06 mai 2008
Après un an de sarkozysme : où en est la gauche ?
A l'heure où tout le monde disserte sur le bilan de la première année de la présidence Sarkozy, je ne vais pas en rajouter, pour finalement dire ce que chacun constate au quotidien, ce bilan est catastrophique. Non, ce qui m'intéresse ici (et d'ailleurs d'une façon plus générale), c'est de savoir où en est la gauche, et d'une façon plus générale les idées de gauche.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'au premier abord, là non plus le bilan n'est pas folichon.
En dehors du parti socialiste, les petites formations sont toujours aussi émiettées. Le parti communiste, s'il a sauvé la plupart de ses élus locaux reste inaudible au niveau national, au même titre que les verts. Ces deux formations se retrouvent face à un choix cornélien. D'un côté, s'allier avec le PS, (ce qui ne leur a pas forcément réussi par le passé) dans le cadre d'un programme de gouvernement, ce qui aurait pour eux l'avantage de leur garantir des postes et une pérennité financière, au détriment souvent de leurs idées. De l'autre, le choix d'une plus grande radicalité en se rapprochant de l'extrême-gauche, ce qui les contraindrait à rompre au moins momentanément avec le parti socialiste. Ce choix, particulièrement pour le PC serait cohérent idéologiquement (même si l'alliance avec la LCR ne va pas de soi), mais signifierait la fin de ces partis, la perte de nombreux postes d'élus, et surtout, la garantie de ne pas retrouver le pouvoir avant longtemps. Pour l'instant, aussi bien le PC que les Verts ont choisi de continuer seuls, ce qui ne semble pas devoir les mener bien loin.
La LCR ensuite. Le choix fait par cette formation, contrairement aux autres partis de gauche, a au moins l'avantage de la clarté. La LCR a décidé de s'engager sur la voie de la radicalité et d'une rupture avec le parti socialiste, ou du moins sa frange la plus droitière. Elle bénéficie en outre de la figure très médiatique de son leader Olivier Besancenot, qui semble faire une percée incontestable dans l'opinion. Mais son appel à la création d'un nouveau parti n'a reçu aucun appui des autres façons un peu importantes de gauche, et sa posture pour l'instant surtout contestataire risque de l'isoler durablement.
Le parti socialiste, enfin. Il est clair que le retour de la gauche au pouvoir ne peut se faire qu'autour de lui. Mais à l'heure où François Hollande va quitter son poste de premier secrétaire, la situation est inquiétante. Les candidats à sa succession se multiplient, ainsi que les petites phrases et les piques. Chacun se concentre sur sa personne et sur son image. Mais personne ne s'attelle au Parti socialiste à ce qui devrait être la vraie priorité, à savoir définir la position idéologique et programmatique du parti. Tout pour l'instant n'est qu'un combat de personnes. Or, du choix que feront les militants socialistes au prochain congrès dépend une grande partie de l'avenir de la gauche, voire des orientations futures de la politique française. Qu'il s'agisse d'un rapprochement avec le centre, voire une partie de la droite, pour une politique qui essaierait seulement d'assouplir les lois du marché, ou d'un repositionnement sur les valeurs traditionnelles de la gauche, c'est à dire un refus de l'économie de marché telle qu'elle est, et une volonté d'aller vers une société plus solidaire et plus juste, on voit bien que les enjeux sont considérables. Mais ce que l'on ne voit pas pour l'instant, c'est la volonté des dirigeants de se mettre au travail. Pourtant, on sent chez les militants une vraie envie de débattre et de refaire de leur parti le centre névralgique de la bataille des idées.
Tout cela, quand on se situe de ce côté de l'échiquier n'est en effet guère réjouissant. Cependant, il existe de vraies raisons d'espérer. Tout d'abord parce qu'il existe une réelle attente à gauche, et même au-delà. On le voit dans le rejet de la politique gouvernementale (qui n'était pas qu'un simple rejet de l'attitude du président comme on nous l'a rabâché). On le voit aussi dans les mouvements qui se multiplient pour le pouvoir d'achat, mais aussi pour la défense de l'éducation ou encore des retraites. Les Français attendent de la gauche des positions claires sur ces sujets. Ensuite, parce que ce qui se passe dans le monde est lourd d'enseignement. Les échecs partout en Europe de la social démocratie ou des dirigeants qui prônaient une troisième voie, ou la montée en Amérique latine d'une gauche plus radicale qui malgré certaines difficultés connaît de vrais succès économiques et politiques et s'installe durablement au pouvoir comme au Vénézuela ou au Brésil, tout cela devrait servir d'indicateurs à nos dirigeants. Enfin, il existe aussi des gens qui réfléchissent et qui sont sources de propositions crédibles pour l'avenir du pays mais aussi de la planète. Certes, ils sont peu relayés mais leurs propositions sont censées. J'en veux pour preuve cet article trouvé sur le site du journal Marianne : http://www.marianne2.fr/S'entre-détruiront,-certains-le-sont-encore!_a86929.html?PHPSESSID=553fde5ccf91e25768be0265ff1b4d3d
PS : l'article de Marianne2 a le grand avantage de résumer exactement ma pensée, et ce bien mieux que je n'aurais su le faire.
04 mai 2008
De la chute de la social-démocratie.
Ces dernières semaines, les élections législatives en Italie et locales en Angleterre ont fourni de nombreuses indications dont la gauche française et particulièrement le parti socialiste ferait bien de tenir compte. Dans ces deux pays, la gauche au pouvoir a mené des politiques libérales, parfois au-delà même de ce que les politiques de droite prônaient. Et dans les deux cas la sanction est claire, une victoire éclatante de la droite et une gauche qui se retrouve dans un profond désarroi idéologique, obligée qu'elle est d'assumer une politique fondamentalement contraire aux valeurs qu'elle est censée porter.
Mais, l'Italie et le Royaume-uni ne sont pas des cas isolés. Partout où la gauche au pouvoir a fait sien les dogmes libéraux, partout elle s'est effondrée et s'est retrouvée durablement dans l'opposition, complètement déboussolée. Ce fut le cas aux Etats-Unis où Clinton n'a pas osé mener jusqu'au bout la réforme de la sécurité sociale, faute d'affronter les multinationales du secteur, en Allemagne où Schröder a enfoncé l'Allemagne dans une politique de rigueur incroyable, qui touche en premier les plus faibles. Mais de la Belgique aux Pays-Bas, en passant par la Suède, partout où les partis sociaux démocrates au pouvoir se sont essayés au libéralisme, ils se sont effondrés, ont perdu le pouvoir et la plupart du temps, ne sont pas prêts de le retrouver.
On peut certes trouver quelques exceptions, comme l'Espagne de Zapatero ou l'Angleterre de Blair. Encore faut-il reconnaître que Zapatero a accédé au pouvoir dans des conditions particulières et qu'il l'a cependant emporté de nouveau, mais de peu face à une droite pas encore remise de l'ère Aznar et de la gestion des attentats. Quant à Tony Blair, il a su utiliser à des fins électorales la guerre en Irak, et surtout, il n'a jamais eu d'adversaire crédible face à lui.
Mais, le cas Lionel Jospin, typiquement français celui-ci, est aussi un autre exemple de rejet par l'opinion de cette gauche qui renie tant ces valeurs qu'elle finit par ne plus savoir où elle habite. Lionel Jospin, le premier ministre à avoir le plus privatisé sous la cinquième République, l'homme politique désarçonné face à des ouvriers en colère contre la délocalisation de leur entreprise, et enfin le premier candidat de la gauche qui refuse de qualifier de socialiste son programme et ne prononce pas une seule fois le mot ouvrier durant toute la campagne électorale. Et bien, cet homme-là ne sera pas au second tour de la présidentielle.
Mais ce n'est pas tout, car en France comme en Italie, bien plus que le parti socialiste (ou Démocrate en Italie), ce sont les mouvements et partis alliés avec eux au pouvoir qui pâtissent le plus de ce rejet. Comme si les concessions et les couleuvres avalées par la gestion des affaires devait coûter encore plus cher à ceux qui sont censés être le plus radicaux. Et a contrario, en France et en Allemagne est en train de monter en puissance une autre gauche, plus radicale, qui refuse obstinément le tournant libéral pris par les tenants de la social-démocratie.
A quelques mois d'un congrès qui s'avère important non seulement pour le parti socialiste, mais aussi pour toute la gauche et pour la France, cela devrait amener les caciques socialistes à réfléchir. Pourtant, quand on voit que certains continuent à appeler à des alliances avec le centre droit, que d'autres, à demi-mots trouvent bien les réformes inéquitables sur les retraites ou sur l'école, on est en droit d'être inquiet, et de craindre que, même si le parti socialiste surfant sur le rejet de Sarkozy parvenait à retrouver le pouvoir, les idées de gauche, elles ne restent pour longtemps au placard.
01 mai 2008
Le mois de Mai sera-t-il chaud ?
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la période qui s'annonce ne se présente pas sous les meilleurs auspices pour le gouvernement.
Il y a tout d'abord le contexte. Un président désapprouvé par l'opinion comme aucun de ses prédécesseurs ne l'a été avant. Une conjoncture économique et internationale difficile renforcée par le sentiment profond que les premières mesures économiques du nouveau président étaient injustes. Jamais le moral des Français n'aura été aussi fort et leur inquiétude concernant l'avenir aussi forte. Enfin, et cela risque de peser, nous sommes en pleines commémorations de Mai 68, avec tout ce que cela veut dire de valeurs et d'espoirs qui sont désormais rappelées aux Français.
Et en plus de ce contexte particulier, c'est le moment que choisi le gouvernement pour présenter des réformes impopulaires et inégalitaires. Les suppressions d'emplois dans la fonction publique, particulièrement dans l'Education Nationale, ce qui n'est pas le meilleur moyen de préparer l'avenir. L'annonce de l'allongement de la durée du travail. Des prix qui n'en finissent plus de monter, des salaires de stagner, et un gouvernement qui multiplie les bévues sur ce sujet.
Le mois de mai 2008 va donc connaître un nombre impressionnants de défilés de mécontents. Pour l'instant, les syndicats n'ont pas réussi à agréger la somme des colères, mais entre les lycéens inquiets pour leur avenir, les profs et les fonctionnaires qui voient leurs conditions de travail se dégrader, l'ensemble des salariés confrontés à de grosses difficultés de pouvoir d'achat et menacés de devoir travailler plus, le danger est grand pour le gouvernement d'un mouvement de forte ampleur.
Pourtant, rien n'est fait, et la plupart des grandes manifestations vécues par ce pays, n'ont souvent été prévues par personne, Mai 68 étant en cela le meilleur exemple. Messieurs Fillon, Sarkozy et consorts ont ensuite encore quelques atouts dans leur manche.
Tout d'abord, ils disposent de la bienveillance d'une grande partie des médias, notamment de la télévision, et nos gouvernants actuels ont déjà prouvé qu'ils savaient s'en servir. Ensuite, comme il l'avait fait en 2003, François Fillon va essayer de jouer sur la division des syndicats. Et si les premières manifestations seront presque unitaires, on sent bien que les accords entre eux sont fragiles. Enfin, la droite française bénéficie de l'indigence de la gauche et de l'absence totale de projet de celle-ci sur les questions sociales et économiques.
Je ne suis pas devin, et même si l'inquiétude et le mécontentement sont forts, personne ne saurait dire si les diverses manifestations prévues vont déboucher sur quelque chose de plus important. Mais, ce que l'on peut dire à coup sûr, c'est que le mois de mai soit chaud ou pas, la coupure entre ce gouvernement et l'opinion est telle, les attentes tellement importantes, et les déceptions depuis l'élection de Mr Sarkozy tellement fortes, que cela peut se cristalliser sur un rien, et parfois au moment le moins attendu.
28 avril 2008
La mort programmée du commerce de proximité.
Madame Lagarde, notre ineffable ministre de l'économie vient de présenter son plan pour relancer la croissance. Parmi les principales mesures, on en trouve une particulièrement inquiétante, et qui fait la part belle à la grande distribution.
Selon le gouvernement, une des raisons de la crise du pouvoir d'achat est que les prix ne peuvent pas baisser pour cause de situation de monopole des grandes surfaces dans nombre de communes. Il faudrait donc recréer de la concurrence en rendant plus facile leur implantation. Comme si la France n'était pas suffisamment équipée en supermarchés de toutes sortes.
Même en admettant, comme le prévoit le gouvernement que cela contribuera réellement à faire baisser les prix, et créera de nombreux emplois, le coût économique et social des dommages collatéraux risque d'être exorbitant.
En effet, il y aura des emplois créés, mais lesquels, quand on sait que le secteur de la grande distribution paie très mal ses employés et multiplie les temps partiels non voulus. Et combien de commerces de centres villes seront obligés de fermer leurs portes, ne pouvant résister à une telle concurrence. Un économiste à parler de 200 000 créations d'emplois possibles. Mais combien de supprimés ? Combien de centres villes, de villages risquent de se retrouver désertés ? Sachant en plus qu'avec le petit commerce, il n'y a pas que les emplois qui disparaissent, mais également tout un lien social, et parfois aussi tout un savoir-faire.
Mais ce n'est pas tout, carrefour, Auchan et autres, on le sait font souvent pression sur les petits fabricants pour pouvoir proposer des produits moins chers. Mais à force de toujours tirer les prix vers le bas, les petits fournisseurs n'auront bientôt plus d'autre choix que de déposer le bilan ou de dé-localiser. A force de toujours tout vouloir payer moins cher, ce sont les emplois d'ici qui disparaissent. Plutôt que de payer les choses moins chères, ne faudrait-il pas les payer le juste prix, celui qui permettrait au producteur, au distributeur et au consommateur d'y trouver leur compte. En favorisant à outrance la grande distribution comme cela semble être le cas, le gouvernement privilégie un des acteurs au détriment de tous les autres.
Enfin, je terminerai cet article par une réflexion. Nicolas Sarkozy promettait il y a encore peu de construire une politique de civilisation. Il semble que pour lui, la civilisation se résume à consommer toujours plus. Peut-on me dire où cela mène de toujours consommer plus ? Ne serait-il pas préférable de consommer mieux, et surtout de réapprendre à vivre ensemble ? Vivre sans toujours consommer.
18 avril 2008
Aimé Césaire
Non, ce blog ne pouvait pas ne pas rendre hommage à l'un des plus grands humanistes de notre époque.
Puissent ses écrits et sa parole rester encore longtemps présente en nous.
16 avril 2008
Le combat ordinaire



Le tome 4 de cette bande dessinée vient de sortir, et à l'instar des trois premiers, il est magnifique, quoique beaucoup plus sombre.
Le dessin peut dérouter au-dessus, mais finalement, la forme tassée de ses personnages renforce le côté humble et sympathique qu'il veut leur donner. Car si le Combat ordinaire a pour sujets les relations père : fils et le monde ouvrier, il parle surtout des petites gens et de la société actuelle.
Je crois que cette bande dessinée ne peut pas se raconter, mais chacun peut se retrouver dedans, tant les situations, les dessins, les mots choisis sonnent toujours justes et résonnent encore bien longtemps après la lecture.
Ce qui est fort chez Larcenet, c'est qu'il ne se contente pas de parler de lui ou de se mettre en scène par l'intermédiaire de son personnage, non les situations qu'il dépeint confinent à l'universalité. Bref, c'est splendide, et à lire absolument.
15 avril 2008
La gauche a perdu les élections en Italie.
Les élections générales viennent d'avoir lieu en Italie, et le désolant verdict en est que pour la troisième fois, Silvio Berlusconi, l'inventeur du Bling-bling, le roi du conflit d'intérêt va diriger la péninsule italienne. Mais dans un pays qui connaît une grave crise économique, politique et sociale, à l'intar de ce qui se passe en France, il m'a semblé intéressant d'analyser les résultats et de voir ce qu'ils pouvaient enseigner aux autres européens.
Tout d'abord, il est à noter que l'abstention est en forte hausse, ce qui est un signe sinon de rejet, du moins de défiance à l'égard des politiques. Comme en France en 2002 ou en Allemagne après l'épisode Schröder, cette montée de l'abstention intervient après un épisode où la gauche était au pouvoir. Et dans les trois cas, mais on pourrait en trouver d'autres (Clinton par exemple), ce qui a caractérisé ces gouvernements, c'est leur alignement sur les politiques libérales, poussant une partie de leur électorat vers l'abstentionnisme.
L'autre fait marquant de ce scrutin, est le bipartisme qui désormais règne en Italie. Dans un pays qui s'est toujours caractérisé par l'éparpillement des voix et par des majorités incontrôlables, il s'agit d'une énorme nouveauté. Malheureusement, il ne s'agit pas de deux partis frontalement opposés, puisque les programmes étaient très proches. Beaucoup plus qu'un débat d'idées, cette élection a été un combat d'hommes. Comme en France, aux Etats-Unis, en Espagne ou dans la plupart des pays occidentaux. La doctrine libérale ne fait plus débat, elle est désormais acceptée par tous, partout, tout juste s'écharpe-t-on désormais sur le degré d'enfoncement dans ce libéralisme.
Le pendant du bipartisme, est la quasi disparition de toutes les autres petites listes, et particulièrement de l'extrême-gauche et de parti communiste. C'est un véritable tournant pour ce pays. Mais là aussi la comparaison avec la France est pertinente. Quand le PCF où les communistes italiens acceptent d'aller au pouvoir dans des coalitions hétéroclites, ils en sortent toujours laminés. Les faits montrent qu'au final ils pèsent peu sur les politiques menées et sont confrontés à un dilemme : se renier et trahir une partie de leur électorat, ou bien apparaître comme les diviseurs. Le succès de Die Linke en Allemagne ou la montée du parti de Besancenot en France, qui sont sur des positions de non compromission et non alignement avec les partis de gouvernement montrent bien que l'espace contestataire à gauche existe.
La victoire de Silvio Berlusconi enfin, à l'instar de Bush, Sarkozy, ou Merkel, elle s'est d'abord construite sur l'échec de la gauche et sur l'incapacité de celle-ci à construire une alternative crédible au libéralisme mondialisé, et à protéger les populations les plus vulnérables sensées être le coeur de son électorat. En plébiscitant les candidats de la Ligue du Nord, parti réactionnaire, autonomiste et antiéuropéen, les électeurs italiens signifient bien qu'ils ne donnent pas un blanc-seing à Berlusconi. Mais ici comme ailleurs, faute de propositions constructives et concrètes de la gauche, c'est toujours le plus populiste des candidats qui l'emporte (fut-il soi disant de gauche, comme Blair en Angleterre).
Ce qui est étonnant, c'est que scrutin après scrutin, pays après pays, les leçons sont toujours les mêmes, les électeurs attendent de la gauche qu'elle soit de gauche. On peut même penser que normalement elle devrait avoir des boulevards électoraux devant elle. Pourtant ce n'est pas ce qui se passe, et en France comme ailleurs les dirigeants socialistes s'échinent à faire des appels du pays au centre. Alors que la voie à suivre semble claire, il faut cesser de donner des gages aux plus libéraux, et rééquilibrer les pouvoirs économiques dans un sens de plus d'équité et de partage avec les salariés.
11 avril 2008
Un pouvoir de plus en plus coupé des réalités sociales
Cela avait commencé juste après l'élection présidentielle avec le vote de la loi TEPA (le fameux paquet fiscal), perçue comme un magnifique cadeau aux plus fortunés alors que la droite avait réussi à rallier à elle une part importante des classes populaires dont les aspirations étaient opposées. C'était le premier signe que ce nouveau pouvoir était éloigné du terrain et ne connaissait en rien les réels problèmes des Français.
Mais depuis, les éléments se sont accélérés, ressemblant parfois à du mépris voire de la provocation. Alors que le gouvernement communique quasi quotidiennement sur l'état alarmant des finances, multiplie les coupes budgétaires et les appels à des restrictions draconiennes, nous avons un président qui s'exhibe en croisière ou en vacances de luxe, une ministre de la justice qui dilapide son budget en frais de réception, un ministre des DOM-TOM qui dépense en un seul voyage en jet privé l'équivalent de plusieurs années de salaire d'un modeste ouvrier.
Mais rien y fait, ni les protestations des syndicats et de l'opposition, ni la baisse dans les sondages, ni la défaite aux élections municipales. Non, le gouvernement continue à s'entêter à ne pas entendre le cri lancinant des Français : le problème majeur est celui du pouvoir d'achat. Désormais, on parle de supprimer la carte familles nombreuses à la SNCF, d'augmenter encore le prix du gaz, de durcir les conditions des chômeurs, ou de retarder l'âge de la retraite. Bref, on nous explique que devant une situation économique difficile, se sont surtout les petites gens et les classes moyennes qui doivent se serrer la ceinture. Peu importe que GDF fasse de mirobolants bénéficies, peu importe que les suppressions de postes dans la fonction publique soient très chères à payer à l'avenir. Mais surtout, alors que dans le même temps, les grandes entreprises continuent à annoncer des profits colossaux, il n'est jamais question de les mettre à contribution.
Seulement, attention, il est des signes qui ne trompent pas sur l'humeur des Français, des signes beaucoup plus pertinents que des sondages. Les handicapés ont manifesté, les retraités aussi, qui n'ont d'ailleurs jamais été aussi nombreux. Maintenant c'est le tour des lycéens, et chacun sait dans ce pays que lorsque la jeunesse est dans la rue, cela peut vite tourner au blocage du pays. Et ce n'est pas tout, des manifestations sur le sujet des retraites sont à prévoir, sans compter qu'il y a de plus en plus d'entreprises privées qui se mettent en grève pour des augmentations de salaires.
Si le gouvernement ne modifie pas rapidement son discours et ses actes, tout porte à croire que la situation sociale est explosive. Et les commémorations des 40 ans de mai 68 qui arrivent ne risquent pas d'apaiser les tensions.
09 avril 2008
L'éducation, sujet toujours sensible
En France la sujet de l'enseignement a souvent été la cause de grand débats nationaux voire d'affrontement. On croyait les choses atténuées, mais depuis quelques années la tension est fortement remontée. La cause en est évidente, la société Française étant dans une crise identitaire profonde, l'Education Nationale qui en constitue le noyau fondamental en ressent forcément les soubresauts.
D'autant plus qu'il a d'abord été de bon ton de régler chaque problème par des enseignements supplèmentaires à l'école. On a ainsi dans un premier temps surchargé l'école de notions et de domaines qui n'étaient pas forcément de son ressort. Mais peu à peu les choses se sont compliquées, car dans le même temps la logique économique a tout emporté sur son passage. Et c'est ainsi que sans diminuer la charge de travail (bien au contraire), on retire peu à peu les moyens financiers et humains à l'école publique.
L'école qui pour beaucoup de classes populaires a longtemps représenté un espoir, une possibilité pour les enfants de voir des conditions de vie meilleures que pour les parents, l'école devient aujourd'hui le réceptacle de toutes les angoisses sociales, de toutes les frustations. Et le corps enseignant reçoit cela de plein fouet, d'autant plus qu'il ne se sent absolument pas soutenu par l'Etat.
A sa mesure, en toute modestie, et à son corps défendant, ce petit blog est également le témoin de cette situation. En juin 2007, Nicolas Sarkozy avait fait un discours où il exposait ses vues sur la politique éducative. J'avais à l'époque rédiger un article sur ce discours où je parlais de retour vers l'école du XIXème siècle. Qu'elle ne fut pas ma surprise de constater que depuis lors et jusqu'à ce jour, il s'agit de l'article le plus consulter sur ce blog. Les recherches faites par la pluaprt des internautes qui passent par des moteurs de recherche contiennent les mots "ecole au XIXéme siécle". Je ne sais pas encore si cela signifie que la plupart souhaitent un retour vers une école plus conservatrice, où au contraire si beaucoup ont peur et ressentent le recul actuel en matière de politique éducative.
Hier, j'ai commis un nouvel article pour indiquer en quoi j'estimais que l'Education Nationale était en crise, et pourquoi elle devait redevenir une priorité nationale. Et il s'est trouvé un lecteur pour laisser plusieurs messages assez directs contestant mes positions (libre à lui, il a bien le droit, et je lui répondrais évidemment). Mais ce qui m'a surpris ce n'est pas tant le nombre de nouveaux commentaires que ces messages ont suscité, mais la rapidité avec laquelle ils sont arrivés, et surtout la force des propos, la justesse des commentaires, comme si ce nouveau lecteur avait touché une corde sensible (au passage, je suis fier d'avoir de tels lecteurs, merci à vous).
il y a toujours eu des choses à redire sur la politique éducative évidemment, mais je situerais clairement l'accentuation du problème au moment de l'arrivée de Claude Allègre à ce ministère. Ministre arrogant, il n'a fait qu'annoncer ce qui se passe aujourd'hui : suppressions de postes, de matières enseignées, mépris des professeurs, refonte totale des programmes dans un sens manquant clairement d'ambition, etc.
Mais attention, ce sujet est sensible, l'histoire de ce pays nous le prouve. Et les réactions ici même souvent le fait de personnes non enseignantes, prouve qu'une partie des Français serait prête à se mobiliser pour défendre l'idée qu'il se font de l'Education Nationale. Les lycéens ont d'ailleurs déjà commencé. Je crois que les habitants de ce pays ont peur de voir détruit une des choses qui leur tient à coeur et qui jusqu'à maintenant a été un des ferments de la nation française. Avant de supprimer trop de postes, messieurs Sarkozy, Fillon et Darcos devraient y réfléchir.
08 avril 2008
Défendre l'Education Nationale doit être une priorité.
Je l'ai déjà dit sur ce blog, mais je le répète, ce gouvernement mène une lutte des classes. Et ce qui symbolise cette lutte ce sont les attaques contre l'éducation et la culture.
Si on relit les travaux d'Emmanuel Todd, on s'aperçoit que les grandes révolutions dans l'histoire de l'humanité ont toutes à voir avec la progression du taux d'alphabétisation des populations ou avec l'augmentation de leur niveau de connaissances.
Depuis la fin du XIXème siècle, en rendant l'école obligatoire, en facilitant l'accès à l'enseignement secondaire puis universitaire aux couches populaires, les conditions matérielles et sociales de la population ont pu s'améliorer progressivement. Je n'occulte pas évidemment que d'autres facteurs extérieurs ont souvent prévalu, mais l'élévation du niveau de l'instruction y a contribué.
Or, que constate-t-on aujourd'hui ? On supprime des postes de professeurs, on supprime certains enseignements, notamment dans les sciences sociales, les programmes sont revus à la baisse. Il fut même question un moment de remettre les enfants au travail dès 14 ans (cela a peut-être même été fait, je ne me souviens plus).
A l'heure où les mesures sécuritaires sont en constante inflation, à l'heure où il faut 3 000 policiers pour protéger une flamme, l'éducation, la progression du niveau de l'instruction n'est plus un enjeu. Et quand on sait que le patronnat soutien la politique actuelle du gouvernement, et l'encourage même a aller plus loin, on comprend mieux le but ultime de tout cela : une population moins cultivée, moins instruite sera beaucoup plus encline à travailler dans des conditions de plus en plus pénibles qui peu à peu se rapprochent de celles que l'on connaissait au XiX ème siècle.
Alors oui, pour nos enfants, pour les générations futures, l'éducation et la culture pour tous doivent redevenir des priorités. Il faut sortir de cette société où seuls ceux qui pourront se payer les meilleurs écoles auront des situations confortables.
Les mobilisations lycéennes actuelles ne sont pas comme on le lit ici où là, un moyen pour les jeunes de s'amuser et de ne pas aller en cours. Non, pour beaucoup, à 16, 17 ou 18 ans, ils ont déjà une conscience politique et ont compris une grande partie des enjeux qui se jouent. Il faut les soutenir.