24 août 2007
Un linceul n'a pas de poches / de Horace Mc Coy
Allez, encore un petit roman noir américain. Un des plus sombres et des plus pessimistes sur l'Amérique des années 30. L'auteur n'hésite pas à faire le parallèle entre son pays et l'Allemagne nazie qui n'en est pourtant qu'à ses débuts.
Mike Dolan, un journaliste assoiffé de vérité ne peut plus exercer son métier comme il l'entend dans les journaux de sa ville. La faute aux pressions faites par divers notables, ainsi que par les annonceurs publicitaires. Il décide donc de créer sa propre revue et de dénoncer dedans tout ce qui lui semble contraire à la morale. Les agissements d'un médecin, les difficultés pour travailler de certaines personnes soupçonnées de communisme, le népotisme d'un directeur de théâtre, et surtout, il va s'attaquer à une organisation de Croisés qui ressemble fort au Ku Klux Klan.
Horace Mc Coy est un immense auteur de romans noirs, malheureusement méconnu aux USA. Il commence sa carrière comme acteur de cinéma, puis comme scénariste, et écrit son premier roman en 1935, mais il ne trouve pas d'éditeur dans son pays. C'est donc l'Angleterre, mais surtout la France à partir de 1946 qui le feront connaître. En dénonçant le rêve américain, il est trop sulfureux pour les Américains. Il meurt en 1955 dans l'indifférence, et n'a toujours pas dans son pays la place qu'il mérite.
Outre Un linceul n'a pas de poches, il est l'auteur de nombreux livres, mais surtout d'un autre immense chef d'oeuvre, On achève bien les chevaux.
13 août 2007
A lire absolument !
Oui, il faut absolument lire le livre d'Emmanuel Todd : Après l'empire : essai sur la décomposition du système américain.
C'est en faisant un message sur la crise boursière que je me suis souvenu de ce livre lu il y a quelques années déjà. Et en le feuilletant de nouveau, j'ai compris à quel point il était d'actualité, et à quel point l'auteur était dans le vrai, surtout au regard des événements récents.
Todd prend l'hypothèse qu'il ne peut y avoir d'empire américain dans un monde aussi vaste et aussi complexe que le notre. En passant au scalpel les données démographiques, culturelles, industrielles, monétaires, idéologiques et militaires des Etats-Unis, il dresse le portrait d'une nation qui est certes une grande puissance, mais qui n'est pas invulnérable, mais surtout qui est sur le déclin. Pour lui, les dirigeants américains le savent, et tentent de masquer ce reflux par un activisme militaire.
De tous les ouvrages de prospective économique et politique que j'ai lu, celui-ci est celui qui m'a le plus marqué par la justesse de ces arguments, et par la force de la démonstration. Une fois que l'on a passé le premier chapitre où Todd pose la problématique, tout le reste est limpide et très facile à comprendre, même pour des non spécialistes (comme moi).
En outre, je rappelle que c'est en procédant de la sorte, avec une analyse sans concession, que Todd avait conclu dés 1976, à la chute de l'empire soviétique.
10 août 2007
Le petit César de William R. Burnett
Oui, je sais, vous allez me dire, encore un vieux livre qui a plus de 50 ans, et encore un roman noir. C'est vrai, mais là encore, tout comme le Jim Thompson, il s'agit encore d'un classique du genre, d'un chef d'oeuvre.
Le petit César, c'est l'histoire d'une petite frappe qui vit à Chicago dans les années 30, en plein dans le quartier de la petite Italie. Petit à petit, il va faire son chemin dans le Milieu, jusqu'à devenir un chef de bande respecté et craint.
William R. Burnett ne s'embarrasse pas avec la fioriture. L'histoire se déroule très vite avec de nombreux rebondissements. S'il est vrai que l'on ne s'embarrasse pas avec la psychologie des personnages, on a cependant droit à une vraie description du milieu de la mafia italienne aux USA. Ses codes, son fonctionnement, on apprend tout sur le Milieu. Fantastique.
Un regret cependant, les titres de chapitres qui annoncent ce qui va se passer, ce qui est bien dommage pour un livre où règne le suspens.
Encore une fois, les auteurs de roman noir américain montrent que personne mieux qu'eux n'a su prendre le pouls de leur société. Pour comprendre la société américaine de l'intérieur, un bon polar est sûrement plus instructif qu'un voyage à Wolfeboro.
26 juillet 2007
99 francs de Frédéric Beigbeder
Chose promise, chose due, voici l'article sur ce livre que plusieurs d'entre vous m'ont conseillé. En effet, je l'ai enfin lu.
Dire que j'ai aimé, ce serait beaucoup dire. Ce livre est le parfait reflet de son époque, c'est à dire la notre. C'est une éloge du cynisme, puisque l'auteur, lui-même publicitaire se met en scène dans une dénonciation du système qui le fait vivre. On se demande sans cesse dans tout cela ou est la part de sincérité et où réside l'auto-promotion.
Et pourtant, je n'ai pas détesté, loin de là, j'ai même pris un certain plaisir à la lecture. Si on met de côté l'histoire en elle-même qui est sans intérêt et absolument pas crédible (surtout la fin), toute la description du monde de la publicité est incroyable de lucidité, de mordant et de réalisme. C'est beaucoup plus un documentaire implacablement critique sur notre société qu'un roman. C'est aussi un regard impitoyable sur toute une partie de la jeunesse, ces jeunes loups costumes-cravates, avides de pouvoir et d'argent. Ces jeunes loups qui apparaissent comme les modèles à suivre pour beaucoup de nos contemporains.
En résumé, je ne pense pas que Beigbeder soit un grand écrivain, il préfére de beaucoup faire des coups éditoriaux comme celui qui l'a amené à publier ce livre. Cependant, je pense qu'il ferait un très bon essayiste, il a un humour acerbe et une vision très juste du monde qui l'entoure.
Enfin, je remercie tous ceux qui m'ont conseillé ce livre (particulièrement Val qui a beaucoup insisté), j'y ai appris beaucoup.
25 juillet 2007
1275 âmes de Jim Thompson
Ce livre est un classique du roman noir. Un petit bijou à l'humour froid et caustique, et qui donne une vision désespérée de l'Amérique des années 30.
Le héros, minable shérif véreux d'une petite bourgade du sud des Etats-unis, complètement soumis au pouvoir des mafieux locaux, décide un beau jour de profiter de son image de trouillard pour se venger de tous ceux qui ont profité de lui.
Tout y est, le racisme, les difficiles conditions des femmes et des minorités, la violence de cette Amérique puritaine, le tout décrit froidement avec un humour noir qui peut parfois faire froid dans le dos. Purement génial, même si la fin, que je ne raconterais pas évidemment, peut décevoir.
A voir en parallèle, si ce n'est déjà fait, le film que Bertrand Tavernier a tiré de ce livre, Coup de torchon. En transposant l'histoire dans l'Afrique colonisée des années 30, non seulement il rend cette histoire compréhensible pour nous Français, mais il la rend universelle. A voir aussi pour les compositions de Noiret, Mitchell (génial en adolescent attardé), Marielle et autres, tous sublimes dans ce film.
25 juin 2007
Un homme est mort / Kris et Etienne Davodeau
Un petit message pour signaler une Bande-dessinée magnifique qui est sortie il y a quelques temps déjà, celle d'Etienne Davodeau et de Kris, Un homme est mort.
En 1950, la ville de Brest est entièrement détruite par la guerre. Des dizaines d'ouvriers participent à sa reconstruction, mais devant la faiblesse des salaires, la dureté des conditions de vie, ceux-ci se mettent en grève. Lors d'une manifestation, la police tire sur les manifestants et tue l'un d'entre eux. Un homme, aidé de militants communistes et syndicaux, va se saisir de sa caméra et filmer ce conflit, il va ensuite le diffuser sur tous les chantiers, rendant ainsi aux ouvriers leur fierté, leur donnant le courage de continuer leur lutte. Cet homme, c'est le cinéaste René Vautier, qui sera connu par la suite pour sa dénonciation de la guerre d'Algérie.
Cette magnifique bande-dessinée est donc un vibrant hommage à ce cinéaste humaniste, mais également à la classe ouvrière et à ces militants communistes qui se dévouaient corps et âmes pour une cause. A l'heure où la gauche est complètement déboussolée, en manque de repères idéologiques, ce genre de livre devrait lui rappeler ce qui est sa raison d'être, et n'aurait jamais dû cessé de l'être : la défense des exclus, des opprimés, le souci d'égalité entre les hommes.
A lire absolument.
24 mai 2007
Petit cours d'autodéfense intellectuelle
Je voudrais signaler et encourager à lire le dernier livre de Normand BAILLARGEON, linguiste et philosophe canadien, "petit cours d'autodéfense intellectuelle".
Cet ouvrage est une ode à l'esprit critique, et au développement de celui-ci. Il nous fait un rappel de tout les éléments nécessaires pour tout penseur critique : le langage, la logique, la réthorique, les nombres, les probabilités, la statistique, etc. Il nous aide ensuite à savoir articuler tous ces éléments ensemble pour mieux faire face aux agressions et aux mensonges quotidiens de la pensée unique et des médias.
C'est un livre didactique, facile à comprendre et indispensable dans le monde que nous vivons aujourd'hui.