20 octobre 2009
Frédéric Lefebvre et la presse : je t'aime moi non plus !
Avec la succession de polémiques actuelles, la ligne de défense de la droite est claire : il s'agit d'une cabale contre le pouvoir montée par la presse. Et c'est l'artilleur en chef de l'UMP, Frédéric Lefebvre qui s'y colle. On peut trouver un peu partout la vidéo de son interview par Jean-MichelJean-Michel Apathie. Ce serait risible si ce n'était pas un énorme mensonge qui cherche à dissimuler une vérité bien plus cruelle : Ce gouvernement menace gravement la liberté d'expression. On n'en est pas encore à la situation italienne, où le président du conseil va jusqu'à porter plainte contre les rares journaux qui osent lui résister. Pour autant, je crois qu'il est utile de faire un petit rappel à Mr Lefebvre.
L'Etat est l'actionnaire unique de tout le service public audiovisuel, soit la totalité des chaînes du groupe France-télévisionFrance-télévision, l'ensemble de Radio France, auxquels il faut rajouter l'audiovisuel extérieur (RFI, France 24). L'Etat est censé garantir la liberté d'expression de ces moyens d'expression. Rappelons simplement que le président de la République nomme directement les PDG des différents groupes. Rappelons aussi que la directrice des programmes politiques de France 2, s'est fait vertement rappeler la façon dont elle doit exercer son métier lors de la dernière interview du président. S'il y a une cabale contre le gouvernement, on voit mal comment elle pourrait venir de ce côté-ci.
Du côté du secteur privé, alors, mais malheureusement, la situation n'est guère plus réjouissante. La première chaîne de télévision française appartient à Martin Bouygues, un très proche du président : sur TF1, les risques de débordements sont bien circonscrits. Il en est de même pour Europe 1qui a pour principal actionnaire le groupe Lagardère, dont le président Arnaud Lagardère a un jour déclaré qu'il considéré Nicolas Sarkozy comme son frère. Quant aux autres principales radios (RTL, RMC), soumises à la publicité et à la guerre d'audience, on les voit mal prendre le risque de se mettre à dos des annonceurs aussi importants que l'Etat, Bouygues où les principaux groupes de distribution dont chacun sait que les intérêts économiques penchent du côté de l'extrême-gauchel'extrême-gauche.
Il y a bien encore la presse papier, avec certains journaux qui restent indépendants (L'Humanité, Le Canard Enchaîné, Politis, Les InrockuptiblesInrockuptibles), mais leur situation économique est très difficile, et leur impact sur la population moindre (excepté le Canard peut-être). Pour le reste, Le Figaro appartient au groupe Dassault, et il suffit de le lire pour se rendre compte que ce journal est à l'UMP ce que la Pravda était à l'URSS. Le groupe Bolloré, dont le PDG, Vincent Bolloré est lui aussi un proche, possède une bonne partie des journaux gratuits. Quant à la presse régionale, elle prend bien soin depuis des décennies, de s'occuper prioritairement d'actualité... régionale.
Il y a bien ici ou là quelques poches de résistance, mais bon, globalement les moutons sont bien gardés. Et cela Monsieur Lefebvre ne l'ignore pas. C'est donc un gros mensonge qu'il a commis sur RTL, à moins qu'il ne visait autre chose : internet.
Eh oui ! Parce que si le pouvoir contrôle peu ou prou les médias traditionnels, tel n'est pas le cas sur la toile. Je ne parle même pas des milliers de blogs où la liberté d'expression est totale. Il suffit de regarder tous ces nouveaux sites d'information qui éclosent (Rue 89, Mediapart, Arrêt sur image, Bakchich, Slater, Marianne 2, etc.). Là réside une vraie impertinence journalistes, un vrai questionnement au quotidien sur les sujets qui fâchent. Le problème du pouvoir, c'est la montée en puissance de ce moyen, qui est maintenant bien plus influent que la presse papier. D'ailleurs, les grands journaux ne s'y trompent pas qui publient régulièrement sur leurs sites des articles bien plus virulents que dans le format papier (c'est souvent le cas pour Libération, mais même Le Monde s'y met).
Et Monsieur Lefebvre n'est pas dupe de cet état des choses. Car sa sortie médiatique arrive à la suite de plusieurs autres responsables de la majorité (Mr Copé particulièrement), qui visaient explicitement Internet et sa trop grande indépendance. De la parole aux actes, on sait qu'avec l'UMP il n'y a jamais très loin, on est donc en droit de craindre une tentative de remise au pas du web.
Cela pourrait s'avérer difficile, au moins techniquement, d'où la volonté actuelle de décrédibiliser internet, pour essayer d'en diminuer l'influence. En attendant, la liberté d'expression a encore sa petite fenêtre : utilisons-làutilisons-là.
05 septembre 2009
Si tous les journalistes étaient comme Mélissa Theuriau...
Une fois n'est pas coutume, je voudrais faire un petit message pour saluer le travail d'une journaliste, Melissa Theuriau. J'avais jusqu'ici un a priori plutot négatif sur cette personne dont on parle surtout dans les rubriques people des journaux. Mais voilà, dernièrement, elle avait Brice Hortefeux comme invité dans son émission. Et elle a été formidable de bout en bout, remettant en cause toutes les contre-vérités de ce dernier et n'hésitant pas à poser les questions qui fâchent, notamment sur la suppression de la police de proximité ou sur le taser.
Mme Theuriau a fait son travail de journaliste sans complaisance, ce que malheureusement ils sont bien peu à faire, si c'était le cas, il y a fort à penser que Sarkozy ne serait pas au pouvoir aujourd'hui, et le PS ne se laisserait pas aller à la dérive droitière qui est la sienne aussi facilement.
Mélissa Theuriau interviewe Brice Hortefeux
envoyé par rue89. - Regardez les dernières vidéos d'actu.
26 juin 2009
Michael Jackson partout ! pensée nulle part !
Depuis l'annonce du décès de Michael Jackson, l'information passe en boucle dans tous les médias, vue sous tous les angles. Il existe dans ce pays des dizaines de journaux, de télés, de radios, qui en principe devraient garantir le pluralisme et la diversité. Pourtant, je défie quiconque de trouver un seul de ces médias qui ne consacre la quasi-totalité de sa plage d'information à la mort du musicien. Comme si tout le reste, (conférence à l'ONU, manifestations en Iran, visite de Sarkozy dans les Antilles, sans parler des centaines d'ouvriers en grève dans leurs entreprises dont on ne parle jamais), n'existait pas ou comptait bien moins que la mort d'un saltimbanque.
Certes, la place de Michael Jackson dans la musique actuelle est considérable, les frasques et la vie agitée de ce dernier en font une personnalité controversée et atypique de la sphère médiatique. On eût cependant apprécié que Sartre, Deleuze, Foucault ou d'autres aient eu droit à de pareils hommages, tant leur pensée compte aujourd'hui et comptera pour éclairer les lanternes de nos descendants. Il n'est pas sur que l'on écoute encore Michael Jackson dans 50 ans.
Car c'est bien d'absence de pensée critique qu'il s'agit ici, et soyons clair, le pauvre Michael Jackson n'y est pour rien. Cette uniformisation de l'information ne peut que déboucher sur un prêt à penser confinant au néant. Quand tout le monde pense la même chose, c'est que plus personne ne pense.
Les mêmes mots, les mêmes images, les mêmes témoins vont défiler sur nos antennes ou nos journaux pendant des heures, appelant ainsi à faire de la surenchère dans le patos et l'émotionnel. Pour preuve, cette anecdote entendue ce matin sur France Inter, où la Journaliste en studio interpelle l'envoyée spéciale en lui demandant s'il y avait beaucoup d'émotion à Los Angeles, cette dernière lui répond que c'est la nuit dans cette partie du monde, et que par conséquent il n'y a personne ou presque devant l'hôpital. Commentaire définitif de la journaliste : "oui, mais au lever du jour, l'émotion sera forte".
Les mots ne sont pas exactes, mais l'esprit est exactement le même. On voit bien à travers cet exemple que nous sommes confrontés à une information qui n'en est pas une, est que la journaliste, soucieuse de ne pas être en reste face à la concurrence commente des faits non avérés, qu'elle ne peut que supposer. Si ça c'est encore du journalisme....
09 mars 2009
L'enfumage médiatique continue !
De quoi nos médias nous ont-ils parlé ce week-end ?
- D'un accident de supporters de foot à la sortie du Stade de France.
- D'un forcené dans le 13ème arrondissement de Paris.
- D'un homme visiblement soûl qui a renversé des cyclistes dans le Gers.
- De l'affaire de la française inculpée au Mexique.
- Du voyage du couple présidentiel au Mexique et son séjour dans des hôtels de luxe.
- De la modification du texte de loi sur la santé face à la mobilisation des viticulteurs.
- Du supposé racisme du leader syndical guadeloupéen.
Voilà pour l'essentiel des gros titres. Il n'y a donc quasiment que des faits divers, à l'exception des viticulteurs( ce qui prouve l'importance de ce lobby dans notre pays) et de ce qui concerne Elie Domota. Mais sur ce sujet, on peut penser qu'il y a une volonté de discréditer le mouvement guadeloupéen en s'attaquant à son principal leader.
Maintenant voici les titres qui n'ont été que survolés, voire ignorés :
- Le rebond de la mobilisation dans les universités.
- Le conflit qui s'annonce dans l'hôpital public.
- La grève qui continue en Martinique.
- Celle qui s'amorce à la Réunion.
- La préparation de la grève du 19 mars qui s'annonce massive.
Et je neparle ici que de la France, il ne faudrait pas se prendre à espérer que les conflits en Afrique ou dans d'autres pays se mettent à faire la Une en dehors de massacres particulièrement violents.
Je crois que mon énumération tout aussi subjective et incomplète qu'elle soit parle d'elle-même. Je ne la commenterai donc pas, je me contenterai donc de citer mon ami mulhousien, Eric, dont le blog est dans les liens :
Eteignez votre télé, c'est votre seule chance !
01 décembre 2008
Arrestation musclée d'un ancien rédacteur en chef de Libération.
C'est l'évènement du week-end, toute la presse en parle. Même Etienne Mougeotte, directeur du Figaro, peu enclin à la critique de l'action gouvernementale, s'est dit scandalisé. Vittorio de Filippis, ancien directeur de publication de Libération, a été arrêté chez lui, puis fouillé de manière apparemment assez virile.
Vittorio de Filippis a été mis en examen après la plainte pour diffamation du PDG de Free. Ce qui choque ici, ce n'est pas tant la façon dont l'arrestation s'est produite, les policiers n'ayant fait qu'appliquer la procédure à appliquer pour un mandat d'amener, non, ce qui choque, c'est la disproportion entre les faits reprochés et la méthode d'interpellation. A l'évidence, Mr De Filippis n'a rien d'un dangereux psychopathe.
Mais en plus des méthodes pouvant laisser penser à une éventuelle bavure judiciaire, cet évènement se produit dans un contexte particulier. Même si le gouvernement n'est probablement en rien responsable dans ce cas (il se serait d'ailleurs certainement passé de la polémique), les suspicions d'atteintes à la liberté de la presse ont été fréquentes. Jamais avérées certes, mais les suspicions sur les directeurs de journaux pour que certains articles ne paraissent pas sont monnaie courantes. On en d'ailleurs arrivé à un tel point que certains titres (Le Figaro entre autres) pratiquent l'autocensure pour s'éviter les foudres élyséennes ou simplement pour plaire au pouvoir.
A quelques jours des états généraux de la presse qui doivent se pencher sur un secteur en grave crise d'identité, cette affaire ne rassure sur l'état de notre démocratie.
PS : je voudrais juste féliciter Stéphane Paoli, qui n'est pourtant pas mon journaliste préféré, mais qui a eu l'intelligence ce week-end de rappeler que la presse parler beaucoup de l'affaire car il s'agissait d'un confrère, mais que des Français modestes subissaient tous les jours ce genre d'abus et qu'on en parlait pas. Il est bien de toujours l'avoir à l'esprit, cela permet aussi de comprendre une part du rejet de notre classe dirigeante et de nos élites intellectuelles.
25 novembre 2008
La fin de la publicité annonce la mort de la télévision publique.
Lorsqu'à la surprise générale, le 8 janvier 2008, le président de la République annonce la fin de la publicité pour les télévisions et radios de service public, on peut dire que le coup est pervers. Certes, à ce moment là, personne ne sait encore ce que cela veut dire, ni comment le service public sera financé, mais la suppression de la publicité est secrètement un objectif pour nombre de journalistes, de syndicalistes voire de politiques de gauche. En entendant les mots du président, c'est l'image de la BBC, fleuron mondial du secteur, modèle d'indépendance et de qualité, qui vient à nos esprits. Une fois de plus, Mr Sarkozy essaie de jeter le trouble à gauche pour mieux casser le secteur public et mener à bien ses projets ultra-libéraux.
Très vite les intentions réelles vont se dévoiler, et ce n'est pas la commission fantoche menée par Mr Copé chargée de trouver de nouveaux moyens de financements ou le texte proposé au Parlement aujourd'hui qui vont changer quoi que ce soit : le chef de l'Etat déshabille le secteur public pour faire un cadeau aux chaînes privées et reprend le contrôle sur le contenu des programmes des stations publiques, un peu à l'image de ce que nous connaissions à l'époque de l'ORTF.
Depuis de nombreuses années, les amitiés de Mr Sarkozy avec de grands patrons de presse, et son interventionnisme en matière d'information posent question. Mais cette fois, c'est un immense pas qui est franchi. Cela fait des mois que l'audience de TF1, propriété de Martin Bouygues, est en berne, or cette chaîne devrait être la principale bénéficiaire (avec M6) de la fin de la publicité sur les grandes antennes publiques. De quoi assurer des revenus conséquents et permettre de faire face à la crise qui s'annonce pour le PDG de TF1. Mais ce n'est pas tout, car pour combler le déficit de financement lié à la fin des interruptions publicitaires, il était normalement prévu de créer une taxe sur les revenus perçus par les chaînes privées. Les parlementaires ont d'ores et déjà prévu de diviser cette taxe par deux. Il n'y a donc que des avantages pour le privé.
Cependant, Nicolas Sarkozy ne se contente pas d'agir sur le financement. Désormais les PDG de Radio-France et de France télévisions seront nommés directement à l'Elysée. Certes, l'argument selon lequel se serait mettre fin à l'hypocrise de la nomination par le CSA est recevable : sous prétexte d'indépendance, cet organisme ne faisait qu'obéir en sous-main aux désideratas du président, la nomination de Patrick de Carolis, confident de Mme Chirac, en est un excellent exemple. Mais alors, plutot que de revenir en arrière, pourquoi ne pas rechercher une autre voie, celle qui conduirait à une réelle indépendance effective du CSA et de la télévision publique ? Peut-être que Mr Sarkozy en plus de toutes ses casquettes souhaite aussi contrôler le contenu de nos médias, ce qui signifierait à plus ou moins longue échéance, un retour de la censure. D'ailleurs, l'épisode de la bague de Mme Dati au Figaro prouve que l'on en est plus très loin.
Ce débat qui secoue le landerneau médiatique mais ne semble guère passionner les Français est pourtant,il est loin d'être anodin. Il s'inscrit dans une logique beaucoup plus large qui consiste à déstabiliser tout le service public, que se soit l'Education Nationale, les hôpitaux, la Poste, la justice, la SNCF, ou bien d'autres encore. C'est la notion même de service public qui est mise à mal, et toujours, dans presque tous les cas, au profit des entreprises privées et souvent des amis de Mr Sarkozy.
20 septembre 2008
Alerte sur les médias !
Mme Daniéle Giazzi, secrétaire nationale de l'UMP, vient de remettre un rapport à Nicolas Sarkozy sur les médias. Certaines mesures proposées dans ce document pourraient, si elles étaient appliquées, faire l'effet d'une bombe contre le nécessaire pluralisme de la presse.
La principale mesure envisagée propose ni plus ni moins d'assouplir la législation sur la concentration dans les médias, en autorisant, par exemple, un groupe de médias à posséder une chaîne de télévision, une radio et un quotidien de dimension nationale.
Quand on sait que les principaux groupes appartiennent déjà à des très proches de Nicolas Sarkozy, Arnaud Lagardère ou Martin Bouygues, il y a de quoi être inquiet. En effet, une telle mesure aurait pour effet principal de renforcer leur emprise sur la presse, et donc de signifier la fin de l'indépendance éditoriale de nombreux titres ou la mort de nombreux autres.
Tout cela s'inscrit dans la continuité de ce qui se passe dans le landerneau médiatique depuis plus d'un an. On ne compte plus les rumeurs de pressions pour des articles ne convenant pas au président ou à un de ses ministres. Il est d'ailleurs significatif de voir que nombre de ces affaires de pression ont été révélées par internet, les journalistes se servant de la relative liberté régnant encore sur la toile pour délivrer leurs scoops en toute impunité et sans risque de perdre leur emploi.
PS : pour plus d'infos, le contenu du rapport, ici :
http://www.lepoint2.com/sons/pdf/rapport-giazzi-medias-numerique.pdf
Si on rapproche les idées contenues dans ce rapport, de la polémique contre le fichier Edvige, on se rend compte qu'en plus de vouloir contrôler et ficher ses citoyens par tous les moyens, le pouvoir a désormais l'intention de faire main-basse sur l'information et donc sur les idées et sur la pensée.
Si les propositions de ce rapport étaient retenues, elles constitueraient une grave atteinte à la liberté d'opinion et par conséquent à la démocratie.
12 août 2008
La course au scoop continue en France.
En quelques, deux informations mal relayées par les journalistes font craindre une dérive malsaine dans le monde des médias.
Le premier cas, c'est celui du petit garçon de 2 ans perdu dans la Drôme. La journaliste envoyée sur place annonce que l'on a des nouvelles est qu'apparemment l'enfant a été retrouvé mort, ce quelques minutes avant que l'on apprenne qu'il est bel et bien vivant et en bonne santé. Visiblement, trop pressée d'être la première sur le scoop, elle n'a pas vérifié son information, ce qui devrait-être, me semble-t-il le B-A-ba de son métier.
Le deuxième cas, plus préoccupant, concerne la Géorgie. On le sait, au cours de ce conflit de nombreuses rumeurs circulent de part et d'autres, et beaucoup d'entre elles reprisent par les médias sont données comme étant des informations, avant qu'un journaliste, peut-être un peu plus consciencieux (ou téméraire car reconnaissons qu'il faut un certain courage pour couvrir un conflit) aille sur place vérifier l'information.
Cela m'amène à deux réflexions. Tout d'abord, nos médias sont entrés de plus en plus dans une chasse au scoop, où la prime va évidemment à celui qui donnera l'information le premier. Cela va à l'encontre de la qualité de cette information. De plus cette chasse encourage aussi à aller de plus en plus vers le sensationnel, pour toujours faire plus d'audience (donc de recettes publicitaires). Le résultat est que l'on se retrouve avec des journaux d'information zapping, qui passent d'un fait divers à l'autre, sans qu'aucun journaliste ne prennent le temps de revenir sur une histoire, pour que l'on puisse comprendre ce qu'y s'est passé, et surtout quand une information s'est avérée fausse ou erronée, que l'on puisse avoir un démenti.
Ensuite, la preuve est faite que les erreurs du passé n'ont pas servi de leçons. Rappelons-nous les charniers de Timisoara qui n'en étaient pas. Ils avaient pourtant fait la une de tous les journaux. Toutes les données qui avaient permis cette erreur sont encore là, par manque de professionnalisme, de déontologie, et peut-être aussi pour une course à la célébrité pour le journaliste.
La dérive dans tout cela, c'est qu'il en résulte forcément une méfiance par rapport à la presse (télévisée surtout mais pas seulement) et à son contenu, méfiance renforcée par les pressions politiques dont elle fait l'objet. Or, dans une démocratie d'opinion telle que la nôtre, elle occupe un rôle central et fondamental. Si la relation privilégiée qu'elle doit avoir avec le citoyen n'existe plus, alors c'est la démocratie qui est crise.
11 juin 2008
Le retour de l'ORTF !
On se croirait à l'époque du Général, quand le ministre de la communication d'alors supervisait les programmes télévisés de son bureau, quand l'Elysée avait son mot à dire sur le contenu des journaux d'informations.
Le présentateur vedette de la première chaîne va céder sa place, et il semblerait que l'actuel président ait usé de son influence en ce sens. Soyons franc, le départ de Patrick Poivre d'Arvor n'est pas une mauvaise nouvelle en soi. Il a parfois eu de petits soucis avec l'éthique journalistique, et, c'est surtout l'interviewer complaisant idéal pour un homme politique qui veut pratiquer la langue de bois. Après plus de vingt ans d'exercice de son métier, il était temps qu'il laisse la place à d'autres.
Le problème réside ici dans la probable intervention du chef de l'Etat. Pareils soupçons n'ont plus court depuis plus de vingt ans. Nicolas Sarkozy, adepte de la rupture fait ici dans la continuité gaulliste, à ceci près qu'il s'est mué en ministre de la communication. Comme dans les années, le chef de l'Etat contrôle tous les grands moyens de communication, soit parce qu'ils sont la propriété nationale, soit par le biais de ses amitiés.
Mais même si l'histoire repasse rarement les plats, elle apprend qu'il faut se méfier d'un tel contrôle sur l'information. La chape de plomb imposée par les gaullistes n'est pas pour rien dans l'explosion de mai 68.
31 mai 2008
Les médias ne doivent pas appartenir à de grands groupes.
Cela sera évidemment peu repris dans la presse, et par conséquent ne créera pas la polémique que cela mériterait. Pourtant, interviewé par différents journalistes du web, Nicolas Dupont-AignanDupont-Aignan a fait une proposition qui pourrait révolutionner le monde des médias. Il propose ni plus ni moins que la constitution garantisse le pluralisme des médias en interdisant que ceux-ci soient la propriété de grands groupes.
Mr Dupont-AignanDupont-Aignan est un personnage intéressant. Bien que je ne partage pas nombre de ces idées, et que nous ne fassions pas parti du même bord politique, sa vision de la République et de la démocratie d'opinion est assez proche de la mienne. Je trouve d'ailleurs navrant que ce discours ne soit à l'heure actuelle tenu par personne à gauche, même à la LCR, qui a décidé d'utiliser les médias pour se développer.
Parce que ce que pointe Mr Dupont-Aignan, c'est le contrôle de l'information par des personnes ou par des groupes dont les intérêts vont à l'encontre de ceux du grand public. TF1 ne dénoncera jamais l'attitude de Bouygues dans certains pays d'Eurrope centrale, où la firme est très proche des dictatures au pouvoir, et pour cause, Bouygues possède TF1. De même, il ne faut pas s'attendre à des critiques poussées de la part du Figaro sur la politique de défense française, Dassault propriétaire du journal, vend aussi des avions à notre armée.
Mais aujourd'hui, le problème dépasse le simple conflit d'intérêt, puisqu'il se trouve que de nombreux grands patrons d'industrie sont à la fois propriétaires de journaux, de radios ou de télé, mais aussi grands amis de l'actuel président. Et, de fait, depuis un an les soupçons d'intervention de l'Elysée se multiplient sur des retraits inopinés d'articles, des nominations ou autres bizarreries.
Depuis la Révolution française, un des fondements de la démocratie est la liberté d'opinion et d'expression. Il semble bien que la presse aujourd'hui ne soit plus libre, et par conséquent que la France ne soit plus vraiment une démocratie. Le meilleur exemple a été fourni par le débat sur le traité constitutionnel. Les syndicats patronaux, ainsi que les grands partis politiques étaient favorables à son approbation. De fait la quasi totalité des médias a fait campagne pour le oui. Si le non l'a finalement emporté, il a emporté avec lui l'indépendance éditoriale de la plupart de nos moyens d'information.
Aux enjeux démocratiques, aux conflits d'intérêts s'ajoute donc une autre difficulté pour notre démocratie : la rupture entre le peuple et ses élites. La plupart des "intellectuels" intervenant dans les médias pensent tous ou presque la même chose. Il est intéressant d'ailleurs de voir que les mêmes "intellectuels" (FinkielkrautFinkielkraut, GlucksmannGlucksmann, etc.), se sont retrouvés avec les patrons d'industrie et de presse pour soutenir le même candidat. La faillite des élites laisse la porte grande ouverte aux populismes, et notamment aux partis les plus réactionnaires. On voit parfaitement avec l'exemple italien et l'arrivée de postfascistespostfascistes au pouvoir ce que cela peut donner.
Alors, évidemment, il reste la bulle internet. Elle avait fait preuve de sa force et de son indépendance lors du référendum. Mais lorsque l'on voit les enjeux financiers qui sont derrière, l'intérêt que portent les grands groupes à ce média, il est à craindre que cet oasis de liberté ne dure plus très longtemps.