19 novembre 2009
Sport, politique, économie, justice, médias : quand la morale fout le camp.
L'équipe de France de football s'est qualifiée pour la coupe du monde après un acte flagrant de tricherie. Il n'est même pas possible de le nier, tout le monde en a eu la preuve. Pourtant, la morale aurait voulu que l'on fasse justice aux irlandais et qu'au moins on rejoue le match. Oui, mais voilà, les enjeux financiers sont trop forts, les intérêts des grands groupes qui sponsorisent le sport et les médias ont intérêt à ce que la France se qualifie. Alors, adieu morale, la France a triché, mais elle ira en Afrique du sud.
Bon, ce n'est que du foot me direz-vous, ce n'est qu'un jeu , il serait bien que cela le reste et ne prenne pas la tournure de drame national actuelle. C'est vrai, sauf qu'en la matière, le sport n'est que le reflet de ce qui se passe dans la société. Ce climat de tricherie, cette ambiance où le plus riche, le plus puissant est intouchable gangrène désormais toutes les élites, dans tous les domaines. Et plutôt qu'un long discours, je pense que ces quelques exemples se passent de commentaires superflus :
- Les grandes fortunes de ce pays bénéficient depuis 2 ans de ristournes d'impôts importantes, tandis que la majorité des Français a vu son niveau de vie fortement diminuer sous l'effet de la crise. C'est légal, certes, mais complètement immoral.
- L'explosion de l'usine AZF en 2001 a fait plus de trente morts et des milliers de blessés. Pourtant, la justice a décidé qu'il n'y aurait pas de coupable. Des milliers de personnes resteront meurtries à vie dans leur chair sans que jamais les responsables ne soient désignés. C'est légal, mais complètement immoral.
- Les grandes banques ont plongé le monde dans une énorme crise économique. Elles ont touché des millions d'aide des grands états, et recommencent à faire des bénéfices colossaux tandis que des milliers de personnes se retrouvent sans emploi, conséquence de leurs excès. C'est légal, mais immoral.
- Les émissions de télé se multiplient où les instincts les plus bas sont flattés et encouragés. L'adultère, la dispute conjugale, la violence familiale deviennent un spectacle. C'est légal, mais immoral.
- On ne compte plus les hommes d'affaires, politiques ou célébrités mais en cause dans des histoires d'argent. Pourtant bien peu finissent par payer leur dette à la société. Mais dans le même temps, on n'hésite plus à arrêter des mineurs ou à expulser des enfants. C'est légal, mais immoral.
Thierry Henry n'a fait que pratiquer un sport, sauf qu'il est adulé par des milliers d'enfants pour lesquels il est un exemple. En trichant, en s'exonérant de toute responsabilité morale, il leur donne une image complètement négative. De même comment ne pas comprendre qu'un sentiment profond de colère est en train de monter quand l'impunité, la tricherie et le mensonge sont érigés comme vertues. Le geste de Thierry Henry n'est pas grave en soi, c'est ce qu'il indique sur l'état de délabrement moral de notre monde qui l'est.
30 octobre 2009
Chirac enfin jugé ?
Ce qui s'est passé ce matin va probablement marquer l'histoire de la justice de ce pays. Une juge d'instruction a pris la décision de renvoyer devant un tribunal correctionnel un ancien président de la République. Elle l'a fait contre l'avis du parquet, ce qui est d'autant plus courageux.
Evidemment, cela ne veut pas encore dire que Jacques Chirac sera jugé dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Mais aujourd'hui, la justice française a regagné un peu de cette indépendance que le politique n'a de cesse de lui contester. A l'heure où l'on parle de supprimer le juge d'instruction, Mme Xavière Siméoni vient de rappeler à quel point celui-ci était indispensable.
Toutefois, le parquet peut encore faire appel de cette décision, ce qui en dira long sur les intentions de Nicolas Sarkozy dans ce dossier, puisque le procureur dépend de la chancellerie, et qu'apparemment, Mr Marin passe pour quelqu'un de docile envers le pouvoir.
Depuis ce matin, les réactions de la classe politique se multiplient. Et pour certaines, elles sont étonnantes. La droite s'insurge évidemment, mais la plupart du temps, ce n'est pas parce qu'elle nie les faits, mais au nom d'une instruction qu'elle juge trop longue. Aurait-elle oublié que c'est elle qui en modifiant la constitution n'a pas permis à la justice de suivre son cours normal ? Notons juste au passage que lorsque l'on durcit les lois pour les petits délinquants, le législateur sait aussi dans le même temps se montrer bien clément avec les puissants. Dans le même temps, certains ténors socialistes se montrent bien timorés : cela en dit long sur l'état de déliquescence de ce parti.
Car, enfin, soyons clair. Mr Chirac n'est pas que ce vieux grand-père sympathique décrit par les guignols, il n'est pas que l'icône des paysans qui sait taper le cul des vaches. Il ne faudrait pas oublier quel homme politique il a été. Il ne faudrait pas oublier toutes les casseroles politiques qui furent les siennes. Il ne faudrait pas que les gens de droite oublient qu'il a été le premier fossoyeur du gaullisme. Il ne faudrait pas oublier que Nicolas Sarkozy qui est aujourd'hui accusé de népotisme, de clientélismeclientélisme ou de clanisme, ne fait qu'appliquer les méthodes que son mentor d'alors, un certain Jacques Chirac, lui a enseignées.
Et c'est ce qui est intéressant dans cette affaire, car beaucoup plus qu'un homme, c'est une façon de pratiquer la politique qui est ici mise en cause. De Mitterrand à Sarkozy (ben oui, en la matière, la gauche n'a pas de leçons à donner), ce sont trente ans de pratiques douteuses que les français rejettent. Espérons simplement que ce procès sera la première des pages qui mèneront à une République qui soit vraiment au service des citoyens, et non plus des intérêts particuliers.
03 septembre 2009
La fin de l'indépendance de la justice !
Pour cause d'actualité, je republie un message du 7 janvier 2009 sur la suppression des juges d'instruction.
C'est désormais officiel, le chef de l'Etat envisage fortement de supprimer les juges d'instruction. Encore une réforme supplémentaire, mais celle-ci revêt une importance capitale quant au fonctionnement de nos institutions.
Nul ne remet en doute aujourd'hui la nécessité d'une réforme de la justice. En plus des erreurs judiciaires très médiatisées de ces dernières années qui ont alerté l'opinion sur certains dysfonctionnements, il devient patent que notre système n'est plus adapté face à une judiciarisationj constante de la société, ainsi que face à la médiatisation de la justice. A la suite de l'affaire d'Outreau, une commission parlementaire avait fait de nombreuses propositions, dont certaines étaient novatrices. Las, la garde des sceaux n'en a quasiment retenu aucune. Pire même, les principales réformes judiciaires ont essentiellement consistées à durcir la législation envers les délinquants, et à supprimer les tribunaux de proximité. On va donc se retrouver peu à peu avec des juges coupés de la société dont la mission principale sera de punir, occultant totalement la réinsertion.
Ceci dit, le rôle du juge d'instruction pose un certain nombre de questions depuis longtemps. Son isolement, et le manque de contrôle sur son action en premier lieu. On a vu avec Outreau à quel point cela pouvait entraîner des dérives. Le fait que de moins en moins d'affaires passent par lui (4 % environ) est source également d'interrogations. Cependant, on peut objecter que les erreurs judiciaires sont peu nombreuses par rapport au nombre de cas résolus, et surtout elles sont beaucoup plus médiatisées. Ensuite, ce sont essentiellement les affaires les plus délicates qui passent entre les mains d'un juge d'instruction, particulièrement les affaires impliquant des hommes politiques ou des grands patrons d'industrie. Dans ces cas, il est impératif de garantir l'indépendance de la justice par rapport au pouvoir. Bien qu'imparfaitement, le juge d'instruction y contribue.
Le juge d'instruction sera donc remplacé par un juge de l'instruction (notez la subtile nuance ! ), lequel sera chargé non plus d'instruire l'enquête mais de la contrôler. Cette proposition serait acceptable si elle s'accompagnait d'une rupture réelle des liens entre le parquet et le ministère de la justice, mais il n'en est absolument pas question. On voit donc parfaitement le but de cette manoeuvre : permettre l'immunité de tous les gens au pouvoir, puisque ce nouveau juge dépendra du parquet.
Cette décision est donc inquiétante dans la mesure où elle remet en cause un principe fondamental de nos institutions : l'indépendance de la justice. Mais elle l'est encore plus car elle vient après une autre réforme, celle de la télévision grâce à laquelle le pouvoir va contrôler directement ou indirectement la quasi totalité des médias de ce pays ; ainsi, c'est l'ensemble des contre-pouvoirs qui seront aux mains du chef de l'Etat. De quoi être pessimiste pour l'avenir de notre démocratie.
PS : puisque l'on parle de la justice, je voudrais dire un mot sur Mme Dati, qui reprend le travail 5 jours après avoir accouché. Elle fait ce qu'elle veut de sa vie, c'est son problème, mais je rappelle que des femmes se sont battues pendant des années pour obtenir des congés maternités. La moindre des choses que l'on attende d'un représentant de l'Etat, c'est qu'il s'applique à lui-même le droit commun. Parce qu'elle ne le fait pas, Mme Dati ouvre une brèche pour ceux qui veulent remettre en cause ce droit (et il y en a). Par conséquent, je suis pour que l'on oblige la garde des sceaux à prendre son congé.
27 janvier 2009
Nicolas Sarkozy et le financement occulte de la campagne d'Edouard Balladur.
Selon une information du site Bakchich, reprise par Le Monde, le nom de Nicolas Sarkozy est cité dans un rapport remis au procureur de la République concernant le financement occulte de la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Cependant, vu l'ancienneté des faits, le procureur ne devrait pas saisir le juge. Bien au-delà de s'interroger sur la responsabilité ou non de l'actuel président de la République, il y a quelques phénomènes qui interpellent :
- Pourquoi la justice a-t-elle mis si longtemps pour déterrer l'affaie ?
- Pourquoi les médias sont-ils si silencieux ? Le constat est en effet accablant pour eux si on compare avec la diligence qu'ils ont eu pour se saisir de l'affaire concernant Julien Dray.
- La volonté de supprimer les juges d'instruction a-t-elle pour but d'étouffer des affaires compromettantes pour le pouvoir ?
- Pourquoi l'affaire serait-ici trop ancienne, quand d'autres sont jugées 10 voire 15 ans après les faits ?
Tout ceci n'est évidemment pas anodin et renforce la conviction de beaucoup (dont je suis) que le pouvoir et la démocratie sont de plus en plus confisqués par un clan. Il est illusoire de croire que les Français en sont dupes, et cela participe assurément de manière diffuse à renforcer le sentiment de colère profond qui va s'exprimer massivement jeudi.
Pour info, les adresses des sites cités :
http://www.bakchich.info/article6545.html
24 décembre 2008
La justice de classe !
Il y a en ce moment trois affaires politico-judiciairespolitico-judiciaires qui défraient la chronique et en disent long sur les dérives de notre classe politique et la crise de système judiciaire.
1°) Le cas Julien Dray tout d'abord. Je ne reviendrai pas sur le fond de l'affaire, puisque l'enquête est en cours, et qu'apparemment, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Mais deux choses m'interpellent dans le cas présent :
- La personnalité de Mr Dray en premier lieu. Cet élu de la République appartient à un parti qui autrefois se voulait le défenseur des plus fragiles, l'avocat des droits de l'homme ; Et on découvre que cet homme se passionne pour les objets de luxe (les montres), et mène grand train de vie. L'exemplarité en politique est une vertu, et pour l'avoir oublier, Julien Dray ainsi que nombre de socialistes risquent de le payer cher électoralement. Malheureusement au final, ce sont les électeurs qui paient la facture.
- En second lieu, c'est le moment où à lieu tout ce déballage médiatique. En même temps que Julien Dray, c'est l'un des principaux syndicats lycéens qui est mis en cause. Or, nul n'ignore que le monde des lycéens est en ébullition. Nul n'ignore non plus que Julien Dray a tenu récemment des propos virulents contre la politique du gouvernement, faisant le parallèle avec la situation grecque. Il se retrouve mis en cause dans une affaire où semble-t-il la présomption d'innocence et le secret de l'instruction ont passablement été bafoués. La justice dira ce qu'il en est de l'implication des différents protagonistes. Restent des questions sur la juxtaposition des évènements.
2°) L'affaire Coupat ensuite. Le jeune homme et sa compagne sont dans un premier temps soupçonnés avec 7 autres personnes d'actes terroristes sur des caténaires de la SNCF. Ils ont été arrêtés dans un grand déballement médiatique où le dispositif sécuritaire était bien mis en évidence. Malheureusement, au fur et à mesure que l'enquête avance, on s'aperçoit que les charges sont inexistantes et qu'il n'y a aucunes preuves contre ce groupe, et la plupart d'entre eux sont libérés. Sauf deux, Julien Coupat et sa compagne donc, qui restent emprisonnés. Pour quels motifs, sous quels chefs d'accusation : personne ne le sait pour l'instant. Ce que l'on sait cependant, c'est qu'il y a pleins d'interrogations autour de cette affaire : Pourquoi une telle précipitation ? Pourquoi tant de moyens médiatiques et sécuritaires ? Pourquoi la justice et le ministère de l'intérieur s'avèrent incapables de reconnaître leurs erreurs ? Qui a intérêt à ressortir l'épouvantail du terrorisme d'extrême-gauched'extrême-gauche ?
3°) La troisième affaire est la plus limpide. Mr Marchiani est un ancien préfet à qui l'on doit en partie la libération des otages du Liban, mais c'est aussi et surtout un homme qui a été inculpé et écroué pour recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influences. Il est actuellement en détention. Oui, mais voilà, Mr Marchiani doit l'essentiel de sa carrière politique à Charles Pasqua, lui-même inculpé dans plusieurs affaires, et qui a longtemps été proche de notre président la République. Et qu'apprend-on ? Que Mr Pasqua a été plaider la cause de son protégé à l'Elysée et obtenu la grâce présidentielle pour ce dernier. Ici, pas de questions, tout est clair, les puissants se protègent entre eux.
Trois cas exemplaires. Dans le premier, un homme politique est une fois de plus mis en cause dans une affaire de gros sous. Qu'il soit de droite ou de gauche cela n'a plus d'importance tant les moeurs de notre classe politique n'ont plus rien à voir avec la morale censée les habiter. Mais cette affaire tombe au bon moment et est très bien utilisée par le pouvoir pour faire diversion et tenter de faire oublier ses difficultés sociales. Les deux autres cas sont emblématiques du fonctionnement de la justice selon que l'on soit puissant ou faible.
Tout cela est à mettre en relation avec un contexte de forte défiance des Français envers leur justice en particulier, et leurs élites en général. Ce sont toutes les institutions qui aux yeux de nos concitoyens ont perdu de leurs valeurs, mais parmi elles la justice est essentielle. Si elle n'est plus digne de confiance, elle devient forcément contestée. Ce que nos hommes politiques, par leur désinvolture, leur mépris du peuple sont en train de fabriquer, c'est du mépris et de la violence. C'est dans ce genre d'événements en apparence anodins que les colères de demain prennent leur source.
03 décembre 2008
Délinquance des mineurs : la droite manipule les chiffres pour arriver à ses fins.
Le grand projet judiciaire actuel de Mme Dati est de baisser l'âge de l'emprisonnement à 12 ans, remettant ainsi en cause l'ordonnance de 1945. Pour argumenter, Mme dati et certains députés n'hésitent pas à affirmer que la délinquance des mineurs est en très forte augmentation. Ils vont même jusqu'à assimiler mineurs délinquants et mineurs criminels, ce qui n'est pas la même chose, convenons-en.
Le site de Libération publie un excellent article remettant en cause l'utilisation de ces chiffres, et démontrant au passage que la violence des mineurs n'est pas forcément en augmentation, elle ne fait que suivre la courbe de la violence générale.
l'adresse : http://www.liberation.fr/societe/0101302795-delinquance-des-mineurs-l-intox-des-chiffres-du-gouvernement
PS : Au passage, je conseille les ivres de Laurent Mucchielli sur la violence et les politiques sécuritaires. Probablement avec Emmanuel Todd un des intellectuels les plus intéressants aujourd'hui.
28 novembre 2008
Réforme de l'ordonnance de 1945.
Le groupe de travail sur la réforme de l'ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs, va bientôt rendre son travail. Il préconiserait entre autres l'emprisonnement des enfants à partir de 12 ans. Là où d'autres pays comme l'Espagne ne le font qu'à partir de 21 ans, nous, nous passerions à 12 ans. La différence entre les enfants Français et Espagnols est-elle si importante ?
Mais pour tout dire, il y en a vraiment marre !!! Marre de la répression comme seul instrument de dialogue. Marre d'une justice à deux vitesses, laxiste pour les patrons qui brisent des milliers de vies d'une seule de leurs décisions, intransigeante pour le moindre gamin qui commet une erreur de jeunesse. Marre d'un pays qui bafoue en permanence les valeurs de tolérance et d'ouverture dont pourtant il se revendique.
Jusqu'où va-t-on accepter d'aller ? Nous n'avons rien dit quand nos services publics (notre bien commun) ont été bradés, donnés aux grands groupes capitalistes. Nous ne bougeons pas non plus devant tous ces fichiers qui constituent autant d'atteinte fondamentales à nos libertés. Allons nous nous laisser encore faire alors que maintenant ce sont nos enfants qui sont en ligne de mire.
Non, je le redis, j'en ai marre, vraiment marre, de ce pays qui nous étouffe et brise dans l'oeuf toute possibilité d'accéder à une vie meilleure.
12 octobre 2008
Marina Petrella ne sera pas extradée.
Nicolas Sarkozy a décidé de ne pas extrader Marina Petrella pour raisons humanitaires. On ne peut évidemment que s'en réjouir tant il était évident qu'une extradition aurait pu lui être fatale. Cependant, il convient de s'interroger sur les raisons profondes qui poussent l'Etat français depuis quelques années à pourchasser systématiquement les anciens brigadistes italiens qui ont trouvé refuge dans notre pays.
D'abord faisons un petit rappel historique. Dans les années 70 et 80 en Italie, des militants d'extrême-gauched'extrême-gauche passent à la lutte armée. De nombreux assassinats vont être perpétués. Les meurtriers qui seront arrêtés seront justement condamnés à des peines très lourdes. Les autres, ceux qui auront fui et trouver exil à l'étranger, seront condamnés aux mêmes peines, mais par contumace. Nombre d'entre eux vont trouver refuge en France. Dans les années 80, François Mitterrand au nom de l'Etat français, dans le but de tourner définitivement la page de ces années difficiles, va donner sa parole de ne jamais extrader les ex-brigadistesex-brigadistes exilés en France. En 2003, le gouvernement Raffarin revient sur cette parole, et demande l'arrestation et l'extradition de Cesare Battisti. Celui s'enfuira avant de finalement être rattrapé au Brésil puis extradé en Italie. Aujourd'hui, c'est au tour de Marina Petrella d'être sur la sellette.
Si on ne peut que trouver normal que des personnes ayant commis des meurtres soient jugées et condamnées, il y a dans cette histoire des faits troublants. De De Gaulle à Mitterrand en passant par Giscard et Pompidou, la parole de l'Etat français donnée par l'un a toujours été respectée par les autres. C'est jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy qui ont mis fin à cette pratique. Cela contribue à dévaloriser complètement la parole de l'Etat, et à enlever ce qui restait de crédibilité à la classe politique.
En outre, ces extradictions posent un problème fondamental au regard du droit international. Certes, la France respecte les accords de coopération judiciaire au niveau européen. Mais, l'Italie ne rejuge pas les personnes condamnées par contumace, ce qui est contraire aux conventions internationales. A ce titre la France devrait refuser de renvoyer les militants italiens.
Mais au-delà du droit, on peut s'interroger sur les raisons politiques qui poussent l'Etat Français a rouvrir une page que l'on croyait définitivement tournée de ce côté-ci des Alpes, et qui jusqu'au début des années 2000 n'avait pas créé de tensions diplomatiques entre les deux pays.
On peut rapprocher les cas des brigadistes italiens de celui Jean-Marc Rouillan, l'ex militant d'action directe aujourd'hui réincarcéré. Dans les deux cas, les décisions semblent purement idéologiques et poussées par la volonté d'en finir avec les extrêmistes communistes. Il est caractéristique de noter que dans certains cas, notamment celui de Maurice Papon, la justice sait ce montrer souple et conciliante, alors que dans d'autres, et particulièrement dans celui des anciens d'action directe, elle est intransigeante. Il est difficile de ne pas y voir la main du politique. De là à penser qu'il y a une instrumentalisationinstrumentalisation de la justice ...
05 août 2008
Rachida Dati, bourreau de la justice.
L'indépendance des juges par rapport aux politiques a toujours été un sujet sensible en France. En outre, depuis l'affaire d'Outreau la confiance semble en berne entre les Français et leur système judiciaire. Pour ces raisons, la nomination du garde des sceaux par Nicolas Sarkozy était très attendue, d'autant plus que le nouvel élu avait proclamé son attachement à une justice indépendante, en rupture avec les impressions laissées par ses prédécesseurs.
Et il faut bien avouer que les premiers temps, la nomination d'une jeune femme, dynamique et magistrate a plutôt séduit. Si en plus on rajoute qu'elle est issue de l'immigration, il y avait tout lieu de penser à un coup politique formidablement réussi.
Las, cette impression première n'a durée que peu de temps.
Mme Dati est tout d'abord apparue comme le fidèle serviteur du président, le suivant partout, accédant à toutes ses demandes, ne le contredisant jamais. Mais de plus en plus, la vraie personnalité de la garde des sceaux a été mise au grand, avide de paillettes, de mondanités, bien plus soucieuse de son image personnelle que du bon fonctionnement de la justice. d'ailleurs, sur le souci permanent de son image, je vous conseille cet article : http://www.ruewww.rue89.com/2008/07/30/rachida-dati-ministre-a-com-et-a-traversrachida-dati-ministre-a-com-et-a-travers.
Elle est donc extravertie dans un ministère qui suppose humilité et retenue. Mais ce n'est pas tout. Elle s'est également révélée autoritaire dans la façon d'imposer ses vues sur le fonctionnement de son ministère. Sa réforme de la carte judiciaire est passée sans quasiment aucune concertation et contre l'avis souvent des magistrats eux-mêmes, mais aussi des élus (même ceux de sa majorité) et des populations.
Mais ce n'est pas tout. A l'instar de Mr Sarkozy, elle a une fâcheuse tendance à se prendre pour Saint-Louis et à croire qu'elle incarne la justice. L'épisode dramatique de l'assassinat d'un petit garçon à Lagnieu est en cela exemplaire de son attitude. Dans quel autre pays que la France peut-on imaginer un ministre de la justice se rendant aussitôt sur les lieux du drame, histoire d'exploiter médiatiquement l'émotion populaire ?. Mais surtout, dans quel autre pays que la France un ministre de la justice annoncera lui-même les actes d'accusation contre les assassins présumés, en lieu et place d'un juge ?
Mme Dati rend la justice avant que celle-ci n'ait eue lieu. Quelle indépendance laisse-t-elle au juge chargé de l'affaire. Elle retire à la victime le droit à une justice juste et impartiale, et au coupable celui du respect de ses propres droits, et en premier lieu celui de la présomption d'innocence.¨
Pour toutes ces raisons, il serait temps que Mme Dati démissionne, et que l'on puisse enfin s'attaquer aux vrais problèmes de notre système judiciaire qui ont si lamentablement éclatés au moment de l'affaire Outreau.
22 novembre 2007
Une contre-réforme de la justice !
Je sais que certains parmi mes lecteurs trouvent que je ne fais pas de messages optimistes. Ce n'est cependant pas de ma faute si le nouveau pouvoir a décidé de tout casser à grande vitesse. Par conséquent, je crains fort que ce message ne soit lui aussi guère optimiste.
Ce matin, Mme Dati était l'invité de RMC pour répondre aux questions des auditeurs. Et l'un d'entre eux, une femme en l'occurrence, m'a particulièrement ému. En premier lieu, parce qu'elle est originaire de Moulins, une ville qui est chère à mon coeur, mais aussi et surtout parce que cette femme, avocate, est avec plusieurs de ses collègues en grève de la faim pour s'opposer à la fermeture du tribunal de grande instance de la ville. Et devant son désespoir, Mme Dati n'a pas répondu à ses questions, se contentant d'affirmer qu'elle veut renforcer la justice de proximité. Elle n'a pas expliqué, ou alors de façon confuse, mais comment pourrait-il en être autrement, de quelle façon sa réforme y contribue.
Je ne nie pas, bien au contraire, que la justice ait besoin d'être réformé. Il n'est absolument pas normal d'attendre 4 à 5 ans pour être jugé. La détention provisoire est, on le sait, utilisée de façon trop systématique, et la prison ne peut absolument pas jouer, sous sa forme actuelle, son rôle de réinsertion. C'est à tout cela qu'une vraie réforme doit répondre, avec plus de moyens humains et matériels, et probablement une simplification des procédures judiciaires.
Ce n'est pas ce qu'a fait Mme Dati. Sa réforme consiste en grande partie à fermer des tribunaux, donc à éloigner les citoyens de leur justice, ce qui sera surtout préjudiciable aux plus pauvres. Et surtout, cette réforme s'est faite en très peu de temps (moins de 6 mois pour réformer la justice, là où il faudrait plusieurs années), et sans aucune concertation. Les ordres viennent d'en haut, et il faut faire vite, très vite, par peur que ce pouvoir ne devienne rapidement si impopulaire que plus aucun changement ne soit possible.
Sur l'absence de concertation, et l'amateurisme de Mme Dati, le cas de la ville de Moulins est vraiment exemplaire. A l'origine, se devait être le tribunal de Montluçon qui devait être supprimé. Devant la grogne des élus locaux (et probablement devant l'éventualité d'une perte de la mairie, conquise par la droite en 2001), le ministère de la justice change d'avis, et annonce le maintien du tribunal de Montluçon et la fermeture de celui de Moulins (rappelons que le maire de Moulins, Mr Périssol, est chiraquien). La décision a été prise en quelques jours, et la plupart des personnes concernées l'ont apprises par la presse.
Voila pour la concertation. Mais cette décision est aussi contraire à tout bon fonctionnement de la justice dans ce département. Certes 45 % des affaires jugées à Moulins sont du ressort du civil, et elles continueront à être jugées à Moulins. Par contre, il reste tout de même 55 % d'affaires pénales qui seront traitées à Montluçon. Il n'y a pas de liaison ferroviaire entre les 2 villes distante de 85 km. Il y a bien quelques bus, mais qui s'arrêtent dans tous les villages, résultat 2 heures aller, 2 heures retour. Ceci est sûrement fait pour rapprocher la justice du citoyen.
Mais ce n'est pas tout. Les personnes jugées à Montluçon et condamnées à de la rétention devront donc aller en prison. Or, celle-ci se trouve à Yzeure, à 2 km du tribunal de... Moulins. Il s'agit d'un des plus grands centres pénitentiaires de haute sécurité Français, là où fut enfermé Georges Ibrahim Abdallah.
Mais le cas de la ville de Moulins n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres. Toutes les régions sont touchées. On parle même d'un tribunal à Louviers, entièrement refait à neuf il y a 3 ans, et qui va fermer lui aussi.
Cette réforme est symbolique de la façon de gouverner de Mr Sarkozy. Seul, sans concertation, et à toute vitesse. Il serait grand temps que ce pays devienne adulte et considère que ses habitants savent être des citoyens responsables que l'on doit prendre en compte.
PS : Je rajoute ce commentaire pour vous signaler qu'il faut absolument lire les commentaires, puisque deux internautes moulinoises y expliquent exactement la situation.