rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

15 mai 2008

De l'art de noyer les poissons.

En écoutant les informations ce matin qui mettent surtout l'accent sur le service minimum dans les écoles, je me suis énervé contre cette désinformation organisée, et j'ai donc décidé de republier mon message du 5 mai (mais aussi parce que comme je suis en grève et que je vais à la manif, j'ai peur de ne pas avoir de temps ni de courage pour écrire ce soir) :

Les syndicats ont prévenu, le mois de mai risque d'être difficile pour le gouvernement, et particulièrement dans l'éducation, puisque les lycéens, déjà dans la rue contre les suppressions de postes seront rejoints le 15 mai par le personnel enseignant, pour ce qui pourrait être une importante journée de mobilisation.

Xavier Darcos, ministre de l'Education, est donc la cible privilégiée des critiques. Mais voilà, en politique comme en stratégie militaire, lorsqu'on est acculé, la meilleure défense est l'attaque. Quoi de mieux donc pour faire oublier un peu dans l'opinion les colères dues à une gestion purement économique du système éducatif, que de lancer une autre patate chaude, celle du service minimum à l'école en cas de grève.

Et il faut dire que le coup est bien joué, puisque parfaitement relayer par les médias. Certes, il ne s'agit que de communication, mais le ministre tente ainsi d'apparaître comme le gentil, celui qui pense en premier aux familles qui seront gênées par la grève. Laquelle grève devient du même coup uniquement le moyen que les professeurs ont trouvé pour embêté les parents d'élèves, puisque c'est bien connu, en temps de grève, il n'y a que des citoyens pris en otages, et victimes de ces privilégiés de fonctionnaires.

Et pendant 15 jours, tout le débat sur les suppressions de poste dans la fonction publique en général et dans l'Education Nationale disparaît au profit de cette nouvelle polémique. Comme d'habitude, le gouvernement utilise son arme préférée celle de la division, dans le cas présent, il joue les parent d'élèves  et l'opinion en général contre les familles. Il faut dire qu'il ne peut pas justifier et défendre sa politique éducative, puisque si l'on en croit les sondages, celle-ci est, et à juste titre, rejetée par les Français. Il ne lui reste donc comme arme que celle de la diversion.

Seulement voilà, cette tactique est très risquée. C'est oublier, même si le discours gouvernemental et médiatique voudrait nous faire croire le contraire, que l'on ne fait pas grève par plaisir, que l'on accepte pas de perdre de l'argent comme ça, juste pour ne pas travailler (rappelons-le, les fonctionnaires lorsqu'ils font grève ne sont pas et n'ont jamais été payés). C'est oublier que lorsque l'on s'occupe d'enfants et que l'on aime son métier, faire grève une journée est quelque chose qui humainement et moralement coûte. Non, on ne fait jamais grève par plaisir, que l'on soit fonctionnaire ou pas, non, on fait grève par obligation, parce qu'en l'occurrence les politiques menées remettent en cause l'exercice même de la profession. Rappelons tout de même cette règle simple (puisqu'à l'heure de la désinformation permanente il faut tout rappeler), ce n'est jamais, absolument jamais le gréviste qui est responsable de la grève, mais son employeur. Soyons en sûr, l'immense majorité des enseignants préférerait le 15 mai être auprès de leurs élèves. De même qu'il est certain que le 15 mai, la majorité des Français continuera à les soutenir, renvoyant Mr Darcos à la seule réalité, celle du rejet de sa politique.

Et puis, en faisant mine de remettre en cause des acquis sociaux, Xavier Darcos prend un autre risque, celui d'attiser la colère des personnels de l'Education Nationale, et de renforcer la mobilisation.

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09 avril 2008

L'éducation, sujet toujours sensible

En France la sujet de l'enseignement a souvent été la cause de grand débats nationaux voire d'affrontement. On croyait les choses atténuées, mais depuis quelques années la tension est fortement remontée. La cause en est évidente, la société Française étant dans une crise identitaire profonde, l'Education Nationale qui en constitue le noyau fondamental en ressent forcément les soubresauts.

D'autant plus qu'il a d'abord été de bon ton de régler chaque problème par des enseignements supplèmentaires à l'école. On a ainsi dans un premier temps surchargé l'école de notions et de domaines qui n'étaient pas forcément de son ressort. Mais peu à peu les choses se sont compliquées, car dans le même temps la logique économique a tout emporté sur son passage. Et c'est ainsi que sans diminuer la charge de travail (bien au contraire), on retire peu à peu les moyens financiers et humains à l'école publique.

L'école qui pour beaucoup de classes populaires a longtemps représenté un espoir, une possibilité pour les enfants de voir des conditions de vie meilleures que pour les parents, l'école devient aujourd'hui le réceptacle de toutes les angoisses sociales, de toutes les frustations. Et le corps enseignant reçoit cela de plein fouet, d'autant plus qu'il ne se sent absolument pas soutenu par l'Etat.

A sa mesure, en toute modestie, et à son corps défendant, ce petit blog est également le témoin de cette situation. En juin 2007, Nicolas Sarkozy avait fait un discours où il exposait ses vues sur la politique éducative. J'avais à l'époque rédiger un article sur ce discours où je parlais de retour vers l'école du XIXème siècle. Qu'elle ne fut pas ma surprise de constater que depuis lors et jusqu'à ce jour, il s'agit de l'article le plus consulter sur ce blog. Les recherches faites par la pluaprt des internautes qui passent par des moteurs de recherche contiennent les mots "ecole au XIXéme siécle". Je ne sais pas encore si cela signifie que la plupart souhaitent un retour vers une école plus conservatrice, où au contraire si beaucoup ont peur et ressentent le recul actuel en matière de politique éducative.

Hier, j'ai commis un nouvel article pour indiquer en quoi j'estimais que l'Education Nationale était en crise, et pourquoi elle devait redevenir une priorité nationale. Et il s'est trouvé un lecteur pour laisser plusieurs messages assez directs contestant mes positions (libre à lui, il a bien le droit, et je lui répondrais évidemment). Mais ce qui m'a surpris ce n'est pas tant le nombre de nouveaux commentaires que ces messages ont suscité, mais la rapidité avec laquelle ils sont arrivés, et surtout la force des propos, la justesse des commentaires, comme si ce nouveau lecteur avait touché une corde sensible (au passage, je suis fier d'avoir de tels lecteurs, merci à vous).

il y a toujours eu des choses à redire sur la politique éducative évidemment, mais je situerais clairement l'accentuation du problème au moment de l'arrivée de Claude Allègre à ce ministère. Ministre arrogant, il n'a fait qu'annoncer ce qui se passe aujourd'hui : suppressions de postes, de matières enseignées, mépris des professeurs, refonte totale des programmes dans un sens manquant clairement d'ambition, etc.

Mais attention, ce sujet est sensible, l'histoire de ce pays nous le prouve. Et les réactions ici même souvent le fait de personnes non enseignantes, prouve qu'une partie des Français serait prête à se mobiliser pour défendre l'idée qu'il se font de l'Education Nationale. Les lycéens ont d'ailleurs déjà commencé. Je crois que les habitants de ce pays ont peur de voir détruit une des choses qui leur tient à coeur et qui jusqu'à maintenant  a été un des ferments de la nation française. Avant de supprimer trop de postes, messieurs Sarkozy, Fillon et Darcos devraient y réfléchir.

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08 avril 2008

Défendre l'Education Nationale doit être une priorité.

Je l'ai déjà dit sur ce blog, mais je le répète, ce gouvernement mène une lutte des classes. Et ce qui symbolise cette lutte ce sont les attaques contre l'éducation et la culture.

Si on relit les travaux d'Emmanuel Todd, on s'aperçoit que les grandes révolutions dans l'histoire de l'humanité ont toutes à voir avec la progression du taux d'alphabétisation des populations ou avec l'augmentation de leur niveau de connaissances.

Depuis la fin du XIXème siècle, en rendant l'école obligatoire, en facilitant l'accès à l'enseignement secondaire puis universitaire aux couches populaires, les conditions matérielles et sociales de la population ont pu s'améliorer progressivement. Je n'occulte pas évidemment que d'autres facteurs extérieurs ont souvent prévalu, mais l'élévation du niveau de l'instruction y a contribué.

Or, que constate-t-on aujourd'hui ? On supprime des postes de professeurs, on supprime certains enseignements, notamment dans les sciences sociales, les programmes sont revus à la baisse. Il fut même question un moment de remettre les enfants au travail dès 14 ans (cela a peut-être même été fait, je ne me souviens plus).

A l'heure où les mesures sécuritaires sont en constante inflation, à l'heure où il faut 3 000 policiers pour protéger une flamme, l'éducation, la progression du niveau de l'instruction n'est plus un enjeu. Et quand on sait que le patronnat soutien la politique actuelle du gouvernement, et l'encourage même a aller plus loin, on comprend mieux le but ultime de tout cela : une population moins cultivée, moins instruite sera beaucoup plus encline à travailler dans des conditions de plus en plus pénibles qui peu à peu se rapprochent de celles que l'on connaissait au XiX ème siècle.

Alors oui, pour nos enfants, pour les générations futures, l'éducation et la culture pour tous doivent redevenir des priorités. Il faut sortir de cette société où seuls ceux qui pourront se payer les meilleurs écoles auront des situations confortables.

Les mobilisations lycéennes actuelles ne sont pas comme on le lit ici où là, un moyen pour les jeunes de s'amuser et de ne pas aller en cours. Non, pour beaucoup, à 16, 17 ou 18 ans, ils ont déjà une conscience politique et ont compris une grande partie des enjeux qui se jouent. Il faut les soutenir.

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20 février 2008

Et revoilà l'école de papa !

xavier_darcosLe ministre de l'Education Nationale a présenté les nouveaux programmes pour l'école primaire, et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela fleure bon l'école d'antan, celle des années 30. Il ne manque plus que le tableau noir, le poêle au fond de la classe, la règle pour taper sur les doigts des cancres, et l'image d'Epinal sera complète.

Avec la suppression de l'école le samedi, il fallait de toute façon aménager le temps scolaire. Mais là, ce n'est plus un aménagement, c'est un retour en arrière, à une époque où l'élève n'était pas franchement au centre des préoccupations.

Les futurs écoliers auront donc 2 heures de cours en moins. Cependant, ils auront plus de mathématiques et de Français, et une heure de sport en plus. Ils auront aussi des cours d'instruction civique, d'histoire de l'art et la morale effectuera son grand retour. Oui, mais comme on rajoute des choses, et qu'il y a moins d'heures d'enseignements, des matières telles que l'histoire, la géographie, les sciences ou les arts appliqué, seront réduits à la portion congrue.

Soyons clair, et clamons-le haut et fort, il s'agit d'un programme RÉACTIONNAIRE.

Est-ce à dire qu'actuellement les élèves ne sont pas formés correctement en Français et en mathématiques ? Quelle insulte pour les équipes enseignantes !

Et le retour de la morale ! Est-ce à dire qu'il n'y a aucunes valeurs inculquées aux enfants aujourd'hui ? Il faudrait donc refaire de la morale car nos chères têtes blondes seraient mal éduquées ? Pourtant la plupart de leurs parents ont eu droit à cet enseignement à l'école. Celui-ci aurait donc si peu servi qu'ils n'auraient pu le transmettre à leurs ouailles ? Et de quelle morale parle-t-on ? Laïque, chrétienne, musulmane ? Tout cela est absurde et dangereux.

D'autant plus dangereux que l'on fait quasiment disparaître des programmes tout ce qui peut permettre une meilleure compréhension du monde et de l'environnement dans lequel on vit : l'histoire, la géographie, les sciences.

Avec dans tout cela une mesure symbolique : les élèves vont donc faire plus de sport. C'est connu, c'est la marotte du président. Ils vont donc désormais courir, ça leur aérera les neurones. Heureusement que Mr Sarkozy n'est pas passionné de chasse ou de fléchettes !

Cela fait des années que chaque ministre de l'Education Nationale fait une réforme des programmes pour inposer sa marque. Et à chaque réforme, le malaise enseignant grandit, et chacun à l'impression que l'école n'en finit plus de se dégrader.

Or, ce n'est pas de nouveaux programmes qu'a besoin en priorité l'Education Nationale. Mais de moyens humains et financiers, de médecins scolaires, de psychologues, de mesures pour aider et repérer les enfants en difficultés ou en souffrance. Mais de tout cela il n'est pas question. On parle juste de leur apprendre les enseignements de bases, a être bien respectueux dans la société. Mais il ne faut surtout pas comprendre l'ordre des choses, et encore moins le contester. Non, ce que l'on veut, c'est juste préparer les enfants à entrer dans un monde libéral.

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14 février 2008

L'enseignement par l'émotion !

Il nous avait déjà fait le coup avec Guy Môquet, il recommence avec l'enseignement de la Shoah. Notre président a une fois de plus pris une décision seul, de façon arbitraire, sans aucune concertation avec les partenaires concernés. Les élèves de CM2 seront donc sollicités pour maintenir la mémoire des 11 000 enfants juifs déportés.

On voit très bien en quoi cette mesure apparaît comme bien-fondée. Mais encore une fois, Mr Sarkozy confond enseignement de l'histoire, devoir de mémoire et émotion. N'est-ce pas faire porter une lourde charge sur les épaules d'enfants de 10 ans ?

Plutôt que d'imposer des décisions qui ressemblent à des caprices de chef, ne serait-il pas plus judicieux de s'intéresser aux contenus des programmes scolaires ? Ne serait-il pas non plus préférable de se concerter avec le monde enseignant pour voir comment on peut faciliter l'enseignement de cette période difficile, tant il est vrai que dans certains collèges, c'est parfois compliqué.

Mais, non, Mr Sarkozy ne consulte jamais, Mr Sarkozy ne réforme pas, il décide. Rapidement, de tout, sans aucune cohésion. A tel point qu'on peut se demander si cette annonce n'a pas pour objet de faire oublier ces déconvenues sondagières.

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12 décembre 2007

Non à la suppression de la carte scolaire !

C'est annoncé pour la rentrée scolaire prochaine, et cela pourrait bien se faire sans créer de remous importants. La carte scolaire va être supprimée, sans débat ou presque, dans un quasi-consensus, et pourtant, qui à terme va transformer l'Education Nationale.

A l'origine, la carte scolaire a été créée par souci d'égalité entre les citoyens et pour plus de mixité sociale. Pendant très longtemps, elle a joué son rôle, et fils d'ouvriers, de paysans, de médecins, de notables, se retrouvaient sur les bancs des mêmes écoles. Mais avec la paupérisation de certains quartiers, la désertion des collèges publics par des classes moyennes qui se dirigent de plus en plus vers le privé, et une utilisation de plus en plus savante des dérogations, l'efficacité de la carte scolaire est amoindrie, notamment en matière de mixité sociale.

C'est d'ailleurs, ô paradoxe des choses, au nom de cette même mixité que l'on envisage aujourd'hui sa suppression. Elle serait devenue un carcan pour des familles obligées de mettre leurs enfants dans l'établissement de leur quartier, à la réputation parfois peu flatteuse. Oui, mais de quelles familles parle-t-on ? Le fils d'un chômeur, d'un rmiste, d'un smicard, pourra-t-il vraiment aller dans l'école de son choix ? Non évidemment, il continuera à devoir aller à l'école de son quartier, faute de moyens. Et d'ailleurs, la question se pose de façon aussi cruciale dans les banlieues difficiles que dans les zones rurales, où pour changer d'établissement, il faut parfois faire plusieurs dizaines de kilomètres. Une fois de plus, la sélection se fera par l'argent.

Un des arguments les plus souvent repris en faveur de la suppression, est que cela va créer de la concurrence entre établissements, et par conséquent encourager les équipes enseignantes à l'excellence. Mais quelle excellence pourra fournir l'équipe éducative d'un collège situé dans un quartier difficile, si en plus d'un nombre important d'élèves en difficulté, ses meilleurs élèments sont autorisés à partir sous d'autres cieux ? Et tout cela, avec des moyens financiers en baisse ? A cumuer les handicaps sur certains établissements, on ne peut que renforcer le sentiment d'abandon qui existe chez tout une partie de notre jeunesse.

Plutôt que sa suppression, ce vers quoi il aurait fallu aller, c'est vers un renforcement de la carte scolaire, et une application beaucoup moins souple des dérogations. Et je regrette encore, au risque de passer pour un dinosaure, que la loi Savary de 1983, qui mettait à mal ce système bicéphale d'ecole publique et privée, n'ait pas vu le jour. Les questions d'égalité, de mixité sociale, seraient aujourd'hui plus faciles à gérer, et la situation ne serait probablement pas aussi dégradée.

Sous couvert de bon sens et d'égalité, c'est bien une mesure idéologique qui sera appliquée. En mettant les écoles, collèges et lycées en concurrence les uns avec les autres, on ne veut pas répondre au souci d'améliorer l'éducation de nos enfants, on répond seulement à une logique économique. Mais, l'école doit-elle être un secteur concurrentiel ? Et la santé, le logement HLM, la culture, qui demain seront visés, ont-ils eux aussi cette vocation ?

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12 novembre 2007

la loi sur l'autonomie des universités.

mouvement__tudiantJ'avais, dès le début de l'été, déjà eu l'occasion d'exprimer toute la défiance que m'inspirais cette loi. Je n'ai évidemment pas changé d'opinion. Mais alors que le gouvernement pensait que les choses étaient réglées sur cette réforme, les étudiants semblent décidés à finalement la remettre en cause. Le sujet revenant d'actualité, j'ai cru bon de refaire un point sur les raisons de mes réticences.

La méthode tout d'abord. Tout le monde s'accorde pour dire que la crise de l'enseignement supérieur est très forte, et que seule une remise à plat de tout le système, concertée avec l'ensemble des partenaires concernés peut la relancer. Ce n'est pas la voie qui a été choisie par le gouvernement. Il a préféré aller vite, s'engager sur une réforme a minima, laissant de coté des questions importantes comme les conditions de vie des étudiants, l'échec scolaire, le délabrement des locaux, les conditions de travail des enseignants, la fuite des cerveaux, la désertion de certaines filières.

De plus, la date choisie pour le vote du texte, au beau milieu de l'été, n'avait qu'un but : éviter tout remou au niveau des étudiants. Cela a eu comme effet de donner l'impression que le gouvernement agissait en catimini, ce qui aujourd'hui contribue au renforcement du mouvement.

Enfin, le manque de concertation avec l'ensemble des acteurs, a été dénoncé dès le mois de juin par les syndicats étudiants et enseignants, mais aussi par les chercheurs, via "Sauvons la Recherche". Au passage, on peut s'interroger sur l'attitude du principal syndicat étudiant, l'UNEF, pourtant tellement en vue dans la lutte contre le CPE. Après avoir exprimé de fortes réserves sur le projet de loi, ils ont finalement signé un accord où le gouvernement ne leur offrait que quelques concessions à la marge. Et aujourd'hui, ils rejoignent le mouvement, tout en continuant d'affirmer qu'il est impossible d'obtenir le retrait de cette loi. Derrière ces tergiversations, on peut y voir une méthode qui a déjà été utilisée par Mr Fillon dans le passé, celle de la division syndicale en s'appuyant sur des organisations moins promptes à s'engager dans des conflits.

Mais la méthode, pour contestable qu'elle soit, ne peut justifier à elle seule ce mouvement étudiant. Ce qui préoccupe, et à juste titre, une partie de notre jeunesse, c'est l'idéologie sous-jacente à cette loi.

Dans la logique gouvernementale, autonomie signifie que les présidents d'université seront responsables du budget de leurs universités. Charge à eux donc, de trouver des partenaires privés qui financeront en partie certains enseignements.

Les risques sont multiples. En premier lieu, on met ainsi fin au principe d'égalité républicaine sur l'ensemble du territoire. Les universités situées dans des régions peu industrialisées, avec peu d'entreprises seront défavorisées, donc dévaluées.

En permettant aux entreprises de rentrer de façon importante dans le financement de l'enseignement universitaire, on prend le risque, à terme de les voir s'immiscer dans le contenu des enseignements. Quel intérêt aura une université de prévoir tel ou tel cours si aucune entreprise ne le finance ? Seules les matières rentables économiquement pourront avoir de l'avenir dans un tel système. On voit mal comment les sciences humaines, par essence peu rentables économiquement, mais si importantes pour la cohésion sociale, le développement de l'esprit critique, pourraient subsister.

La meilleure solution pour l'université aurait été d'entreprendre un travail de longue haleine sur 1 an ou 2 ans avec les syndicats étudiants et enseignants. Donc, tout remettre à plat, mais surtout, que l'Etat réinjecte de l'argent, beaucoup d'argent, et il n'est qu'à voir l'état de délabrement de certains bâtiments pour voir à quel point c'est nécessaire. Mais la présente loi signifie plutôt pour beaucoup, que l'Etat va se désengager au profit du privé.

Enfin, je terminerai par une remarque. Comme d'habitude, les médias Français jouent à merveille leur rôle de chiens de garde en répétant à longueur d'ondes que les mouvements sont noyautés par l'extrême gauche. Elle est évidemment présente dans les assemblées générales, mais c'est quand même donner beaucoup d'importance à des mouvements qui n'ont au plus que quelques milliers de militants, loin d'être tous étudiants.

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22 octobre 2007

Oui au message de Guy Môquet, non à sa récupération !

guy_moquetA la demande du président de la République, la dernière lettre à ses parents de Guy Môquet, jeune résistant de 17 ans exécuté par les allemands durant la seconde guerre mondiale, devait être lue ce matin dans toutes les classes de lycée. Pourtant, alors que son message est universel, le débat fait rage, et de nombreux enseignants ont refusé de faire cette lecture.

A première vue, on pourrait se demander ce qu'il y a de gênant dans cette lettre, qui est un message d'amour, de courage et d'humanité. Quel éducateur digne de ce nom ne voudrait pas transmettre ces valeurs-là ? Mais, si on y regarde de plus près, il y a de multiples raisons d'être troublé par la volonté de Mr Sarkozy.

Tout d'abord, tout se passe comme si les professeurs étaient sommés de répondre au fait du prince. Cette volonté a été la première exprimée par le nouveau président, dès sa prise de fonction. Elle n'émane d'aucune demande de la société, ni ne correspond à aucun besoin immédiat de rappeler certaines valeurs (même si, reconnaissons-le beaucoup de jeunes sont en perte de repères). Elle n'est que le fruit du désir d'un seul homme, Nicolas Sarkozy, qui pense peut-être par la simple lecture d'un document historique émouvant, gagner quelques points dans les sondages.

Ensuite, cette décision émane d'un président et d'un pouvoir qui a érigé la communication en méthode de gouvernement. Or, Guy Môquet était communiste. Il a été arrêté par la police française, et exécuté dans un contexte particulier. A aucun moment il n'a été demandé aux enseignants de restituer le contexte historique. Seule la lecture de la lettre compte. Comme s'il n'y avait que la valeur émotionnelle qu'elle contient qui comptait. Cette démarche est donc bien en phase avec un pouvoir qui depuis 5 mois joue sur l'émotion collective, en légiférant à chaque fait divers.

Mais, ce qui pour moi constitue la principale gêne causée par la lecture de cette lettre, c'est que son auteur, en tant que militant communiste ne se serait probablement pas reconnu dans ce gouvernement qui veut utiliser son nom. En tant que résistant et défenseur du peuple opprimé, il aurait évidemment rejeté la politique d'immigration du gouvernement, et particulièrement les tests ADN. En tant que communiste, il aurait certainement rejeté toutes les remises en cause actuelles des acquis sociaux issus du Conseil National de la Résistance. En tant qu'internationaliste, il aurait probablement été choqué par la dérive nationaliste de ce gouvernement, et la chasse que ce dernier fait aux voix du Front National.

Il est important que les jeunes générations prennent conscience de ce qui s'est joué à cette période. Il est important que des personnes comme Guy Môquet puissent faire office d'exemple pour notre jeunesse. Mais pas dans ce contexte, et pas à la demande de ce gouvernement. J'ajouterais enfin une dernière chose, qui éclaire à mon avis le cynisme de nos dirigeants actuels. J'ai appris ce matin en écoutant France Info, qu'à aucun moment la famille de Guy Môquet n'a été consultée.

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05 septembre 2007

Retour vers l'école du 19ème siècle !

Je n'ai pas lu la lettre que Mr Sarkozy a envoyé aux professeurs, mais j'en ai lu les commentaires faits dans la presse, et le moins que je puisse dire, c'est qu'il y a des contre-vérités et des choses potentiellement dangereuses.

Notre président prône un retour de la morale, de l'autorité et de la culture générale à l'école. Il devrait dans ce cas-là aller plus souvent dans les classes, car il me semble que même s'il n'y a plus de cours de morale (peut-être est-ce là ce qu'il veut ?), elle est encore présente, ainsi que l'autorité et la culture générale. Cependant, elle ne constitue pas un îlot isolé du reste de la société. Il est normal que dans des quartiers qui cumulent les difficultés sociales et économiques, avec des parents qui souvent ont baissé les bras, ces difficultés se retrouvent dans l'école. Mais est-ce à elle seule de porter tous les problèmes ? Et puis, comment fait-on pour maintenir l'autorité quand le principal projet concernant l'Education Nationale est de supprimer des postes ?

Et la ségrégation par le niveau de vie qui gangrène essentiellement les collèges, les personnes ayant les moyens mettent leurs enfants dans le privé ou inventent des stratagèmes pour placer leurs progénitures dans des écoles publiques mieux cotées, cette ségrégation ne risque-t-elle pas de s'atténuer avec le projet de suppression de la carte scolaire ? Certes, cette dernière n'est pas parfaite, mais elle a pour objectif de permettre une mixité sociale et culturelle. Si elle est rendue aujourd'hui inefficace, c'est parce qu'il est possible à trop de personnes de la contourner. Plutôt que sa suppression pure et simple qui contribuerait à l'aggravation des difficultés de certains collèges, c'est une application plus stricte des critères de dérogation qu'il faudrait.

Un autre passage de la lettre de Mr Sarkozy (dont, je le rappelle, je n'ai eu que des commentaires) explique qu'aucun n'élève ne sera admis en 6ème ou en 2nde s'il n'a pas le niveau. Qu'est-ce à dire ? Que l'on va supprimer le collège unique ? Pourquoi pas, puisque d'évidence, et là je suis d'accord avec Mr Sarkozy, tous les enfants ne se ressemblent pas, et tous ne peuvent se couler dans le même moule prévu par l'Education Nationale. Mais, alors que va-t-on faire de ceux qui restent à la porte du collège ? Les envoyer à l'usine dès l'âge de 12 ans comme avant guerre ? J'exagère évidemment, mais je rejoins complètement l'analyse faite ce soir par Alain-Gérard Slama sur RTL (il est éditorialiste au Figaro, comme quoi, je ne suis pas sectaire), ce qui pose problème dans le discours du chef-d'état, c'est que quand il n'emmagasine pas les  banalités et les contradictions, il ne fait que soulever des questions, sans jamais apporter la moindre esquisse de réponse.

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03 septembre 2007

Où va t-on avec l'école ?

rentree_scolaireJe profite de la rentrée scolaire pour essayer de faire le point sur la situation dans l'Education Nationale, à l'heure où celle-ci s'apprête à subir de plein fouet les politiques d'austérité gouvernementales.

Parce qu'elle s'adresse aux enfants, qu'elle les forme à devenir des citoyens, les prépare à la société, et aussi parce que sous sa forme républicaine elle s'adresse en principe de façon égalitaire à tous, l'école est le point névralgique de notre société. Quand elle va mal, c'est tout l'édifice qui branle.

Or, elle est confronté à un gouvernement qui gère arbitrairement et sans vision d'avenir. Arbitrairement parce que le nombre de suppressions d'emploi dans l'Education Nationale a été décidé pour des raisons budgétaires, sans se soucier des besoins, ni du terrain. Sans vision d'avenir, parce qu'à l'heure où la natalité repart, où les classes maternelles voient de nouveau leur population augmenter (la plupart des écoles refusent désormais les inscriptions à 2 ans, faute de place), supprimer des postes aujourd'hui, c'est organiser la pénurie de demain.

Mais, outre la suppression d'un nombre élevé de postes, il y a d'autres sources d'inquiétude. Mr Sarkozy a rappelé à de nombreuses reprises qu'il faudrait à l'avenir que l'Education Nationale se concentrent en priorité sur les domaines porteurs pour l'économie, qui débouchent sur une  formation ou un emploi. Autrement dit, l'école se met complètement au service de l'économie. C'est modifier profondément le pacte républicain qui faisait de l'école un endroit où l'on nous préparait à devenir des citoyens responsables. Elle est loin cette école idéale, basée sur la formation d'un esprit critique nécessaire à toute démocratie.

Aujourd'hui, c'est le pouvoir économique qui dirige, et cela commence à l'école. Mais, en décrétant que celle-ci devait préparer au monde de l'entreprise, on sous-entend que tout le monde ne peut accéder à des postes de responsabilité. On se dirige donc vers une école à deux vitesses, d'excellence pour ceux qui en auront les moyens, d'enseignement de base pour les autres. Cela devrait suffire pour faire tourner l'économie.

Les principaux syndicats d'enseignants ont décidé de s'opposer aux mesures gouvernementales. Ils ont raison, car leur combat n'est pas catégoriel, il concerne l'avenir de notre pays. Espérons seulement que ce ne sera pas un baroud d'honneur.

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