rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

11 novembre 2009

Oui au droit de réserve des députés.

On savait que Mr Raoult était capable de dire des âneries plus grosses que lui, mais là, il faut bien admettre que dans le domaine de la goujaterie, il a battu des records. Ce député de Seine-Saint-Denis s'insurge contre des propos tenus par Mme N'Diaye cet été, propos selon lesquels elle aurait fuit la France au moment de l'élection de Sarkozy. Pour Mr Raoult, un écrivain, de surcroît prix Goncourt, défend l'image de la France, et ne peut donc la critiquer.

Mais il  a fumé quoi le Raoult ? Elle est où la loi ou le décret qui empêche tout écrivain de s'exprimer ? Clouer le bec aux autres, voilà la seule réponse de la droite aujourd'hui ? Pourtant, plutôt que de stigmatiser les autres, on aurait aimé qu'il réponde sur le fond, car les critiques de Marie N'Diaye sont plus que fondées. Parler aujourd'hui de flicage, de climat de vulgarité est tellement vrai que la seule réponse plausible de Mr Raoult est de demander le silence.

Nous vivons une drôle d'époque ! La France, ce pays qui fait de sa culture un étendard en est arrivée à censurer ses intellectuels ! Cela gène Mr Raoult qu'elle soit partie à l'étranger parce que la politique de Mr Sarkozy la dérangeait ? Pourtant, cela ne regarde qu'elle, elle ne cause préjudice à personne, et de part son écriture, elle continue à faire rayonner la France. Par contre, le député ne trouve rien à redire envers ces Français qui filent en Suisse planquer discrètement leur pognon, il fait d'ailleurs peut-être parti de ceux qui estiment qu'il faudrait une loi d'amnistie pour les faire revenir. Pourtant, il me semble qu'il y a bien là préjudice pour la France.

A l'heure où l'on parle d'identité nationale, on devrait peut-être demander à nos députés de respecter les valeurs traditionnelles de ce pays, comme le respect de la liberté d'expression. Et pourquoi pas leur imposer un droit de réserve ? Cela nous éviterait à l'avenir certaines polèmiques stériles et nous permettrait peut-être de consacrer plus de temps aux sujets qui en valent raiment la peine.

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29 septembre 2009

troublante affaire Polanski !

Elle en fait couler de l'encre cette histoire de l'arrestation en Suisse du cinéaste Roman Polanski pour des faits commis il y a 32 ans. Elle mobilise tout le monde du spectacle, et même des politiques français de premier plan. Et pourtant, tout ceci me laisse dubitatif, plein d'interrogations.

Commençons par dire, parce que je pense que dans cette histoire ce n'est pas anodin, que Polanski est probablement un des plus grands réalisateurs vivants. "Le Bal des Vampires", "Tess" et surtout "Le Pianiste" sont pour moi de grands chef d'oeuvre.  En ce sens, son arrestation  m'émeut profondément, comme l'on serait ému à propos de quelqu'un que l'on aime. Et cela d'autant plus qu'il y a un certain sentiment d'injustice. Il est arrêté 32 ans après les faits d'une histoire que la victime elle-même souhaiterait classer, de plus on ne comprend pas très bien l'attitude de la Suisse, qui l'invite à un festival pour le récompenser, et le met en prison alors même qu'il a une maison dans ce pays depuis des années. Pourquoi maintenant ? Pour quelles raisons ? Tout ceci est bien obscur.

Le sentiment d'injustice est en outre renforcé par le fait qu'il n'y a pas de prescription dans la loi américaine (tout comme en Suissse d'ailleurs). Il est vrai que pour la plupart des européens, cela semble un peu anachronique, comme appartenir à un autre siècle où l'on pouvait être  poursuivi toute sa vie pour des faits dont plus personne ne se souvient.

Pour autant, cette impression d'injustice qui touche le cinéaste se mêle à bien d'autres choses. Bien que contestable, la loi américaine est la même pour tous, et Polanski, tout grand artiste qu'il est, n'est pas au-dessus des lois. C'est pourquoi je trouve la mobilisation de tous ces artistes un peu indécente, voire corporatiste. Ces personnes se mobiliserait-ellemobiliserait-elle si Polanski n'avait été qu'un simple ouvrier ? De plus, la non-prescriptionnon-prescription de la loi ne date pas d'hier, combien de ces artistes se sont battus pour changer la loi ? Et puis, puisque l'on parle d'arrestation, j'aurais aimé voir une pareille mobilisation lorsque la police française a interpellé des dizaines de sans-papierssans-papiers dont à ma connaissance aucun n'avait couché avec une jeune mineure.

Polanski est et restera un immense artiste. Il n'en demeure pas moins qu'il est un citoyen comme les autres, redevable devant la loi.

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15 mars 2009

BASHUNG !!!!

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La vidéo suffit, il n'y a pas besoin de commentaires !

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12 mars 2009

La lecture comme dérivatif à la crise ?

Comme tous les ans à l'occasion du salon du livre de Paris, les sondages et les enquêtes se multiplient pour tenter de cerner la place de l'écrit dans les habitudes culturelles des Français. Comme chaque année, on se retrouve donc inondés des chiffres pessimistes et d'articles alarmants : les Français liraient de moins en moins.

La perception que j'en ai est toute autre. D'après les sondages de cette année, 30 % des personnes interrogées ne liraient jamais de livres, et moins de 10 % en liraient plus d'un par mois. En effet, les données ne sont guère réjouissantes, mais ce que personne ne précise, c'est que peu ou prou, cela n'a que très peu évolué depuis 30 ans. J'irai même jusqu'à prétendre que la situation sur ce point est plutôt réjouissante.

Je précise donc ma pensée. Le nombre de non-lecteurs ne bouge pas, tandis que celui des grands lecteurs baisse régulièrement, mais tout cela se fait dans un contexte de multiplication de l'offre culturelle. Cela signifie surtout que le livre n'est plus forcément la principale activité, mais qu'il garde une place majeure. D'ailleurs le fait même que l'on fasse des enquêtes pour savoir si les Français lisent prouve l'importance que l'écrit occupe encore dans notre imaginaire collectif.

D'ailleurs, d'une façon générale, je ne souscrit pas, loin de là, à cette idée véhiculée par de nombreux cassandres, qui consiste à démontrer en permanence que le niveau intellectuel de nos concitoyens est en baisse permanente, d'où les gros titres sur la baisse du nombre de lecteurs et la chute du niveau scolaire. C'est oublier que le nombre de choses enseignées à l'école a explosé, que l'intellect d'un enfant de 10 ans est beaucoup plus sollicité aujourd'hui qu'hier (livres, magazines, télévision, jeu, vidéos, cinéma, etc.). Bref, aujourd'hui, la culture est partout, sous des formes diverses, a gardé toute sa place.

Je suis donc plutôt rassurant concernant l'évolution de la lecture en France. Une étude intéressante vient opportunément rappeler qu'à chaque période de crise économique, la culture, et notamment le livre sont des refuges, des valeurs sûres. On constate d'ailleurs un envol de la fréquentation des salles de cinéma depuis septembre 2008, et le marché de l'édition est un des rares à être bénéficiaire.

Dans ces temps de morosité générale, il me semblait important de donner des bonnes nouvelles !

PS : Je mets en lien une adresse où il et fait référence à l'enquête dont je parle : http://www.francewww.france24.com/fr/20090310-france-culture-marche-salon-livre-edition-crise-resiste-bouquins-ouvrages-manuelsfrance-culture-marche-salon-livre-edition-crise-resiste-bouquins-ouvrages-manuels

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31 octobre 2008

les tontons flingueurs

Ca y est, je sais mettre les vidéos, alors, juste pour le plaisir :

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31 août 2008

Un musée à visiter !

cite_architectureLe fameux musée des arts premiers, Quai Branly à Paris, tant voulu par Jacques Chirac, regroupe, entre autre,les collections appartenant autrefois au Musée des arts Océaniens et au Musée de l'homme au Trocadéro. Ce dernier a été entièrement réhabilité pour devenir la Cité de l'architecture et du patrimoine.

Et c'est une excellente initiative. Imaginez que vous pénétrez dans une salle de 8 à 10 mètres de haut, et de 150 à 200 mètres de longueur, où se succèdent des reproductions à l'identique de tous les plus beaux portails d'églises en France, des plus magnifiques peintures murales, ou des plus belles façades de châteaux. D'un coup d'un seul, vous pouvez découvrir l'entrée de la cathédrale de Strasbourg et le fameux escalier en colimaçon du château de Blois. L'impression est formidable.

cite_architecture_2Et puis, il y a le second étage, où se trouvent  des dizaines de maquettes de croquis, pour comprendre l'architecture urbaine des deux derniers siècles. On comprend comment les architectes ont essayé peu à peu de s'adapter aux contraintes de leur époque : industrielles, économiques, écologiques. On découvre comment l'architecture peut devenir politique et comment elle façonne les mentalités. Le meilleur exemple est une maquette représentant Paris avant les modifications faites par Haussmann, et Paris après : on s'aperçoit quand créant des grands boulevards, il détruisait les quartiers populaires et rendait les barricades plus difficiles.

Enfin, je terminerai ce petit billet en parlant d'une exposition contemporaine consacrée à la construction de tours à Paris. En effet, des maquettes des futurs projets sont exposées. Et même si je suis loin d'être en accord avec le maire de Paris sur ce sujet (peut-être ferais-je un billet dessus), je reconnais, qu'au moins sur les maquettes, ces tours sont des prouesses techniques et architecturales, et que l'effort sur le respect de l'environnement est vraiment mis.

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21 juin 2008

Vive la fête de la musique !

Tous les ans elle revient à la même date, le jour de l'été. La fête de la musique a été probablement une des plus grandes idées culturelles des 30 dernières années. Evidemment, elle ne change pas le monde, elle n'est pas le fruit d'une révolution sociale ou de quoi que se soit. Non, la Fête de la musique est précieuse pour de multiples raisons :

- Parce qu'elle est d'abord et surtout un grand moment festif, et dans cette période morose où le pays est déprimé, c'est d'une importance capitale.

- Parce qu'elle est gratuite et donc s'adresse à tous, sans distinctions sociales.

- Parce qu'elle est le symbole des diversités culturelles et sociales de ce pays. Toutes les musiques dans toutes sortes de lieux seront joués. Il y en aura pour tous, partout.

Alors certes, on peut regretter une certaine institutionnalisation de la fête, qui n'est plus ce joyeux bordel inorganisé où se mélangeaient professionnels et amateurs du dimanche. Mais il ne faut pas bouder son plaisir. Et comme cette année elle tombe un week-end, qu'en plus les principaux examens sont passés, alors, ... lâchons nous jusqu'au bout de la nuit.

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16 juin 2008

La Figuration Narrative, exposition au Grand Palais à Paris

figuration_narrativeLa Figuration narrative est un mouvement artistique apparu au début dès années 60. A l'occasion des commémorations de Mai 68, le Grand Palais à Paris a la bonne idée de faire une rétrospective.

Souvent rattaché au pop art, ce mouvement va s'inspirer fortement de la bande-dessinée, du roman noir ou de la photographie. Mais ce qui fera l'originalité de ces artistes, c'est qu'ils vont réintroduire la dimension temporelle dans leurs toiles, de même que l'idée de récit.

En outre, la plupart de ces peintres sont inscrits dans leur époque et leur art est éminemment politique. D'ailleurs, en voyant de nombreuses toiles conçues avant 1968, on se dit que les artistes avaient humé l'air du temps, et senti que la révolution du mois de Mai approchait.

La force de cette exposition est de nous rappeler que l'art est politique, mais aussi et surtout de nous faire découvrir de nombreux artistes contemporains à la démarche intéressante : Hervé Télémaque, Gérard Fromanger, Henri Cueno, Jacques Monory, Gilles Aillaud, Bernard Rancillac, Erro, Peter Klasen, Eduardo Arroyo, Antonio Recalcati, etc.

Une excellente exposition qui prouve que l'art a des choses à dire sur notre époque. Et parfois avec beaucoup d'humour.

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26 février 2008

Il faut sauver l'exception culturelle !

melies_contre_UGCA l'heure où tout le monde se réjouit du succès de l'actrice Marion Cotillard, où tout le monde encense le cinéma français, on en oublierait presque que celui-ci est en crise. Pas tout le cinéma, non particulièrement le cinéma d'auteur, et surtout les salles classées art et essai.

Depuis quelques temps, les grands groupes types UGC ou MK2 portent souvent plainte contre les nouveles ouvertures de petites salles ou contre l'agrandissement de ces dernières. La plupart du temps, ces salles sont subventionnées. L'argument des groupes est qu'il y a concurrence déloyale, puisqu'eux n'ont aucune aide.

Ce serait oublier certaines choses. Sans la volonté politique des municipalités, il y aurait des territoires entiers désertés par la culture. Ces zones sont souvent pauvres et difficiles d'accès. Or le cinéma est peu cher (comparé au thèâtre), et familial et populaire. De plus, il n'y a aucune raison pour que ces populations n'aient pas accès à la diversité culturelle. On peut en outre se demander pourquoi les multiplexes ne s'installent pas dans ces endroits.

Mais surtout, s'il n'y avait pas eu ce maillage de salles d'art et essai, souvent subventionnées, mais pas toujours, c'est toute une partie du cinéma français qui n'existerait plus. Ce n'est pas UGC qui a soutenu Abdellatif Kechiche, ou les premiers films des frères Coen, pour parler de ceux qui font l'actualité.

Le réseau de salles d'art et essai, les aides apportées par les collectivités ou par l'Etat, le monde entier nous les envie. Elles ont permis un maillage exceptionnel de salles de cinéma sur l'ensemble du territoire. C'est sans doute aussi la raison pour laquelle le cinéma français est le seul à résister aux grosses productions américaines. La France est en plus le seul pays au monde où l'on peut encore voir des films turcs, burkinabés, israëliens, argentins, taïwanais, etc. Où même un film allemand peut battre des records d'entrée (La vie des autres).

En s'attaquant à ces petites salles, c'est tout ce fragile équilibre qy'UGC, Gaumont et consorts risquent d'ébranler. Le plus souvent au nom du profit, car en réalité, la seule chose que ces groupes craignent, c'est une remise en cause de leurs monopoles.

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05 février 2008

Le théatre de "La Belle étoile" à Saint-Denis

On reproche beaucoup au théâtre, genre populaire par essence, d'être devenu élitiste. Le prix des places en est une des raisons. Mais aussi des auteurs contemporains soumis à la loi du marché qui peinent à se faire jouer dans les grandes salles, et dont les textes, souvent éloignés des préoccupations populaires, il faut bien le dire, sont parfois desservis par des mises en scènes abstraites.

Il existe cependant des lieux qui considèrent le théâtre comme un art vivant, le remettent au coeur de la société et placent le spectateur au centre de leurs préoccupations.

Un de ces lieux est le "Théâtre de la Belle Etoile" dans le quartier de La Plaine à Saint-Denis. L'endroit est splendide : une vieille usine (ou un entrepôt ?) entièrement réaménagé. Mais l'atmosphère y est également spéciale. Tout, ici, sent les luttes ouvrières : les marques de bière, la presse d'extrême-gauche à disposition, le journal distribué à l'entrée, les affiches militantes, les drapeaux rouges un peu partout. Le ton est donné, cet endroit se veut porteur d'une certaine mémoire, et le théâtre donné ici y est donc populaire et engagé. La meilleure preuve en est que la compagnie qui a ses quartiers dans cette place est la "Compagnie Jolie Môme", réputée pour ses prises de positions politiques, en particulier pendant la lutte des intermittents du spectacle.compagnie_jolie_mome

Et la pièce qui y est jouée actuellement ne détonne pas dans cette atmosphère. "Alerte ! Gaïa et Prométhée", une pièce contemporaine de Enri Wegmann, où la mise en scène mélange les genres : chanson, théâtre, danse, comédie, drame, tout y est. Les acteurs sont polyvalents et savent vraiment tout faire (certains servaient même au bar peu avant le lever de rideau).

Et la pièce en elle-même est intelligente et subtile, elle invite à la réflexion, plusieurs jours encore après la représentation. Il s'agit d'une revisitation des mythes grecs. Tous les dieux sont convoqués : Zeus, Héra, Poséidon, Hermés, Aphrodite, etc.. Tous vont se pencher sur les sorts de Prométhée et de Gaïa. Prométhée, l'adepte des technologies pour apaiser les maux des hommes, a déclenché la colère de Zeus et doit subir un châtiment éternel. Gaïa, la Terre, la mère de Zeus, va le rencontrer. Mais elle est malade, affaiblie, croit-elle par les méfaits de la technologie sur elle. Toute la pièce va tourner sur la compréhension des maux de Gaïa, donc de la Terre, et de voir comment les résoudre.

La force de cette pièce, est qu'elle se passe aujourd'hui. Et tout y passe : l'écologie bien sûr, mais aussi le rôle du commerce, des guerres, mais encore l'amour, la mort, etc. Tous les problèmes du monde sont abordés et remis dans un contexte général. Déprimant me direz-vous ? Non, drôle, jouissif, enivrant. On sort de là avec une pêche d'enfer, malgré la vision un brin pessimiste de la pièce.

Si vous passez par Saint-Denis, il faut absolument y aller. C'est jusqu'au 3 mars, les jeudi, vendredi, samedi et dimanche.

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