM :
Les temps changent pour les centristes. En 2004, la liste menée par André Santini avait fait alliance au second tour tour avec la droite. Aujourd'hui, les centristes se rapprochent de la gauche. En Ile de la France, le parti de François Bayrou fait le pari de la diversité avec un jeune homme d'origine antillaise en tête de liste. Il devrait cependant avoir beaucoup de mal à exister avec la montée en puissance des écologistes qui pompent une grande partie de l'électorat modéré. Toutefois, il devrai comme il se doit être fortement courtisé entre les deux tours.
L'UMP :
S'il y a une région que la droite voudrait récupérer, c'est celle-ci. Avec le projet de grand Paris, et le futur agrandissement du quartier de la Défense, Nicolas Sarkozy ne manque pas d'ambitions pour la région capitale. Il lui importe donc qu'elle soit dirigée par un de ses fidèles. C'est donc une de ses ministres les plus en cour qui s'y colle : Valérie Pécresse. Même si elle devrait bénéficier de l'apport que constituent les bastions indéfectibles des Yvelines et des Hauts de Seine, la partie s'annoncent compliquée pour la ministre de l'enseignement supérieur. En premier, parce que même si elle est aux affaires depuis deux ans, elle reste largement méconnue du grand public. Ensuite, parce que comme tous les candidats de la majorité, elle va pâtir de l'image désastreuse de Nicolas Sarkozy dans l'opinion. Enfin, parce que son principal adversaire est elle-même : elle a parfois une forte tendance a méprisé ses interlocuteurs, ce qui pendant une campagne peut avoir un effet dévastateur.
Le Front National :
Au milieu des années 80, le parti d'extrême-droited'extrême-droite faisait des scores élevés dans les banlieues populaires. Avec le temps, son poids électoral a reflué, un peu plus en petite couronne qu'ailleurs, essentiellement à cause du métissage important de la société francilienne. Aujourd'hui, même s'il profite de la mise en avant de thématiques qui lui sont chères, il ne devrait pas retrouver dans la région suffisamment d'audience pour figurer au second tour. Auquel cas, il enterrerait définitivement les chances de la droite.
21 novembre 2009
Point sur les élections régionales.
A quatre mois des élections régionales, et avant de commencer un petit focus régions par régions, il me semblait intéressant de faire un petit point sur la situation nationale, et de voir où en étaient les forces en présence.
La première inconnue de ce scrutin sera la participation. Alors que comme en 2004, tout le monde déplore le peu d'intérêt apparent des Français, je fais au contraire le pari que les électeurs répondront présent. Cela pour au moins deux raisons. La première, parce que l'électorat de droite reste mobiliser autour de la politique du président qu'il soutien. La seconde, parce que les régionales constituent la seule occasion qu'auront les Français avant les présidentielles d'exprimer leur colère, si tant est qu'ils en aient une comme je le crois. La participation devrait donc être forte.
Pour appréhender la situation, je propose de diviser le spectre politique en 5 grands camps, lesquels abordent le scrutin de façon très diverses.
La gauche radicale : Avec la crise, le rejet de la droite et les divisions au PS, elle devrait avoir le vent en poupe. Las, faute de pouvoir s'entendre sur une stratégie commune, et ce essentiellement à cause de l'incapacité qu'a le PCF de tourner le dos à ces alliances passées avec le PS (il est vital pour lui de conserver ses élus), ce camp se rend à la bataille fortement divisé. Certes, comme d'habitude, Lutte Ouvrière y va seule, et devrait une fois de plus faire un score marginal. A l'inverse le NPA et l'alliance du Front de gauche devraient se retrouver avec des scores autour de 5% chacun, ce qui prouve leur potentiel électoral. on comprend la déception des partisans d'une ligne de gauche radicale, car une alliance, accompagnée d'une dynamique aurait certainement permis à cette gauche d'être présente au second et d'imposer une autre politique au PS. Malheureusement, ce sont encore les combats de boutique qui l'ont emporté, et comme toujours les électeurs qui en font les frais.
La gauche dite de gouvernement : Pour résumer, il s'agit essentiellement des socialistes et des écologistes, lesquels partent sur des dynamiques opposées. Le PS est toujours englué dans ses divisions et ses combats de chef. Pour autant, contrairement aux élections européennes, il s'agit ici d'une élections à deux tours. Au premier, un léger effet "vote utile" devrait lui permettre de limiter la casse face à la concurrence des verts, du MODEM, et du Front de gauche. Au second tour, si les reports se font bien, la France entière devrait constater que l'UMP a eu une victoire à la pyrrhus aux régionales, et que la France penche à gauche. Pour les écologistes, la situation est très différente. Surfant sur leur bon score aux européennes et sur un climat d'inquiétude autour des questions environnementales, ils sont sur une excellente dynamique. Ils devraient même pouvoir se retrouver en tête de la gauche dans certaines régions, et revendiquer la présidence de certains exécutifs. Toutefois, leur stratégie aléatoire qui pousse certains à vouloir s'allier même avec la droite, devrait raviver les tensions, de même que les appétits qui ne vont pas manquer de naître. Le premier tour devrait être un succès pour eux, le second s'annonce comme stratégiquement périlleux.
Le Centre : Je parlerais ici surtout du MODEM, puisque le Nouveau Centre n'est qu'un avatar de l'UMP. La situation du parti de François Bayrou n'est pas très réjouissante. Depuis les européennes, la perception qu'ont les Français du leader centriste a évolué. Il apparaît désormais comme un ambitieux, à l'instar de Nicolas Sarkozy, et son projet se fait de plus en plus flou. En outre, la stratégie du ni droite ni gauche qui séduisait bon nombre de Français jusque là, ne semble plus aussi évidente, et les tentatives de rapprochement avec la gauche devraient effrayer certains électeurs. François Bayrou joue ici une de ses dernières cartouches, il aurait beaucoup de mal à se relever d'un nouvel échec.
La Droite : En rassemblant toutes les composantes ou presque de la droite bien avant le scrutin, Nicolas Sarkozy permet à son camp de se présenter uni au premier tour. Le contraste est grand avec l'image donnée par la gauche. Cette stratégie devrait s'avérer payante au premier tour, et devrait être propre à enclencher une dynamique de second tour, qui pourrait limiter les dégâts. Toutefois, le danger de rassembler trop largement au premier tour est qu'il n'y a plus de réserves de voix pour le second tour, lequel devrait nous renseigner sur l'impact réel de l'impopularité de exécutif et sur les chances réelles du président de la République en 2012. Il y a toutefois des signes qui ne trompent pas, alors qu'il y a 6 mois, les principaux leaders de l'UMP pensaient ravir 5 à 6 régions, ils se contentent désormais officieusement d'une ou deux. Ce qui n'est même pas sûr.
L'extrême-droite : donnée moribonde par tout le monde, elle peut encore constituer un vrai danger pour la droite dans certaines régions où elle semble capable d'atteindre les 10 % nécessaires pour se maintenir au second. Et ce, d'autant plus que certains des électeurs frontistes séduits par Nicolas Sarkozy pourraient être tentés par un retour au bercail, histoire d'envoyer un message avant 2012. De plus, les divisions de la gauche radicale ne lui permettent pas de surfer sur la colère ambiante, exercice pour lequel le Front National a par le passé montré qu'il était doué. Donc, attention, s'il y a une surprise à attendre, elle peut se produire de ce côté-ci de l'échiquier.
25 octobre 2009
Et si les écologistes étaient les nouveaux fossoyeurs de la gauche ?
C'est devenu une évidence depuis les élections européennes, les écologistes ont le vent en poupe et sont désormais en mesure de contester le leadership du PS à gauche. C'est l'évolution politique la plus notable de ces dernières années. Pour autant, cette ascension qui semble durable pose un certain nombre de question, à commencer par celle de l'ancrage réel de cette mouvance à gauche de l'échiquier.
Cette interrogation est légitime pour plusieurs raisons. D'abord, parce c'est la droite, grâce à Mr Sarkozy qui a senti la première la montée des préoccupations environnementales, d'où le Grenelle de l'écologie, et une certaine instrumentalisationinstrumentalisation des verts par l'Elysée. Beaucoup sont ceux qui pensent que Sarkozy veut faire avec les écologistes ce que François Mitterrand a fait avec le FN : un moyen d'affaiblir sur la durée l'opposition. Ensuite, parce que la structure même de l'électorat écologiste et les positions de certains des leaders se rapprochent de plus en plus des discours classiques de la droite.
La structure de l'électorat écologiste telle qu'elle est apparue aux dernières élections européennes est différente de la structure traditionnelle des partis de gauche. Certes, les électeurs y sont jeunes, beaucoup plus qu'ailleurs, ce qui est une bonne chose pour l'avenir, mais un souci pour gagner les élections, les jeunes s'abstenant plus que les autres catégories sociales. Mais, ce qui différencie les verts des autres partis traditionnels de gauche, c'est que son électorat est essentiellement urbain, plutôt des centres villes, et provient principalement des classes moyennes supérieures. Les couches populaires y sont particulièrement mal représentées. Tout porte à penser qu'il s'agit d'électeurs qui votent à gauche par habitude familiale, mais dont les préoccupations individuelles sont proches de celles des couches favorisées. Il n'est d'ailleurs pas innocent si on retrouve les mêmes caractéristiques dans l'électorat du MODEM.
Cette évolution de l'électorat écologiste commence à se ressentir dans les discours des leaders du parti environnemental. Certes, dans les listes Europe écologie, il existe encore des personnalités dont l'ancrage à gauche ne fait aucun doute. Je pense évidemment à Noël Mamère ou à José Bové. Pour autant, je note que la faction la plus radicale des verts est partie rejoindre le Parti de Gauche avec armes et bagages dans le sillage de Martine Billard. Je note aussi que certaines figures, comme Jean-Luc Benhamias ou Yann Wehrling ont franchi une partie du rubicon pour rejoindre le MODEM. Ce sont certes des actes anodins et individuels, mais qui correspondent à un glissement certain dans les discours.
A commencer par ceux de Daniel Cohn-Bendit, lequel n'hésite pas à s'afficher à l'Elysée en compagnie de Nicolas Sarkozy ou à promouvoir un rapprochement avec le MODEM. Le gauchiste de mai 68 est bien loin, Dany le rouge a commencé sa carrière politique comme élu à Francfort en Allemagne, qui est loin d'être une terre de gauche. Nicolas Hulot, l'autre figure de proue de ce renouveau écologiste est direction issu de la chiraquie, et n'hésite pas à faire de la publicité aux industries les plus polluantes (Rhone Poulenc par exemple). Que ce soit chez eux ou chez d'autres comme Dominique Voynet, il n'y a aucune condamnation du capitalisme et particulièrement du libéralisme, pourtant à la source même des maux de notre société, et surtout des maux environnementaux. Il n'y a aucune vision d'avenir (pas plus que chez les autres partis de gauche malheureusement), seulement un propos alarmiste porteur propre à faire gagner les élections.
Tout ceci ne suffit pas pour faire des écologistes la source d'espoir des couches populaires. Il n'est qu'à voir l'évolution des verts allemands qui n'hésitent plus à s'allier localement avec les libéraux, pour se dire que ce peut être un jour l'attitude des écologistes Français, le jour où ils y auront un intérêt électoral.
09 octobre 2009
Elections régionales : le rapport de force à 6 mois du scrutin.
Certes, le jeu des alliances n'est pas encore terminé, les évènement peuvent encore bouger les lignes, mais à 6 mois des élections régionales, on peut déjà faire une photographie pertinente de la France politique. Et comme j'aime bien l'exercice, je m'y essaie.
Le Front National : En 2004, la puissance électorale du FN lui avait permis de se maintenir dans une quinzaine de régions, provoquant ainsi la déroute de la droite. Cette époque est révolue pour le parti d'extrême-droited'extrême-droite. Pour autant, l'épisode polémique autour de Frédéric Mitterrand prouve que ce parti bouge encore et espère bien récupéré une parti des déçus de la droite. Toujours est-il qu'il semble toujours en mesure de dépasser les 10 % dans 2 ou 3 régions, notamment en PACA ou dans le Nord Pas de Calais. Le FN espère que ce scrutin sera celui de la fin de son déclin.
L'UMP : Au soir du premier tour, comme lorsque des européennes, l'UMP devrait apparaître comme étant le premier parti de France, devançant de loin ses adversaires. Sauf que cette fois-ci, il s'agit d'un scrutin à deux tours, et que le manque de réserves à droite va se faire cruellement sentir. A cela il faut rajouter que l'ouverture politique est de plus en plus mal vécue par les électeurs de droite. De plus, la taxe carbone, gage donné aux écologistes, est mal perçue dans les rangs conservateurs. Il y a quelques mois Xavier Bertrand rêvait tout haut de récupérer quelques régions. Il pourrait n'en être rien, et les électeurs pourraient faire dans les urnes, ce qu'ils n'ont pas fait dans la rue : botter les fesses du pouvoir.
Le MODEM : Scrutin compliqué pour le MODEM après l'échec retentissant des régionales. La difficulté pour le parti de François Bayrou tient essentiellement dans le fait qu'une grande partie de son électorat est volatil, et qu'il subit de plein fouet la concurrence écologiste. De plus, en apparaissant comme un homme obsédé par la présidentielle, le leader du MODEM a largement ébréché l'image de sincérité qui l'avait propulsé à 17 % en 2007.
Les écologistes : Depuis les européennes, ils ont le vent en poupe, et espèrent bien damer le pion aux socialistes. Toutefois, il ne s'agit pas du même scrutin, et les enjeux sont différents. D'une part la participation devrait être plus forte aux régionales, et d'autre part, il risque de pâtir de leur manque d'implantation dans les classes populaires. Mais, il est clair que partout où ils vont dépasser les 10 %, ils vont monnayer chèrement leur ralliement au second tour. L'enjeu sera pour eux de récupérer certaines présidences, voire d'être en mesure à terme de contester le leadership de la gauche au PS.
Le PS : Il y a peu de doutes qu'au soir du premier tour, il apparaîtra comme le grand malade de la politique française. complètement isolé, contrairement à 2004, concurrencé sur sa droite et sur sa gauche, le PS a beaucoup à craindre du premier tour. Mais heureusement pour lui, cette fois-ci, il y aura un second tour, où la droite ne semble pas en mesure de ravir beaucoup de régions. Tout dépendra de la capacité du PS à rassembler la gauche au second tour, voire à faire des concessions à ses alliés. Au second tour, il devrait de plus bénéficier de la volonté d'une part importante de l'électorat de sanctionner la droite.
La gauche radicale : Son potentiel électoral est évident, les scrutins allemands et portugais sont là pour le démontrer. Mais tout dépendra de la capacité des différentes obédiences à surmonter leurs divergences. NPA et Parti de Gauche semblent sur la même ligne, celle d'un refus de s'associer au PS pour diriger les régions. Tout dépendra donc des choix du PCF. Soit il choisit de maintenir ses alliances avec le PS et sauve ses élus mais se coupe définitivement du peu d'électorat qui lui reste. Soit il coupe avec le PS, mais ne pourra pas assumer le bilan des directions de région qui est aussi un peu le sien. Cruel dilemme en perspective.
08 septembre 2009
François Bayrou prend-il un virage à gauche ?
C'est l'affaire politico-médiatique de cette rentrée : la main tendue de François Bayrou aux socialistes, et inversement d'ailleurs. Il ne fait aucun doute qu'il y là de part et d'autre un calcul politique, une recherche d'alliance en vue des élections régionales, voire présidentielles.
Pourtant, d'aucuns vont plus loin, allant jusqu'à prétendre que François Bayrou est en train de prendre un virage à gauche, sa posture étant de plus en plus celle d'un opposant. Certes, on ne peut plus vraiment le classer aujourd'hui dans la majorité, tant son discours est virulent contre le pouvoir en place. Il est même certain que l'on aimerait beaucoup que la gauche, du moins celle qui se dit être de gauche, tienne parfois les mêmes propos que le président du MODEM, sur les médias ou les prisons par exemple. Mais est-ce pour autant que François Bayrou devient de gauche ?
Pour le savoir il faudrait d'abord savoir ce que l'on appelle encore être de gauche aujourd'hui. L'aile droite du PS dont on a du mal à distinguer aujourd'hui ce qui la différencie de la droite ? A coup sûr Bayrou est proche de cette tendance.
Mais que dit-il sur des sujets vraiment clivants, quelles sont ses valeurs de gauche ? Que dit le MODEM sur la retraite à 60 ans ? Que dit le MODEM sur les atteintes aux droits syndicaux que l'on constate un peu partout ? Que dit le MODEM sur les 35 heures ? Pourquoi les sénateurs centristes votent-ils presque toutes les lois ? Sur ces questions importantes et sur beaucoup on ne l'entend guère, probablement parce qu'il est d'accord avec la politique de la droite.
On voit bien que de la coupe aux lèvres, il y a un fossé que le MODEM n'a pas encore franchi. François Bayrou n'appartient pas à cette droite libérale au pouvoir, il s'en distingue même fortement, mais il n'est certainement pas à gauche. Par contre, on pourrait se demander vu les positions qu'ils prennent, si certains socialistes, et notamment ceux qui sont prêts à prendre langue avec le patron du MODEM, ne sont pas déjà à droite.
10 juin 2009
Elections européennes, beaucoup de perdants et un seul vainqueur : Ségolène Royal !
Beaucoup de choses ont été dites sur les résultats des dernières élections européennes. Et en ce qui concerne le scrutin français, la plupart des commentaires s'accordent sur les mêmes choses : débâcle du PS et du MODEM, victoire de l'UMP, échec de la poussée de la gauche radicale.
Il me semble surtout que les choses sont un peu plus compliquées que cela, car au-delà des scores des uns et des autres, le vrai fait marquant, c'est l'abstention record. Quelle signification peut-on vraiment donner aux résultats quand près de deux électeurs sur trois ne se sont pas déplacés ? Les raisons de cette abstention sont multiples, et je n'ai pas l'intention d'en débattre dans ce message. Cependant, la faiblesse du nombre de votants relativise fortement la victoire de l'UMP, d'autant plus qu'il est acquis que la droite a su mobiliser son électorat plus fortement que la gauche.
L'UMP a donc gagné les élections, puisque pour une élection à un tour, c'est la liste arrivée en tête qui remporte le plus de sièges. Est-ce pour autant un succès électoral ? Le premier parti de France fait avec 28 % quasiment le plein des voix de droite, ce qui veut dire que pour une élection à 2 tours, la droite dispose de peu de réserves. Et même si on ne peut préjuger à l'avance de ce que feront les électeurs écologistes ou centristes lors de la présidentielle, c'est bien l'antisarkozysmel'antisarkozysme qui tient lieu d'élément commun aux leaders de tous ces partis. De plus, s'il est vrai que la droite l'emporte dans toute l'Europe, c'est en France qu'elle obtient son score le plus faible. Certes, l'UMP peut se targuer d'un excellent score, mais ce qui l'attend surtout, ce sont des lendemains électoraux difficiles qui sont inscrits dans les résultats de ce 7 juin.
La victoire des verts, plus évidentes est toutefois elle aussi à relativiser. Les écologistes ont déjà par le passé réalisé des coups électoraux, qui n'ont jamais eu de lendemains, rappelons nous les régionales de 1992 ou les européennes de 2004. En outre, le succès de leurs listes doit autant au charisme des leaders (Cohn-Bendit, Bové, Joly) qu'à la volonté des Français d'envoyer un message aux centristes et aux socialistes. Ceux qui aujourd'hui croient qu'il y a une adhésion forte des Français au vote écologiste risquent d'en être pour leurs frais lors des prochains scrutins.
Avant de passer aux grands perdants que sont le PS et le MODEM, je voulais dire un mot de la gauche radicale. Certes, le résultat du Front de gauche est honorable, mais constitue quand même un échec puisqu'il n'améliore presque pas le score de 2004 obtenu par les seuls communistes. En outre, à mon avis, le PCF vient de sceller son acte de décès, Mélenchon ayant opérer une véritable OPA sur le parti, qui n'existe plus par lui-même. Quant au NPA, les 5 % sont nettement en-deçà des espérances, cependant, il s'agit d'un doublement du résultat de 2004, réalisé lui en alliance avec LO. De plus, l'électorat jeune et ouvrier, fer de lance de la gauche radicale s'est abstenu massivement. Le NPA sait aujourd'hui qu'il a encore du travail devant lui, mais qu'il a un vrai potentiel électoral, contrairement au PCF dont les électeurs plus âgés se sont apparemment mieux mobilisés.
J'en viens aux deux grands malades de ce scrutin le MODEM et le PS. Pour le parti de François Bayrou, les derniers jours de campagne ont permis de lever une imposture : le leader centriste n'est mué que par une seule ambition : la sienne. Les Français ont enfin pu voir qui il était réellement : le même autocrate que le personnage du président qu'il pourfend pourtant à longueur de discours. L'échec du MODEM n'est pas dû à son programme ou à sa campagne ratée, il le doit à la personnalité de son président qui aura bien du mal cette fois-ci à s'en relever.
Les données sont très différentes en ce qui concerne le parti socialiste. Rejet du libéralisme, pouvoir exécutif discrédité : tout porter à penser que le succès serait là pour le parti de Martine Aubry. Ce ne fut pas le cas. Les électeurs, et particulièrement les abstentionnistes ont sanctionné les divisions et les combats d'arrière-cour ainsi que l'absence de programme. Ce sont aussi les contradictions du parti qui ont été rejetées, celles qui notamment conduisent les dirigeants à clamer haut et fort leur refus du libéralisme et à voter dans le même temps le traité de Lisbonne. Pour autant, Le PS a déjà connu des échecs similaires, et s'en est toujours remis. Surtout que dans le cas présent, il semble évident que les Français attendent que ce parti redevienne le vivier intellectuel qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être.
Cependant, au Parti Socialiste, où rien n'est jamais simple, il apparaît que cet échec n'en est pas un pour tout le monde. Depuis le congrès de Reims, tout a été fait pour écarter Ségolène Royal de la direction du parti. Cet échec est celui de Martine Aubry et de tous les éléphants mais n'est pas le sien. En se maintenant à distance pendant la campagne, en apparaissant comme rassembleuse depuis, elle devient peu à peu le recours évident du PS pour 2012. Les jeux ne sont pas encore faits, mais Ségolène Royal en restant au-dessus de la mêlèe prospère sur les divisions des autres. De plus, avec l'effondrement du MODEM, la question des alliances qui était pour elle une véritable épine ne se pose plus, quand à la concurrence annoncée du NPA, elle n'est pas encore très virulente. En restant à l'écart des jeux politiciens, en continuant à faire entendre à intervalles réguliers sa petite musique sur les sujets internationaux ou économiques, Mme Royal se rend de plus en plus incontournable. Le grand vainqueur de ce scrutin, c'est elle.
21 février 2009
Elections européennes : état des lieux.
A quelques mois de la seule échéance électorale de cette année, il m'a semblé intéressant de faire le point. Comme prévu, ce scrutin ne devrait pas passionner les foules, à moins que les Français ne se servent de leur bulletin de vote pour envoyer un message national, ce qui à l'instar des scrutins précédents est fort probable.
S'il s'agit d'élire les députés européens, il y a peu de chances que l'Europe soit au centre des débats. D'abord parce que le mode de scrutin national ne s'y prête pas, ensuite parce que l'Europe reste un concept lointain et nébuleux pour beaucoup de gens, enfin parce que les Français ont le sentiment (parfois justifié à mon avis) que le Parlement de Strasbourg ne sert pas à grand-chose, et que toutes les décisions principales sont prises entre chefs d'états, dans le dos des citoyens. Toutes ces raisons font que c'est surtout une lecture nationale qu'il faudra faire des résultats.
EXTREME-GAUCHE :
Il est clair qu'avec la crise économique, les idées défendues par les partis à la gauche du PS ont le vent en poupe. Toutefois, l'extrême-gauche devrait partir divisée au combat, atténuant l'effet attendu du score important qu'elle devrait faire. Toutefois, le NPA devrait profiter de la dynamique qui est la sienne actuellement, porté qu'il est par la personnalité médiatique d'Olivier Besancenot. Crédité de 8 à 9 % dans les sondages pour l'instant, il pourrait progresser encore et raffermir sa position hégémonique sur la gauche radicale.
A l'inverse, les élections européennes font l'effet d'une sorte de baroud d'honneur pour le PCF. Allié avec le nouveau parti du charismatique (à gauche) Jean-Luc Mélenchon, le parti de Marie-Georges Buffet peut espérer un score honorable et avoir quelques élus. Il est cependant peu probable que cela suffise pour revenir sur le devant de la scène pour peser à gauche face au parti socialiste.
Enfin, il reste le cas de Lutte Ouvrière. Sans sa porte-parole historique, le bastion inexpugnable de la gauche contestataire ne devrait pas faire un score important.
Les Verts :
En rassemblant toutes les familles écologistes sous une même banière, et en présentant des personnalités fortes en têtes de listes, les Verts pensaient avoir fait un bon coup politique. C'était compter sans l'arrivée de la crise économique qui met les préoccupations environnementales au second plan. De plus, la question de l'environnement est souvent reprise par les autres partis (NPA et MODEM notamment), alors que les écologistes n'ont toujours pas su se montrer crédibles sur les autres questions. Toutefois, s'il y a une vraie surprise lors de ce scrutin, je crois qu'elle viendra du score des verts.
Le Parti Socialiste :
Le scrutin de tous les dangers pour le parti de Jaurès. Une chose est sûre, il ne devrait pas rééditer le score de 2004, où il avait profiter à plein du rejet de Jean-Pierre Raffarin. Profondément divisé depuis son catastrophique congrès de Reims, coincé entre le NPA et le MODEM qui profitent de vraies dynamiques, le parti socialiste risque de sombrer définitivement. Cependant, les premiers sondages montrent qu'il semble mieux résister que prévu, profitant probablement de la crise économiquement et de la gauchisation de son discours, qui redevient peu à peu audible. En outre, face à la situation, les principaux dirigeants semblent désireux de se serrer les coudes, comme le suggère l'actuel rapprochement entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Enfin, si le discrédit de Mr Sarkozy dans l'opinion se confirme, le PS devrait sauver les meubles. Au moins pour cette fois-ci.
Le MODEM :
François Bayrou joue en grande parti son avenir politique sur les européennes. D'une part, parce qu'il a toujours clamé haut et fort son crédo européen, ensuite parce que le mode de scrutin associé au rejet de l'UMP lui permettent d'espérer un bon score, et de faire de l'élection au parlement de Strasbourg la première étape vers les présidentielles. Toutefois, même s'il apparaît probable que le MODEM fera un score plus que correct, particulièrement chez les classes moyennes et supérieures, le grand danger qui le guette est l'abstention, et peut-être aussi un petit réflexe de vote utile chez les électeurs de centre-gauche qui pourraient craindre une trop forte poussée de l'extrême-gauche, particulièrement du NPA.
L'UMP :
Quoiqu'il arrive, le soir du scrutin, les principaux leaders de droite diront qu'ils ont gagné. Il est en effet peu probable que l'UMP ne fasse pas plus mal que le résultat catastrophique de 2004. Mais il est tout aussi évident que l'élection ne sera pas facile pour le parti présidentiel. Les premiers sondages indiquent même une inversion des résultats de la présidentielle, avec l'ensemble des partis de gauche progressant de plus de 10 points. Certes, le soutien dont bénéficie encore Nicolas Sarkozy dans son propre camp fait qu'il devrait s'en sortir raisonnablement. Mais l'avenir pourrait s'avérer sombre, car à force de laminer les autres électorats de droite et d'extrême-droite, l'UMP n'a quasiment plus de réserves, et l'électorat centriste penche de plus en plus à gauche. Dans la perspective d'autres scrutins à 2 tours, comme les régionales ou la présidentielle, cette perspective sera problèmatique.
La droite souverainiste :
Traditionnellement, il y a un électorat de droite fortement anti-européen. Cet électorat ne se retrouve pas dans les thèses racistes du Front National. En s'alliant avec les chasseurs, Philippe de Villiers espére le récupérer en grande partie, à l'instar de ce qu'il a déjà fait par le passé. Il peut compter aussi sur le soutien d'une partie de la droite catholique. Toutefois, il sera concurrencé par la présence des listes soutenues par Nicolas Dupont-Aignan. Peu médiatisé, le jeune gaulliste peine à percer, mais son discours équilibré et sincère devrait toucher les nostalgiques du général de Gaulle, ou tous ceux qui croient qu'il ne faut laisser la République aux mains du marché, ceux qui ont une certaine idée de la grandeur de ce pays.
Le Front National :
Lentement, inexorablement, ça sent la fin pour le parti de Jean-Marie Le Pen. Financièrement proche de la liquidation, politiquement sans ligne directrice après le départ d'une part de son électorat vers la droite républicaine, profondément divisé, et avec un chef vieillisant qui ne sait pas passer la main, les élections européennes sont un vrai calvaire pour lui. S'il séduit encore une part non négligeable de l'électorat ouvrier, le Front National est dans une dynamique de déclin. D'autant plus que les thèmatiques qui ont fait son succès ne sont plus au premier plan.
21 mars 2008
Bilan succint et subjectif des élections municipales et cantonales
Afin d'éviter toute forme de malentendu, je le dis d'emblée, je me réjouis de la victoire de la gauche à ces élections, et encore plus de la défaite de la droite. Encore faudrait-il savoir de quelle gauche il s'agit, car très souvent au Parti Socialiste, l'étiquette politique est la seule chose qui distingue les candidats de la droite, tant les programmes sont parfois proches.
Mais, voilà, le premier enseignement est bien celui-ci : les Français ont bien voulu lancer un avertissement à la droite, contre l'attitude du chef d'Etat, mais aussi et surtout contre la politique du gouvernement. Certes, des considérations locales, des divisions et parfois des phénomènes d'usure peuvent expliquer certaines défaites. Mais quand tant de maires sortant de droite sont battus, on ne peut se contenter comme le fait la droite de parler de scrutin à caractère local. A nier l'évidence du camouflet infligé par les Français, à ne pas vouloir en tirer les conséquences autrement que par un simili remaniement ministériel, le gouvernement se prépare sans aucun à de nouvelles difficultés sociales.
Le second enseignement est qu'à chaque fois que la droite gouvernementale est contestée dans le pays, la gauche apparaît comme une valeur refuge. Ce fut déjà le cas aux régionales de 2004. Cependant, le parti socialiste aurait tort de se réjouir, car en filigrane, sont inscrites un certain nombre de menaces pour lui. Tout d'abord, la forte abstention laisse penser que si l'électorat de gauche s'est bien mobilisé, celui de droite s'est abstenu. Le PS n'a donc pas pour l'instant regagner du terrain sur l'UMP en matière de préférence électorale. Mieux, les bons scores de l'extrême gauche et des verts ainsi que la surprenante résistance du Parti Communiste indiquent clairement qu'une partie des électeurs de gauche cherchent désormais des solutions en dehors du PS. L'enjeu pour celui-ci sera donc d'apparaître comme un parti de rassemblement. Enfin, malgré ce succès, le PS est toujours un parti sans boussole, sans leader, sans programme. Et les 4 années qui nous séparent de la prochaine présidentielle ne seront pas de trop pour apparaître crédible.
Le troisième enseignement est celui de l'échec de la stratégie du MODEM. Celui-ci, en se coupant de ses attaches traditionnelles à droite a cru pouvoir se créer un espace au centre de l'échiquier. Malgré les bons scores réalisés par les candidats du MODEM dans les grandes villes au premier tour, les atermoiements du second tour, la défaite de Bayrou, et les alliances par intérêt font craindre le délitement de ce parti, ou en tout cas un gros déficit en matière de crédibilité. Le plus grave, c'est que les Français ont souvent eu l'impression que les candidats MODEM se ralliaient non pas en fonction de leurs convictions, mais en raison des postes intéressants à glaner. Cela ne peut que contribuer à éloigner un peu plus les Français de la politique, ce qui est quand même préoccupant pour un parti qui voulait réhabiliter l'action politique.
Enfin, pour terminer ce court bilan, je vais faire un peu d'anticipation politique. Mais il est intéressant de constater que pendant des années le curseur politique s'est déplacé sur la droite, les principaux partis politiques, mais surtout l'UMP faisant la chasse aux électeurs du FN. Or, la chute électorale de celui-ci fait que l'UMP n'a plus de réserves sur sa droite, et est donc obligée d'aller chercher les voix qui lui manque sur sa gauche. De même, le PS se focalise pour l'instant sur les électeurs du MODEM. Mais là aussi, c'est sur sa gauche qu'une parti de son avenir politique se joue. La montée de la LCR, portée par la figure emblématique d'Olivier Besancenot peut s'avérer problématique pour lui. Il s'agit d'un électorat moins enclin aux concessions que les centristes, qui pourrait faire défaut en cas d'alliance avec les centristes, mais qui surtout avec la grosse crise économique qui se profile, pourrait bénéficier d'une certaine dynamique. La France politique pourrait bien, à l'instar de son voisin allemand, prendre un important virage idéologique à gauche.
10 mars 2008
Analyse du premier tour des municipales.
La droite a beau répéter (bien relayée par certains commentateurs) qu'il n'y a pas de tsunami électoral pour la gauche, que ce ne sont que des élections locales, et qu'elle résiste plutôt bien, il ne faut pas s'y tromper, la gauche réalise une grosse poussée, que confirmera et amplifiera le second tour (pour une fois, je prends des risques, je m'avance). Il faut dire que pendant des semaines la droite à crié à la catastrophe, il est donc facile pour elle de se réjouir quand la défaite paraît moins forte qu'annoncée. Pourtant, quand on analyse bien les résultats, elle devrait être inquiète en vue du second tour. La gauche, forte de sa victoire peut enclencher une dynamique propre à mobiliser les abstentionnistes. Mais surtout, les candidats de droite, s'ils réalisent souvent de bons scores, ont peu de réserves, puisqu'ils ont laminé le Front National, et que rien n'indique que les voix du Modem vont se reporter sur eux.
Sur la participation, le chiffre ne progresse pas par rapport à 2001. Pour une élection au coeur des préoccupations quotidiennes des Français, on peut même dire qu'il est décevant. Cependant, on peut noter le cas particulier de l'Ile de France ou la participation est en forte baisse. L'explication des vacances scolaires ne suffit pas. On peut chercher une des raisons du coté du nombre important de jeunes qui se sont inscrits sur les listes électorales pour la présidentielle et ne se sont pas déplacer dimanche.
L'extrême-gauche : elle a fait l'objet de peu de commentaires hier soir. Pourtant, elle réalise souvent de bons scores, les listes LCR notamment, dépassent régulièrement les 5 %. Le PS qui semble tenté par l'envie de regarder du côté du MODEM, ferait bien de ne pas oublier sa gauche. Dans de nombreux cas, les voix de la LCR sont autant incontournables pour le PS s'il veut l'emporter.
Le PCF : on le disait mort, et voilà qu'il sort renforcé de ce premier tour. Le PS qui lui avait imposé de nombreuses partielles a rarement réussi à le battre. De plus, de nombreux bastions PCF ont été sauvés dès le premier tour, et cerise sur le gâteau, ce parti a même regagné certaines villes qu'il avait perdues en 2001. Le communisme municipal a peut-être encore de beaux jours devant lui.
Les Verts : même s'ils sont en forte baisse dans leur bastion parisien, ils réalisent de bons scores dans certaines villes, et sont parfois en situation de se maintenir au second tour. De plus, si Dominique Voynet l'emportait à Montreuil, ils auraient une conquête symbolique dans leur escarcelle. Sans compter que leur alliance avec le reste de la gauche devrait leur donner de nombreux élus.
Le PS : C'est le grand vainqueur de ce premier tour. Certes, dans certaines villes comme Bordeaux, il subit de vrais revers, mais si le PS réussi à mobiliser ses électeurs, le second pourrait ressembler encore plus à un vrai vote sanction. Cependant, il reste des questions pour les socialistes : ce résultat ne fait-il pas de lui un parti de contre-pouvoir local ? Quelles alliances pour le second tour et pour le futur ? Et surtout, la question du leadership devient une urgence.
Le MODEM : comme la stratégie du MODEM a été peu lisible, son résultat l'est aussi. Certes, il peut se maintenir dans plusieurs villes et devient souvent incontournable pour le second tour. Mais François Bayrou est en grande difficulté à Pau, et les résultats à Paris mais surtout à Lyon et Marseille sont en-deçà des espérances. Le MODEM n'a toujours pas réussi à démontrer qu'il y avait une troisième voie entre la droite et la gauche.
L'UMP : on pourra toujours se féliciter à droite que le recul est moins fort que prévu, que les ministres ont globalement plutôt bien réussi (il est vrai que bien peu avaient pris de réels risques), que certains bastions résistent, et qu'il y a même eu quelques conquêtes. Au final, ce scrutin constitue un véritable avertissement. Continuer à le nier comme le fait la majorité, proclamer que cela ne changera rien à la politique gouvernementale, c'est prendre le risque de remobiliser le camp adverse. Et surtout de montrer que l'on n'écoute pas les Français.
Le FN : il appréhendait ce scrutin fortement affaibli, il n'en ressortira pas renforcé. Si ici ou là, comme à Mulhouse, il peut parfois tirer son épingle du jeu, globalement il s'effondre. Et l'échec de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont est un symbole.
03 février 2008
Le MODEM, c'est le grand n'importe quoi !
Je reconnais un certain courage politique à François Bayrou.J'ai même admiré certaines de ses prises de position pendant la campagne présidentielle. Et j'aurais aimé entendre certains des propos qu'il a tenu dans la bouche des leaders de la gauche, notamment sur les médias.
Seulement, il faut se rendre à l'évidence, c'était le temps d'une campagne, et déjà, ce n'est plus qu'une posture. Faire de la politique autrement, construire un grand parti politique du centre s'avère une gageure. La période des municipales est calamiteuse pour le MODEM. On ne voit aucune ligne directrice. Les candidats s'allient ici avec la gauche, là avec la droite. Ce qui compte désormais, c'est d'aller là où il y a des postes possibles à gagner, au détriment souvent des convictions.
Lyon en est l'exemple flagrant. Cette ville n'a jamais cédé aux positions les plus tranchées. Lyon est la définition même d'une ville centriste, terrain de jeu idéal donc pour le MODEM. Pourtant, les militants de ce parti sont tiraillés. Certains veulent revenir à leurs alliances naturelles avec la droite, au risque de se retrouver avec les millonistes et de renier certains de leurs idéaux. D'autres considèrent qu'il faut faire alliance avec le maire sortant, socialiste rose pâle, désormais favori, ce qui garantirait des postes intéressants. Enfin, il y a la position de la direction nationale qui veut une liste indépendante. Au final, les trois attitudes risquent de prévaloir, et l'électeur lyonnais de centre droit d'avoir d'excellentes raisons de rester chez lui. Drôle de situation pour François Bayrou qui voulait redonner ses lettres de noblesse à l'action politique.
C'est un drôle de paradoxe pour ce parti, qui s'est partiellement construit sur le retour d'une certaine morale en politique, la fin du "copinage" et une plus grande transparence dans les nominations. Aujourd'hui, être candidat pour le MODEM, s'est d'abord s'allier avec le plus fort. Entre les situations à Bordeaux, Pau, Lyon, Dijon, Paris, personne ne peut dire ce qu'est la ligne directrice du MODEM. Aujourd'hui, en Vendée, des membres du MODEM s'allient avec les villiéristes. Marielle de Sarnez a parlé de listes alternatives, mais malheureusement elle ne précise pas de quelle alternative il s'agit.
Pour moi, le centre n'existe pas. Et la politique reste binaire : gauche, droite. Certes, il existe des nuances, selon les personnes, les régions, mais la fin du communisme n'a aucunement changé la nécessité pour toute une partie de la classe politique et de la population de s'opposer à la loi du marché pure et simple. Se considérer du centre comme François Bayrou, ou une frange du parti socialiste, c'est accepter le monde tel qu'il est, et juste vouloir l'aménager. C'est la même démarche que la droite, seule la teneur des aménagements peut différer. Il n'existe qu'une seule autre attitude possible, celle de vouloir changer complètement la société et d'oeuvrer à trouver de nouvelles solutions, puisque le communisme tel qu'il a été essayé ne fonctionne pas.
Ce que l'on connaît aujourd'hui est bien un monde binaire : pour ou contre le marché. Se définir du centre, c'est un coup politique qui peut très vite devenir une posture ingérable.