02 décembre 2009
Rapt de Lucas Belvaux
Un riche industriel Français, proche du pouvoir, est enlevé en se rendant à son bureau. Les ravisseurs vont rapidement demander une rançon de 50 millions d'euros, et envoyer un doigt de la victime à la famille afin de bien signifier qu'ils ne plaisantent pas. Ses proches n'ont pas les moyens de payer, tandis que le conseil d'administration de son est réticent pour se porter garant. Rajouté à cela, la police n'a aucune piste et refuse toute négociation. Malheureusement, la presse s'en mêle et se met à fouiller dans la vie privée de ce grand patron, n'oubliant jetant en pâture toutes ses frasques, ses maitresses et ses déboires financiers.
Lucas Belvaux transpose à notre époque l'histoire de l'enlèvement du baron Empain qui avait défrayé la chronique dans les années 70. A partir de ce fait réel, il réussit à faire un magnifique film non pas sur un rapt, mais sur les milieux aisés et sur les médias. Il décrit avec précision les jeux de pouvoir, les ambitions et les haines qui peuplent les milieux d'affaires. Très vite, les scènes avec Yvan Attal en industriel kidnappé deviennent secondaires, et on s'intéresse beaucoup plus aux intrigues de cour.
Tout est magnifique dans ce film, à commencer par la plus scène, celle de sa libération, où seul son chien est vraiment ravi de le revoir, et où on comprend très vite que son calvaire ne fait que commencer.
Belvaux en grand cinéaste qu'il est donne un rythme incroyable à son film, et ce dès le générique (en à peine trois minutes, il réussit à nous faire un résumé quasi exhaustif de la vie de l'industriel, laquelle sera mise sur la place publique). Il a aussi réussi à s'entourer d'une pléiade d'acteurs tous formidables, Yvan Attal bien sur, mais aussi et surtout Anne Consigny, magnifique de sensibilité, sans oublier Gérard Meylan dans un rôle ingrat où l'on ne voit jamais son visage.
Décidément, avec les films de Jacques Audiard et Xavier Gianolli, le cinéma français a enfin décidé de se pencher de nouveau sur la société. Et cela lui réussit plutôt bien.
17 novembre 2009
A l'origine de Xavier Giannoli
Paul est un voyou sans scrupules spécialisé dans l'arnaque des grandes surfaces. Un jour, le hasard l'emmène dans un coin perdu de la Sarthe où l'arrêt de la construction d'une autoroute a plongé la région dans le désespoir. Les habitants vont croire qu'il est envoyé par la société de BTP pour reprendre les travaux. Il ne va pas démentir, prendre une nouvelle identité et commencer à arnaquer les notables locaux en leur achetant à crédit du matériel pour la construction. Mais peu à peu, face à l'enthousiasme et à l'espoir que sa venue suscite, il va se prendre au jeu.
Il s'agit d'une histoire incroyable, et d'autant plus incroyable, qu'elle est vraie. Un homme a réussi à construire 2 kilomètres d'autoroutes, sans autorisation, sans argent. Evidemment, Xavier Giannoli, raconte cela, mais pas seulement, car son film est beaucoup plus : c'est un hommage à cette France profonde, celle des petites gens. Giannoli les aime profondément, et tous ces personnages ont une vraie épaisseur.
Dans cette région en détresse qui voit partir les entreprises les unes après les autres, le réalisateur donne à voir comment un seul homme en permettant à des dizaines d'hommes et de femmes de retrouver du travail, une dignité, leur redonne d'un seul coup une raison de se battre, et refait vivre un territoire.
Cette nouvelle vitalité est symbolisée par la renaissance de l'arnaqueur, magnifiquement interprété par François Cluzet. Cet homme va se retrouver embarqué dans une magnifique aventure humaine qu'il n'avait pas cherchée. Il va redécouvrir en lui cette part d'humanité que la peur du gendarme et une vie apparemment cabossée avaient fait disparaître.
Pendant très longtemps les Français ont envié aux anglais le cinéma social qui était le leur. Je crois qu'avec "A l'origine", la France vient à la fois de trouver son grand film social ainsi qu'un grand metteur en scène.
PS : J'allais oublier la présence d'Emmanuelle Devos, probablement la plus belle et la plus sensuelle de nos actrices.
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Panique au village de Vincent Patard et Stéphane Aubier !
Indien, Cowboy et Cheval vivent partagent une maison dans un petit village. Indien et Cowboy veulent construire un barbecue pour l'anniversaire de Cheval. Malheureusement, ils achètent trop de briques et mettent le surplus sur le toit de la maison, laquelle sous la pression, s'écroule. Les trois compères décident de reconstruire les murs, mais de curieuses créatures sous-marines les volent.
Vous l'avez compris, ce film est barré, complètement barré. Il ne faut surtout pas essayer d'y trouver une logique quelconque, il faut seulement accepter de se laisser embarquer dans l'univers loufoque des réalisateurs.
Tout commence d'ailleurs avec le principe d'animation très original. Les personnages sont de vrais jouets d'enfants. Cowboy et indien en plastique, animaux de ferme, tracteur, bref des jouets comme ceux que tous les enfants de 6 ou 7 ans ont. Cela tombe bien d'ailleurs, parce que Vincent Patard et Stéphane Aubier ont exactement cet âge. En tout cas, c'est dans l'imaginaire débridé d'un enfant qu'ils nous entraînent.
Ce film est d'une originalité extraordinaire, complètement fou, farfelu ou foutraque, on y mettra l'adjectif que l'on voudra, mais une seule chose est sûre, on n'a jamais vu ça avant. Cela peut dérouter beaucoup de gens, mais comme le film ne dure que 75 min. on peut prendre le risque d'être dérouté.
12 novembre 2009
District 9 de Neill Blomkamp
Dans un futur proche, un énorme vaisseau spatial en perdition venu d'une planète inconnue stationne au-dessus de JohannesburgJohannesburg. Les humains réussissent à pénétrer dans l'engin et découvrent des milliers d'aliens en orme de crevette qui meurent de faim. La décision est rapidement prise de les accueillir sur terre. Au début, curiosité aidant, le contact entre les deux populations est excellent, mais avec le temps, les relations se détériorent, si bien qu'au bout de 20 ans les aliens sont parqués dans des ghettos et subissent le racisme des populations noires environnantes. Jusqu'à ce que le gouvernement décide de faire évacuer ce camp.
L'idée de départ est vraiment formidable. Comment une population ayant subi les pires injustices recrée elle-même ces injustices dès lors qu'elle rencontre une population plus qu'elle. La première moitié du film qui repose complètement sur ce postulat de départ est vraiment très aboutie, d'autant plus que la forme choisie du reportage est vraiment judicieuse. Malheureusement, au bout d'un certain temps, le réalisateur oublie qu'il a une idée géniale et transforme son film en une banale course poursuite entre les bons et les méchants avec une débauche incroyable d'effets spéciaux. Il est vrai que le film est produit par Peter Jackson, le réalisateur du "Seigneur des anneaux".
Il est regrettable à mon sens qu'il n'est pas poursuivi son idée de départ jusqu'au bout, "District 9 aurait pu devenir une sorte de "Gattaca" sur les questions raciales. Evidemment, les scènes d'action sont époustouflantes, et on reste scotché à l'écran. Il manque toutefois ce petit plus, ce souffle intellectuel qui aurait pu en faire un grand film.
27 octobre 2009
Le ruban blanc de Michael Haneke
On se rappelle évidemment de la polémique qui a suivi la remise de la palme d'or à Cannes. Isabelle Huppert, présidente du jury avait été accusée d'avoir favorisé le film de Michael Haneke. Il faut dire que le cinéaste lui a offert certains de ces plus grands rôles. Pourtant, à la vision du film, il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une grande oeuvre, du moins sur le plan artistique et formelle. Par contre, on est droit de s'interroger sur le fait que la thèse défendue par le film n'est pas fait plus de débat. Si polémique il aurait dû y avoir, c'est celle qu'on attendait.
En 1913, dans un petit village allemand, plusieurs évènements dramatiques vont venir perturber la vie bien rodée des villageois. Des enfants violentés par des inconnus, une grange qui brûle, un câble qui tue un cheval. Personne ne sait qui en est l'auteur, du coup la suspicion règne.
Haneke réussit un film esthétiquement sublime. Le choix du noir et blanc va magnifiquement avec le propos, et l'utilisation de la lumière est en permanence judicieuse. Le propos du film, par contre, se veut beaucoup plus direct, et assume la polémique qu'il recherche.
La thèse de Haneke pourrait se résumer à peu près à ceci : l'éducation rigoriste, l'austérité dans laquelle les enfants allemands de cette époque grandissaient, est une des raisons de l'éclosion du nazisme dans ce pays qui était pourtant un des plus cultivés d'Europe.
L'Allemagne décrite ici est encore proche du Moyen-âge, le baron y a encore quasiment droit de vie ou de mort sur ces serviteurs. Il fait parti avec le pasteur et l'instituteur des notables du village. La religion est omni-présente et les plaisirs sont sinon bannis, du moins sérieusement restreints. C'est dans cette ambiance peu chaleureuse que vivent les enfants du village. Pour échapper à cette vie oppressante et humiliante, ils ne trouvent qu'un moyen, celui de la violence.
Pour Haneke, on a inculqué la haine de l'autre à ces enfants qui avaient entre 10 et 15 ans en 1914, donc trente ans environ au moment de l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Cette absence totale de chaleur humaine, de gestes d'amour, cette éducation qui ne connaît que les châtiments corporels et les humiliations aurait permis au pire de naître.
Evidemment, cette thèse est contestable, parce que simpliste. Pour autant, à l'instar de Günter Grass en littérature, Haneke a le mérite d'interroger les fêlures de la société allemande, et surtout de regarder en face la religion et de l'interroger sur ces propres responsabilités. Il faut voir ce film, parce qu'il permet de penser, de débattre, donc d'avancer.
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10 octobre 2009
Mary et Max de Adam Elliot.
Mary est une petite fille de huit ans qui vit dans une petite ville australienne. Son quotidien est d'une tristesse affligeante, entre son père ouvrier qui passe son temps dans la remise à empailler des oiseaux morts, et sa mère alcoolique. Mary s'ennuie et décide de se faire un ami en écrivant à un inconnu. Le hasard tombe sur Max dont elle a trouvé le nom sur l'annuaire des Etats-Unis à La Poste.
Max est New yorkais. Il vit seul avec son poisson rouge et ses escargots. Il est quasiment autiste et la compagnie des autres le rend malade. La lettre de Mary va le mettre dans un état de fébrilité absolue, pourtant, il décide de lui réponde. Et entre ces deux solitudes que tout éloigne, va commencer une amitié épistolaire qui va durer presque 20 ans, mais qui sera loin d'être de tout repos.
Après "Le sens de la vie pour 9$99", le cinéma d'animation nous offre un nouveau petit bijou, venu d'Australie cette fois-ci. Certes, il s'agit d'un dessin animé, mais rien à voir ici avec les productions Pixar, Walt Disney ou autres, non on est dans un tout autre univers, destiné plutôt aux adultes. La technique de la pâte à modeler est utilisée avec énormément de talent. Le réalisateur joue sur les contraste de couleurs, mais aussi avec la forme de ses personnages et de ses décors pour mettre la touche d'humour qui fait le contrepoint à son histoire plutôt triste.
Mais si elle est triste cette histoire, elle est surtout belle à pleurer et racontée avec immensément de pudeur et de délicatesse. Adam Elliot aime ces deux oubliés de la vie que sont Max et Mary. Il les aime mais ne les idolâtre pas, il nous les présente tels qu'ils sont, avec leurs qualités, leurs défauts et surtout leurs déchirures.
On peut évidemment s'interroger sur la raison qui l'a poussée à ne pas prendre de vrais acteurs, et à préférer ces marionnettes de pâte à modeler. Je crois que l'idée est particulièrement heureuse, elle permet cette identification aux personnages qu'il était plus difficile d'obtenir dans une fiction classique.
Alors attention, s'il est vrai que l'on pleure beaucoup dans ce film, il n'en est pas moins vrai que l'on en ressort heureux, comme rassuré sur l'humanité. C'est magique !
19 septembre 2009
A propos d'Elly de Asghar Farhadi
Un groupe d'amis a décidé de passer le week-end dans une grande villa au bord de la mer avec femmes et enfants. Sepideh, qui s'est chargée de l'organisation, a invité Elly, l'institutrice de sa fille, et espère secrètement qu'elle ne reste pas insensible aux charmes de son ami Ahmad. Tout se passe dans une relative bonne humeur, jusqu'à la disparition d'Elly.
Une magnifique petite surprise qui nous vient tout droit d'Iran, et qui en dit bien plus long sur la complexité de ce pays que n'importe quel reportage télévisé. Ces trentenaires en vacances sont résolument modernes, et ne dépareilleraient pas dans nos démocraties occidentales. Libres et indépendants en apparence, c'est la disparition subite de l'une d'entre eux, la dernière arrivée dans le groupe, dont justement on ne sait que peu de choses, qui va révéler toutes les pesanteurs et tous les paradoxes de la société iranienne.
Des pesanteurs évidemment, mais qui doivent beaucoup plus aux traditions et au regard des autres qu'à la religion. D'ailleurs, cette dernière est complètement absente du film, il n'est à aucun moment fait référence à l'Islam, et si les femmes ne portaient pas le voile, nous pourrions être dans n'importe quel pays du monde. Des paradoxes surtout puisque les femmes que l'on oblige à porter le voile sont aussi celles qui décident et prennent les décisions. Mais elles sont aussi celles sur lesquelles l'opprobre tombe dès que l'on sort des sentiers battus.
Ce film est passionnant de bout en bout, surtout au regard de l'actualité récente. certes, les personnes dont il est question ici sont plutôt urbaines et aisées, il ne s'agit pas des iraniens moyens, mais ils sont cependant assez représentatifs d'une jeunesse iranienne avide de liberté et qui se cherche.
Pour terminer sur ce joli petit film,je dirai deux choses.D'abordchoses.D'abord un tout petit bémol, ce film est tourné caméra à l'épaule, ce qui fait que l'image bouge beaucoup (un peu comme chez les frères Dardenne), même si cela renforce l'impression de proximité, et à titre personnel, cela m'est désagréable. Enfin, je tiens à dire un petit sur l'actrice principale, celle qui joue Sepideh, bouleversante et complexe, à elle seule un résumé de son pays.
13 septembre 2009
Tu n'aimeras point de Haïm Tabakman
On a pas fini de s'étonner sur l'étonnante vitalité du cinéma israëlien. D'autant plus que celui-ci ne se contente pas des sujets ayant trait au conflit politique. Non, les cinéastes israëliens n'hésitent pas à regarder leurs compatriotes au fond des yeux, à mettre la main dans le cambouis social d'un pays autrement plus complexe que l'actualité internationale tend à nous le faire croire.
"Tu n'aimeras point" fait évidemment parti de cette catégorie. Haïm Tabakman est un cinéaste particulièrement gonflé, puisque pour son premier film il s'attaque à un sujet des plus tabous : l'homosexualité chez les juifs les plus radicaux (d'aucuns diraient extrêmistes). Et en plus, il situe son histoire au coeur du quartier juif orthodoxe de JérusalemJérusalem. Dans ce milieu, l'homosexualité n'y est pas considérée comme un problème : on ne sait pas ce que c'est, elle n'existe pas, ne peut pas exister puisqu'il n'en est pas question dans la bible.
Aaron, donc, est boucher, marié à Rivka et père dévoué de quatre. Il est aussi un membre respecté de la communauté ultra-orthodoxe de Jérusalem. Mais un jour débarque Ezri, pour lequel il va ressentir une attirance irrésistible et va peu à peu l'amener à se détacher de sa famille et de sa communauté.
Au-delà du sujet, le film est extrêmement sensible. Les deux personnages principaux sont loin d'être caricaturaux, et on se prend d'une véritable affection pour le boucher, mais aussi pour sa femme, aux prises d'un seul coup avec des sentiments qui la dépasse et que son éducation ne lui permet pas d'affronter. C'est là que réside toute la force du cinéaste, il ne se contente pas de nous montrer une histoire d'amour impossible, il décrit aussi la vie complètement cloisonnée, presque sectaire de ce milieu.
Un journaliste a suggéré que ce film était un "brokebackbrokeback" à JérusalemJérusalem. C'est possible, pour ma part, j'ai beaucoup plus pensé à Kadosh, à cause du rythme très lent (décidément, j'aime les films qui prennent leur temps), et de cette façon à la fois pudique et sensuelle de filmer les corps.
12 septembre 2009
Numéro 9 de Shane Acker
Dans un futur proche, la Terre a été ravagée par une guerre entre les hommes et les machines. Seules 9 petites créatures créées par un scientifique ont survécu. Pour assurer leur survie, elles vont être contraintes de continuer la bataille face aux machines.
Ce film était très attendus par les amateurs de science-fiction et les fans de Tim Burton (il est producteur, et on retrouve beaucoup de son univers dans ce dessin animé). Et de fait, dans un premier temps, on est subjugué par la qualité de l'animation et du graphisme. Il y a un vrai univers, et beaucoup de trouvailles assez rigolotes (particulièrement la fabrication des petits bonhommes). Pourtant, très vite, une fois passée cette première impression, on a le sentiment que quelquechose ne fonctionne pas.
En effet, on est tout de suite lancé au coeur de l'action, sans qu'aucune mise en place des personnages et du contexte ne soit faite. Le rythme est d'emblée rapide et ne retombe quasiment pas jusqu'à la fin. Mais au final, s'il y a de l'action, il n'y a pas ou si peu de scénario. Ce n'est pas forcément gênant pour un film destiné au jeune public, l'argument y étant souvent réduit à peau de chagrin, mais, et c'est là que réside le malaise, c'est que le film ne sait pas très bien quel public il vise. Le film est trop court, le scénario trop simpliste pour s'adresser à un public adultes, mais l'univers est trop sombre, trop mélancolique pour convenir à des enfants, même à des ados.
Le sentiment qui l'emporte est l'impression que l'on a d'être passé à côté d'un grand film, parce que tous les ingrédients étaient pour que "Numéro 9" en soit un. Il manquait juste un bon scénariste.
06 septembre 2009
Les derniers jours du monde de Jean-Marie et Arnaud Larrieu.
Voilà un film inclassable. De la science-fiction intimiste burlesque, avouez que pour un film français cela fait beaucoup, surtout si l'on rajoute qu'il s'agit de l'un des films les plus barrés depuis au moins dix ans, du moins pour un film français.
Il s'agit de l'histoire de Robinson qui a quelques jours de la fin du monde se lance dans une odyssée amoureuse complètement folle qui va l'emmener sur les routes de France et d'Espagne. La fin du monde, selon les frères Larrieu, ce sera un grand n'importe quoi, où chacun se laisse aller à ses pulsions, sexuelles de préférences. On pense évidemment au dernier film de Kubrick "Eyes wide shut", mais là où le génie anglais voyait dans la recherche du plaisir une quête de soi, il n'y a ici rien d'autre qu'une plongée dans l'abîme. En outre, à la maîtrise Kubrickienne, les Larrieu opposent une imagination débridée sans aucune restriction.
Alors oui, cela donne parfois une intrigue peu crédible, les effets spéciaux sont parfois amateurs, mais peu importe, il y a de la joie et du plaisir dans cette apocalypse, même la mort de certains personnages principaux est joyeuse, et si l'on accepte quelques incongruités, on ne peut pas regretter de se laisser embarquer dans cet univers.
Mathieu Almaric est magnifique comme toujours, il porte le film presque à lui seul, même si les apparitions de Karin Viard ou de Catherine Frot sont jubilatoires. Et puis, il ne faut surtout pas manquer la fin, avec une vision de Paris telle que l'on ne l'a jamais vue (je n'en dirai pas plus), et une magnifique chanson de léo Ferré comme sortie des oubliettes.
Le film est déroutant, mais il faut accepter parfois d'être dérouté.