16 avril 2008
Le combat ordinaire



Le tome 4 de cette bande dessinée vient de sortir, et à l'instar des trois premiers, il est magnifique, quoique beaucoup plus sombre.
Le dessin peut dérouter au-dessus, mais finalement, la forme tassée de ses personnages renforce le côté humble et sympathique qu'il veut leur donner. Car si le Combat ordinaire a pour sujets les relations père : fils et le monde ouvrier, il parle surtout des petites gens et de la société actuelle.
Je crois que cette bande dessinée ne peut pas se raconter, mais chacun peut se retrouver dedans, tant les situations, les dessins, les mots choisis sonnent toujours justes et résonnent encore bien longtemps après la lecture.
Ce qui est fort chez Larcenet, c'est qu'il ne se contente pas de parler de lui ou de se mettre en scène par l'intermédiaire de son personnage, non les situations qu'il dépeint confinent à l'universalité. Bref, c'est splendide, et à lire absolument.
29 mars 2008
Barbara de Marie Chaix
Ce petit livre sur Barbara, l'immense chanteuse, est bien plus qu'une biographie. C'est d'abord et surtout un portrait d'une femme libre du 20ème siècle. Et qui plus est un portrait écrit par une de nos meilleures écrivains.
Pendant 4 ans, les années où Barbara a percé sur le devant de la scène, Marie Chaix a été sa secrétaire particulière. A ce titre, elle a été la confidente,le témoin privilégié de la vie de la chanteuse. Elle retranscrit ici avec pudeur et respect certains aspects de la vie de l'artiste. Mais jamais elle ne va au-delà de ce que Barbara avait laissé transparaître. Il faut dire que l'auteur se sert aussi beaucoup des textes de chanson. Car Barbara, pudique, presque introvertie se livrait peu. Mais par petites touches, par fragments, ses chansons parlent d'elle. De ses blessures, de ses angoisses, de ses peurs qui ont fait qu'elle a pu donner à la chanson française des chef-d'oeuvre comme L'Aigle noir.
Grâce à une écriture sobre, précise, Marie Chaix réussi à nous émouvoir sans jamais rentrer dans le voyeurisme. Une petite biographie, pour découvrir Barbara, ou pour prolonger le plaisir des disques.
10 février 2008
Les hommes qui n'aimaient pas les femmes de Stieg Larsson
La surprise éditoriale que personne n'attendait de la fin d'année 2007. Ce volume est le premier d'une trilogie appelée Millenium. Au départ, son auteur avait prévu une dizaine de volumes, mais il est décédé avant. Cela n'enlève toutefois rien à la force de ce premier opus.
Mikael Blomkvist, journaliste réputé intègre, travaille pour Millenium, une revue d'économie qui ne ménage pas ses critiques contre le capitalisme et les grands patrons suédois. Mais il est condamné à de la prison pour avoir accusé sans preuves une des plus grandes fortunes du pays (tiens, tiens, cela rappelle quelque chose !). Profitant de la médiatisation de l'affaire, un autre grand industriel le contacte pour résoudre une énigme vieille de plus de 40 ans. Le hasard des rencontres va l'amener à travailler avec Lisbeth Salander, jeune femme quasi autiste, complètement marginale, mais génie de l'informatique et bien introduite dans le monde des hackers.
Vous l'aurez compris, l'intrigue, haletante et admirablement bien ficelée, n'est ici qu'un prétexte pour dévoiler la face sombre du capitalisme suédois (mais aussi international). L'auteur met aussi en avant les compromissions d'un certain nombre de journalistes avec les milieux politiques. Cela se passe en Suède, mais a une incroyable résonance avec l'actualité Française. Ce qui explique peut-être l'immense succès, largement mérité, remporté par cette trilogie. Une fois fini le premier volume, on a qu'une envie, lire le second.
P.S. : les trois titres peuvent se lire indépendamment, cependant il vaut mieux commencer par le premier, puisqu'il présente et installe les personnages.
13 décembre 2007
Le Che s'est suicidé de Petros Markaris
Le commissaire Charitos est en congé maladie lorsqu'un célèbre entrepreneur grec se suicide en direct à la télévision. Quelques jours plus tard, c'est le suicide d'un homme politique d'envergure, lui aussi lors d'une émission télévisée.
Il s'agit de suicides, la police ne peut officiellement mener l'enquête. C'est pourquoi il est demandé officieusement au commissaire Charitos de reprendre du service. Et ce qu'il va découvrir va nous emmener de la Grèce d'aujourd'hui à celle des colonels. Au gré de son enquête on va peu à peu découvrir un pays et surtout une ville, Athènes, saturée par la circulation.
Un polar, un vrai, mais teinté d'exotisme, puisqu'il se passe en Grèce, juste avant les Jeux Olympiques. Et c'est ce qui fait, en plus du suspens, tout le sel de ce livre : partir à la découverte d'une Gréce moderne, ouverte, confrontée elle aussi à la montée de l'intolerance, aux magouilles, etc. Très bon, très bien ficelé, et à méditer surtout en ce qui concerne la force des convictions politiques.
15 novembre 2007
Les petits hommes d'Abidjan / de Jean-Marie Villemot
Le père Abel Brigand débarque à Abidjan en plein climat de guerre civile, alors que la rancoeur anti-française est au plus fort. Au même moment, d'ignobles assassinats sont commis sur des membres de la communauté Française. Très vite, le curé enquêteur va comprendre qu'ils n'ont que peu de choses à voir avec le climat actuel. Et face à la volonté visible du commissaire local d'enterrer l'affaire, il va décider de rester sur place et de mener lui-même l'enquête.
Très vite, celle-ci devient secondaire pour le lecteur, tant la description du contexte ivoirien est forte. A travers cette histoire de meurtre, Jean-Marie Villemot nous permet de percevoir certaines des blessures laissées par la colonisation. Et peu à peu, au fur et à mesure de notre lecture, la haine anti-français trouve une explication.
C'est un très beau roman sur la Côte d'Ivoire, mais surtout sur les ivoiriens. On peut certes regretter quelques faiblesses sur le côté policier du roman, mais le suspens final, et la qualité de l'écriture finissent par balayer tout scepticisme. A lire vraiment.
26 octobre 2007
Mon frère est fils unique / de Antonio Penacchi
Antonio Penacchi est un auteur reconnu en Italie où il a déjà publié plus d'une dizaine d'ouvrages. Celui-ci est un des premiers traduit en français. Et il faut bien reconnaître que l'on est happé par l'histoire de bout en bout.
Tout commence à la fin des années 50. Accio enfant de 10 ans vit chez ses parents à Latina, fief historique du fascisme. Il est élevé au milieu de ses nombreux frères et soeurs. Le père, très croyant décide de l'envoyer au séminaire pour en faire un prêtre. Accio y restera 2 ans, mais finira par en sortir. Commence alors pour lui une période ou sa mère l'oblige à faire des études qui ne lui plaisent pas, mais où surtout il va commencer à militer au MSI, le nouveau parti fasciste italien. Il y entre par conviction, mais aussi par réaction envers ses frères et soeurs, tous militants de gauche.
Mais avec l'approche de Mai 68, avec la découverte de l'amour, il va peu à peu se détacher de cette mouvance pour se rapprocher des mouvements d'extrême gauche.
A travers Accio, c'est 20 ans de l'histoire de l'Italie que l'on revisite, où comment se pays ruiné par 20 ans de fascisme, mais encore un peu sous le charme de Mussolini va connaître les années de plomb et une période de quasi guerre. C'est subtil, c'est plein d'humanité, et c'est probablement un des meilleurs romans de la rentrée.
02 octobre 2007
Mort d'une héroïne rouge / Qiu Xiaolong
Oui, je sais, il s'agit encore d'un polar ! Mais là, c'est aussi le meilleur livre que j'ai lu depuis bien longtemps, tous genres confondus. Beaucoup plus qu'un roman policier, c'est un fantastique portrait sans concessions de la Chine du début des années 90. Et comme dans tous les bons polars, l'intrigue policière passe au second degré, tant la psychologie des personnages, la subtilité des considérations politiques sont évoqués de manière puissante, et jamais de façon manichéenne.
L'auteur vit aux Etats-Unis, et on se doute bien que s'il était resté en Chine, un tel livre n'aurait jamais vu le jour. Pourtant, c'est bien parce qu'il ne tombe jamais dans le piège d'opposer les "mauvais communistes" au reste de la population, parce qu'il décrit une situation forcément beaucoup plus complexe, donc beaucoup plus intéressante, que sont livre est passionnant.
La trame de l'histoire est vraiment simple. Le corps d'une jeune femme est retrouvé dans les eaux d'un canal. Cette jeune femme est une travailleuse modèle de la nation. Une sorte de star pour le régime chinois. L'enquête devient donc très vite politique. Et les deux inspecteurs chargés de l'enquête vont devoir jongler avec les contraintes d'une pression venue des plus hauts sommets de l'Etat chinois, mais aussi avec les difficultés de leur vie quotidienne : problème de logement, de répression, de promiscuité. Et pourtant, et c'est là que le livre est subtil, aucun des deux personnages ne va jamais remettre en cause le système, on sent même au contraire, une fierté de servir le régime.
De bout en bout ce livre est splendide. C'est une découverte réelle de la Chine, comme peu de médias nous l'ont montré. La Chine du peuple, celle qui se débrouille au quotidien pour se loger, mais aussi une Chine fière de son passé et de sa culture. En effet, l'auteur émaille son livre de nombreuses citations de poètes chinois parfois millénaires.
Un livre à lire absolument.
08 septembre 2007
La Phrase / de François Salvaing
Pour une fois, voici un livre qui n'est pas un polar. François Salvaing est depuis longtemps un des auteurs français les plus intéressants par son engagement, mais aussi par la force de son écriture, qui sert magnifiquement son propos, celui d'une critique sans concession des moeurs politiques et économiques contemporains.
Le présent ouvrage est quelque chose d'hybride, mi-récit, mi-essai, écrit en 2006. La phrase du titre est celle qu'avait prononcé Lionel Jospin, alors premier ministre, en 1999, lors d'une interview télévisée. Cette phrase, "Je ne crois pas qu'il faut tout attendre de l'Etat ou du gouvernement", est considérée comme l'auteur comme un tournant majeur dans l'histoire de la gauche, et comme une des sources du fiasco de l'élection de 2002 pour le candidat socialiste (voire de 2007).
Le livre se divise en trois parties. Dans la première, Salvaing revient sur ce qui c'est passé dans les jours qui ont précédé cette interview. C'est en effet suite à l'annonce par Michelin de l'annonce conjointe de bénéfices colossaux et de licenciements, que le premier ministre va tenir ces propos. Tout le contexte politique de l'époque est décrypté, afin de démontrer que cette phrase, qui constitue un véritable renoncement pour la gauche (celui de contrôler le monde économique), est la suite logique de l'évolution idéologique du parti socialiste.
La seconde partie, quant à elle, est entièrement consacrée à une analyse de l'interview et des réactions du premier ministre. Dans la dernière, Salvaing relie cette phrase avec ce qui s'est passé ensuite, notamment les élections de 2002.
Ce livre est magistral, en un peu plus de 100 pages, Salvaing donne sa propre vision de l'échec de la gauche. C'est radical, sans concessions, peu optimiste pour tous ceux qui comme moi pensent que l'omniprésence du pouvoir économique peut être contrée par la volonté politique. C'est un livre nécessaire.
24 août 2007
Un linceul n'a pas de poches / de Horace Mc Coy
Allez, encore un petit roman noir américain. Un des plus sombres et des plus pessimistes sur l'Amérique des années 30. L'auteur n'hésite pas à faire le parallèle entre son pays et l'Allemagne nazie qui n'en est pourtant qu'à ses débuts.
Mike Dolan, un journaliste assoiffé de vérité ne peut plus exercer son métier comme il l'entend dans les journaux de sa ville. La faute aux pressions faites par divers notables, ainsi que par les annonceurs publicitaires. Il décide donc de créer sa propre revue et de dénoncer dedans tout ce qui lui semble contraire à la morale. Les agissements d'un médecin, les difficultés pour travailler de certaines personnes soupçonnées de communisme, le népotisme d'un directeur de théâtre, et surtout, il va s'attaquer à une organisation de Croisés qui ressemble fort au Ku Klux Klan.
Horace Mc Coy est un immense auteur de romans noirs, malheureusement méconnu aux USA. Il commence sa carrière comme acteur de cinéma, puis comme scénariste, et écrit son premier roman en 1935, mais il ne trouve pas d'éditeur dans son pays. C'est donc l'Angleterre, mais surtout la France à partir de 1946 qui le feront connaître. En dénonçant le rêve américain, il est trop sulfureux pour les Américains. Il meurt en 1955 dans l'indifférence, et n'a toujours pas dans son pays la place qu'il mérite.
Outre Un linceul n'a pas de poches, il est l'auteur de nombreux livres, mais surtout d'un autre immense chef d'oeuvre, On achève bien les chevaux.
13 août 2007
A lire absolument !
Oui, il faut absolument lire le livre d'Emmanuel Todd : Après l'empire : essai sur la décomposition du système américain.
C'est en faisant un message sur la crise boursière que je me suis souvenu de ce livre lu il y a quelques années déjà. Et en le feuilletant de nouveau, j'ai compris à quel point il était d'actualité, et à quel point l'auteur était dans le vrai, surtout au regard des événements récents.
Todd prend l'hypothèse qu'il ne peut y avoir d'empire américain dans un monde aussi vaste et aussi complexe que le notre. En passant au scalpel les données démographiques, culturelles, industrielles, monétaires, idéologiques et militaires des Etats-Unis, il dresse le portrait d'une nation qui est certes une grande puissance, mais qui n'est pas invulnérable, mais surtout qui est sur le déclin. Pour lui, les dirigeants américains le savent, et tentent de masquer ce reflux par un activisme militaire.
De tous les ouvrages de prospective économique et politique que j'ai lu, celui-ci est celui qui m'a le plus marqué par la justesse de ces arguments, et par la force de la démonstration. Une fois que l'on a passé le premier chapitre où Todd pose la problématique, tout le reste est limpide et très facile à comprendre, même pour des non spécialistes (comme moi).
En outre, je rappelle que c'est en procédant de la sorte, avec une analyse sans concession, que Todd avait conclu dés 1976, à la chute de l'empire soviétique.