01 mai 2008
Le mois de Mai sera-t-il chaud ?
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la période qui s'annonce ne se présente pas sous les meilleurs auspices pour le gouvernement.
Il y a tout d'abord le contexte. Un président désapprouvé par l'opinion comme aucun de ses prédécesseurs ne l'a été avant. Une conjoncture économique et internationale difficile renforcée par le sentiment profond que les premières mesures économiques du nouveau président étaient injustes. Jamais le moral des Français n'aura été aussi fort et leur inquiétude concernant l'avenir aussi forte. Enfin, et cela risque de peser, nous sommes en pleines commémorations de Mai 68, avec tout ce que cela veut dire de valeurs et d'espoirs qui sont désormais rappelées aux Français.
Et en plus de ce contexte particulier, c'est le moment que choisi le gouvernement pour présenter des réformes impopulaires et inégalitaires. Les suppressions d'emplois dans la fonction publique, particulièrement dans l'Education Nationale, ce qui n'est pas le meilleur moyen de préparer l'avenir. L'annonce de l'allongement de la durée du travail. Des prix qui n'en finissent plus de monter, des salaires de stagner, et un gouvernement qui multiplie les bévues sur ce sujet.
Le mois de mai 2008 va donc connaître un nombre impressionnants de défilés de mécontents. Pour l'instant, les syndicats n'ont pas réussi à agréger la somme des colères, mais entre les lycéens inquiets pour leur avenir, les profs et les fonctionnaires qui voient leurs conditions de travail se dégrader, l'ensemble des salariés confrontés à de grosses difficultés de pouvoir d'achat et menacés de devoir travailler plus, le danger est grand pour le gouvernement d'un mouvement de forte ampleur.
Pourtant, rien n'est fait, et la plupart des grandes manifestations vécues par ce pays, n'ont souvent été prévues par personne, Mai 68 étant en cela le meilleur exemple. Messieurs Fillon, Sarkozy et consorts ont ensuite encore quelques atouts dans leur manche.
Tout d'abord, ils disposent de la bienveillance d'une grande partie des médias, notamment de la télévision, et nos gouvernants actuels ont déjà prouvé qu'ils savaient s'en servir. Ensuite, comme il l'avait fait en 2003, François Fillon va essayer de jouer sur la division des syndicats. Et si les premières manifestations seront presque unitaires, on sent bien que les accords entre eux sont fragiles. Enfin, la droite française bénéficie de l'indigence de la gauche et de l'absence totale de projet de celle-ci sur les questions sociales et économiques.
Je ne suis pas devin, et même si l'inquiétude et le mécontentement sont forts, personne ne saurait dire si les diverses manifestations prévues vont déboucher sur quelque chose de plus important. Mais, ce que l'on peut dire à coup sûr, c'est que le mois de mai soit chaud ou pas, la coupure entre ce gouvernement et l'opinion est telle, les attentes tellement importantes, et les déceptions depuis l'élection de Mr Sarkozy tellement fortes, que cela peut se cristalliser sur un rien, et parfois au moment le moins attendu.
05 avril 2008
La droite veut construire des ghettos.
Hier, vendredi 4 Avril 2008, Nicolas Sarkozy a présenté le plan d'économies du gouvernement, plan que l'on qualifiera de rigueur. Ces économies, il devient de plus en plus évident que pour en faire, le meilleur remède serait que Nicolas Sarkozy reconnaisse son erreur initiale et revienne sur le fameux paquet fiscal, sorte de cadeau aux plus riches de 15 milliards. Au lieu de cela, le chef de l'Etat et le gouvernement s'entêtent et présentent une série de réformes qui risquent la plupart du temps d'accentuer les inégalités, voire d'en créer de nouvelles.
Dans toutes ces réformes, le logement tient une bonne place. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les projets évoqués ne vont pas dans le sens de la mixité sociale. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant car il semble évident que Nicolas Sarkozy éprouve de l'admiration pour le modèle anglo-saxon basé sur le communautarisme.
L'Etat propose donc deux mesures phares, baisser le plafond de ressources pour les accédant au logement HLM, et augmenter fortement les surloyers pour ceux qui occupent déjà ce type de logement et dont les revenus se sont améliorés ces dernières années.
A première vue, tout cela semble frapper du sceau du bon sens, et devrait permettre de réserver aux plus pauvres les habitats sociaux. On peut d'ailleurs croire que le gouvernement est sincère quand il parle de justice et de plus grande équité.
Mais voilà, en réservant ces logements aux plus nécessiteux, on s'arrange dans le même temps pour chasser les classes moyennes. Le risque est donc fort de créer des ghettos de pauvres comme si l'exemple calamiteux que l'on connaît avec certaines cités ne suffisait pas. En regroupant dans les mêmes quartiers des familles à grandes difficultés, on leur permet certes d'être logées décemment, mais surtout on les stigmatise.
Je suis de ceux qu'y pense que l'accumulation de misère aux mêmes endroits est une des causes des émeutes de l'automne 2005. En encourageant la mixité sociale, le gouvernement permettrait une certaine émulation sociale et ferait repartir l'ascenseur social, à l'image de ce qui se passait dans les années 50 ou 60. Je crains fort que sous prétexte d'économies et de justice sociale, nous ne soyons en train de mettre en place les problèmes de demain, et que ceux-ci seront autrement plus dures car ils se grefferont à ceux d'aujourd'hui.
04 avril 2008
La France risque de payer cher les fonctionnaires qu'elle économise aujourd'hui
C'était attendu, Nicolas Sarkozy a annoncé aujourd'hui le plan d'économies de l'Etat Français (il s'agit en fait d'un plan de rigueur, même si la droite se refuse à l'appeler ainsi). Et sans surprises, une grande partie des économies se fera en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux.
Soyons clair, je ne nie pas que dans certains secteurs une réforme de l'Etat soit nécessaire et que celle-ci débouche par des suppressions de postes. Ne serait-ce que pour s'adapter aux transformations sociales et démographiques que connait notre pays. Mais cette réforme nécessite un travail de longue en amont, un dialogue permanent avec les partenaires sociaux. Cela nécessite aussi que l'on accepte que certains secteurs sont prioritaires ou en sous-effectifs : l'Education Nationale dont les conditions de travail sont de plus en plus difficiles, ou la justice en proie à une judiciarisation de la société, par exemple.
Malheureusement, ce n'est pas ainsi qu'a procéder le gouvernement. Tout se passe comme si les réductions du nombre de fonctionnaires, ministères par ministères, étaient décidées dans l'urgence et au coup par coup. Sans aucune réflexion sur ce qu'est le service public et sur son avenir. Les seuls arguments donnés sont d'ordre économique : la situation financière est délicate, et comme la France a beaucoup de fonctionnaires (ce qui reste à prouver), il faut donc dégraisser.
Mais c'est la même antienne qui revient depuis des années dans la bouche des dirigeants de droite (et malheureusement parfois de gauche) : la France a trop de fonctionnaires ! C'est oublier de dire que la droite est au pouvoir sans discontinuer depuis 2002. C'est aussi oublier que les fonctionnaires ne sont pas les seuls responsables de l'Etat calamiteux des finances. C'est l'Etat qui a donné 15 milliards d'euros en cadeaux fiscaux pour les plus riches. C'est l'Etat qui exonère les sociétés de charges sociales au nom de la lutte contre le chômage, exonérations qui manquent dans les différentes caisses et creusent les déficits. C'est l'état qui préfère construire des sous-marins nucléaires plutôt que des écoles ou des hôpitaux.
Certes, diminuer le nombre de fonctionnaires rapportera de l'argent à l'Etat. Mais à quel prix si demain les entreprises manquent de personnel qualifié car l'Education Nationale n'aura pu faire correctement sa mission, si demain les ghettos sociaux se multiplient, si seule une population aisée pourra se soigner, si la justice croulant sous les dossiers ne pourra plus être rendue.
A l'heure où des citoyens se battent contre la fermeture de leurs hôpitaux, de leurs écoles, de leurs palais de justice, à l'heure où des villes de banlieue paupérisées n'ont toujours pas de commissariat, réduire les dépenses de l'Etat, supprimer des postes risque de plonger la société française dans une crise encore plus profonde et grave que celle qu'elle connaît actuellement.
06 mars 2008
Baisse du chômage ?
L'INSEE a annoncé un taux de chômage très faible comme la France n'en avait plus connu depuis 20 ans. Le gouvernement n'a pas tardé à s'en féliciter, et mettre ces bons résultats sur le compte de sa politique économique. Mais je crois fermement qu'il a tort de se réjouir et que ces chiffres masquent une réalité socio-économique tout autre.
Tout d'abord de nombreuses associations contestent le mode calcul de l'INSEE depuis des années. Cet organisme a d'ailleurs opéré des réajustements récemment. Malgré cela le doute continue de peser sur la sincérité de cet indicateur.
Ensuite, nul n'ignore plus que pour obtenir un taux de chômage à la baisse, l'ANPE a procédé à des radiations en masse de chômeurs. Cette politique de baisse artificielle a été voulue et assumée par les différents gouvernements de droite depuis 2003.
Enfin, s'il est vrai que ces dernières années la France a créé plus d'emplois qu'elle n'en a perdu. Mais malheureusement, la plupart de ces emplois sont des postes en CDD ou à temps partiel. Si bien qu'en même temps que le chômage baisse, c'est la précarité qui augmente. Impression renforcée par le fait que de plus en plus de chômeurs sont sortis artificiellement du circuit, sans plus aucune indemnisations.
Le gouvernement se gargarise d'une baisse qui n'est pas ressentie par les Français. Il se vante d'une politique qui n'a fait qu'accentuer les difficultés des plus fragiles. Les Français ne sont pas dupes de la différence entre leur vécu quotidien et les discours officiels. Le risque de tout cela, est de les couper de la politique.
19 février 2008
On a voulu la désindustrialisation de la France.
Arcelor-Mittal à Gandrange, Miko à Saint-Dizier, Ford à Blanquefort, Kléber à Toul, il ne se passe pas un sans qu'une grande entreprise n'annonce une fermeture d'usine. Et elles sont le plus souvent liées à des délocalisations. Tout cela, évidemment, donne l'impression d'une désindustrialisation du pays. Impression renforcée par un sentiment d'impuissance. Et ce ne sont pas les gesticulations de Nicolas Sarkozy qui vont y changer quelque chose.
Pourtant, la France était dotée d'un arsenal juridique pour faire face à cela. Mais pendant 25 ans, nos politiques n'ont eu de cesse d'aménager les lois, sous prétexte de lutte contre le chômage. Ils répondaient en fait aux pressions des milieux économiques qui souhaitaient toujours plus de liberté, de flexibilité, donc de rentabilité. Et les résultats sont bien ceux que les détracteurs d'alors avaient prévu : le chômage n'a pas baissé (sauf dans les chiffres bidons du gouvernement), la précarité a explosé, de même que les bénéfices des multinationales et les salaires des grands patrons.
Ainsi, en 1986, le gouvernement Chirac supprimait l'autorisation administrative de licenciement. L'Etat se séparait de son principal moyen d'action contre les licenciements abusifs. Aujourd'hui, il aurait la possibilité de refuser les suppressions d'emplois dans les entreprises qui délocalisent et font des profits.
Ainsi, jusqu'à la fin des années 90, une entreprise ne pouvait pas embaucher plus de 10 % de personnes sous contrat d'intérim. C'est le gouvernement Jospin qui a relevé ce taux à 50 %, facilitant une explosion de la précarité.
Cependant, la France possède encore des atouts pour attirer les entreprises sur son territoire. Toutes les enquêtes le montrent, l'hexagone fait partie des pays les plus attractifs, et une des raisons principales est la qualité de nos services publics. Or, que fait notre gouvernement, sous prétexte d'équilibrer ses finances ? Il torpille l'avenir en supprimant des postes de fonctionnaires, en fermant des maternités, des hôpitaux, des tribunaux, des écoles, des bureaux de postes, etc. Pourquoi une entreprise s'installerait sur un territoire s'il n'y a plus les infrastructures nécessaires à son développement et au bien-être de ses salariés ? Et pourquoi resterait-elle si ces infrastructures s'en vont ?
Depuis 20, la France ne cesse de se tirer des balles dans le pied. Parce que nos gouvernants, de droite comme de gauche ont tous capitulé devant les lois du marché. Et il n'est que trop facile d'incriminer l'Europe. Cette dernière n'a jamais imposé aucune des mesures précitées. En outre, on peut voir dans le fait que les deux derniers ministres de l'économie soit issus des entreprises privées, un symbole de cette capitulation. La seule façon d'inverser le cours des choses, serait de refaire de la politique au service des citoyens, et non plus d'intérêts privés.
28 janvier 2008
Scandale à la Société générale !
D'après nos médias, l'affaire est énorme. Et limpide (du moins au départ). Un homme, un seul, aurait réussi à passer outre les systèmes de contrôle de la banque et aurait détourné 5 milliards d'euros (la somme aurait pu aller jusqu'à 50 milliards si le pot aux roses n'avait été découvert). La Société Générale porte plainte, et le trader fautif est jeté en pâture et arrêté. Limpide en effet.
Sauf que cela pourrait bien ne pas l'être et s'avérer finalement beaucoup plus complexe que prévu. Et les personnalités impliquées beaucoup plus nombreuses et importantes qu'un simple trader. Car, il faut bien le reconnaître, il reste beaucoup de questions et autant de zones d'ombre.
Comment se fait-il qu'une seule personne puisse jouer en bourse jusqu'à 50 milliards d'euros, sans que personne ne s'en rende compte ? (50 milliards, pour donner une idée, c'est environ 15 % du budget de la France).
Comment se fait-il que cette affaire soit annoncée en même temps que d'autres pertes importantes, la Société Générale étant elle aussi impliquée dans l'affaire des subprimes ?
Comment se fait-il qu'au moins un des dirigeants de la banque ait visiblement vendu pour plusieurs millions d'actions de la Société Générale, quelques jours avant l'éclatement de l'affaire ?
Toutes ces questions n'ont pour l'instant aucune réponse, si tant est qu'elles en est une un jour. Cependant, il me vient une autre question qui supplante toutes les autres : comment se fait-il qu'une banque spécule en bourse, et avec quel argent ? Celui de ses clients ? Encore une fois, j'ai le sentiment désagréable que certains se font de l'argent sur le dos des autres.
22 janvier 2008
Attention, cette crise là peut être grave.
Le 11 aout 2007, je publiais un message sur la crise des subprimes et sur ses conséquences éventuelles. Parce que les évènements se sont précipités ces derniers jours, et parce que cet article est plus que jamais d'actualité, j'ai décidé de le republier.
J'avoue qu'en économie j'ai de graves lacunes, surtout quand il s'agit de gros sous. Mais les différentes secousses qui secouent les bourses du monde entier depuis plusieurs semaines m'ont interpellé. Et comme les soi-disants experts en économie ne sont pas d'accord entre eux sur la gravité de la crise et sur ces répercussions, j'ai essayé de comprendre par moi-même.
Donc, si j'ai bien compris, tout est parti d'un problème au niveau de l'immobilier américain, et notamment ce que l'on appelle la crise des "subprimes", des prêts immobiliers accordés aux ménages peu solvables à des taux d'usuriers. Et évidemment, comme ces personnes étaient peu solvables, beaucoup ont vu leurs biens saisis (et leur nombre va croissant). Cependant, tant que les prix de l'immobilier grimpaient de façon irraisonnée, les banques rentraient dans leurs frais (et plus que largement même), mais, depuis quelques temps, les prix s'effondrent aux Etats-Unis, provoquant la faillite de nombreuses banques. Mais comme nous sommes à l'heure de la mondialisation, des banques françaises, japonaises, allemandes, ont elles aussi voulu profiter de la manne financière. D'où les risques de contagion, et les réactions des différentes banques centrales qui insufflent des liquidités dans l'économie pour éviter un effondrement général.
Voilà, c'est un gros , gros résumé de la situation avec probablement des approximations et des erreurs. Mais, ce que l'on peut retenir, c'est que ces fameuses "subprimes" ont été autorisées par la réserve fédérale américaine pour faciliter l'accès à la propriété (tiens, tiens, cela me rappelle quelques discours de notre édile nationale). C'est donc, comme toujours par l'endettement que les Etats-Unis ont soutenu leur économie (et particulièrement par le surendettement des plus pauvres).
Il y a quelques années, l'historien et démographe Emmanuel Todd expliquait dans son livre Après l'empire : essai sur la décomposition du système américain, que l'extrême endettement des Etats-Unis, la précarisation croissante d'une part importante de la population, allaient provoquer une chute de la puissance américaine. Il voyait en outre, dans la dérive militaire, les premiers signes d'affaiblissement, les armes étant le seul moyen restant aux Etats-Unis pour maintenir un semblant d'autorité.
Si on regarde bien la situation actuelle, je ne suis pas loin de penser que les prévisions de Mr Todd sont en train de se réaliser. Et comme la France court après le modèle américain, il y a grand lieu d'être inquiet.
PS : Emmanuel Todd, grâce à ses analyses de la situation économique, démographique et sociale, est un des premiers, dès 1977, à avoir prédit la chute de l'URSS. A l'époque, ils étaient peu nombreux.
26 novembre 2007
Les banlieues : l'échec de la politique de répression.
Les incidents de ce week-end à Villiers le Bel sont venus rappeler une inquiétante réalité : la situation dans les banlieues est toujours aussi explosive. Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, la question de l'insécurité avait comme par enchantement, quasiment disparue des médias. La mort de deux jeunes, la remet au premier plan. Elle permet aussi de mettre en avant l'échec d'une politique de sécurité basée uniquement sur la répression.
C'est là-dessus que Nicolas Sarkozy avait dès 2002 fondé son aura médiatique, grâce à un discours musclé, et une mise en scène permanente de ses sorties sur le terrain. Pourtant, force est de constater que cette politique est un fiasco. Parce que la police de proximité a été supprimée avant même qu'elle ne puisse porter ses fruits, la plupart du temps, les seules forces de police qui pénètrent dans les quartiers difficiles sont celles de Brigade Anti Criminalité (BAC), pas spécialement réputées pour leur sens du dialogue et de la retenue. Les relations entre les jeunes et la police se sont dégradées à un point tel qu'aujourd'hui, un simple contrôle d'identité peut tourner à l'émeute.
Beaucoup plus grave encore, en stigmatisant systématiquement toute une catégorie de population, en utilisant parfois des mots violents et rabaissants, Mr Sarkozy a divisé la France en deux et monté les Français les uns contre les autres. Il suffit de lire les commentaires à propos des incidents de Villiers le Bel sur les forums d'actualité pour en prendre la mesure. Difficile de ne pas être effaré quand la majorité de nos compatriotes internautes semble penser qu'il n'est que justice que les deux jeunes soient morts : ils ne portaient pas de casque, ils l'ont donc bien cherché. Difficile de ne pas être choqué devant le déferlement de haine contre ceux qui habitent ces quartiers, tous supposés fainéants, voyous, clandestins pour beaucoup, voire islamistes ou terroristes.
Pourtant, il faudrait quand même voir la réalité en face. Ce qu'avaient mis en lumière les émeutes de 2005, ce n'était pas une jeunesse en marge de la société, mais bien au contraire, toute une population qui vit en France, aimerait qu'on la considère Française et a l'impression qu'on lui refuse ce droit. Les jeunes de Villiers le Bel qui parlent de racisme, de mépris ou de sentiment d'abandon, ne disent pas autre chose.
Tout le monde en 2005 a juré ses grands dieux que la situation était grave, mais que désormais on en avait conscience. Mais qu'ont ils fait ? Ils ont tenu de magnifiques discours sur la justice qui devait être la même pour tous, sur la mixité sociale à remettre dans les quartiers pour en finir avec les ghettos, sur une meilleure représentation des minorités dans les médias, la politiques ou encore le monde de l'entreprise. Résultat, Clichy sous Bois, ville de 25 000 habitants attend toujours son commissariat, et on parle de supprimer certains délits pour les patrons d'entreprises. Résultat, les villes qui ne respectaient pas les 20 % de logements sociaux continuent à le faire, en toute impunité. Résultat, si des ministres d'origine maghrébine ou africaine ont bien été nommés, dans le même temps, on a créé un ministère de l'immigration et organisé une chasse systématique aux sans-papiers, renvoyant encore une fois de plus à ces origines toute une population, comme si on lui refusait le droit d'avoir seulement envie d'être Français ou de vivre ici.
En fait, depuis 2005, rien ou si peu n'a changé. Le taux de chômage dans les cités est toujours deux à trois fois plus élevé que la moyenne nationale. Les services publics y sont sous-représentés, l'insécurité ne baisse pas, mais par contre la parole de certains Français s'est libérée : il n'est plus rare d'entendre dans la rue des propos ouvertement racistes.
En fin de compte, les évènements de Villiers le Bel n'ont rien d'étonnant. Les rancoeurs, les haines, les incompréhensions surtout, sont toujours là. Pourtant, l'automne 2005 avait permis de mettre en lumière des solutions pour intégrer une population qui finalement ne demande que cela. Ces solutions sont encore d'actualité. Le respect de la mixité, la mise en place d'une vraie lutte contre les discriminations, un effort conséquent sur les services publics, en particulier l'éducation, tout cela notamment n'attend qu'une volonté politique. Malheureusement, aujourd'hui comme hier, la voie choisie semble être totalement contraire.
23 novembre 2007
Pouvoir d'achat : la talon d'Achille de Sarkozy
Si l'on en croit l'INSEE, le pouvoir d'achat des Français a augmenté de façon régulière ces dernières années. C'est oublier que ces statistiques ne sont qu'une moyenne, est que la réalité est parfois très différente selon le niveau de vie. Les catégories sociales aux revenus les plus faibles n'ont pas vu leurs revenus augmenter. En tout cas moins rapidement que les prix, surtout en ce moment. A tel point que pour la première fois depuis très longtemps, le coût de la vie est devenu la préoccupation majeure des Français. Et l'Histoire nous rappelle que c'est le genre de soucis qui peut amener les peuples à soulever des montagnes.
Et Nicolas Sarkozy le sait parfaitement, lui qui a fait de l'augmentation du pouvoir d'achat un des thèmes centraux de sa campagne électorale. Mais, il est confronté à un autre problème : les caisses de l'Etat sont vides. Il lui est donc difficile d'agir sur les salaires ou bien les réductions d'impôts ou de charges sans conséquences graves pour les finances publiques.
C'est une vraie difficulté pour le gouvernement en cette période de vaches maigres. Cependant, bien orchestrée par une bonne campagne de communication (et ce gouvernement là est expert en ce domaine), les Français pourraient être capables de comprendre qu'il faut momentanément se serrer la ceinture, l'Etat étant lui aussi pauvre. Cela coincerait, grognerait probablement quelque peu, mais finirait par passer.
Sauf que, Mr Sarkozy, en agissant comme le porte-parole des plus riches, a scier la branche sur laquelle il aurait pu s'asseoir. Comment expliquer aux Français qu'il n'y a plus d'argent, quand les plus riches ont bénéficié de 15 milliards d'exonérations fiscales, et que lui-même s'est fait voter une augmentation de salaire plus que substantielle.
Sur le pouvoir d'achat, la situation est explosive. Avec un président obligé de trouver des solutions avec l'argent qu'il a déjà dilapidé. Et une opinion publique de moins en moins dupe, qui commence à comprendre qu'elle a été victime d'une injustice, et surtout que l'homme qu'elle a élu, est peut-être un bien piètre économiste.
14 novembre 2007
Rétablissons quelques vérités !
La première journée de la grève reconductible dans les transports et à EDF-GDF notamment, a eu lieu aujourd'hui. Les positions syndicales et gouvernementales ont en apparence bougé, mais les commentaires de la plupart des journalistes radios et télés sont pour le moins partiaux, toujours dans le sens d'un discrédit du mouvement social. Je vais donc essayer, en toute modestie, de donner une autre interprétation des faits de la journée.
Sur l'affirmation selon laquelle la grève serait moins suivie que celle du 18 octobre, on peut dire que c'est vrai si on regarde les chiffres bruts. Mais alors, encore faut-il rappeler que contrairement au 18 octobre, tous les syndicats n'ont pas appelé. De plus, si on considère le poids des syndicats non grévistes à la RATP et à la SNCF, le nombre d'arrêts de travail et de perturbations est particulièrement élevé. Ce qui tendrait à dire que les syndicats ont réussi à mobiliser bien au-delà de leurs militants et sympathisants.
Ensuite, il est faux de dire que la CGT a lâché du lest et vient sur les positions du gouvernement. Depuis le début, elle demande des réunions tripartites. C'est bien ce qu'elle vient d'obtenir, sa seule concession étant qu'elles seront désormais par entreprises et non plus globales.
Par contre, on peut considérer qu'il s'agit d'un recul de la part du gouvernement. D'abord parce que des réunions tripartites (Etat,syndicats, entreprises) auront bien lieu, ce qu'il refusait jusque là. Ensuite, parce que la présence d'un représentant de l'Etat à ces réunions prouve bien que le cadre général (mais entreprise par entreprise désormais) peut être négocié. Ligne jaune que jusqu'ici le gouvernement ne voulait pas franchir. Mais, il faut aussi dire ce que cela signifie concrètement : certaines entreprises peuvent négocier une sortie seulement partielle de leur régime spécial, bien contraire à l'inflexibilité marquée pour l'instant par le chef de l'Etat.
Pourquoi aucune information n'a été donnée avec cette interprétation ? Tout simplement parce que communiquer sur un premier recul, se serait renforcer la mobilisation, et désastreux au niveau de l'opinion.
Des discussions vont probablement avoir lieu. On ne sait évidemment pas sur quoi elles déboucheront, ni d'ailleurs exactement sur quoi elles porteront. Reste cependant un problème de taille pour le gouvernement et les syndicats qui vont négocier (rappelons quand même que Sud rail, sur une position plus radicale n'est pas invité aux discussions), c'est que la base semble elle fermement décidée à ne rien céder sur les 37.5 années de cotisations. Il n'est donc pas évident que nous sortions rapidement du conflit comme le claironnent tous nos médias.