rêver de nouveau

Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. (Aimé Césaire)

26 février 2008

Il faut sauver l'exception culturelle !

melies_contre_UGCA l'heure où tout le monde se réjouit du succès de l'actrice Marion Cotillard, où tout le monde encense le cinéma français, on en oublierait presque que celui-ci est en crise. Pas tout le cinéma, non particulièrement le cinéma d'auteur, et surtout les salles classées art et essai.

Depuis quelques temps, les grands groupes types UGC ou MK2 portent souvent plainte contre les nouveles ouvertures de petites salles ou contre l'agrandissement de ces dernières. La plupart du temps, ces salles sont subventionnées. L'argument des groupes est qu'il y a concurrence déloyale, puisqu'eux n'ont aucune aide.

Ce serait oublier certaines choses. Sans la volonté politique des municipalités, il y aurait des territoires entiers désertés par la culture. Ces zones sont souvent pauvres et difficiles d'accès. Or le cinéma est peu cher (comparé au thèâtre), et familial et populaire. De plus, il n'y a aucune raison pour que ces populations n'aient pas accès à la diversité culturelle. On peut en outre se demander pourquoi les multiplexes ne s'installent pas dans ces endroits.

Mais surtout, s'il n'y avait pas eu ce maillage de salles d'art et essai, souvent subventionnées, mais pas toujours, c'est toute une partie du cinéma français qui n'existerait plus. Ce n'est pas UGC qui a soutenu Abdellatif Kechiche, ou les premiers films des frères Coen, pour parler de ceux qui font l'actualité.

Le réseau de salles d'art et essai, les aides apportées par les collectivités ou par l'Etat, le monde entier nous les envie. Elles ont permis un maillage exceptionnel de salles de cinéma sur l'ensemble du territoire. C'est sans doute aussi la raison pour laquelle le cinéma français est le seul à résister aux grosses productions américaines. La France est en plus le seul pays au monde où l'on peut encore voir des films turcs, burkinabés, israëliens, argentins, taïwanais, etc. Où même un film allemand peut battre des records d'entrée (La vie des autres).

En s'attaquant à ces petites salles, c'est tout ce fragile équilibre qy'UGC, Gaumont et consorts risquent d'ébranler. Le plus souvent au nom du profit, car en réalité, la seule chose que ces groupes craignent, c'est une remise en cause de leurs monopoles.

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05 février 2008

Le théatre de "La Belle étoile" à Saint-Denis

On reproche beaucoup au théâtre, genre populaire par essence, d'être devenu élitiste. Le prix des places en est une des raisons. Mais aussi des auteurs contemporains soumis à la loi du marché qui peinent à se faire jouer dans les grandes salles, et dont les textes, souvent éloignés des préoccupations populaires, il faut bien le dire, sont parfois desservis par des mises en scènes abstraites.

Il existe cependant des lieux qui considèrent le théâtre comme un art vivant, le remettent au coeur de la société et placent le spectateur au centre de leurs préoccupations.

Un de ces lieux est le "Théâtre de la Belle Etoile" dans le quartier de La Plaine à Saint-Denis. L'endroit est splendide : une vieille usine (ou un entrepôt ?) entièrement réaménagé. Mais l'atmosphère y est également spéciale. Tout, ici, sent les luttes ouvrières : les marques de bière, la presse d'extrême-gauche à disposition, le journal distribué à l'entrée, les affiches militantes, les drapeaux rouges un peu partout. Le ton est donné, cet endroit se veut porteur d'une certaine mémoire, et le théâtre donné ici y est donc populaire et engagé. La meilleure preuve en est que la compagnie qui a ses quartiers dans cette place est la "Compagnie Jolie Môme", réputée pour ses prises de positions politiques, en particulier pendant la lutte des intermittents du spectacle.compagnie_jolie_mome

Et la pièce qui y est jouée actuellement ne détonne pas dans cette atmosphère. "Alerte ! Gaïa et Prométhée", une pièce contemporaine de Enri Wegmann, où la mise en scène mélange les genres : chanson, théâtre, danse, comédie, drame, tout y est. Les acteurs sont polyvalents et savent vraiment tout faire (certains servaient même au bar peu avant le lever de rideau).

Et la pièce en elle-même est intelligente et subtile, elle invite à la réflexion, plusieurs jours encore après la représentation. Il s'agit d'une revisitation des mythes grecs. Tous les dieux sont convoqués : Zeus, Héra, Poséidon, Hermés, Aphrodite, etc.. Tous vont se pencher sur les sorts de Prométhée et de Gaïa. Prométhée, l'adepte des technologies pour apaiser les maux des hommes, a déclenché la colère de Zeus et doit subir un châtiment éternel. Gaïa, la Terre, la mère de Zeus, va le rencontrer. Mais elle est malade, affaiblie, croit-elle par les méfaits de la technologie sur elle. Toute la pièce va tourner sur la compréhension des maux de Gaïa, donc de la Terre, et de voir comment les résoudre.

La force de cette pièce, est qu'elle se passe aujourd'hui. Et tout y passe : l'écologie bien sûr, mais aussi le rôle du commerce, des guerres, mais encore l'amour, la mort, etc. Tous les problèmes du monde sont abordés et remis dans un contexte général. Déprimant me direz-vous ? Non, drôle, jouissif, enivrant. On sort de là avec une pêche d'enfer, malgré la vision un brin pessimiste de la pièce.

Si vous passez par Saint-Denis, il faut absolument y aller. C'est jusqu'au 3 mars, les jeudi, vendredi, samedi et dimanche.

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13 septembre 2007

Polèmiques autour de la rentrée littéraire.

Cela devient une habitude, cette année encore, le landerneau littéraire parisien nous gratifie d'une polémique comme il en a le secret. Camille Laurens accuse Marie Darrieussecq de plagiat psychologique. Une nouveauté qui dans le cas présent réside dans le fait que Marie Darrieussecq aurait commis un roman racontant la douleur de la perte d'un enfant pour une mère. Expérience douloureuse qu'a vécu Camille Laurens, et qu'elle a racontée dans un précédent livre.

En temps normal, cette anecdote ne m'aurait pas intéressé, mais, je trouve qu'elle est symbolique d'un certain malaise de la littérature française, et plus largement, de notre société. D'autant plus qu'elle arrive en même temps que le procès fait à Mazarine Pingeot pour son roman inspiré de l'affaire Courjault.

Derrière ces histoires se cache une des questions fondamentales de la littérature, et que l'auto fiction remet en cause. Jusqu'où l'écrivain peut-il s'inspirer de la réalité ? En déniant à Marie Darrieussecq le droit de raconter quelque chose qui ne lui est pas arrivé, Camille Laurens va loin. Si on avait appliqué ce principe, quid de Truman Capote, ou de Zola, dont les romans s'inspirent tous de la vie réelle. Et pourtant, personne n'oserait prétendre que les ouvrages de l'auteur de l'Assomoir ne sont pas des oeuvres de fiction.

Pour moi, cette dérive est une des conséquences logique de l'auto fiction, laquelle est bien la fille de notre époque, où l'individu a pris le pas sur le collectif. En personnalisant à outrance les romans, en faisant de soi l'objet unique de leurs livres, en se racontant, certains en arrivent aujourd'hui à se croire propriétaires de leurs histoires. Cela voudrait dire qu'une des fonctions première de la littérature, c'est à dire raconter le réel, ne serait plus possible si l'auteur n'a pas connu la situation. C'est une véritable atteinte à l'imagination.

Il y a quelques temps, plusieurs écrivains avaient publié le "Manifeste des 44" (j'avais d'ailleurs fait un article à ce sujet, toujours disponible en rubrique culture), pour la défense d'une littérature-monde, et contre un certain nombrilisme. C'était avant les polémiques de la rentrée. Et plus que jamais, ils ont raison, la littérature doit recommencer à prendre le pouls de l'Humanité, sous risque de ne plus intéresser personne.

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17 juin 2007

Ca bouge dans la littérature française !

44 écrivains viennent de publier un manifeste justement intitulé le "manifeste des 44". Ce texte est un plaidoyer pour la défense d'une "littérature-monde", et contre un certain nombrilisme constaté chez les auteurs Français. Parmi les signataires, on trouve notamment Michel Le Bris, Muriel Barbery, Jean Rouaud, Patrick Raynal, Alain Mabanckou, Jean-Luc Raharimanana.

Dans ce manifeste, il y a en fait deux volets. Le premier s'oppose à une certaine conception de la francophonie pratiquée par l'édition française. En effet, la plupart des auteurs d'origine malgache, haïtienne, africaine, qui en écrivent en langue française, sont en général publiés dans les collections de littérature étrangère, ou dans des collections périphériques pour les écrivains dits "francophones". Mais dans le même temps, d'autres auteurs, comme Jorge Semprun, Hector Biancotti, sont eux considérés comme Français à part entière, alors même que le Français n'est pas leur langue maternelle. Est-ce parce qu'ils ne proviennent pas d'une de ces contrées que l'ont dit exotique ?

Le deuxième volet de ce manifeste est clairement une opposition aux courants dominants de la littérature française de ces dernières années, notamment ce que l'on a appelé l'auto fiction. Les tenants de la "littérature-monde" prônent une littérature ouverte sur l'extérieur, sur les autres cultures, et pas seulement repliée sur soi.

Évidemment, les choses sont peut-être un peu plus compliquées que cela, mais je trouve sain que des écrivains revendiquent leur appartenance au monde en même temps que leur appartenance à la culture française. Je pense que c'est complètement symbolique de la diversité culturelle qu'est ce pays aujourd'hui.

Pour plus d'informations, je vous conseille le Télérama de cette semaine.

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08 juin 2007

Le polar, dernier avatar de la littérature engagée !

Il est loin le temps des Sartre, Beauvoir, Aragon , Aron qui quelles que soient leurs opinions avaient choisi de faire de leurs plumes une arme. Il est loin le temps d'une littérature d'idée, de combat, d'engagement.

Aujourd'hui le monde littéraire est beaucoup plus à l'introspection, à l'autofiction. Ce nouveau genre qui fait fureur chez les critiques et les bobos, est le genre du "je", du nombrilisme, et cela colle parfaitement à l'individualisme à outrance de notre époque.

Pourtant, il existe des auteurs qui n'ont pas renoncé à exercer un esprit critique sur leurs contemporains. Ces auteurs que l'on appelle "engagés", on en trouve beaucoup dans le polar et le roman noir.

Les américains avec Hammett et Chandler avaient dès les années 20 explosé le vieux roman à énigme à la Agatha Christie, qui n'était que le reflet d'une société bien ordonnée, où chacun restait bien à sa place. Désormais, les héros deviennent des truands, l'environnement est celui des bas fonds des grandes villes, et c'est au sein des plus grandes mafiasque se passent les intrigues.

En France, c'est avec Manchette et Vautrin, dans les années 70, qu'est arrivé le renouveau. Aujourd'hui, des auteurs comme Daeninckx, Pouy, Oppel prennent u malin plaisir à revisiter les pages les plus sombres de notre histoire, a exercer cette autocritique nécessaireque l'on entend peu ailleurs.

El le plus fantastique dans tout cela, c'est que cela marche, pas seulement les grands best-sellers américains comme Mary Higgins Clarke ou John Grisham qui correspondent plus à une écriture formatée, mais aussi les livres de Daeninckx, Ellroy ou encore Pelecanos qui ont une audience de plus en plus forte.

Je pense que cela correspond aussi à notre époque, et que toute une partie de la population ne renonce pas à comprendre la compléxité du monde et à exercer un esprit critique.

Quelques titres pour le plaisir :

La moisson rouge / Dashiell Hammett : un détective privé va nettoyer toute une ville des gangs mafieux qui la gangrène.  portrait magnifique de l'Amérique de la prohibition.

Enfant de putain / Donald Goines : Le parcours d'un fils de prostitué qui devient maquereau. C'est autobiographique et c'est magnifique.

Meurtres pour mémoire / Didier Daeninckx : Un journaliste des années 80 est amené a enquêté sur le massacre des algériens dans la Seine en 1961. Si ce drame est aujourd'hui connu, ce n'était pas le cas à l'époque, et Daeninckx a contribué à mettre à jour une des plus grandes tâches de notre histoire contemporaine. Sublime !

Le dahlia noir / James Ellroy : Un meurtre des plus sordide est commis dans le Los Angeles des années 50. Ce livre est une magnifique description de la face cachée des USA, mais aussi, un peu de la propre histoire de l'auteur qui a perdu sa mére dans des conditions similaires à l'héroïne. Le roman noir par excellence, Chef d'oeuvre absolu.

Hard Revolution / Georges Pelecanos : A travers l'histoire de 2 frères, les quelques jours qui ont précédé et suivi l'assassinat de Martin Luther King. Plongée dans l'Amérique noire à la conquête des doits civils.

Voilà, il y en a évidemment beaucoup d'autres, ceux-là sont juste quelques-uns de mes préférés.

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28 mai 2007

Oui, un "people" peut être un mec bien.

J'avoue que si j'avais parfois aimé certains de ces films (Nikita, Le cinquième élément), j'ai toujours eu beaucoup plus de mal avec le personnage public qu'est Luc Besson. Pour moi, c'est un mec un peu mégalo (comme l'est son projet un peu fou de studios géants à Saint-Denis), promoteur d'un cinéma qui est parfois loin d'être celui que j'aime et que je défends, c'est à dire le cinéma d'auteur.

Mais là, à l'occasion du Festival de Cannes, Monsieur Luc Besson a prouvé qu'il valait beaucoup que cela. Je ne sais pas s'il est originaire des milieux populaires, mais il n'a visiblement pas oublié que ce sont eux qui ont fait le succès de ses films, que ce soit en tant que réalisateur, ou comme producteur.

En permettant à des milliers de personnes issues des quartiers populaires de la région parisienne de voir les films sélectionnés à Cannes en même temps que les festivaliers, en faisant le pari que l'on pouvait montrer un cinéma exigeant à un public qui n'en a pas l'habitude et en démontrant que cela pouvait marcher, il a fait beaucoup plus que renvoyer l'ascenseur, il a donné une certaine fierté, une bonne image de ces gens et de ces quartiers, il a défendu l'idée d'une culture de qualité pour tous.

Évidemment, il va en retirer un certain bénéfice en matière d'image pour ces prochaines productions, mais je lui fais gage de ne pas l'avoir fait pour cela, tant la tâche s'avérait difficile, de convaincre diffuseurs, producteurs (surtout américains), de projeter ces films gratuitement.

Luc Besson a mis son nom et son prestige au service d'une cause, il a certainement donné beaucoup de son temps, voire de son argent, alors rien que pour cela, je le dis haut et fort :

                                 Monsieur LUC BESSON est un type bien !

Posté par leunamme à 22:47 - culture - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 mai 2007

La Concorde de la culture

La littérature, le cinéma, les arts et la culture en général sont une fierté française. Il faut dire que les philosophes d'après-guerre, les Sartre, Derrida, Deleuze, les cinéastes de la Nouvelle Vague avaient placé la France au rang de nation majeure dans le domaine des arts. Et puis, depuis quelques temps on sentait bien comme un fléchissement, une baisse de régime, les anciens vénérés disparaissaient les uns après les autres et n'étaient pas remplacés.

Mais ça y est, je le sens, je le vois, un souffle nouveau est arrivé, la renaissance de la France de la culture fera de nouveau  scintiller des étoiles dans les yeux des jeunes écrivains en herbe, des apprentis cinéastes et des mélomanes du monde entier. Oui, un renouveau de la culture, des arts, de nouvelles pensées sont en marche, et c'est chez nous que cela se passe.

Que c'était beau ce défilé de stars devant le siège de l'UMP dimanche soir, que c'était fort ce concert à la Concorde, que c'était courageux tout ces petits philosophes qui pendant la campagne sont venus dire tout haut leur adhésion à un programme où la culture était visiblement un point culminant. J'en ai encore des picotements sur les avant-bras. Enfin de la vraie culture populaire compréhensible par tous (enfin presque, parce que Johnny, j'avoue que parfois il me laisse perplexe). De vrais écrivains, des penseurs comme Glucksmann, Finkielkraut, Sorman, qui renvoient les Foucault, Morin, Derrida, Castoriadis à leurs études. De vrais cinéastes et de grands acteurs à l'instar des Reno, Clavier et autres Jean-Marie Poiré qui feraient passer les Caubére, Podalydés, Klapisch, Amalric pour des amateurs du club de théâtre du lycée professionnel de Guéret dans la Creuse. De vrais auteurs compositeurs comme Enrico Macias, Mireille Mathieu, Johnny Halliday à coté desquels les Jean Louis Murat, Noir Désir et autres Gérard Manset savent que même en prenant des cours de guitare, ils ne pourront que leur arriver à la cheville. Et enfin, de vrais humoristes comme Jean-Marie Bigard qui sont bien la preuve qu'il existe un vrai humour français.

Oui, la France éternelle est de retour et les anglo-saxons ont peur.

Posté par leunamme à 22:16 - culture - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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