17 octobre 2008
Retour sur le meurtre d'un enfant à La Courneuve en 2005.
C'était en juin 2005, à la cité des 4 000 à La Courneuve, un règlement de compte entre jeunes va faire une victime, un petit garçon de 11 ans qui avait le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Dès le lendemain, Nicolas Sarkozy se rend sur les lieux avec tous les médias à sa suite. La petite phrase sur le "Kärcher", encore dans toutes les mémoires va créer une énorme polémique dans le pays. Le très médiatique futur président va faire de nombreuses promesses pour améliorer la situation de ce quartier en complète déshérence. La Courneuve, le temps de quelques semaines et de quelques discours, va devenir symbole de "la réussite" de sa politique répressive.
3 ans après, alors que s'ouvre le procès des meurtriers présumés, il convient de revenir sur les propos et les promesses d'alors. C'est en effet cette attitude déterminée, ce goût pour les petites phrases qui font polémique qui ont permis à Nicolas Sarkozy de se faire élire 2 ans plus tard.
Mais aujourd'hui, qu'y a-t-il de changer à la cité des 4 000 ? Rien, absolument rien. Selon les propos de policiers entendus dans les médias ces jours-ci, les trafics continuent, et le taux de chômage des jeunes reste un des plus élevé de France, la misère sociale reste la même. Les emplois promis ne sont jamais arrivés. En 3 ans, il y a juste un peu plus de stigmatisation de ce quartier et de désillusion pour la plupart des habitants.
Ce procès tombe très bien, car il va enfin permettre de montrer que la politique sécuritaire ne résout rien, qu'au contraire elle amplifie les inégalités et les injustices. Il est dommage que très peu de journalistes ou de médias en 3 ans n'aient eu le courage de mettre Mr Sarkozy face à son échec cuisant.
D'ailleurs la meilleure preuve de ce fiasco, ce sont les sifflets du Stade De France lors du match contre la Tunisie. Une des raisons de ces sifflets, certes inacceptables sur le principe, ce sont les sentiments de rejet d'une partie des jeunes des quartiers difficiles.
Au moment où nous sommes en train de vivre une crise économique de première importance, et où il est fort probable que les populations les plus fragiles soient celles qui la subissent la plus durement, il devient urgent de revenir sur les erreurs de la politique sécuritaire et de remettre de l'humanité dans ces quartiers (à commencer par des services publics autres que les CRS).
08 février 2008
Encore un plan banlieue qui ne servira à rien.
Personne ne nie plus aujourd'hui l'urgence d'agir pour la banlieue. Personne ne niera non plus l'implication de Fadela Amara sur cette thématique. Sa nomination comme ministre pouvait d'ailleurs laisser penser que les choses allaient enfin bouger.
Las ! Après avoir annoncé un plan Marshall en faveur des banlieues, Nicolas Sarkozy a à maintes reprises recule la date de présentation de ce plan. Et à chaque recul, les ambitions ont été revues à la baisse, pour finalement aboutir à un catalogue de mesures, ressemblant fort à du saupoudrage.
Mais surtout, personne ne répond à la question essentielle : où trouve-t-on l'argent ? Nicolas Sarkozy a habilement évité la question. La seule mesure financée le sera en prenant sur le budget du Grenelle de l'environnement. Ce qui confirme ce que j'écrivais hier sur l'absence de pilote dans l'avion gouvernemental.
Développer les écoles de la seconde chance sur tout le territoire : redonner une chance à ceux qui ont échoué, c'est bien. Encore faudrait-il que l'on ait donné à tout le monde sa chance dès le départ. Et cela passe par l'école, et la meilleure réponse serait de maintenir dans les collèges et lycées difficiles les professeurs expérimentés. Mais cela demande un vrai courage politique. Et beaucoup d'argent.
Créer 4000 places dans des internats d'excellence : pourquoi se limiter aux élèves qui réussissent ? Pourquoi séparer les bons élèves des autres ? Sans compter que personne ne dit comment les familles feront pour payer l'internat, ni qui encadrera les jeunes.
Tous les proviseurs devront présenter 5 % des leurs meilleurs élèves en classes préparatoires : encore une fois, on éloigne les meilleurs de leurs quartiers. En outre, ne vaudrait-il pas mieux développer des classes préparatoires dans les lycées de quartiers défavorisés ?
Le redéploiement de 4000 policiers : sécurité encore et toujours. Si c'est pour mettre des agents de la BAC ou des CRS, comme cela a été fait sous le précédent ministre de l'intérieur, cela ne sert à rien. Ce qu'il faut, c'est le retour à une police de quartier, avec des policiers expérimentés, donc payés en fonction.
30 novembre 2007
Commentaires à froid sur l'intervention de Nicolas Sarkozy.
Eh oui, deux messages sur une seule intervention télévisée ! Mais il faut dire que celle-ci constituera peut-être un tournant dans le quinquennat actuel et dans la façon dont les Français considèrent leur nouveau président.
Nous avons donc vu un président toujours aussi omnipotent. Sur presque une heure d'émission, il n'a dû citer le nom de son premier ministre que 2 ou 3 fois, et c'est à peine s'il a parlé des autres membres du gouvernement. Il les appellent d'ailleurs par leurs prénoms : le gouvernement, c'est une bande de potes, on se marre bien, mais le chef, c'est lui. Cela n'est peut-être pas anodin, car là où ses prédécesseurs disaient, "j'ai demandé au gouvernement", lui dit, "j'ai décidé". On voit bien que la bande de copains ne sert à rien, si ce n'est de faire-valoir, et que l'on est dans une pratique despotique du pouvoir.
Et cette impression est renforcée par le comportement des journalistes. Certes, il ne fait plus aucun doute pour personne qui ni Patrick Poivre d'Arvor, ni Arlette Chabot, ne sont encartés à gauche. Mais là, ce fut un festival de remarques policées, de questions préparées à l'avance. On attendait au minimum que l'un d'entre eux l'interroge sur le bien-fondé de sa mirifique augmentation, alors qu'il est si difficile de trouver de l'argent pour le reste des Français. On aurait pu espérer qu'ils allaient le reprendre lorsqu'il a affirmé que les émeutes de Villiers le Bel étaient le fait de trafiquants. Il ne devait pas être si compliqué de lui rappeler que lorsqu'il avait tenu les mêmes propos en 2005, il avait été démenti par des rapports des RG.
Sur le fond enfin, pas vraiment de surprises. On a toujours le même discours démagogue, mensonger et bravache sur les banlieues. Nier de façon aussi claire la réalité sociale et économique de certains quartiers est probablement populaire, certainement efficace électoralement, mais surtout socialement suicidaire. Cette politique, ce discours qui vise à opposer systématiquement les Français les uns aux autres, ne peut qu'encourager les violences. J'ose espérer que Mr Sarkozy ne sait pas ce qu'il fait, qu'il est naïf. Sinon, c'est du machiavélisme. Et même certains hommes politiques de gauche, plutôt enclin à se trouver des points communs avec le président, ont trouvé scandaleux certains propos (je pense à Manuel Valls pour ne pas le citer).
Je ferais court sur le pouvoir d'achat, puisque comme il a déjà tout donné aux plus riches, il ne pouvait évidemment pas annoncer grand-chose pour les autres Français. Il n'y a donc rien de signifiant, si ce n'est la fin effective (et non assumée d'ailleurs) des 35 heures, ainsi que quelques petits gadgets, que j'ai détaillés dans le message d'hier.
Par contre, la casse du code du travail, qui fait partie des choses envisagées dans les fameuses discussions avec les syndicats, a complètement été passée sous silence (à noter aussi le silence des socialistes que cela arrange probablement). D'ailleurs cette casse a déjà commencée, avec un texte de loi qui se discute au parlement cette semaine. Sur ça aussi, on aurait aimé que les journalistes fassent leur travail.
29 novembre 2007
Commentaires à chaud sur l'intervention de Nicolas Sarkozy
Je viens d'écouter l'intervention de notre président, et évidemment, vous vous doutez bien, qu'il y a énormément de choses qui m'ont fait bondir.
Commençons par les banlieues. Toujours le même discours habituel, il faudrait seulement rappeler à Mr Sarkozy que depuis qu'il a été nommé ministre de l'intérieur en 2002, il y a eu les émeutes de 2005, et que depuis, les répliques sont fréquentes et de plus en plus violentes. Traiter les jeunes de voyous, cela fait peut-être courageux, mais cela ne fait pas une politique. Que certains soient des délinquants en puissance, cela ne fait pas de doute, mais jeter l'anathème sur toute une population en parlant de trafics et de trafiquants, c'est grave. Et comment le sait-il ? Il a des preuves ? Il avait tenu les mêmes propos en 2005, et les enquêtes ont montré que ce n'était pas vrai. Et puis lier le tout à l'immigration, alors là, on n'est même plus dans le poujadisme. Je rappelle qu'une des villes de France au plus fort taux d'immigrés, est Neuilly sur Seine. Et pourquoi n'y a-t-il pas d'émeutes à Neuilly sur Seine ? Le jour où un homme politique répondra à cette question, on ne sera pas loin de la fin du problème des banlieues.
Le deuxième sujet, les régimes spéciaux, je vais faire vite, puisque j'ai déjà fait de nombreux messages là-dessus. Mais, en temps que syndicaliste, et homme de gauche, ça me met sérieusement mal à l'aise de l'entendre féliciter la CGT. Les cheminots doivent sérieusement penser qu'ils se sont faits avoir. Cette réforme, contrairement à ce qu'il a dit, n'est pas utile pour la France, ni pour le régime des retraites, puisqu'elle ne rapportera au final que très peu, et ne sauvera en rien le régime des retraites. Mr Sarkozy voulait juste un conflit majeur pour asseoir son autorité.
J'en viens maintenant au sujet principal, le pouvoir d'achat.
Il va organiser une conférence sociale pour fixer l'agenda social de 2008. Le fait du prince continue, il y a fort à parier que le contenu de l'agenda est déjà fixé, les partenaires sociaux n'auront à discuter que sur la marge. Et dans la précipitation, sur des sujets qui demandent réflexion.
Sur l'ouverture des magasins le dimanche, j'ai déjà dit tout le mal que j'en penser. On met dans la balance d'un coté le pouvoir d'achat, de l'autre la qualité de vie familiale. Il n'est pas normal que certains parents doivent se passer de voir leurs enfants pour pouvoir gagner leur vie correctement. On va donc contribuer encore aux dérèglements sociaux.
La monétisation des RTT, je ne suis pas sûr que cela plaise à beaucoup de cadres, qui eux ont apprécié d'avoir du temps supplémentaire pour le passer en famille. Il n'y a qu'à voir le nombre de départs en week-end dès le vendredi. Avant les 35 heures, ça n'existait pas à ce point. Par contre, le paiement des heures dans la fonction publique, en tant que fonctionnaire, je n'y suis pas opposé par principe, à condition que j'ai le choix de les récupérer si je veux. Et puis, notamment dans les hôpitaux, c'est une bonne chose. Mais, il ne faut cependant pas oublier une chose, c'est que public ou privé, l'employé ne décide jamais de faire des heures supplémentaires, pour cela, il faut qu'il y ait du travail, donc de la croissance, donc du pouvoir d'achat. J'ai bien peur qu'une fois encore, on n'ait mis la charrue avant les boeufs.
Autrement, sur l'accord avec la grande distribution, pour baisser les prix, il peut toujours négocier, ce qu'il faut, ce n'est pas que les choses coûtent moins cher, mais les payer à leur juste valeur, pour que tous, du vendeur à l'ouvrier qui les fabrique, en passant par le consommateur puissent y trouver leur compte. Mais là, on est dans une autre logique économique que je ne développerais pas aujourd'hui.
Sur le déblocage des fonds de participation, la dernière fois qu'on l'a fait, on a vu une augmentation conséquente de l'épargne. Pourquoi voudrait-on, alors que les Français n'ont pas confiance en l'avenir, qu'il en soit autrement ?
Enfin, je terminerais cependant par deux petites choses avec lesquelles je suis d'accord. La création d'un indice des prix en fonction du coût de la vie, cela permettra peut-être de mettre en accord les chiffres et la réalité ressentie par les Français. Et puis les mesures sur le logement, notamment la fin de la caution, remplacée par une mutualisation publique. Il est juste regrettable que la droite se soit gaussée lorsque Mme Royal avait fait cette proposition.
Au final, pas grand-chose, mais ce n'est pas grave, puisque l'on attendait rien. On a donc eu un catalogue de mesures qui pour la plupart ne s'appliqueront pas tout de suite, et qui surtout n'ont pas d'effets garantis sur le pouvoir d'achat. La seule chose qui aurait pu redonner le moral aux Français, ce sont des annonces sur les salaires.
27 novembre 2007
Inquiet !
Tout d'abord, avant de commencer ce message, je tiens à préciser 2 petites choses pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïtés sur ce qui va suivre.
1) Je cherche seulement à comprendre les raisons de la violence dans les banlieues, pas à l'excuser. Quand on tire à balles réelles sur une personne, flic ou pas, il s'agit d'une tentative de meurtre et doit être puni comme tel. Aucune colère ne doit, à mon sens, justifier la mort d'autrui.
2) Mr Sarkozy a été élu par une majorité d'électeurs. Son élection est donc légitime au vu du fonctionnement démocratique Français. Il faut donc l'accepter. Même si on peut penser que certaines dérives médiatiques et un glissement vers la politique spectacle ont pu influencer le résultat final, du moins en ce qui concerne les 2 finalistes.
Voilà, maintenant que ces deux petites choses sont précisées, je peux commencer.
Les divers évènements qui se succèdent depuis 2 ou 3 mois me rendent inquiet. Les émeutes de Villiers le Bel tout d'abord, parce qu'elles me font craindre de revivre ce qui s'était passé à l'automne 2005.Parce que la colère, la violence, la haine, qui émanent de ces jeunes n'a d'égal que la colère, la violence, la haine et l'incompréhension surtout de toute une autre partie de la population qui s'exprime ici et là sur internet ou sur certaines émissions de radio.
Je suis inquiet aussi parce que la colère n'est pas qu'à propos des banlieues. Elle est dans les facs, dans les services publics, dans les entreprises de transports (où le sentiment d'une part des employés d'avoir été trahi par les syndicats rajoute l'amertume à la colère). Elle est aussi chez toute une partie de la population qui ne peut plus se loger, qui subit de plein fouet les augmentations de matières premières ou des produits d'alimentation.
Je suis inquiet parce que cette colère s'accompagne souvent d'un profond sentiment d'injustice envers un pouvoir qui n'a eu de cesse de donner des gages aux plus riches, tout en taxant les plus pauvres (franchises médicales).
Je suis inquiet, parce que je ne crois pas que Mr Sarkozy, tout légitime qu'il est, soit l'homme de la situation pour apaiser une France divisée et en crise d'identité profonde. Si celui-ci avait été un homme de dialogue, cela se saurait. Il suffit de demander aux maires des communes dont les tribunaux vont fermer suite à des décisions arbitraires, ou bien à ceux qui subissent la plupart des réformes actuelles sans que bien souvent il n'y ait eu de concertation préalable digne de ce nom.
Je suis inquiet enfin, parce que ce que traduisent les différents mouvements actuels, c'est une coupure entre la partie la plus populaire des Français, et les élites de toutes sortes : politiques, journalistes, intellectuels, professeurs, etc.
Je suis inquiet, mais si on y réfléchit bien, rien de tout cela n'est surprenant. Il suffisait d'analyser les données de la présidentielle pour comprendre que derrière le résultat final, c'est bien de 2 France que l'élection a accouché, et 2 France qui visiblement ne communiquent pas entre elles. L'une rurale, plus agée, faite de commerçants, d'artisans, de professions libérales et de Français plutôt riches. L'autre, plus urbaine, plus jeune, plus populaire et où la population active est majoritairement représentée.
Tout cela est très schématique, je le conçoit, mais on imagine bien que ce n'est pas dans la première France que l'on trouvera la frange la plus progressiste de ce pays. Les commerçants, les agriculteurs, sans vouloir les insulter, sont pour la majorité d'entre eux, plutôt des conservateurs. Or, c'est parce que la politique et les réformes de Nicolas Sarkozy s'adresse en priorité à la deuxième France, celle qui justement n'a pas voté pour lui, qu'il y a problème. La majorité des étudiants Français n'a pas voté pour que l'on privatise en partie l'université. La majorité des fonctionnaires n'a pas voté pour que l'on sacrifie les services publics sur l'autel de la rentabilité économique, la majorité des ouvriers et des employés de ce pays n'a pas voté pour travailler plus, d'autant plus que cela ne se traduit pas par gagner plus. L'écrasante majorité des habitants des quartiers difficiles (jusqu'à 80 % dans certains bureaux de vote de Seine Saint Denis) n'a pas voté pour un homme qui a eu des propos insultants et méprisants envers une partie de sa jeunesse, ni pour une pour une politique de sécurité basée uniquement sur la répression, et qui ne fait que stigmatiser et enfoncer un peu plus les plus fragiles.
Notre pays est profondément divisé, et l'homme qui nous dirige et qui est censé nous rassembler, est pour beaucoup, le symbole de ces divisions.
Je suis inquiet.
26 novembre 2007
Les banlieues : l'échec de la politique de répression.
Les incidents de ce week-end à Villiers le Bel sont venus rappeler une inquiétante réalité : la situation dans les banlieues est toujours aussi explosive. Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, la question de l'insécurité avait comme par enchantement, quasiment disparue des médias. La mort de deux jeunes, la remet au premier plan. Elle permet aussi de mettre en avant l'échec d'une politique de sécurité basée uniquement sur la répression.
C'est là-dessus que Nicolas Sarkozy avait dès 2002 fondé son aura médiatique, grâce à un discours musclé, et une mise en scène permanente de ses sorties sur le terrain. Pourtant, force est de constater que cette politique est un fiasco. Parce que la police de proximité a été supprimée avant même qu'elle ne puisse porter ses fruits, la plupart du temps, les seules forces de police qui pénètrent dans les quartiers difficiles sont celles de Brigade Anti Criminalité (BAC), pas spécialement réputées pour leur sens du dialogue et de la retenue. Les relations entre les jeunes et la police se sont dégradées à un point tel qu'aujourd'hui, un simple contrôle d'identité peut tourner à l'émeute.
Beaucoup plus grave encore, en stigmatisant systématiquement toute une catégorie de population, en utilisant parfois des mots violents et rabaissants, Mr Sarkozy a divisé la France en deux et monté les Français les uns contre les autres. Il suffit de lire les commentaires à propos des incidents de Villiers le Bel sur les forums d'actualité pour en prendre la mesure. Difficile de ne pas être effaré quand la majorité de nos compatriotes internautes semble penser qu'il n'est que justice que les deux jeunes soient morts : ils ne portaient pas de casque, ils l'ont donc bien cherché. Difficile de ne pas être choqué devant le déferlement de haine contre ceux qui habitent ces quartiers, tous supposés fainéants, voyous, clandestins pour beaucoup, voire islamistes ou terroristes.
Pourtant, il faudrait quand même voir la réalité en face. Ce qu'avaient mis en lumière les émeutes de 2005, ce n'était pas une jeunesse en marge de la société, mais bien au contraire, toute une population qui vit en France, aimerait qu'on la considère Française et a l'impression qu'on lui refuse ce droit. Les jeunes de Villiers le Bel qui parlent de racisme, de mépris ou de sentiment d'abandon, ne disent pas autre chose.
Tout le monde en 2005 a juré ses grands dieux que la situation était grave, mais que désormais on en avait conscience. Mais qu'ont ils fait ? Ils ont tenu de magnifiques discours sur la justice qui devait être la même pour tous, sur la mixité sociale à remettre dans les quartiers pour en finir avec les ghettos, sur une meilleure représentation des minorités dans les médias, la politiques ou encore le monde de l'entreprise. Résultat, Clichy sous Bois, ville de 25 000 habitants attend toujours son commissariat, et on parle de supprimer certains délits pour les patrons d'entreprises. Résultat, les villes qui ne respectaient pas les 20 % de logements sociaux continuent à le faire, en toute impunité. Résultat, si des ministres d'origine maghrébine ou africaine ont bien été nommés, dans le même temps, on a créé un ministère de l'immigration et organisé une chasse systématique aux sans-papiers, renvoyant encore une fois de plus à ces origines toute une population, comme si on lui refusait le droit d'avoir seulement envie d'être Français ou de vivre ici.
En fait, depuis 2005, rien ou si peu n'a changé. Le taux de chômage dans les cités est toujours deux à trois fois plus élevé que la moyenne nationale. Les services publics y sont sous-représentés, l'insécurité ne baisse pas, mais par contre la parole de certains Français s'est libérée : il n'est plus rare d'entendre dans la rue des propos ouvertement racistes.
En fin de compte, les évènements de Villiers le Bel n'ont rien d'étonnant. Les rancoeurs, les haines, les incompréhensions surtout, sont toujours là. Pourtant, l'automne 2005 avait permis de mettre en lumière des solutions pour intégrer une population qui finalement ne demande que cela. Ces solutions sont encore d'actualité. Le respect de la mixité, la mise en place d'une vraie lutte contre les discriminations, un effort conséquent sur les services publics, en particulier l'éducation, tout cela notamment n'attend qu'une volonté politique. Malheureusement, aujourd'hui comme hier, la voie choisie semble être totalement contraire.
31 octobre 2007
Il y a deux ans, les banlieues brûlaient !
Il y a deux ans, la France recevait en pleine poire le boomerang d'une politique de la ville qu'elle n'a jamais voulu prendre en charge. Il y a deux ans, alors qu'il aurait dû être la première victime des émeutes qu'il avait en partie attiser, et qui montraient l'inefficacité de sa politique sécuritaire, le ministre de l'intérieur de l'époque a su surfer sur la vague de l'insécurité. C'était il y a deux, le monde entier ne parlait que de ça, chacun se posait des questions sur les raisons de ces évènements, mais les hommes politiques, les médias, les intellectuels allaient enfin traiter le problème des banlieues, des discriminations, de l'intégration, de la pauvreté, des inégalités sociales. C'était il y a deux ans, mais aujourd'hui, qu'est ce qui a changé ?
Bien peu de choses en réalité. Le chômage dans les quartiers difficiles est toujours 3 à 4 fois supérieur à la moyenne nationale. Il est toujours plus difficile de trouver du travail si votre patronyme ne fleure pas bon la France profonde. Des dizaines de voitures continuent de brûler chaque soir. L'insécurité n'a en aucun cas baissé, pas plus que la pauvreté ou les inégalités.
Des évolutions, j'en vois deux, et elles ne vont pas forcément dans le sens d'une amélioration.
Aujourd'hui, les pauvres, les chômeurs, les étrangers surtout, sont encore plus stigmatisés qu'avant. Désormais, la politique du bouc émissaire a été généralisée. Des comportements qu'on pouvait qualifier autrefois de racistes sont maintenant banalisés. Une partie de la population vivant sur ce territoire devra même justifier génétiquement que ses enfants sont bien les siens.
Mais, il est aussi notable que les faits d'insécurité qui hier pullulaient dans les gazettes ont quasiment disparu des médias en 6 mois. Est-ce à dire qu'il n'y en a plus ? Non, rien n'a évidemment changé. A Sevran, des bandes de quartier ont échangé des coups de feu. Une balle perdue a terminé dans une école maternelle. Il est évident que pendant la campagne électorale, cet évènement aurait fait la une plusieurs jours de suite. Aujourd'hui, rien ou presque. Nicolas Sarkozy a été élu président, conformément au souhait de ses amis patrons de presse. Alors, dormez maintenant, il ne se passe plus rien. C'est à peine s'il s'est passé quelque chose il y a deux ans.
