06 juin 2008
L'erreur stratègique de la droite.
On le sait, c'est aujourd'hui avérer, François Mitterrand s'était servi du Front National pour se faire réélir et affaiblir durablement la droite. Pour cela, il lui avait fait obtenir une tribune en direct à la télévision. Quelques semaines après, Jean Marie Le Pen réalisait un bon score aux élections européennes.
Fort de ses relations avec les patrons de presse, Nicolas Sarkozy a donc voulu essayer la même méthode avec l'extrême-gauche, pour affaiblir et diviser durablement le parti socialiste. Ce n'est donc pas un hasard si Olivier Besancenot s'affiche partout dans les médias. Outre qu'il s'agit d'une volonté de la LCR, la droite n'est pas mécontente de cette nouvelle popularité.
Mais à mon avis, Nicolas Sarkozy fait un mauvais calcul (ce qui au passage tend à démontrer que Mitterrand était un animal politique bien supérieur).
Tout d'abord l'électorat de la LCR n'est pas celui du FN. Il s'agit souvent de personnes fortement politisées et investies dans les luttes. De plus, même s'ils sont peu nombreux pour l'instant, les militants de l'extrême-gauche sont bien plus actifs que ne le sont ceux du FN. Une montée de la LCR aura forcément des répercussions sociales (et à mon avis c'est souhaitable), ce qui laisse présager une opposition plus déterminée à la politique de Sarkozy.
Ensuite, la deuxième erreur de Sarkozy, est qu'Olivier Besancenot bénéficie d'un capital de sympathie que n'a jamais eu Jean Marie Le Pen. Ce qui sans vouloir dire que la LCR pourrait conquérir le pouvoir (il ne faut pas rêver), son potentiel électoral si la sauce veut bien prendre est beaucoup plus élevé.
Mais, là où réside la vraie erreur du président de la République, c'est sur le report des voix. Avant que l'électorat du FN ne soit phagocyté par le leader de la droite, celui-ci ne s'était jamais bien reporté sur les candidats de l'UMP (ou du RPR). Aux élections législatives ou présidentielles, la gauche en a toujours récupéré une partie au second tour, quand une autre part non négligeable préféré se réfugié dans l'abstention. Pour l'instant, ce risque est plus faible pour le PS puisque la discipline électorale semble mieux jouer à gauche.
Cette stratégie, si elle se confirme, et si la LCR réussit son pari de monter son nouveau parti, aura au moins l'avantage de remettre les luttes sociales au premier plan, car on peut compter sur la LCR et ses militants pour ne pas s'en priver.
05 juin 2008
La crise du pouvoir d'achat n'est pas pour tout le monde.
Selon la mission d'information sur les niches fiscales, certains très hauts revenus ne paient pas d'impôts ou bénéficient de très fortes réductions. Et cela est possible grâce aux crédits d'impôts. Or, plus les revenus sont importants, plus les possibilités de voir ses impôts diminuer sont grandes. Les gros revenus paient donc proportionnellement moins d'impôts que les autres catégories. Parmi ces hauts revenus, certains se sont même fait rembourser de l'argent.
Le plus choquant dans tout cela, c'est qu'il n'y a strictement rien d'illégal. De plus, cela c'est accéléré depuis 2002, donc depuis que la droite est au pouvoir et a fait de la réduction des impôts un objectif prioritaire. Outre les réductions d'impôts, les défiscalisations sur l'investissement productif outre-mer sont mises à l'index.
On le sait, c'est la situation financière de la France qui sert d'alibi au gouvernement pour justifier certaines augmentations, la non-augmentationnon-augmentation des salaires ou encore la diminution des prestations sociales (Sécurité sociale par exemple). Or tous ces efforts demandés au nom de l'équilibre financier des comptes de la nation concerne essentiellement les classes populaires ou moyennes. Et dans le même temps, ils sont quelques privilégiés à qui aucun effort est demandé. Mieux, parce que l'on a peur qu'ils s'expatrient à l'étranger, on continue de leur faire des cadeaux fiscaux.
Comment cette politique peut-elle encore fonctionner quand le premier ressort en est l'injustice ?
P S : voici mes sources :
04 juin 2008
Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin.
Junon, vit à Roubaix avec son mari Abel. Elle apprend qu'elle est atteinte d'une grave maladie nécessitant une greffe de moelle épinière. Il s'avère que son fils Henri est compatible. Or, henri est détesté par sa mère et rejeté par sa famille suite à un différend avec sa soeur. Mais, pour une fois à Noël tout le monde sera réuni.
Ce qui fait en général l'intérêt et la force des films d'Arnaud DesplechinDesplechin, c'est qu'il est particulièrement doué pour sonder les affres de l'âme humaine, et disséquer la famille. Mais cette fois-ci, la mécanique n'est pas aussi bien huilée, cela ne fonctionne pas. On a beaucoup de mal à rentrer dans cette histoire, il faut dire que la multiplication des personnages et les liens complexes entre eux n'aide pas.
De plus, certaines situations paraissent peu crédibles, comme celle où Junon assise tranquillement avec Henri sur une balancelle lui déclare qu'elle l'a toujours détesté, sur le ton de quelqu'un qui demande le sel. Et puis, on a aussi très vite un sentiment de malaise. Il devient rapidement clair que le personnage d'Henri est celui de DesplechinDesplechin ne font qu'un, et que le réalisateur règle des comptes. On a cette impression désagréable de rentrer dans l'intime de DesplechinDesplechin, sans en comprendre tous les codes.
Cependant, le film dure 2h30, et malgré tous ces défauts, on ne les voit pas passer. En effet, le film est littéralement porté par les acteurs. Quel plaisir de revoir Jean-Paul Roussillon, si rare à l'écran, ou encore Amalric, probablement l'acteur le plus complet et le subtil en France en ce moment. Et puis il y a Deneuve, toujours aussi hypnotisante à l'écran, mais qui n'est peut-être pas à son meilleur ici. Mais reconnaissons que cela fait bizarre de la voir jouer le rôle d'une grand-mère. Non pas que cela ne lui aille pas, bien au contraire, mais il signifie surtout que le temps passe (et ça aussi finalement, je n'ai pas aimé).
03 juin 2008
La politique d'intégration n'est pas un échec.
Dès qu'il y a un problème social concernant des Français d'origine étrangère, l'argument qui est tout de suite utilisé par la droite est celui de l'échec de la politique d'intégration prônée par la gauche. C'est encore cet argument qu'a utilisée Mme Dati a propos du mariage annulée pour cause de non-virginiténon-virginité.
Mais en quoi l'intégration est-elle un échec ? Regardons un peu la réalité en face. La France est le pays au monde où il y a le plus de mariages mixtes, tous les enfants grâce à l'école publique ont un bagage culturel commun, et tous parlent le Français. Contrairement à certaines idées reçues je suis convaincu que les émeutes de 2005 ne trouvaient pas leur origine dans le refus de la France, mais bien dans la volonté d'être intégré à ce pays. Nous sommes face à une population qui est intégrée, et qui se considère comme tel, mais à qui on nie cette intégration. Et Mme Dati le sait très bien, elle qui en est le symbôle.
Il est vrai, dans le même temps que l'on constate un repli communautaire, notamment dans les quartiers difficiles. Mais ce repli ne concerne pas que les personnes d'origine étrangère, il concerne l'ensemble de la société.
De plus, beaucoup de ces personnes sont nées en France, et sont Françaises. Pourtant, il est beaucoup plus difficile pour elles de trouver un travail ou un logement du simple fait de leur nom de famille ou de leur apparence physique. On peut comprendre dans ces cas une certaine rancoeur. Pourtant, il sera encore de bon ton de stigmatiser ces personnes en leur disant qu'elles refusent de s'intégrer.
En facilitant les conditions du communautarisme, en montrant du doigt les immigrés, la politique de notre gouvernement crée des tensions dans la société. Et comme toujours rejette la faute sur les autres. Mais est-ce qu'un jour on osera poser la question à l'envers : est-ce que l'Etat Français et la population française veulent intégrer les Français d'origine immigrée ?
02 juin 2008
Encore une réforme concernant l'enseignement.
C'est à croire que Nicolas Sarkozy a une dent contre le monde enseignant, puisqu'il vient d'annoncer une nouvelle réforme les concernant. Il s'agit de la réforme de la formation des professeurs, et en même temps, celle sur le lycée est en préparation.
Ce que je dirais à chaud, c'est que la volonté de former les professeurs plus longtemps est louable. Ils seront recrutés au niveau Master 2, est l'université sera fortement impliquée dans leur formation, ce qui devrait mettre fin aux IUFM qui n'ont pas toujours fait l'unanimité.
Mais, comme toujours, la méthode est critiquable, puisqu'à ma connaissance, il n'y a peu de concertation avec le monde enseignant. De plus, je ferai miens les propos de Philippe Meirieu entendus sur le site du Monde.
http://www.lemonde.frwww.lemonde.fr/web/panorama/0,11-0@2-823448,32-1052907,0.html
En recrutant les professeurs 2 ans plus tard, cela veut dire qu'ils seront aussi 2 ans de plus sans salaires. Ce qui n'est pas le meilleur moyen de faciliter la mixité. De plus en supprimant de facto la 2ème année de l'IUFM, consacrée aux stages pratiques et à la pédagogie, ce sont des professeurs complètement désarmés face à leurs élèves que l'on va avoir.
Il fait peu de doutes que ces mesures seront populaires. Une fois de plus, Nicolas Sarkozy essaie de se refaire une popularité sur le dos des enseignants.
En outre, dans le même discours, puisque désormais il est aussi ministre de l'éducation, il a annoncé que le gouvernement travaillait sur la future réforme du lycée.
Sur certains constats, je suis d'accord avec lui. La filière scientifique écrase toutes les autres, alors que dans le même temps la France peine à recruter et former des chercheurs. Elle ne sert que pour sélectionner les élèves. Le problème, c'est que si Mr Sarkozy a été élu, c'est parce qu'il savait parfois mettre des mots justes sur les difficultés réelles des Français. Malheureusement toute la politique menée par son gouvernement depuis un an va fortement contribuer à augmenter certaines de ces difficultés.
Autosatisfaction !
Comme je suis féru de stastistiques, j'ai décidé de rendre compte de l'évolution de ce blog tous les mois.
Pour le mois de mai 2008, il y a de quoi être content : progression de 217 % (par rapport à Mai 2007) pour le nombre de visiteurs, et de 99 % pour le nombre de pages lues. (toujours par rapport à Mai 2007).
Cependant, il faut relativiser, ce blog n'a commencé que le 7 mai 2007. Et comme en plus c'était les débuts, il y avait forcément moins de monde. Mais bon, c'est tout de même une bonne évolution.
01 juin 2008
Ciao stefano de Gianni Zanasi.
Stefano est guitariste dans un médiocre groupe punk italien, sa carrière va plutôt cahin-caha lorsqu'il découvre sa femme dans les bras d'un autre. Il décide alors de retourner dans sa famille, dans une petite ville du bord de mer pour faire le point. Mal lui en a pris, son frère divorce, sa soeur abandonne de brillantes études pour se consacrer aux dauphins, sa mère est plus ou moins rentrée dans une secte, et surtout, l'entreprise familiale est au bord de la faillite. Bref, pour Stefano tout va aller de mal en pis.
Excellente surprise que ce petit film sans prétentions. Une petite comédie, qui frôle parfois le burlesque, mais où les gags sont parfois très drôles et toujours inattendus (comme la scène où Stefano en colère saute par-dessus la balustrade de la terrasse pour atterrir sur son chien).
Et pourtant, dérrière ce côté léger, c'est en filigrane le portrait d'une Italie désemparé que nous dresse Gianni Zanasi. Il faut dire que les seconds rôles sont importants et ont tous une certaine étoffe : le député impuissant, l'ami dépressif, le vigile passionné par son travail inutile, le père, patriarche effacé mais qui veille quand même sur les affaires de la famille, la call-girl qui tombe sous le charme de l'homme qu'elle doit séduire.
Le seul regret que l'on peut avoir vient de la bande-son. Les morceaux de rocks ou les ballades italiennes sont d'abord entrainants et font partie du plaisir que l'on éprouve à regarder ce film, mais peu à peu ils deviennent envahissants. A chaque scène correspond sa musique, comme si le réalisateur avait peur du vide. C'est dommage, car les presque deux heures que durent le film passent si vite que l'on aimerait bien qu'elles continuent encore un peu.
31 mai 2008
Les médias ne doivent pas appartenir à de grands groupes.
Cela sera évidemment peu repris dans la presse, et par conséquent ne créera pas la polémique que cela mériterait. Pourtant, interviewé par différents journalistes du web, Nicolas Dupont-AignanDupont-Aignan a fait une proposition qui pourrait révolutionner le monde des médias. Il propose ni plus ni moins que la constitution garantisse le pluralisme des médias en interdisant que ceux-ci soient la propriété de grands groupes.
Mr Dupont-AignanDupont-Aignan est un personnage intéressant. Bien que je ne partage pas nombre de ces idées, et que nous ne fassions pas parti du même bord politique, sa vision de la République et de la démocratie d'opinion est assez proche de la mienne. Je trouve d'ailleurs navrant que ce discours ne soit à l'heure actuelle tenu par personne à gauche, même à la LCR, qui a décidé d'utiliser les médias pour se développer.
Parce que ce que pointe Mr Dupont-AignanDupont-Aignan, c'est le contrôle de l'information par des personnes ou par des groupes dont les intérêts vont à l'encontre de ceux du grand public. TF1 ne dénoncera jamais l'attitude de Bouygues dans certains pays d'Eurrope centrale, où la firme est très proche des dictatures au pouvoir, et pour cause, Bouygues possède TF1. De même, il ne faut pas s'attendre à des critiques poussées de la part du Figaro sur la politique de défense française, Dassault propriétaire du journal, vend aussi des avions à notre armée.
Mais aujourd'hui, le problème dépasse le simple conflit d'intérêt, puisqu'il se trouve que de nombreux grands patrons d'industrie sont à la fois propriétaires de journaux, de radios ou de télé, mais aussi grands amis de l'actuel président. Et, de fait, depuis un an les soupçons d'intervention de l'Elysée se multiplient sur des retraits inopinés d'articles, des nominations ou autres bizarreries.
Depuis la Révolution française, un des fondements de la démocratie est la liberté d'opinion et d'expression. Il semble bien que la presse aujourd'hui ne soit plus libre, et par conséquent que la France ne soit plus vraiment une démocratie. Le meilleur exemple a été fourni par le débat sur le traité constitutionnel. Les syndicats patronaux, ainsi que les grands partis politiques étaient favorables à son approbation. De fait la quasi totalité des médias a fait campagne pour le oui. Si le non l'a finalement emporté, il a emporté avec lui l'indépendance éditoriale de la plupart de nos moyens d'information.
Aux enjeux démocratiques, aux conflits d'intérêts s'ajoute donc une autre difficulté pour notre démocratie : la rupture entre le peuple et ses élites. La plupart des "intellectuels" intervenant dans les médias pensent tous ou presque la même chose. Il est intéressant d'ailleurs de voir que les mêmes "intellectuels" (FinkielkrautFinkielkraut, GlucksmannGlucksmann, etc.), se sont retrouvés avec les patrons d'industrie et de presse pour soutenir le même candidat. La faillite des élites laisse la porte grande ouverte aux populismes, et notamment aux partis les plus réactionnaires. On voit parfaitement avec l'exemple italien et l'arrivée de postfascistespostfascistes au pouvoir ce que cela peut donner.
Alors, évidemment, il reste la bulle internet. Elle avait fait preuve de sa force et de son indépendance lors du référendum. Mais lorsque l'on voit les enjeux financiers qui sont derrière, l'intérêt que portent les grands groupes à ce média, il est à craindre que cet oasis de liberté ne dure plus très longtemps.
30 mai 2008
Il ne faut pas toucher aux 35 heures.
C'est Jean-Claude Mailly, le responsable du syndicat FO, qui avait raison. Le soi-disant couac de la majorité sur les 35 heures n'en était pas un. L'avant-projet de loi concocté par le ministre du travail Xavier Bertrand a bien pour objet de les détricoter et d'y mettre fin.
Ce que prévoit la future loi, c'est que les contingents d'heures supplémentaires pourront être négociés entreprises par entreprises. Même si cela se fait dans le cadre de la nouvelle organisation des relations avec les partenaires sociaux (les accords doivent signés par des syndicats représentants 30 % des salariés), la faiblesse des syndicats est telle que le patronat aura quasiment champ libre.
Ce qui veut dire que demain, il est probable que de nombreux salariés soient contraints de travailler jusqu'à 48 heures par semaine, (maximum autorisé par l'Union européenne) sous prétexte de faire des heures supplémentaires . Et surtout que cela soit la première pierre d'une casse plus large du code du travail.
On voit le danger pour le monde du travail. A cela, il faut rajouter la méthode, entièrement basée sur l'hypocrisie et le mensonge, puisqu'il y a moins d'une semaine le président de la République et son ministre du travail assuraient vouloir garder les 35 heures.
Les syndicats ont déjà prévu une réaction qu'ils espèrent forte, les salariés n'avaient pas besoin de cela pour être en colère contre ce gouvernement. En plus de jouer aux pyromanes, Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand viennent de donner la preuve que leur parole ne valait rien. Ce qui pour des dirigeants politiques est grave.
29 mai 2008
Je sais où trouver l'argent pour financer les retraites et la sécurité sociale.
58 %, c'est en moyenne l'augmentation de revenus perçue par les patrons du CAC 40. Et ce d'après le magazine "L'Expansion", qui n'est pas un modèle de gauchisme. Alors que l'on nous serine à longueur de journées que les caisses de l'Etat sont vides, que tout augmente, et que les Français vont devoir se serrer la ceinture, il y en a qui visiblement ne sont pas concernés. Et c'est d'autant plus scandaleux, qu'il n'est pas rare de voir ces mêmes patrons annoncer des charrettes de licenciements, soi-disant pour faire face à la crise et à la conjoncture internationale.
Il est temps de se réveiller et de prendre l'argent là où il est. Il faut partager les richesses.