rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

02 novembre 2009

20 ans après la chute du mur de Berlin, il y a aussi eu des bouleversements à l'ouest.

Dans quelques jours, le monde va commémorer la chute du mur de Berlin. D'ici là, tout peut bien s'écrouler, matin, midi et soir, il ne sera plus question que de cela. Pendant des jours entiers, on va célébrer la fin de la méchante dictature communiste, qui a finalement cédé devant ces pays qui se disent libres. Durant toute cette période, on nous rappellera que pendant 70 ans il y avait d'un côté les gentils, c'est à dire nous, les occidentaux, et de l'autre les méchants, les communistes. C'est peut-être un peu plus compliqué que cela, mais ce sont toujours les vainqueurs qui écrivent l'histoire.

Donc, en 1989, le mur tombe, mais pas sous le coup des pressions des diplomaties occidentales, non, c'est le peuple lui-même qui s'est défait de ses chaînes. Les européens de l'est allaient enfin pouvoir goûter à la liberté qui leur était interdite. Mais très vite, ils se sont aperçus que de l'autre côté du mur, il y avait aussi des chaînes, plus souples, plus lâches, plus diffuses, mais bien réelles aussi. Alors certes, las anciens pays communistes ont découvert la liberté d'expression (enfin pas tous malheureusement), la joie de ne pas risquer la prison voire la vie pour un regard ou une parole déplacée. Mais ils ont aussi découvert le chômage, la précarité, et toutes ces charmantes surprises du monde capitaliste.

Toutefois, on ne s'en est pas rendu compte de la même manière, mais de ce coté-ci du mur, la vie a aussi était profondément modifiée.

En effet, pendant presqu'un demi-siècle, nos pays ont vécu dans le culte de la peur du rouge. Toute la vie politique était organisée ainsi. Avec des partis communistes électoralement très forts, il fallait donner des gages, montrer que seul le modèle occidental pouvait être vecteur de progrès. Et de fait, les conditions de vie se sont nettement améliorées, pas à la même vitesse pour chaque citoyen, mais pendant longtemps, chacun a pu en profiter.

Mais avec la fin du communisme à l'est, les choses changent. Les partis communistes s'écroulent aussi à l'ouest, mais comme la politique a peur du vide, on assiste à une résurgence de l'extrême-droitel'extrême-droite un peu partout (dans certains pays, elle avait déjà commencé un peu avant la chute du mur). Face à la peur provoquée par ce nouveau danger, c'est tout le spectre politique qui va glisser vers la droite.

Avec la chute du mur, il n'y a théoriquement plus d'adversaire face au capitalisme, lequel devient de plus en plus arrogant. N'ayant plus de référents idéologiques, les vieux partis de la gauche de gouvernements se transforme peu à peu en partis sociaux démocrates et abandonnent leur ambition de changer le monde. C'est à peine si désormais ils veulent réformer celui-ci. Parfois, même les plus radicaux, se convertissent au libéralisme, et il n'est pas rare de voir d'anciens gauchistes se retrouver à la tête de grosses entreprises.

Mais la chute du mur a aussi été pour des millions de personnes, la fin d'un espoir, celui d'un monde meilleur. Face à ce bouleversement majeur, c'est le repli sur soi et l'individualisme qui ont progressé. L'argent est devenu roi partout, au mépris de toutes les valeurs de partage et de solidarité. Evidemment, avec la crise économique, chacun se rend bien compte que le modèle capitaliste libéral est lui aussi à bout de souffle. On voit bien avec le maintien de partis communistes forts à l'est et la résurgence en France ou en Allemagne de mouvements de gauche plus radicaux qu'il y a toujours un besoin de rêve et d'espoir. Le communisme a perdu, mais le capitalisme n'a pas gagné, il a juste fallu 20 pour que le monde commence à le comprendre. Maintenant, il va peut-être commencer à chercher d'autres voies.

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04 octobre 2009

L'Union Européenne n'est pas démocratique !

Cela faisait quelques temps que je n'avais plus guère d'illusions mais le référendum irlandais a définitivement fini de me convaincre : les institutions européennes ne sont pas démocratiques. On ne peut pas dire que se soit vraiment une dictature, la liberté d'expression et l'état de droit, même s'ils subissent de nombreuses attaques,  sont encore la règle. Mais il me semble que parmi les principes fondamentaux d'une démocratie il y a la possibilité pour les citoyens de choisir leurs dirigeants et les politiques menées, cette dimension là est particulièrement bafouée au sein de l'Union Européenne (mais aussi de certaines démocraties occidentales). Nous en sommes dans un entre deux qui dérive dangereusement vers une diminution des libertés.

Plusieurs pays ont la possibilité de passer par la voie référendaire pour des questions importantes, notamment celles concernant les questions institutionnelles. La France, les Pays-Bas et l'Irlande ont récemment fait ce choix. Dans les 3 cas les peuples ont répondu à la négative à la question posée. Il va de soit que ces 3 refus auraient dûs bloquer toutes les réformes et obliger les dirigeants à trouver de nouvelles voies prenant en compte les souhaits des peuples.

Las, ce n'est pas ce qui été fait. Les gouvernants, avec le président français à leur tête, ont décidé de faire passer une version allégée du traité refusé par les Français et les Néerlandais. Mais cette fois-ci, c'est la voie parlementaire qui a été choisie, bien moins risquée apparemment que de questionner le peuple. Alors évidemment les esprits taquins répondront que le Parlement est la représentation du peuple. Il ne s'agit là que d'une vue de l'esprit. En France comment peut-on dire que l'Assemblée nationale représente les Français quand les médecins, les professions libérales, les hauts fonctionnaires sont surreprésentées ? Le Parlement peut-il être représentatif quand il y a si peu de femmes, pas ou presque de jeunes, d'ouvriers, d'agriculteurs, et je ne parle même pas des minorités visibles ?

Le référendum irlandais est lui aussi exemplaire d'un déni de démocratie. Le peuple d'Irlande a choisi de dire non au trité de Lisbonne. Je m'en suis réjoui en son temps, même si je ne fais pas miennes la plupart des raisons de ce vote négatif. Peu importe ce vote, le gouvernement de Dublin a donc choisi de faire revoter son peuple, afin d'obtenir la réponse adéquate. Le prétexte était que l'Union européenne avait donné des garanties. Soyons sérieux, garantir l'interdiction de l'avortement ou la neutralité de l'Irlande ne coûte pas beaucoup d'effort à Bruxelles et ne modifie en rien l'aspect libéral du traité de Lisbonne. Le oui l'a donc largement emporté, et il ne pouvait en être autrement vu que tous les partis politiques, tous les médias ont fait un battage extraordinaire jouant comme toujours sur les peurs.

La voix du peuple ne compte pas, et pour cause, le peuple n'a aucune influence sur les décisions qui sont prises à Bruxelles. Le parlement de Strasbourg n'a que peu de pouvoirs, et on peut s'interroger sur le poids d'un parlement élu dans l'indifférence générale. C'est la commission européenne et son président qui concentrent le pouvoir de décision, en accord avec les chefs d'état. Mais Mr Barroso, l'actuel président très contesté n'est pas élu par le peuple. Surtout, les membres de la commission qui décident de toutes les règles en matière de droit du commerce ou du travail, subissent des pressions permanentes. Il n'est qu'à voir les rues adjacentes au siège de la commission à Bruxelles elles sont remplies d'immeubles avec les bureaux des lobbies représentant les grandes industries. C'est là, dans ces bureaux ques les vraies décisions sont prises, c'est là qu'est le vrai pouvoir.

Non respect du choix des électeurs, absence totale de représentativité des élus du peuple et le vrai pouvoir au mains des industriels qui poussent en permanence vers plus de libéralisme, le tableau est sombre. Et la question que je me pose aujourd'hui, et je suis sûr que je ne suis pas le seul, est la suivante : ne faudrait-il pas quitter cette union là, pour tenter d'en reconstruire une autre, une union pour et par les peuples ?

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28 septembre 2009

Les élections législatives au Portugal : comme un écho venu d'Allemagne.

Les médias se sont focalisés, à juste tire, sur les élections allemandes, donnant l'impression d'oublier que le Portugal votait lui aussi. Certes les résultats dans ce petit pays ne vont pas modifier la donne européenne voire internationale, mais ils sont intéressants à cause de ce qu'ils indiquent, surtout si on les met en parallèle avec les élections allemandes.

Oui, la différence majeure entre les deux pays, c'est qu'au Portugal le parti socialiste l'emporte, là ou la droite triomphe en Allemagne. Pourtant les similitudes sont nombreuses, elles devraient d'ailleurs se confirmer dans d'autres pays qui votent prochainement, et annoncent probablement un retour des idéologies, ou du moins d'une gauche beaucoup plus radicale et combative.

Tout d'abord, on constate que dans les deux pays, l'abstention est en forte augmentation, et que celle-ci touche en priorité les classes populaires et l'électorat de gauche.

Ensuite, même si José Socrates le premier ministre socialiste sortant est en tête, son parti perd presque 10 points et n'a plus la majorité absolue. Cette chute est équivalente en Allemagne. Au Portugal, le gouvernement socialiste a mené des réformes que l'on peut qualifier de très libérales (privatisations, augmentation de l'âge de la retraite), bref un programme que ne renierait pas la droite. Outre-Rhin, le SPD est même allé jusqu'à partager le pouvoir avec la droite. Dans les deux cas, la ligne de partage entre gauche et droite et de plus en plus ténue, et dans les deux cas la gauche a été sanctionnée pour ses abandons idéologiques.

On constate aussi que la chute des socialistes ne profite pas à la droite, car même si en Allemagne Mme Merkel l'emporte, le score de la CDU reste un des plus faibles jamais obtenu. Il faut y voir les conséquences de la crise et le rejet des politiques qui ont mené à cette crise. A l'inverse les partis de centre droit progressent fortement, en ce qui concerne le FDP allemand, on peut considérer que c'est parce qu'il ne figurait pas dans la grande coalition.

Pour autant, le véritable enseignement, c'est la forte percée de l'extrême-gauchel'extrême-gauche. 12,5 % pour Die Linke en Allemagne, 18 % si on additionne les scores du Bloc de Gauche et du parti communiste au Portugal. Dans les deux cas, beaucoup plus qu'un vote d'adhésion, il s'agit d'un message envoyé aux partis de gauche dits de gouvernement : assez de politiques libérales qui font la part belle aux grandes entreprises.

On sent bien en France que l'état d'esprit de l'opinion publique est presque similaire. Le rejet de la politique de Mr Sarkozy est patent, tout comme l'est celui des socialistes, non pas à cause de leur propositions mais parce que l'on voit de moins en moins ce qui les différencie réellement de la droite. En France comme en Europe, nous venons de rentrer dans une nouvelle ère.

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27 septembre 2009

Les enseignements à tirer des élections allemandes

Les allemands ont voté ce dimanche, et le résultat est conforme à ce que prédisaient les sondages : les conservateurs alliés aux libéraux ont désormais la majorité absolue, c'est donc la fin de la grande coalition qui voyait la gauche gouverner avec la droite. Mais au delà des chiffres bruts, il y a beaucoup à retenir de ce scrutin.

Le premier étant évidemment la déroute du SPD, qui perd 11 points par rapport à 2005. Le message envoyé par les électeurs est clair. La gauche à force de copier la droite a fini par gouverner avec elle. Dans la tête de beaucoup de personnes aujourd'hui, les deux se confondent, mais en politique il y a une une règle d'airain : l'original vaut toujours mieux que la copie, et par conséquent plutôt que d'avoir une droite qui ne dit pas son nom, les allemands ont préféré la droite, la vraie.

La deuxième chose à retenir, c'est que la victoire d'Angela Merkel est une victoire par défaut. Son parti perd presque deux points par rapport à 2005, ce qui constituait déjà un plus bas historique. On peut donc dire qu'il n'y a pas l'adhésion des allemands au programme la chancelière, on pourrait même parler de rejet si le score surprenant des libéraux ne venait brouiller le message.

Et c'est là le troisième enseignement que nous ont livré nos voisins germaniques : malgré la crise et ses conséquences désastreuses, les libéraux résistent plus que bien. Peut-être peut-on expliquer ce résultat par le record d'abstention, laquelle se retrouve traditionnellement dans les classes les plus populaires qui votent peu pour les libéraux.

Enfin, et à mon avis s'il ne fallait retenir qu'une seule chose, se serait celle-ci : l'excellent de Die Linke, qui avec 12,5 % devient une force incontournable à gauche. Qu'on ne s'y trompe pas , ce n'est pas Die Linke qui fait perdre le SPD, mais au contraire, l'errance idéologique du SPD qui fait le succès de ce nouveau parti. Les allemands de gauche, (et pas seulement eux, d'autres résultats similaires devraient suivre bientôt en Europe) en cette période difficile et d'attaques multiples contre les acquis sociaux, ont besoin de repères idéologiques et d'être défendus par des gens de conviction.

Evidemment, en découvrant ces résultats, j'ai beaucoup pensé à la France. L'UMP, qui représente désormais la droite à elle seule est particulièrement faible. Pourtant, la division de la gauche, et surtout le désarroi du PS font que l'UMP domine la vie politique de ce pays. A mon avis, comme en Allemagne, l'émergence d'une nouvelle force à gauche plus radicale, peut seule permettre au PS, (ou au SPD allemand de rebondir en ce qui concerne nos voisins), et de revenir au pouvoir. J'espère que les Besancenot, Buffet et consorts feront cette lecture et feront en sorte de créer enfin ce front de gauche que des centaines des milliers de personnes attendent.

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07 avril 2009

Oui à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne !

Barack Obama en se prononçant pour l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne a rouvert ce vieux débat dans notre pays. Il est clair que je trouve curieux qu'un président étranger, même celui de la première puissance économique mondiale, se permette d'intervenir dans un débat interne à l'Union Européenne. Peut-être faut-il voir ici la concession faite au premier ministre turc pour qu'il accepte de soutenir le candidat soutenu par Washington à la tête de l'OTAN. Pour autant, je suis en total accord avec ses propos, et une fois de plus en complète opposition avec notre président.

D'ailleurs en ce qui concerne Mr Sarkozy, s'opposer à l'entrée de la Turquie à quelques mois des élections européennes est un moyen pratique de récupérer quelques voix, au risque de flatter certains sentiments racistes et xénophobes.

Cependant il me semble qu'il y a de nombreuses raisons tant économiques que politiques ou géostratègiques d'intégrer la Turquie.

1) La situation géographique de la Turquie fait d'elle le passage obligé entre l'occident et l'orient. De fait, toute politique proche-orientale passe par Ankara. Intégrer la Turquie permettrait à l'Union Européenne de peser dans le conflit israëlo-palestinien, et de faire contre-poids à la puissance américaine dans la région.

2) Permettre à un pays à majorité musulmane de s'ancrer durablement dans l'Union Européenne serait un formidable message d'espoir aux musulmans du monde entier, et accessoirement à ceux qui vivent chez nous et ont parfois le sentiment d'être considérés comme des citoyens de seconde zone.

3) Bien que musulmane, et ayant une grande partie de son territoire sur le continent asiatique, la Turquie s'est toujours tournée vers l'Europe. L'histoire de l'empire Ottoman est là pour nous le rappeler.

4) Bien que la situation actuelle entre nos deux pays se soit légèrement tendue, du fait même des prises de position deMr Sarkozy, la Turquie est un pays francophile avec lequel la France a toujours entretenue des relations privilégiées.

5) La Turquie est un pays démocrate qui a démontré que l'Islam était compatible avec la démocratie.

6) Certes la question des droits de l'homme, les problèmes kurdes ou chypriotes constituent des obstacles. Toutefois, il ne faut pas oublier que l'Espagne ou le Royaume-Uni sont dans l'Union alors même que l'Irlande du Nord ou le Pays Basque ont été en situation de quasi guerre civile. En outre, il ne faut pas oublier que des droits fondamentaux pour les femmes, tels que l'avortement ou le divorce ne sont toujours pas reconnus dans certains pays, contrairement à la Turquie.

7) La Turquie est un pays qui pratique une conception de la laïcité proche de la notre. Ce ne peut-être qu'un soutien tant les attaques contre celle-ci sont nombreux, particulièrement de la part d'une Europe qui ne comprend pas notre attachement à cette valeur et qui essaie d'imposer de prétendus fondements chrétiens dans de futurs textes constitutionnels.

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09 décembre 2008

Comprendre ce qui se passe en Grèce.

La mort d'un jeune de 15 ans samedi dernier, tué par la police lors d'échauffourées, a emflammé la capitale grecque. Désormais les violences ne font que s'étendre puisque toutes les grandes villes sont touchées, même les iles réputées plus calmes. Evidemment, ce n'est pas la mort de ce jeune homme qui provoque cette soudaine explosion. Tout cela n'est que le fruit d'un malaise profond de la société grecque.

En premier lieu, la Grèce est un des pays les plus pauvres de l'Union européenne, qui n'a pas bénéficié comme l'Irlande d'un boum économique. Le pays continue de payer les Jeux Olympiques d'Athènes en 2004, et l'économie est en chute libre, en récession depuis plusieurs mois.

Dans ce contexte économique difficile, la droite libérale au pouvoir mène une politique de régression sociale très impopulaire : réforme des retraites, privatisations, le tout accompagné d'une forte baisse du pouvoir d'achat. Si on rajoute à cela de forts soupçons de corruption sur des membres du gouvernement, ainsi que le souvenir cuisant de l'impuissance du pouvoir lors des incendies meurtriers de l'été 2006, on comprend qu'il suffise d'une étincelle pour embraser le pays. Mais ce n'est pas tout, l'opposition socialiste qui a gouverné pendant 10 ans jusqu'en 2004, est en pleine reconstruction, et en Grèce comme ailleurs, à la recherche d'un programme.

Cependant, la différence des émeutes grecques avec celles qu'à connu la France à l'automne 2005, est que celles-ci sont parties des quartiers universitaires où réside une jeunesse très fortement touchée par le chomage, mais surtout très politisée. Les groupes anarchistes ont une réelle influence dans les universités grecques. Malgré tout, c'est la colère sociale et l'extension de la révolte a l'ensemble de la société grecque que craint le gouvernement. Il faut dire que les manifestations violentes des jeunes sont loin d'être impopulaires.

Une jeunesse mal en point, des réformes impopulaires, une opposition inexistante, une crise économique et sociale de grande ampleur, un pouvoir corrompu et coupé des préoccupations quotidiennes, toute ressemblance totale ou partielle avec d'autres pays européens est donc à méditer.

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26 octobre 2008

Grande manifestation de la gauche italienne.

Ce qui s'est passé hier après-midi à Rome met du baume au coeur à tous ces gens de gauche qui continuent à croire que l'on peut changer le monde, même de ce côté-ci des Alpes.

Du point de vue politique, il y a de multiples similitudes entre nos deux pays. L'Italie comme la France est confronté à un pouvoir de droite dure, et là-bas comme ici, les gouvernants procèdent à un démantèlement des services publics et du droit du travail. De plus, la France n'est pas très éloignée de la situation de la presse italienne, où Mr BerlusconiBerlusconi contrôle directement ou indirectement la plupart des grands médias italiens. Chez nous, ils appartiennent à des proches du président et le service public télévisé est en pleine refonte. Enfin, des deux côtés, l'opposition est aphone, sans projet politique.

Alors, le moins que l'on puisse dire, c'est que le succès incroyable de la manifestation contre la politique de Mr BerlusconiBerlusconi, rassemblant plus de 2 millions de personnes fait du bien au moral. D'autant plus qu'elle arrive alors que les sondages donnent des scores incroyables en faveur du président du conseil italien.

Mais que la gauche italienne et Mr Veltroni en particulier ne s'y trompent, cela ne les exonèrent en rien de leurs responsabilités. La gauche italienne n'a toujours pas de programme. Cette manifestation traduit surtout l'inquiétude d'une partie du peuple et sa volonté de voir menées enfin de vraies réformes de gauche, allant vers plus de protections et droits pour les salariés.

Certes, Mr Veltroni dans son discours a été porté par les milliers de personnes présentes, mais les questions demeurent : le Parti Démocrate Italien, à l'instar du parti socialiste Français ne fait de la fin du capitalisme un préalable, tout juste veut-il le transformer, et la les gauches des deux pays sont en panne de leaders.

Les centaines de milliers de manifestants de ce samedi mettent surtout en lumière le décalage entre les attentes d'une partie de la population et l'offre politique. Tout comme Mr Prodi avant lui, ou les différents candidats à la succession de Mr Hollande en France, Mr Veltroni n'a pas de modèle alternatif à proposer, et pour cause, s'il rejette la politique actuelle, c'est surtout sur la forme, rarement sur le fond.

En Italie comme en France, il existe un espace réel pour une vraie gauche de combat. Les manisfestants d'hier où la montée du futur NPA en sont la preuve. Il devient cependant urgent de combler ce décalage entre le peuple et les politiques.

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13 juin 2008

Vive l'Irlande !

Voilà, c'est quasiment sur maintenant, les Irlandais ont voté non au référendum sur le traité de Lisbonne. Ce texte est celui négocié par Nicolas Sarkozy et qui reprend en grande partie le traité constitutionnel rejeté par les Français. On ne peut donc que se réjouir que, même de manière indirecte, la voix du peuple de France soit respectée.

Ce nouveau refus plonge encore l'Europe dans l'incertitude. Il est quand même étonnant de voir qu'à chaque fois ou presque que les peuples ont été amenés à se prononcer par voie référendaire sur l'évolution de l'Europe, ils ont répondu négativement. Les Européens ne veulent pas de la dérive libérale de l'Union Européenne (même si en Irlande comme en France le vote non est multiforme et qu'il n'y a pas que la composante anticapitaliste).

Pourtant, il semble qu'à Bruxelles ont réfléchisse à une solution pour contourner le vote irlandais. Pourtant, les dernières directives de la commission vont encore dans le sens du libéralisme (particulièrement l'autorisation de travailler jusqu'à 65 heures par semaines contre 48 actuellement). Tout se passe comme si les élites, sous la pression des divers lobbies, ne pouvaient plus entendre la voix des populations qu'elles devraient représenter. Mais qui sont censés représentés les commissaires européens qui ne sont élus par personne ?

Mais que se soit en Irlande aujourd'hui ou en France et aux Pays-Bas hier, il ne s'agit pas d'un rejet de l'Europe. Bien au contraire. Ce que veulent les gens, c'est plus d'Europe, mais une Europe qui les protégerait contre les délocalisations, qui leur donnerait des réponses quant aux pertes de pouvoir d'achat. L'Union Européenne apparaît aujourd'hui comme anxiogène, souvent comme la source des problèmes de la société. Il faut sortir de cette spirale du rejet en dotant l'Europe de vrais pouvoirs en matière sociale. Malheureusement, il y a peu à attendre des principaux dirigeants européens en ce domaine.

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15 avril 2008

La gauche a perdu les élections en Italie.

Les élections générales viennent d'avoir lieu en Italie, et le désolant verdict en est que pour la troisième fois, Silvio Berlusconi, l'inventeur du Bling-bling, le roi du conflit d'intérêt va diriger la péninsule italienne. Mais dans un pays qui connaît une grave crise économique, politique et sociale, à l'intar de ce qui se passe en France, il m'a semblé intéressant d'analyser les résultats et de voir ce qu'ils pouvaient enseigner aux autres européens.

Tout d'abord, il est à noter que l'abstention est en forte hausse, ce qui est un signe sinon de rejet, du moins de défiance à l'égard des politiques. Comme en France en 2002 ou en Allemagne après l'épisode Schröder, cette montée de l'abstention intervient après un épisode où la gauche était au pouvoir. Et dans les trois cas, mais on pourrait en trouver d'autres (Clinton par exemple), ce qui a caractérisé ces gouvernements, c'est leur alignement sur les politiques libérales, poussant une partie de leur électorat vers l'abstentionnisme.

L'autre fait marquant de ce scrutin, est le bipartisme qui désormais règne en Italie. Dans un pays qui s'est toujours caractérisé par l'éparpillement des voix et par des majorités incontrôlables, il s'agit d'une énorme nouveauté. Malheureusement, il ne s'agit pas de deux partis frontalement opposés, puisque les programmes étaient très proches. Beaucoup plus qu'un débat d'idées, cette élection a été un combat d'hommes. Comme en France, aux Etats-Unis, en Espagne ou dans la plupart des pays occidentaux. La doctrine libérale ne fait plus débat, elle est désormais acceptée par tous, partout, tout juste s'écharpe-t-on désormais sur le degré d'enfoncement dans ce libéralisme.

Le pendant du bipartisme, est la quasi disparition de toutes les autres petites listes, et particulièrement de l'extrême-gauche et de parti communiste. C'est un véritable tournant pour ce pays. Mais là aussi la comparaison avec la France est pertinente. Quand le PCF où les communistes italiens acceptent d'aller au pouvoir dans des coalitions hétéroclites, ils en sortent toujours laminés. Les faits montrent qu'au final ils pèsent peu sur les politiques menées et sont confrontés à un dilemme : se renier et trahir une partie de leur électorat, ou bien apparaître comme les diviseurs. Le succès de Die Linke en Allemagne ou la montée du parti de Besancenot en France, qui sont sur des positions de non compromission et non alignement avec les partis de gouvernement montrent bien que l'espace contestataire à gauche existe.

La victoire de Silvio Berlusconi enfin, à l'instar de Bush, Sarkozy, ou Merkel, elle s'est d'abord construite sur l'échec de la gauche et sur l'incapacité de celle-ci à construire une alternative crédible au libéralisme mondialisé, et à protéger les populations les plus vulnérables sensées être le coeur de son électorat. En plébiscitant les candidats de la Ligue du Nord, parti réactionnaire, autonomiste et antiéuropéen, les électeurs italiens signifient bien qu'ils ne donnent pas un blanc-seing à Berlusconi. Mais ici comme ailleurs, faute de propositions constructives et concrètes de la gauche, c'est toujours le plus populiste des candidats qui l'emporte (fut-il soi disant de gauche, comme Blair en Angleterre).

Ce qui est étonnant, c'est que scrutin après scrutin, pays après pays, les leçons sont toujours les mêmes, les électeurs attendent de la gauche qu'elle soit de gauche. On peut même penser que normalement elle devrait avoir des boulevards électoraux devant elle. Pourtant ce n'est pas ce qui se passe, et en France comme ailleurs les dirigeants socialistes s'échinent à faire des appels du pays au centre. Alors que la voie à suivre semble claire, il faut cesser de donner des gages aux plus libéraux, et rééquilibrer les pouvoirs économiques dans un sens de plus d'équité et de partage avec les salariés.

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31 mars 2008

Et si la France ne s'opposait pas à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne ?

On le sait, une majorité de Français (à tort à mon avis, mais je l'ai déjà expliqué sur ce blog), sont hostiles à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. A tel point que Jacques Chirac, pourtant fervent partisan de cette adhésion, a cru bon de faire modifier la constitution pour rassurer le peuple français. Désormais, les textes indiquent que chaque nouvelle adhésion sera soumise à référendum, par les Français.

De son côté, Nicolas Sarkozy, en tant que ministre de l'Intérieur n'a eu de cesse de s'opposer au chef de l'Etat contre la présence éventuelle de la Turquie au sein de l'Union. Mieux, il a fait de ce refus un des arguments de sa campagne électorale. Et une fois élu, il a clairement signalé à nos partenaires européens son désaccord.

On peut donc s'étonner que la suppression du référendum obligatoire figure dans le projet de réforme de la constitution que les parlementaires vont probablement voter cet été. Cela ne veut absolument pas dire que Nicolas Sarkozy accepte maintenant la Turquie, mais on peut seulement remarquer qu'il enlève là un des obstacles. A titre personnel je m'en réjoui, mais je me pose la question de la cohérence politique, et du message envoyé aux Français. N'y a-t-il pas là comme un début de reniement d'une promesse électorale ?

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