04 septembre 2009
Gabon : la Françafrique en accusation !
Ali Bongo, fils d'Omar Bongo, vient d'être déclaré vainqueur de l'élection présidentielle dans son pays. Qui d'ailleurs pouvait imaginer qu'il puisse en être autrement ? Le Gabon, dirigé d'une main de fer pendant 40 ans par son père ne pouvait que se transformer en dynastie familiale puisque Ali et d'autres membres de sa famille occupaient déjà les postes clés de l'Etat gabonais.
Le problème, c'est que le peuple gabonais a joué le jeu des élections, a voulu croire en la possibilité d'une transition démocratique, il a espéré qu'enfin il toucherait les dividendes des formidables richesses du pays. Et en Afrique, comme souvent, les soupçons de fraude électorale ne sont jamais loin, alors à l'annonce de la victoire d'Ali Bongo, la colère et la frustration sont immenses et on peut légitimement craindre que le Gabon ne plonge dans le chaos.
Dès la fin d'après-midi des violences ont eu lieu, notamment à Port-Gentil la capitale économique. Et ce sont les intérêts Français qui ont été visés, notamment le consulat. Ce n'est certainement pas dû au hasard, et cela rappelle malheureusement la situation en Cote d'Ivoire.
Le Gabon, ce sont d'abord d'immenses réserves pétrolières, et derrière le pétrole, il y a Elf et aujourd'hui Total. Qui peut décemment prétendre qu'Omar Bongo aurait pu se maintenir si longtemps au pouvoir sans le soutien de la France et des grandes entreprises Françaises ? Qui peut croire que les intérêts économiques de la France ne prévalent pas sur la volonté de tout un peuple ?
Rappelons simplement qu'Omar Bongo a été parmi les premiers chef d'état étranger reçu en France par Nicolas Sarkozy, dès le mois de mai 2007. Rappelons que Jean-Marie Bockel, alors secrétaire d'état à la coopération et vilipendeur patenté de la FrançafriqueFrançafrique avait été débarqué de son poste suite à un discours où il réclamait plus de transparence. Rappelons que Robert Bourgi, le fils spirituel de Jacques Foccart, le nouveau monsieur FrançafriqueFrançafrique, est un proche de Nicolas Sarkozy, or, celui-ci, interrogé à la radio, exprimait ses préférences pour une victoire d'Ali Bongo. Qui peut penser qu'à travers lui, ce n'est pas la France qui s'exprimait ? De même, des hauts responsables d'entreprises françaises travaillant et résidant au Gabon, interrogés sur France Info avouaient leur préférence pour Ali Bongo.
Alors, évidemment, cela ne prouve pas que la France ait soutenu Ali Bongo, toujours est-il que pour la population gabonaise cela ne fait aucun doute, et la colère qui monte, légitime tant les injustices sont criantes dans ce pays, s'exprime d'abord envers la France. Il y avait pourtant déjà eu quelques signes avant-coureurs puisque Nicolas Sarkozy avait été hué lors des obsèques d'Omar Bongo.
De toute évidence, notre pays n'a pas tiré les leçons de l'échec de 50 ans de relations diplomatiques avec l'Afrique qui sont souvent proches du néo-colonialisme. Dans son fameux discours de Dakar, Nicolas Sarkozy laissait entendre que la France changerait d'attitude et essaierait d'avoir des relations d'égal à égal avec ses partenaires africains. On attend encore les actes.
12 janvier 2008
L'Afrique se rebiffe.
Début décembre, à Lisbonne, avait lieu la première rencontre Afrique / Europe depuis 7 ans. Cette rencontre devait entériner les accords de partenariat économique (APE), censés remplacer les accords de Lomé signés il y a 25 ans, et qui régissaient les relations économiques entre l'Europe et ses anciennes colonies, mais qui étaient contraire au dogme ultra-libéral voulu par l'OMC.
Concrètement, avec l'APE, les pays Africains devaient ouvrir leurs marchés aux produits européens et démanteler progressivement leurs barrières douanières. On imagine aisément les conséquences désastreuses sur l'économie de pays déjà fragilisés.
Mais, malgré de nombreuses pressions, plusieurs pays ont refusé de signer. En premier lieu Abdoulaye Wade, président Sénégalais, qui a même claqué la porte. L'Afrique du sud et la Namibie l'ont immédiatement soutenu. Le sommet s'est donc terminé par un échec, et aucun accord n'a pour l'instant été signé.
C'est que les choses bougent en Afrique. La Chine qui investit massivement sur ce continent est en passe d'y devenir plus influente que l'Union Européenne (Avec toutes les réserves que l'on peut émettre sur les intentions chinoises). En outre, s'il reste encore quelques conflits, Darfour, Somalie, Congo, notamment, la majeure partie du continent est pour la première fois depuis longtemps, en voie de pacification. Enfin, les vieux leaders issus de la décolonisation, souvent corrompus, laissent peu à peu la place à une nouvelle génération.
C'est donc dans ce contexte qu'intervient l'affaire de l'APE. Certes, cela peut mettre en difficulté les économies européennes, mais globalement, c'est plutôt une bonne chose, un pas supplémentaire vers plus de respect dans les relations internationales.
Enfin, pour terminer cet article, je parlerai de la position de la France à ce sommet et particulièrement de l'attitude de Nicolas Sarkozy. Le président Français est suffisamment critiqué sur ce blog qu'il me semble honnête de signaler lorsqu'il prend des positions courageuses. Il est en effet un des rares chef d'état européen à avoir soutenu ses collègues africains en déclarant notamment : " Je suis pour la mondialisation, je suis pour la liberté, mais je ne suis pas pour la spoliation de pays qui, par ailleurs n'ont plus rien".
C'est propos me semblent frappés au coin du bon sens, mais ils peuvent surprendre dans la bouche de celui qui met en place la politique d'immigration choisie en France, politique qui consiste à spolier ces mêmes pays de leur main d'oeuvre qualifiée. Comme quoi, Nicolas Sarkozy n'est pas à une contradiction près.
05 novembre 2007
La triste affaire de l'Arche de Zoé !
L'affaire est évidemment complexe, et les responsabilités sont à mon avis multiples. Mais au bout du compte, tout ceci me semble symbolique d'une certaine attitude Française vis à vis de l'Afrique et des Africains.
Au départ, il y a une association qui va récolter 600 000 euros auprès de 250 familles afin d'évacuer pour raisons sanitaires des enfants du Darfour. D'après les témoignages entendus un peu partout, pour certaines familles, il était clair que l'adoption de ces enfants pourrait être possible pour les familles accueillantes. Il y a là deux choses qui me choquent. La première est de profiter du désarroi de ces familles qui ne peuvent avoir d'enfant. La deuxième est que dès qu'il s'agit de l'Afrique, on a tendance à s'exonérer rapidement du droit international, que ce soit certaines ONG, certains particuliers, ou parfois l'Etat Français. Il est tout de même intéressant de mettre en regard l'action de l'association l'Arche de Zoé, avec les théories sur le droit d'ingérence humanitaire de Bernard Kouchner, que l'on a au passage peu entendu.
Sur le terrain, il s'avère que presque tous les enfants sont en bonne santé, tchadiens et absolument pas orphelins. Selon l'UNICEF, toutes les règles internationales ont été violées en matière de droit des enfants. En outre, la convention de La Haye sur l'adoption internationale est bafouée dans le cas présent.
Il reste de plus de nombreuses zones d'ombres, notamment sur le rôle de l'Etat. Le quai d'Orsay était-il au courant ? A-t-il essayé de stoppé cette initiative ? Quel a été le rôle exact de l'armée Française ?
Toujours est-il que l'image de la France en Afrique n'en sort pas renforcée. Et ce n'est pas le voyage de Sarkozy pour ramener les journalistes et les hôtesses de l'air espagnoles qui va changer quoi que ce soit. Certes, on peut se poser beaucoup de questions sur l'activisme présidentiel autour de cette histoire. Mais ce qui restera comme impression pour les populations locales, c'est cette apparente pression qu'a exercé Paris pour que les prisonniers soient jugés en France. Et on empêchera pas les Tchadiens de penser que leur justice n'a pas été complètement libre, et d'y voir une preuve supplémentaire que la colonisation n'est pas tout à fait finie.
Enfin,je terminerai cet article par un petit rappel troublant. Dans quelques semaines doit se mettre en place le corridor sanitaire au Darfour voulu par la France, et bien peu soutenu, il faut le dire par les autres pays. Ce corridor ne peut avoir lieu sans l'accord du Tchad, dont le président n'en était pas un chaud partisan. De là à supposer un lien avec l'activisme présidentiel...
01 août 2007
La rupture dans la continuité en politique internationale
L'affaire des infirmières bulgares est assez symbolique du nouveau pouvoir exercé par Sarkozy. Beaucoup de communication, d'esbrouffe, voire de récupération, mais sur le fond, rien ne change, c'est toujours la politique des accords secrets et des ventes d'armes inavouables.
Tout a commencé par l'intervention de Mme Sarkozy. Alors que les négociations duraient depuis des mois, voire des années entre l'UE et la Lybie pour libérer les infirmières bulgares et le médecin palestinien, au moment où un accord semblait possible, la femme du président déboule et réussi le tour de force d'apparaître comme la personne qui a débloqué l'affaire, la libératrice. Là-dessus, Sarkozy enchaîne, annonce une visite en Lybie deux jours plus tard et récupère le tout à son compte. Il n'est qu'à voir la réaction allemande pour comprendre à quel point ce travail de récupération a été apprécié. Les prochains sommets européens promettent d'être un peu moins consensuels.
Je passe rapidement sur la visite du président de la République en Lybie. Elle a juste permis de se rendre compte que l'ouverture était bien un leurre, Kouchner ne sert strictement à rien, si ce n'est à justifier devant les députés des politiques que visiblement il ne semble guère approuvé. C'est une caution doublée d'une potiche.
Beaucoup plus importants que la visite en elle-même, ce sont les accords qui en ont résulté qui posent problème. Car il y a bien eu accord, ne nous leurrons pas, ce n'est pas la simple présence de Mme Sarkozy qui a poussé Khadafi a libéré les infirmières. Mais il s'agit de diplomatie internationale, et qu'il y ait eu des contreparties pour sauver des vies humaines n'est pas en soi choquant. Ce qui l'est, en revanche, c'est le contenu des accords, leur signification et surtout la négation de ceux-ci par les autorités françaises.
A priori (oui, parce qu'il quand même se méfier, dans cette histoire rien n'est officiel pour l'instant), la France fournirait la technologie nucléaire à la Lybie (pour dessaler l'eau de mer, quelle blague !), c'est à dire à un pays qui il y a encore peu de temps déclarait vouloir se procurer l'arme nucléaire. L'accord stipulerait aussi que nous vendrions des armes aux lybiens (du moins si l'on en croit le fils de Khadafi, dans une interview donnée au journal Le Monde.) De plus, apparemment les négociations auraient été effectuées avec le chef des services secrets lybiens, un homme qui a été condamné à la prison à perpétuité en France pour son implication dans l'attentat du DC10 d'UTA.
Ce que je pense de tout cela, c'est que les infirmières bulgares n'auront été qu'un prétexte, qu'au nom de l'humanisme et de la libération de ces pauvres femmes, on a réhabilité un des dirigeants les plus dangereux de la planète, on lui a vendu des armes, qui espérons-le ne se retourneront pas contre nous un jour ou l'autre. Mais peu importe, l'argent n'a pas d'odeur, tout cela est bon pour l'économie française, du moins c'est ce que l'on peut lire ici ou là sur de nombreux forums. Oui, mais jusqu'à quel point l'économie, et notamment la vente d'armes, doit-elle primer sur la morale et la politique.
En tout cas, une chose est sûre, s'il y a une rupture dans la politique internationale française, ce n'est pas en Lybie qu'elle commencera.
10 mai 2007
Scandale au Darfour !
On le sait ! Tout le monde le sait ! Des millions de personnes sont en train de mourir au Darfour. Et que se passe-t-il ? Rien.
Pourtant le Soudan n'était-il pas un ces principaux centre d'entraînement d'Al Qaeda ? Alors, Monsieur Bush, pourquoi ne l'envahissez-vous pas ? Pas de pétrole ? Mais si il y en a ! Alors ?
Alors, c'est que les chinois sont allés beaucoup plus vite, et en échange de vente d'armes, ils exploitent 60% du pétrole soudanais, et s'opposent à des sanctions aux Nations Unies contre le régime islamiste. Pendant que l'Occident s'émeut devant les appels répétés (souvent dans le vide) des ONG, les chinois, eux, font des affaires.
Ils faut dire qu'ils ont commencé à faire de l'Afrique leur nouveau terrain de jeu. Ce continent, longtemps chasse gardée pour les européens, les français surtout, est aujourd'hui objet de convoitise. Et il semblerait que les chinois aient une longueur d'avance : commerce du bois en forêt équatoriale au mépris des conséquences écologiques, présence de nombreux ingénieurs en Algérie, et donc exploitation du pétrole au Soudan, au prix d'une guerre et du massacre d'une population. L'argent n'a pas d'odeur.
Seulement voila, pourquoi les occidentaux et les Etats-Unis en premier n'interviennent pas ? Certes, la Chine n'est pas l'Irak, mais des pressions économiques sont toujours possibles. Sauf que c'est un tel marché, une telle source de profit pour les entreprises que là encore l'homme n'est rien par rapport à l'argent.
Remettre l'Homme au centre de tout, voilà l'urgence.