rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

21 novembre 2009

Point sur les élections régionales.

A quatre mois des élections régionales, et avant de commencer un petit focus régions par régions, il me semblait intéressant de faire un petit point sur la situation nationale, et de voir où en étaient les forces en présence.

La première inconnue de ce scrutin sera la participation. Alors que comme en 2004, tout le monde déplore le peu d'intérêt apparent des Français, je fais au contraire le pari que les électeurs répondront présent. Cela pour au moins deux raisons. La première, parce que l'électorat de droite reste mobiliser autour de la politique du président qu'il soutien. La seconde, parce que les régionales constituent la seule occasion qu'auront les Français avant les présidentielles d'exprimer leur colère, si tant est qu'ils en aient une comme je le crois. La participation devrait donc être forte.

Pour appréhender la situation, je propose de diviser le spectre politique en 5 grands camps, lesquels abordent le scrutin de façon très diverses.

La gauche radicale : Avec la crise, le rejet de la droite et les divisions au PS, elle devrait avoir le vent en poupe. Las, faute de pouvoir s'entendre sur une stratégie commune, et ce essentiellement à cause de l'incapacité qu'a le PCF de tourner le dos à ces alliances passées avec le PS (il est vital pour lui de conserver ses élus), ce camp se rend à la bataille fortement divisé. Certes, comme d'habitude, Lutte Ouvrière y va seule, et devrait une fois de plus faire un score marginal. A l'inverse le NPA et l'alliance du Front de gauche devraient se retrouver avec des scores autour de 5% chacun, ce qui prouve leur potentiel électoral. on comprend la déception des partisans d'une ligne de gauche radicale, car une alliance, accompagnée d'une dynamique aurait certainement permis à cette gauche d'être présente au second et d'imposer une autre politique au PS. Malheureusement, ce sont encore les combats de boutique qui l'ont emporté, et comme toujours les électeurs qui en font les frais.

La gauche dite de gouvernement : Pour résumer, il s'agit essentiellement des socialistes et des écologistes, lesquels partent sur des dynamiques opposées. Le PS est toujours englué dans ses divisions et ses combats de chef. Pour autant, contrairement aux élections européennes, il s'agit ici d'une élections à deux tours. Au premier, un léger effet "vote utile" devrait lui permettre de limiter la casse face à la concurrence des verts, du MODEM, et du Front de gauche. Au second tour, si les reports se font bien, la France entière devrait constater que l'UMP a eu une victoire à la pyrrhus aux régionales, et que la France penche à gauche. Pour les écologistes, la situation est très différente. Surfant sur leur bon score aux européennes et sur un climat d'inquiétude autour des questions environnementales, ils sont sur une excellente dynamique. Ils devraient même pouvoir se retrouver en tête de la gauche dans certaines régions, et revendiquer la présidence de certains exécutifs. Toutefois, leur stratégie aléatoire qui pousse certains à vouloir s'allier même avec la droite, devrait raviver les tensions,  de même que les appétits qui ne vont pas manquer de naître. Le premier tour devrait être un succès pour eux, le second s'annonce comme stratégiquement périlleux.

Le Centre : Je parlerais ici surtout du MODEM, puisque le Nouveau Centre n'est qu'un avatar de l'UMP. La situation du parti de François Bayrou n'est pas très réjouissante. Depuis les européennes, la perception qu'ont les Français du leader centriste a évolué. Il apparaît désormais comme un ambitieux, à l'instar de Nicolas Sarkozy, et son projet se fait de plus en plus flou. En outre, la stratégie du ni droite ni gauche qui séduisait bon nombre de Français jusque là, ne semble plus aussi évidente, et les tentatives de rapprochement avec la gauche devraient effrayer certains électeurs. François Bayrou joue ici une de ses dernières cartouches, il aurait beaucoup de mal à se relever d'un nouvel échec.

La Droite : En rassemblant toutes les composantes ou presque de la droite bien avant le scrutin, Nicolas Sarkozy permet à son camp de se présenter uni au premier tour. Le contraste est grand avec l'image donnée par la gauche. Cette stratégie devrait s'avérer payante au premier tour, et devrait être propre à enclencher une dynamique de second tour, qui pourrait limiter les dégâts. Toutefois, le danger de rassembler trop largement au premier tour est qu'il n'y a plus de réserves de voix pour le second tour, lequel devrait nous renseigner sur l'impact réel de l'impopularité de exécutif et sur les chances réelles du président de la République en 2012. Il y a toutefois des signes qui ne trompent pas, alors qu'il y a 6 mois, les principaux leaders de l'UMP pensaient ravir 5 à 6 régions, ils se contentent désormais officieusement d'une ou deux. Ce qui n'est même pas sûr.

L'extrême-droite : donnée moribonde par tout le monde, elle peut encore constituer un vrai danger pour la droite dans certaines régions où elle semble capable d'atteindre les 10 % nécessaires pour se maintenir au second. Et ce, d'autant plus que certains des électeurs frontistes séduits par Nicolas Sarkozy pourraient être tentés par un retour au bercail, histoire d'envoyer un message avant 2012. De plus, les divisions de la gauche radicale ne lui permettent pas de surfer sur la colère ambiante, exercice pour lequel le Front National a par le passé montré qu'il était doué. Donc, attention, s'il y a une surprise à attendre, elle peut se produire de ce côté-ci de l'échiquier.

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04 décembre 2008

Faible participation et hausse des syndicats les plus revendicatifs aux élections prud'homales.

Ne nous voilons pas la face, la très faible participation aux élections prud'homales, dans un contexte de crise aigües, est une vraie déception. D'autant plus que les conseils de prud'hommes, spécificité française unique en Europe, sont vraiment un outil formidable pour faire respecter le droit des travailleurs, dans un pays où ils sont autant méconnus que bafoués.

On peut voir de multiples explications à cette abstention massive, comme la conséquence logique du faible taux de syndicalisation dans ce pays, ou la méconnaissance par nombre de salariés de ce que sont les Prud'hommes et à quoi ils servent. D'ailleurs, leur dénomination peu claire n'encourage pas à la compréhension. Mais, cependant, je vois deux raisons majeures au peu d'intérêt suscité par le scrutin.

La première réside dans l'attitude des syndicats, obnubilés par les élections au moment même où les salariés subissent de plein fouet la récession et ses corollaires : montée du chômage, de la pauvreté, gel des salaires, etc. On a peu entendu les leaders syndicaux s'exprimer sur la crise, laissant l'impression d'une véritable déconnexion entre les angoisses des Français et les réponses syndicales.

La seconde est plus insidieuse et concerne le gouvernement. Si on a beaucoup vu l'ineffable ministre du travail Xavier Bertrand appeler au vote la dernière semaine, c'est probablement pour masquer que bien peu a été fait pour encourager les salariés à se déplacer. Quelques jours de communication pour faire comprendre un scrutin complexe, c'est bien peu. De même, on s'aperçoit que partout ou des bureaux de vote ont été installés dans les entreprises, la participation dépasse les 50%. Pourquoi cela n'a-t-il pas été généralisé ? Il faut évidemment relier cela aux attaques régulières dont sont victimes les Conseils de Prud'hommes ces dernières années de la part du gouvernement : fermetures de tribunaux, baisse sensible des moyens de fonctionnement. Je ne suis pas sûr que cette institution ait réellement l'aval du pouvoir et que cette faible participation ne soit pas finalement vue d'un bon oeil en haut lieu.

Pourtant, même s'il y a eu peu d'électeurs, il y a quand même eu un scrutin ; et les résultats sont intéressants. Si la CGT reste le premier syndicat Français avec 34 %, pour la première fois depuis 1979, son score est en hausse. De même, les groupes Solidaires, même s'ils n'obtiennent que 4 % font une percée significative à l'échelle nationale. Le message qu'ont donc voulu envoyer une part importante des salariés est qu'il faudra donc compter sur eux pour défendre leurs droits malgré la crise. A l'inverse, tous les autres syndicats dits réformateurs sont en baisse, et particulièrement la CFDT, qui paye ses différentes trahisons et le manque de lisibilité de sa ligne (Chérèque ces derniers jours avait un discours bien plus offensif que d'habitude). Enfin, il semble que les patrons aient sensiblement plus voté. Je n'en connais pas les résultats, mais peut-être peut on y voir un signe d'une fronde contre l'hégémonie du MEDEF. Si tel était le cas, se serait une bonne nouvelle.

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02 décembre 2008

Elections européennes : la recomposition générale.

A 6 mois des élections européennes, il m'a semblé intéressant de faire un point dans un paysage politique qui s'annonce profondément bouleversé.

Comme toujours, il est à craindre pour ce scrutin un fort taux d'abstention. Pourtant, les élections européennes sont probablement celles qui influent le plus sur notre vie puisque 80 % des lois françaises se décident là. Cependant, le mode de scrutin (compliqué et à caractère national) ainsi que la propension des politiques à accuser l'Europe de tous leurs manques, font que les Français s'en désintéressent.

Malgré cela, ce scrutin s'annonce instructif, parce que la présidentielle de 2007 a singulièrement bougé les lignes, mais aussi parce que d'ici 2012, il y aura bien peu d'élections pour juger l'état des forces politiques.

A droite tout d'abord. Malgré un rejet de sa politique par la population, l'UMP devrait s'en sortir assez bien, et ce pour plusieurs raisons. D'une part, parce que le score de 2004 fut particulièrement mauvais, par conséquent celui de 2009 sera meilleur. Ensuite parce que les divisions du Front National lui profitent. Ce dernier devrait encore subir un revers important. Enfin, l'UMP va tirer profit de l'état du PS et de la division de la gauche. Cependant, attention, l'apparition d'un nouveau parti, Debout la République, qui bénéficie de l'image de gaulliste intègre de son leader (Nicolas Dupont-AignanDupont-Aignan) peut capitaliser sur les déçus du sarkozysmesarkozysme et sur ceux qui sont réticents face à l'Europe.

De même, il ne faut pas oublier le MODEM. Certes le parti de François Bayrou est plus isolé que jamais, mais lui aussi devrait bénéficier du vide idéologique du Parti socialiste. Et surtout, parce que les positions de François Bayrou sur l'Europe ont toujours été claires et n'ont jamais variées, ce scrutin lui est en général favorable.

La situation à gauche est beaucoup plus complexe, avec un Parti Socialiste malade de ses divisions qui va aborder l'échéance en très mauvaise posture. Mais comme si ses divisions internes ne suffisaient pas, il va devoir affronter une triple concurrence. Celle du MODEM évidemment, mais aussi celle des verts qui pour une fois se présentent unis avec une tête de liste populaire (Cohn-Bendit).

Mais le vrai danger pour le PS, sera l'attitude de l'extrême gauche. Le NPA d'Olivier Besancenot monte en puissance depuis plusieurs et pourrait cristalliser la colère de nombreux électeurs de gauche. Cependant, la présence du Parti de Gauche de Jean -Luc Mélenchon vient troubler le jeu. De la capacité des forces de gauche de se rassembler et de partir ensemble à la bagarre électorale dépendra en grande partie le sort de ce camp. Si l'alliance du Parti de Gauche avec le PCF ne fait aucun doute, le ralliement du NPA pourrait profondément modifier la donne électorale et placer les listes de cet attelage devant le Parti Socialiste. Cela obligerait ce dernier à modifier son discours et à abandonner sérieusement ses velléités d'alliances avec le MODEM.

J'ai le sentiment que cette élection pourtant boudée des électeurs pourrait définir les grandes lignes de la future présidentielle. A mon sens, ce qui va se jouer à gauche va être la clef de voûte des affrontements futurs, que se soit dans les urnes ou dans la rue.

PS : je voudrais juste faire un petit retour sur la législative partielle d'Arcachon. Cette circonscription, à droite depuis 2 législatures, vient de revenir à un PS moribond. Certes, le candidat socialiste profite de la situation locale ubuesque (la députée élue en 2007 a préféré laissé son siège pour un autre plus confortable au Sénat, se moquant ainsi délibérément des électeurs), mais cela en dit surtout long sur l'état de popularité réelle du chef de l'état. Et sur la crédibilité des sondages d'opinion.

21 mars 2008

Bilan succint et subjectif des élections municipales et cantonales

Afin d'éviter toute forme de malentendu, je le dis d'emblée, je me réjouis de la victoire de la gauche à ces élections, et encore plus de la défaite de la droite. Encore faudrait-il savoir de quelle gauche il s'agit, car très souvent au Parti Socialiste, l'étiquette politique est la seule chose qui distingue les candidats de la droite, tant les programmes sont parfois proches.

Mais, voilà, le premier enseignement est bien celui-ci : les Français ont bien voulu lancer un avertissement à la droite, contre l'attitude du chef d'Etat, mais aussi et surtout contre la politique du gouvernement. Certes, des considérations locales, des divisions et parfois des phénomènes d'usure peuvent expliquer certaines défaites. Mais quand tant de maires sortant de droite sont battus, on ne peut se contenter comme le fait la droite de parler de scrutin à caractère local. A nier l'évidence du camouflet infligé par les Français, à ne pas vouloir en tirer les conséquences autrement que par un simili remaniement ministériel, le gouvernement se prépare sans aucun à de nouvelles difficultés sociales.

Le second enseignement est qu'à chaque fois que la droite gouvernementale est contestée dans le pays, la gauche apparaît comme une valeur refuge. Ce fut déjà le cas aux régionales de 2004. Cependant, le parti socialiste aurait tort de se réjouir, car en filigrane, sont inscrites un certain nombre de menaces pour lui. Tout d'abord, la forte abstention laisse penser que si l'électorat de gauche s'est bien mobilisé, celui de droite s'est abstenu. Le PS n'a donc pas pour l'instant regagner du terrain sur l'UMP en matière de préférence électorale. Mieux, les bons scores de l'extrême gauche et des verts ainsi que la surprenante résistance du Parti Communiste indiquent clairement qu'une partie des électeurs de gauche cherchent désormais des solutions en dehors du PS. L'enjeu pour celui-ci sera donc d'apparaître comme un parti de rassemblement. Enfin, malgré ce succès, le PS est toujours un parti sans boussole, sans leader, sans programme. Et les 4 années qui nous séparent de la prochaine présidentielle ne seront pas de trop pour apparaître crédible.

Le troisième enseignement est celui de l'échec de la stratégie du MODEM. Celui-ci, en se coupant de ses attaches traditionnelles à droite a cru pouvoir se créer un espace au centre de l'échiquier. Malgré les bons scores réalisés par les candidats du MODEM dans les grandes villes au premier tour, les atermoiements du second tour, la défaite de Bayrou, et les alliances par intérêt font craindre le délitement de ce parti, ou en tout cas un gros déficit en matière de crédibilité. Le plus grave, c'est que les Français ont souvent eu l'impression que les candidats MODEM se ralliaient non pas en fonction de leurs convictions, mais en raison des postes intéressants à glaner. Cela ne peut que contribuer à éloigner un peu plus les Français de la politique, ce qui est quand même préoccupant pour un parti qui voulait réhabiliter l'action politique.

Enfin, pour terminer ce court bilan, je vais faire un peu d'anticipation politique. Mais il est intéressant de constater que pendant des années le curseur politique s'est déplacé sur la droite, les principaux partis politiques, mais surtout l'UMP faisant la chasse aux électeurs du FN. Or, la chute électorale de celui-ci fait que l'UMP n'a plus de réserves sur sa droite, et est donc obligée d'aller chercher les voix qui lui manque sur sa gauche. De même, le PS se focalise pour l'instant sur les électeurs du MODEM. Mais là aussi, c'est sur sa gauche qu'une parti de son avenir politique se joue. La montée de la LCR, portée par la figure emblématique d'Olivier Besancenot peut s'avérer problématique pour lui. Il s'agit d'un électorat moins enclin aux concessions que les centristes, qui pourrait faire défaut en cas d'alliance avec les centristes, mais qui surtout avec la grosse crise économique qui se profile, pourrait bénéficier d'une certaine dynamique. La France politique pourrait bien, à l'instar de son voisin allemand, prendre un important virage idéologique à gauche.

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10 mars 2008

Analyse du premier tour des municipales.

La droite a beau répéter (bien relayée par certains commentateurs) qu'il n'y a pas de tsunami électoral pour la gauche, que ce ne sont que des élections locales, et qu'elle résiste plutôt bien, il ne faut pas s'y tromper, la gauche réalise une grosse poussée, que confirmera et amplifiera le second tour (pour une fois, je prends des risques, je m'avance). Il faut dire que pendant des semaines la droite à crié à la catastrophe, il est donc facile pour elle de se réjouir quand la défaite paraît moins forte qu'annoncée. Pourtant, quand on analyse bien les résultats, elle devrait être inquiète en vue du second tour. La gauche, forte de sa victoire peut enclencher une dynamique propre à mobiliser les abstentionnistes. Mais surtout, les candidats de droite, s'ils réalisent souvent de bons scores, ont peu de réserves, puisqu'ils ont laminé le Front National, et que rien n'indique que les voix du Modem vont se reporter sur eux.

Sur la participation, le chiffre ne progresse pas par rapport à 2001. Pour une élection au coeur des préoccupations quotidiennes des Français, on peut même dire qu'il est décevant. Cependant, on peut noter le cas particulier de l'Ile de France ou la participation est en forte baisse. L'explication des vacances scolaires ne suffit pas. On peut chercher une des raisons du coté du nombre important de jeunes qui se sont inscrits sur les listes électorales pour la présidentielle et ne se sont pas déplacer dimanche.

L'extrême-gauche : elle a fait l'objet de peu de commentaires hier soir. Pourtant, elle réalise souvent de bons scores, les listes LCR notamment, dépassent régulièrement les 5 %. Le PS qui semble tenté par l'envie de regarder du côté du MODEM, ferait bien de ne pas oublier sa gauche. Dans de nombreux cas, les voix de la LCR sont autant incontournables pour le PS s'il veut l'emporter.

Le PCF : on le disait mort, et voilà qu'il sort renforcé de ce premier tour. Le PS qui lui avait imposé de nombreuses partielles a rarement réussi à le battre. De plus, de nombreux bastions PCF ont été sauvés dès le premier tour, et cerise sur le gâteau, ce parti a même regagné certaines villes qu'il avait perdues en 2001. Le communisme municipal a peut-être encore de beaux jours devant lui.

Les Verts : même s'ils sont en forte baisse dans leur bastion parisien, ils réalisent de bons scores dans certaines villes, et sont parfois en situation de se maintenir au second tour. De plus, si Dominique Voynet l'emportait à Montreuil, ils auraient une conquête symbolique dans leur escarcelle. Sans compter que leur alliance avec le reste de la gauche devrait leur donner de nombreux élus.

Le PS : C'est le grand vainqueur de ce premier tour. Certes, dans certaines villes comme Bordeaux, il subit de vrais revers, mais si le PS réussi à mobiliser ses électeurs, le second pourrait ressembler encore plus à un vrai vote sanction. Cependant, il reste des questions pour les socialistes : ce résultat ne fait-il pas de lui un parti de contre-pouvoir local ? Quelles alliances pour le second tour et pour le futur ? Et surtout, la question du leadership devient une urgence.

Le MODEM : comme la stratégie du MODEM a été peu lisible, son résultat l'est aussi. Certes, il peut se maintenir dans plusieurs villes et devient souvent incontournable pour le second tour. Mais François Bayrou est en grande difficulté à Pau, et les résultats à Paris mais surtout à Lyon et Marseille sont en-deçà des espérances. Le MODEM n'a toujours pas réussi à démontrer qu'il y avait une troisième voie entre la droite et la gauche.

L'UMP : on pourra toujours se féliciter à droite que le recul est moins fort que prévu, que les ministres ont globalement plutôt bien réussi (il est vrai que bien peu avaient pris de réels risques), que certains bastions résistent, et qu'il y a même eu quelques conquêtes. Au final, ce scrutin constitue un véritable avertissement. Continuer à le nier comme le fait la majorité, proclamer que cela ne changera rien à la politique gouvernementale, c'est prendre le risque de remobiliser le camp adverse. Et surtout de montrer que l'on n'écoute pas les Français.

Le FN : il appréhendait ce scrutin fortement affaibli, il n'en ressortira pas renforcé. Si ici ou là, comme à Mulhouse, il peut parfois tirer son épingle du jeu, globalement il s'effondre. Et l'échec de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont est un symbole.

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05 mars 2008

Les municipales à Hénin-Beaumont.

henin_beaumont_2Cette petite ville du Pas-De-Calais aurait probablement aimé rester dans l'anonymat. Pourtant, sa situation politique très particulière fait d'elle un centre d'intérêt majeur des municipales. Hénin-Beaumont est en effet une des rares villes que peut prendre le Front National. Mais sa particularité ne s'arrête pas là : les numéros 2 sur les principales listes sont plus importants que les têtes de listes.

Commençons tout d'abord par le maire sortant. Gérard Dalongeville présente un bilan contestable. En effet, la chambre régionale des comptes a imposé en 2003 une augmentation de 85 % des impôts locaux pour résorber le déficit de la commune. Si on rajoute à cela de très fortes dissensions au sein de la gauche, et une droite complètement absente du jeu politique local, on se dit que l'extrême-droite a un boulevard devant.

dalongeville_lienemannMais, c'est ici qu'intervient Marie-Noëlle Lienemann. Cette figure socialiste, plutôt à gauche de son parti, est appelée à la rescousse. Si elle ne sera pas finalement tête de liste, cette place restant occupée par le maire sortant, elle réussi finalement à obtenir le rassemblement de toute la gauche, et sa présence comme future maire-adjointe apparaît comme une mise sous tutelle de Mr Dalongeville, et paraît rassurer une partie des habitants.

En face, c'est le Front National. Il a plutôt mieux résister dans le nord qu'ailleurs et reste implanté dans le milieu ouvrier. Or la ville d'Hénin Beaumont s'est construite autour des terrils, des mines de charbon. Cette ville subi de plein fouet la crise économique et la crise identitaire du milieu ouvrier. Le contexte est donc déjà favorable pour le Front National. Mais, il y a aussi Steve Briois, la tête de liste aux municipales. Figure locale, il laboure le terrain depuis presque 20 ans, fait du porte à porte même en dehors des élections et est très connu et apprécié d'une partie des habitants.

marine_le_penDevant les très bons scores réalisés par son parti dans cette ville, et échaudée par son implantation manquée en Ile de France, Marine Le Pen décide de s'implanter dans le Pas de Calais, histoire d'avoir une victoire électorale lui permettant de couper les liens avec son père, et de lui donner une assise nationale, pour de plus grandes échéances. Et le score de 45 % aux législatives semble lui donner raison.

Mais voilà, tout serait simple s'il n'y avait un troisième larron. En effet, il y a un dissident de gauche, qui ne digère pas que le maire soit de nouveau candidat, et qui décide de se présenter. Il va même jusqu'à affirmer qu'il se maintiendra au second tour s'il le peut.

L'enjeu à imberont dépasse largement le caractère local. Il en va tout d'abord de la capacité de la gauche à se mobiliser et à mobiliser les classes populaires. Mais aussi et surtout, cette élection est vitale pour le Front National, actuellement en déliquescence financière et électorale. Il est en grande difficulté dans ses bastions de l'est et du sud (même s'il semble retrouver des couleurs sur Marseille). Une victoire à Hénin-Beaumont confirmerait à la fois son ancrage dans le nord et dans l'électorat ouvrier.

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03 mars 2008

Les élections cantonales.

Elles passent complètement inaperçues à chaque fois, cependant, elles sont importantes puisqu'elles décident de la couleur politique des départements, une institution que l'on parle de supprimer régulièrement, mais à laquelle les Français sont très attachés.

On en parle effectivement très peu. Il y a à cela plusieurs raisons. Tout d'abord, elles ne concernent que la moitié des Français, puisque les conseillers généraux sont renouvelées par moitié tous les 3 ans. Ensuite, depuis 10 ans, elles sont toujours couplées avec une autre élection, régionales ou municipales, plus importante d'un point de vue médiatique. Enfin, il est vrai que la perte de telle ou telle grande ville a un impact beaucoup plus fort que le gain d'un petit canton rural.

Pourtant, dans le système politique Français, le département est capital. Ce sont en effet les conseils généraux qui ont en charge une grande partie de la politique familiale, la construction et le fonctionnement des collèges, ainsi que la construction et l'entretien des routes départementales et nationales. On le voit donc, l'activité des conseils généraux s'inscrit au coeur du quotidien des Français.

Mais, bien plus que les municipales, ces élections ont un autre intérêt : par leur mode de scrutin, elles sont les seules en dehors de la présidentielle à donner une image réelle de la situation politique du pays. Les élections législatives sont désormais trop proches des présidentielles pour avoir une signification quelconque.

Et le résultat des cantonales mériterait d'être étudié de façon bien plus approfondie, on en tirerait bien plus d'enseignements que de n'importe quel sondage. En effet, en 2001, l'extrême-droite (FN + MNR) progressait de façon significative sur ce scrutin, malgré sa division, et alors que tout le monde l'avait enterré. Le résultat de la présidentielle de 2002 était déjà en marche. Mieux, sur l'ensemble des cantonales partielles de 2005 et 2006, le Front National s'effondre, la droite progresse, alors que la gauche se maintient difficilement. Là aussi, on voit que le résultat de la présidentielle était écrit.

Les élections de ce mois de mars ne détermineront évidemment pas le résultat de la future présidentielle, elles en sont trop éloignées pour cela. Elles seront toutefois une photographie réelle du paysage politique Français. Et n'oublions pas qu'il y aura de nouvelles cantonales un an avant l'élection. Celles-ci mériteront d'être étudiées à fond.

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27 février 2008

Les municipales à Pau.

pau_2Pau, c'est la Mulhouse du sud-ouest. Du moins sur le plan politique. En effet, il y a quelques similitudes entre les situations des deux villes. Pau, comme Mulhouse, est une ville qui est depuis longtemps socialiste, et dont le maire sortant bénéficie lui aussi du soutien de l'UMP.

Yves_UrietaMais, dans le Béarn, la situation est encore plus complexe. L'image de la ville de Pau a longtemps été associée à celle son maire, André Labarrère, figure locale populaire. Mais, celui-ci est décédé en cours de mandat. C'est donc Yves Urieta qui lui succède à la mairie, apparemment non sans remous au sein de son parti. Mais, ce dernier se rapproche de la majorité présidentielle pour finalement rejoindre le mouvement créé par Jean-Marie Bockel (maire de Mulhouse, tiens, tiens), et se présenter soutenu par l'UMP. Dans la foulée, le parti socialiste présente contre lui une candidate, Martine Lignières-Cassou, députée très bien implantée localement.

Martine_Lignieres_CassouLes choses seraient déjà suffisamment compliquées s'il n'y avait en plus un troisième, qui plus est personnalité politique de niveau national : François Bayrou. Le centriste, natif de la région, décide de se lancer à la conquête de la ville, après un premier échec il y a déjà longtemps. Il sait qu'il joue sur ce scrutin une partie de sa crédibilité, même si en politique les choses ne sont jamais définitives et peuvent changer très vite. Reconnaissons toutefois le courage politique.

francois_BayrouFort du très bon score qu'il avait réalisé à la présidentielle sur la ville, 30 %, François Bayrou pensait pouvoir s'emparer facilement de la ville, et pourquoi pas, s'en servir comme tremplin au niveau national. Cela semblait d'autant plus faisable que le PS local est divisé (il y a même des dissidents sur la liste Modem, ce qui fait qu'il y a des socialistes sur les principales listes), et que la droite est atone. Mais, les premiers sondages indiquent que les choses ne seront pas si simples. Le maire sortant pourrait payer au prix fort sa trahison et ne rallier au final que les électeurs sarkozystes convaincus (ce qui, au train où vont les choses risque de faire bien peu). Mais Pau reste une ville de gauche, qui a massivement voté Royal au second tour de la présidentielle. Le résultat sera donc très serré.

Un échec à Pau, s'il ne met pas fin à la carrière du Béarnais, pourrait cependant sonner le glas de la stratégie du ni droite ni gauche, peu lisible pour les électeurs, et l'obliger à revois ses alliances futures.

PS : Je précise aussi la présence d'une liste soutenue par la LCR. En cas de triangulaire serrée, un bon report de ses voix sur la liste PS, peut avoir son importance. En outre, cette liste s'inscrit dans la logique de création d'un nouveau parti anticapitaliste. Il y a donc un double enjeu pour la LCR : réussir le meilleur score possible aux municipales, mais aussi entraîner un maximum de personnes dérrière son nouveau parti.

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22 février 2008

Les municipales à Mulhouse.

centre_ville_mulhouseLa ville de Mulhouse est un cas intéressant, une sorte de laboratoire de la pseudo-rupture sarkozyenne. En effet, Mulhouse est depuis plusieurs décennies un bastion socialiste dans la région la plus à droite de France. La présence des usines Peugeot y est certainement pour beaucoup. Mais voilà, au mois de juin dernier, le maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, déjà considéré comme étant à la droite du PS, décide de rejoindre le gouvernement Fillon. Émoi et trouble chez les socialistes locaux qui se divisent. Plusieurs d'entre eux suivent le maire quand il fonde son nouveau parti, La Gauche moderne, gadget servant à justifier la trahison, et qui n'a de gauche que le nom.

Mais pour une fois, la direction nationale du parti socialiste a été prompte à réagir. Dès septembre, la section est dissoute, une autre est créée dans la foulée et les nouveaux adhérents s'engagent à soutenir le candidat socialiste Pierre Freyburger aux municipales. Du coup, si certaines personnalités socialistes locales ont suivi Mr Bockel dans son aventure, beaucoup de militants sont restés, et on constate un afflux de nouveaux inscrits.

Jean_marie_BockelC'est dans ce contexte original, un peu déroutant pour les électeurs que vont donc avoir lieu les élections à Mulhouse. Avec d'un côté, Jean-Marie Bockel, maire sortant, ex PS, soutenu par l'UMP, le MODEM, le PRG et la gauche moderne. Il est clair qu'à l'automne tout le monde pensait évidente sa réélection. Sauf que depuis, Nicolas Sarkozy s'effondre dans les sondages, et avec cette chute, les raisons du ralliement de Mr Bockel apparaissent de plus en plus obscures. On peut également se demander quelle sera l'attitude de l'électorat UMP, qui n'a visiblement pas digéré de se voir imposer comme candidat l'homme qu'il combattait hier.

De l'autre côté, il y a le candidat soutenu par le parti socialiste, le PCF et le MRC, Pierre Freyburger. Le PS, quoique sonné par la trahison de sa figure locale, a su se remettre en marche. Mieux, il semble que le départ de Mr Bockel, avec lequel beaucoup de socialistes n'étaient plus en phase, est libéré les énergies militantes. Aujourd'hui, les socialistes sont redevenus combattifs, et si pour eux, récupérer la mairie paraît compliqué, ils posent des jalons pour des victoires futures. Cependant, ils devront composer avec une liste des verts, qui en Alsace réussissent parfois de bons scores, et deux listes d'extrême-gauche.

Il reste malgré tout une inconnue, celle du score de l'extrême-droite, qui obtenait à Mulhouse des résultats impressionnants, et a souvent par le passé réussi à imposer des triangulaires. Elle se présente divisée, et n'a, au final, guère d'espoir de bien figurer.

En résumé, la logique voudrait que Jean Marie Bockel soit réélu, mais l'histoire politique de la ville, et une certaine morale, laissent quelques espoirs à la gauche.

PS : cette analyse n'aurait pas été possible sans les articles, remarques et conseils du camarade Eric, militant à Mulhouse dont je vous donne l'adresse du blog :  http://monmulhouse.canalblog.com.

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12 février 2008

Les municipales à Nice !

port_de_niceNice, la perle du sud-est a donné son nom à une salade. Et quand on se penche sur la situation politique dans cette ville à un mois des élections, à gauche comme à droite, il y a en fait une belle salade.

Christian_estrosiJacques_PeyratNice a toujours eu le don pour se donner des maires sulfureux. Hier,,ce fut Jacques Médecin qui fut condamné par la justice et qui plus laissé l'image d'un potentat mafieux que d'un édile responsable. C'est aujourd'hui l'actuel maire Jacques Peyrat, transfuge du Front National, au verbe haut, et à la gestion parfois douteuse. Pour demain, L'UMP a investi Christian Estrosi, ministre de l'Outre-mer, lui aussi personnage haut en couleurs et qui ne devrait pas dépareiller dans le paysage Niçois. Celui-ci n'hésite pas à faire des voyages à 138 000 euros, aux frais du contribuable, puis s'en excuse benoîtement, déclarant ignorer le tarif. Cependant, la mairie ne devrait pas lui échapper, vu le score de Nicolas Sarkozy à la présidentielle sur la ville. Sauf que Jacques Peyrat s'accroche et que la lutte entre les deux s'avère féroce.

patrick_allemandpatrick_cottardLa gauche devrait se réjouir des divisions du camp d'en face. D'autant plus que le score honorable réalisé en 2001 lui laissait quelque espoir. Las ! Si elle a réussi à se mettre d'accord, c'est uniquement sur le prénom de son candidat : Patrick. Mais il y en a deux, Patrick Mottard, dissident PS bien implanté sur la ville. Et Patrick Allemand candidat officiel. Là aussi la division risque de laisser des traces.

Les sondages donnaient Christian Estrosi presque élu dès le premier tour. Mais c'était avant que Nicolas Sarkozy ne dévisse dans les sondages, et avant l'affaire de l'avion de Christian Estrosi. Cela peut redonner des espoirs à la gauche dans le cas d'une triangulaire (car on voit mal Mr Peyrat se rallier au candidat UMP), si celle-ci arrive à se rassembler autour de Patrick Allemand. Il faut aussi préciser que ce dernier bénéficie d'une équipe de campagne dynamique et fabuleuse, comme en témoigne ce blog : http://leblogdecendra2.blogspot.com

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