07 octobre 2007
De la politique, mais autrement !
A l'instar de l'éclatante victoire du XV de France sur les All blacks, j'ai eu envie de faire un message qui serait pour une fois positif. Mais, comme pur les rugbymen, il faut bien dire que le terrain de base est plutôt hostile.
Eh oui, entre un président démagogue qui occupe tout l'espace politique et médiatique, une opposition inaudible plus prompte à régler ses querelles intestines qu'à s'occuper des problèmes de la nation, des syndicats divisés sur les réponses à apporter et dépassés par la rapidité des évènements, et des médias complètement aux ordres et qui ont globalement renoncés à exercer leur esprit critique, il faut bien dire qu'il est difficile de trouver des motifs de satisfaction.
Et pourtant, non seulement ils existent, mais en plus, ils sont nombreux. Tout d'abord, même si je sais qu'il faut se méfier des sondages, tous accréditent l'idée que peu à peu l'opinion commence à bouger et que les Français sont de moins en moins dupes quant à la finalité de la politique menée.
Ensuite, la France n'est pas seule au monde, et sur l'environnement, sur l'Irak, l'Iran, et sur bien d'autres sujets, on sent bien que les peuples bougent et commencent à faire entendre leurs voix. C'est Georges Bush qui est désormais contesté à l'intérieur même de son parti. C'est Gordon Brown qui distille peu à peu l'idée d'un retrait des troupes britanniques d'Irak, et ce, sous la pression des citoyens anglais. C'est l'ONU, qui même très timidement, mais sous la pression des médias et de la population des pays occidentaux, décide d'intervenir en Birmanie et d'essayer de mettre la junte militaire et la Chine face à leurs responsabilités. Evidemment, ce ne sont que de tous petits pas, mais partout dans le monde, on a l'impression que les citoyens peu à peu prennent les choses en main et se réintéressent à la chose publique.
La France à l'évidence n'est pas absente de ce mouvement. Devant l'apathie des politiques, les difficultés des syndicats, c'est le monde associatif qui aujourd'hui se montre le plus vigilant et le plus efficace pour défendre les valeurs d'humanisme et de solidarité.
C'est le Réseau éducation sans frontières qui lutte sans relâche contre les expulsions d'enfants de sans-papiers. Ce sont les associations de défense des droits de l'homme qui se sont jetées à l'assaut de l'amendement sur l'ADN dans la loi Hortefeux. Ce sont les Enfants de Don Quichotte qui ont relancé le combat de l'Abbé Pierre pour la défense des SDF. C'est par le biais des internautes et du web que les informations délicates concernant le couple Sarkozy arrivent à passer au travers de la censure imposée par les patrons de presse. Ce sont des dizaines d'associations de quartiers qui à la suite des émeutes de 2005 ont tout fait pour ramener les jeunes vers la politique et les urnes. De ce mouvement, il restera forcément une conscience citoyenne.
Tout cela est un peu anarchique, désorganisé, chacun dans son coin, chacun à sa manière, mais est source d'optimisme. D'une autre façon, moins académique, en dehors des structures traditionnelles existantes, les citoyens reprennent tout doucement leur destin en main. Je pense que cette nouvelle façon de faire de la politique émane d'un désir profond qu'ont beaucoup de gens d'être pris en considération. Je ne crois pas qu'il s'agisse de petits mouvements isolés et éphémères, mais bien d'une lame de fond, que nos politiques de droite comme de gauche (surtout de gauche, puisque souvent il s'agit de son électorat), feraient bien de prendre en considération.
03 octobre 2007
Qu'on en finisse avec la fausse gauche !
Depuis l'élection de Sarkozy, la prétendue ouverture à gauche fait la une des journaux. Mais de quelle gauche s'agit-il ? De ceux qui ont été au pouvoir pendant 20 ans ? Mais s'ils appartiennent à un parti classé à gauche, ce n'est pas le cas des politiques qu'ils ont menées.
Peut-on qualifier de gauche un homme comme Dominique Strauss-Kahn qui était ministre de l'économie du gouvernement qui a le plus privatisé, qui a aussi légalisé les stock-options ? S'il se retrouve, avec le soutien de Mr Sarkozy, président du FMI, organisme symbolique des politiques ultra libérales, ce n'est pas un hasard.
Peut-on qualifier de gauche Bernard Kouchner, un des rares hommes politiques Français a avoir soutenu la guerre en Irak ? Un homme qui en tant que ministre de la santé n'a jamais engagé les réformes nécessaires pour sauver la sécurité sociale, laissant ainsi à la droite toute liberté pour mener son oeuvre de destruction.
Peut_-on qualifier de gauche le maire de Mulhouse, aujourd'hui ministre, mais qui prônait depuis bien longtemps les politiques économiques que désormais il soutient publiquement ?
Tous ces hommes, ont déjà rejoint la droite. Il se dit que d'autres pourraient le faire. Peu importe que ce soit le cas ou pas. Par leurs actes pendant leur exercice du pouvoir, ils ont permis ce brouillage politique.
Il est facile quand on est dans l'opposition de crier contre la suppression de l'autorisation administrative de licenciement en 1986, la privatisation de TF1 en 1987, la cession par l'Etat au privé de nombreuses entreprises sous Balladur, les lois Pasqua puis Debré sur l'immigration en 1993 et 1995. Pourtant, que je sache, la gauche de retour au pouvoir n'est jamais revenu dessus. Que l'on ne cherche pas plus loin pourquoi elle manque de crédibilité, c'est dans cet écart entre les actes et le discours.
Je ne pense pas être un extrémiste, je pense seulement avoir une conscience politique située clairement à gauche, et j'ai le sentiment d'avoir été trahi. Je crois que l'on ne peut pas dire une chose dans la rue, et son contraire au pouvoir. Je crois que la gauche aux affaires aurait dû faire le nécessaire pour équilibrer les finances des retraites et de la sécurité sociale, en allant chercher de nouveaux financements (les stocks options par exemple, ou une plus forte taxation de certains hauts revenus), cela aurait évité à la droite d'être en mesure de tout casser.
De voir que des hommes politiques de gauche, qui n'ont jamais renié par leurs actes les politiques menées par la droite, la rejoigne désormais ne me choque pas. C'est peut-être douloureux, mais cela à au moins le mérite d'éclaircir le débat. Ce qui me fait mal, c'est que depuis 1981; la gauche a été régulièrement au pouvoir, et qu'elle n'en a rien fait. Je crains fort qu'il ne lui faille maintenant beaucoup de temps pour s'en remettre.
22 septembre 2007
Préparez-vous à vous serrer la ceinture !
C'est en substance ce que notre premier ministre a voulu dire lorsqu'il a déclaré que la France était en quasi faillite. On commence par annoncer une situation difficile, voire catastrophique, de façon à ce que les cerveaux soient bien préparés lorsqu'on passera à une politique de rigueur draconienne.
Oui, c'est vrai, il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'Etat. Mais tout a été fait pour qu'il n'y en ait plus. En octroyant plus de 15 milliards d'euros de cadeaux fiscaux aux plus riches par exemple. 15 milliards qui bien évidemment ne seront pas réinjectés dans l'économie, et ne serviront donc pas a boosté la croissance.
Il n'y a plus d'argent dans les caisses. Et pour des millions de Français qui connaissent des difficultés économiques, cela veut dire que leur situation ne s'améliorera pas. On va donc continuer à supprimer des postes de fonctionnaires, contribuant ainsi à la dégradation du service public. On va donc continuer à rembourser de moins en moins les cotisations sociales. On va donc continuer à va faire la chasse aux fraudeurs, encourageant de fait la suspicion sur les autres chômeurs, rmiste, etc., dont l'immense majorité est honnête et ne se satisfait pas de sa situation. On va donc continuer à lancer des écrans de fumée pour l'opinion publique et jeter l'opprobre sur les immigrés.
Évidemment, tout cela ne concerne pas les couches les plus aisées. Parce que si on le voulait vraiment, si on voulait faire réellement marcher la solidarité dans ce pays, la France ne serait pas en situation de quasi faillite. De l'argent il y en a. On pourrait commencer par récupérer celui des cadeaux fiscaux, puis celui des aides octroyées à des entreprises qui licencient ou délocalisent, mettre en place la fameuse taxe Tobin sur les échanges boursiers, taxes que de nombreux économistes trouvent justifiée et économiquement bonne.
Tout ceci ne sera évidemment pas fait, parce que la logique des hommes au pouvoir, ici comme ailleurs, n'est pas de subvenir aux besoins de la population, mais de protéger les intérêts de ceux qui les ont fait élir : les médias, les grandes entreprises, bref, tout ce que la France compte de puissants.
19 septembre 2007
Les réformes annoncées sur la fonction publique sont mauvaises.
Je n'ai pas étudié l'ensemble des propositions annoncées par Mr Sarkozy pour réformer la fonction publique, mais, sur ce que j'ai entendu, je suis inquiet.
Sur la forme déjà, puisque le président annonce certes qu'il y aura des négociations, mais il proclame en même temps leur résultat. A quoi sert-il alors de négocier ? Et de le faire dans un calendrier ultra-serré, là où plusieurs mois auraient été nécessaires pour régler tous les problèmes et trouver un consensus ?
Sur le fond ensuite, et sur de nombreux points. Le principal étant la suppression de postes décidée à la machette avec une simple calculette. Le but ici est purement économique, il ne vise en aucun cas au bon fonctionnement des services publics. Mieux, en supprimant des postes on aboutira forcément à une dégradation de certains services, et forcément cela poussera les gens à chercher une alternative vers le secteur privé, lequel est souvent hors d'atteinte pour les plus pauvres.
L'individualisation des rémunérations est peut-être satisfaisante intellectuellement (pour certains en tout cas), mais comment définit-on le mérite (puisque c'est bien de cela qu'il s'agit) ? Pour un policier, c'est le nombre d'arrestations, ou le nombre de délit évités par la prévention ? Pour un juge, le nombre de condamnés ou le nombre de réinsertions réussies ? On voit bien ici que cela ne peut que débaucher sur une gestion comptable, néfaste à terme à l'ensemble de la société.
Le droit à la mobilité des agents du service public, qui pourraient ainsi changer plus facilement de profession, et pour ma part une nouveauté que je découvre. Mais quel intérêt ? Qu'un policier devienne instituteur, un inspecteur des impôts bibliothécaire, pourquoi pas, mais que s'il a les compétences requises, pas simplement parce que celui-ci veut changer de profession. Cela déboucherait, à mon sens vers une déprofessionnalisation de certains métiers, et donc une dégradation de la qualité du service public. Cela semble alors paradoxal que dans le même temps soit annoncée une conférence sur les valeurs, les métiers et les missions de la fonction publique.
Mais il en est de ces mesures comme de toutes celles annoncées jusqu'ici, sous prétexte de réforme (et je ne nie pas qu'il faille réformer, mais dans le sens d'une amélioration du service rendu à la population), on casse tout ce qui existait auparavant. Il ne faut jamais perdre de vue que le MEDEF applaudit à toutes ces mesures, et qu'à chaque dégradation d'un service public, comme par enchantement, les entreprises privées pointent le bout de leur nez. La casse de la fonction publique n'est pas le fruit du hasard, elle est voulue, organisée, et attendue par de nombreux patrons, qui voient bien les bénéfices colossaux à tirer d'une privatisation, même partielle, de l'Education Nationale, de la santé publique, de la sécurité, etc.
16 septembre 2007
Mais où va-t-on ?
Ça y est, cette fois on frise le délire ! On vient de tomber dans une faille spatio-temporelle ouverte par le député Thierry Mariani ! Le regroupement familial pourrait désormais être soumis à des tests ADN !
Mais quel est ce pays où l'autre est constamment montré du doigt, accusé de tous les maux ? Et quand je dis l'autre, il va de soi qu'il n'est pas occidental ou riche. Non, il est de préférence pauvre, noir ou basané.
Cette mesure devrait tout au plus concerner 5 à 10 000 personnes, autrement dire que sur le plan de la lutte contre l'immigration clandestine, elle ne servirait à rien. Mais par contre, au niveau de l'image qu'elle véhicule, des valeurs de rejet qu'elle sous-entend, elle ferait des dégâts considérables. Et on voudrait nous faire croire que les idées du Front National ne sont pas au pouvoir ? La tactique de ce gouvernement est claire comme de l'eau de roche : stigmatisons, divisons, il en restera toujours quelque chose. Et ce quelque chose, la droite espère bien qu'il masquera l'essentiel, une politique sociale calamiteuse, une atteinte grave aux acquis sociaux, aux droits des personnes, bref, un recul historique des valeurs d'égalité, de liberté, de fraternité, et d'humanité.
Le détestable ministère de l'immigration comporte aussi dans son intitulé la notion de co-développement. Elle n'est là que pour la décoration, parce que plutôt que des tests ADN ou des charters, c'est par là qu'il faudrait commencer.
06 septembre 2007
Tout, ils osent tout !
Depuis plusieurs mois, 80 place occupaient une place d'Aubervilliers, toutes habitées par des squatters de logements sociaux qui demandaient à être relogés. La mairie, communiste, après de longues négociations qui n'ont pas abouties, à fini par porter l'affaire devant les juges. Et c'est donc par une décision de justice que l'évacuation a été ordonnée. Et la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme est venue leur rendre visite, leur apportant de facto son soutien.
Quelle outrecuidance ! Même si intrinsèquement, le fait qu'une mairie communiste demande l'évacuation de pauvres gens me semble un profond échec (j'ose espérer que l'approche de la coupe du monde de rugby et la proximité du Stade de France n'y sont pour rien), la présence de la ministre est choquante.
Choquante à plus d'un titre. Tout d'abord parce que ni le logement, ni la précarité ne sont de son ressort.
Choquante, parce que la ville d'Aubervilliers, à l'instar de la plupart des villes environnantes, a une part très importante de logements sociaux. Dans toutes les villes de l'ouest de la Seine-Saint-Denis, la solidarité en matière de logement n'est pas un vain mot, même si cela s'est parfois fait au détriment de la mixité sociale. Or, Mme Yade soutient un chef d'Etat qui a toujours refusé l'application de cette solidarité à l'époque où il dirigeait la ville la plus riche de France (ainsi que le département le plus riche de France, puisque, ne l'oublions pas, il était président du conseil général des Hauts-de-Seine). De plus, elle appartient à une majorité qui n'a de cesse de vouloir remettre en cause les quotas de 20% de logements sociaux dans les villes de plus de 3000 habitants. Sa visite n'est qu'une démarche politicienne teintée de beaucoup d'hypocrisie.
Choquant ensuite, parce qu'elle est intervenue suite à une décision de justice. Mais il est vrai que depuis 3 mois, la justice n'est pas vraiment à l'honneur dans ce gouvernement.
Consternant enfin, parce que Mme Yade se dit choquée lorsqu'on expulse des squatters, mais on ne l'entend pas sur les multiples expulsions de sans papiers, souvent dans des conditions brutales, et qui constituent selon les organisations, autant d'atteintes aux droits de l'Homme, ministère dont elle a, paraît-il, la charge.
01 septembre 2007
Et si le PS n'était pas si moribond que cela ?
En ce moment, se tient à La Rochelle, l'université d'été du Parti Socialiste. C'est vrai, j'ai beaucoup critiqué ce parti, l'accusant notamment de dérive droitière (ce que ne démentent pas certains propos tenus par des ténors ce week-end). Mais voilà, force m'est de reconnaître qu'il est une pièce maîtresse de la gauche, et quand il va mal, c'est toute la gauche qui va mal. Et puis, si la gauche veut retrouver le pouvoir, cela passe forcément par le parti socialiste. Pour toutes ces raisons, et parce qu'elle constitue la première pièce d'une rénovation nécessaire, l'université de La Rochelle est importante.
Tout d'abord, pour clouer le bec à tous ceux qui pensent, à l'instar des médias dominants, que la France est définitivement à droite, enterrant de fait le Parti Socialiste, je ferais simplement remarquer qu'il n'y a jamais eu autant de militants à La Rochelle. De plus, l'ambiance générale n'est pas aux règlements de compte, mais bien à l'introspection, au débat et à l'analyse en vue de construire un projet susceptible d'emporter l'adhésion en 2007.
Ces derniers temps, toute l'attention médiatique s'est focalisée sur l'absence de la quasi-totalité des éléphants. Ceci étant évidemment interprété comme une preuve supplémentaire de la crise d'identité des socialistes. Pourtant, que n'a-t-on pas reproché à ce parti ses guerres fratricides entre courants. L'absence des Fabius, Aubry, Strauss-Kahn et autres n'est pas un handicap, mais plutôt une chance, celle d'un débat qui promet d'être serein. Et peut-être aussi la preuve qu'une page se tourne.
Autre évènement médiatisé, la présence couple Hollande/Royal, et le fait qu'ils se soient évités tout le week-end. Outre l'inintérêt de cette information, elle permet de faire passer les Français à côté de l'essentiel : le contenu des ateliers et la réflexion en matière de projet politique.
Car il y a bien des débats, et de l'aveu même des journalistes qui ont bien voulu se donner la peine de s'y intéresser, ils sont d'une grande qualité et témoignent que ce parti, que l'on dit moribond va rebondir, essentiellement grâce à sa base militante et à l'effacement des principaux éléphants.
Après, sur le contenu des débats, il y a pour l'instant peu d'échos. Cependant, quelques signes me semblent tout de même regrettables, comme l'adhésion désormais revendiquée du Parti Socialiste à l'économie de marché, qui constitue une rupture réelle avec l'essence même du socialisme, c'est à dire trouver un système économique et politique viable face au capitalisme. Ce changement radical de position laisse cependant un espace à une gauche plus radicale. Peut-être est-ce ainsi que doit aller l'avenir des idées de progrès, en se reposant sur deux pôles, l'un réformiste, avec pour centre le parti socialiste, l'autre plus radical, comme ce qu'a visiblement l'intention de créer la LCR.
La gauche doit se repenser, revoir sa doctrine, et surtout ne pas céder de terrain à la droite dans le domaine des idées. Non, le capitalisme financier à outrance prôné par Mr Sarkozy, n'est non seulement pas bon pour la France, mais n'est pas la seule voie. La gauche n'est pas morte, elle a recommencé à bouger avec les universités d'été du PS et de la LCR.
27 août 2007
De la politique spectacle à la démagogie !
Un accident de manège, et hop, réunion de tous les acteurs de la profession au ministère de l'intérieur pour finaliser un accord sur les mesures de sécurité concernant le contrôle des attractions foraines. Un pédophile qui récidive, et hop, on renforce une loi vieille de 15 jours. Une enfant qui décède suite à des morsures d'un chien, et hop, une réunion au ministère et discours velléitaire sur les croisements de chiens dangereux.
On pourrait comme cela, multiplier les exemples d'interventions de ministres (ou du président), suite à des faits divers. Ces réactions systématiques, et ce souci permanent de vouloir répondre par la loi à tous les dangers me paraissent problématiques, et tout du moins soulèvent quelques interrogations.
Tout d'abord, cette frénésie interventionniste paraît avoir pour but de rassurer les Français en matière de sécurité quotidienne. Il me semble que c'est le contraire qui se produit. Tout cela n'aboutit qu'à renforcer le sentiment d'insécurité. En légiférant et en intervenant en permanence sous le coup de l'émotion, le gouvernement donne l'impression de ne pas avoir de vision à long terme. C'est particulièrement vrai dans le cas des pédophiles, où l'intervention de Mr Sarkozy n'a servi qu'à répondre à l'angoisse ponctuelle des Français face à un problème très médiatisé. Mais aucune question de fond n'a été évoquée, ni celle des moyens de la justice, ni celle des soins et de la guérison de ces malades (car c'en est).
Le second problème qui m'interpelle, c'est que tout cela devrait mettre en lumière l'inaction des gouvernements précédents et notamment du ministre de l'intérieur d'alors. En effet, ni les manèges défectueux, ni les pédophiles récidivistes, ni les chiens dangereux ne sont des phénomènes nouveaux. Légiférer encore tient à dire que ce qui a été fait auparavant était soit insuffisant, soit inefficace. Nous devrions au moins avoir droit à une remise en cause des politiques passées. Ce n'est évidemment pas le cas.
Enfin, mais c'est là un sentiment plus large, et la droite n'est pas seule responsable, plusieurs de nos dirigeants nous ont expliqué que dans une économie mondialisée et libérale, l'Etat ne pourrait pas tout, et qu'il fallait s'en remettre au marché et aux entreprises. Par contre, et cela est bien paradoxal, dès qu'il s'agit de faits divers, de sécurité, l'Etat semble omnipotent et capable de répondre à chacune de nos angoisses sécuritaires. Tout se passe en fait comme ci cette suractivité-ci, devait masquer cette inaction-là. Et oui, pendant que l'on parle des chiens dangereux, on ne parle plus des difficultés économiques de notre pays.
21 août 2007
Il faut mettre fin à l'hypocrisie sécuritaire (2)
Ça y est ! Il est de retour notre présidentissime adoré. Et c'est reparti sur les chapeaux de roues, avec trois réunions ministérielles, et une conférence de presse, pour bien montrer qu'il s'occupe de tout.
La conférence de presse, c'était évidemment sur les pédophiles récidivistes, avec ce qu'il faut de révolte dans le discours pour bien émouvoir dans les chaumières. Mais là n'est pas le problème, après tout, ne mettons pas en cause la sincérité sarkozyenne.
Non, le problème réside essentiellement dans le contenu des mesures qui vont être prises. Je passe sur les craintes (justifiées) exprimées par les associations de défense des droits de l'homme, pour revenir à l'essentiel : quinze jours après une première loi, nous allons de nouveau légiférer sur la récidive (le travail aurait-il été mal fait la première fois ?).
Plus surprenant, il existe une loi datant de 1998 faisant déjà injonction à ce type de détenus de se soigner. De plus, le type d'hôpital préconiser par Sarkozy existe déjà, et de surcroît dans la prison même où était Francis Evrard. Mais la loi n'est pas appliquée, et le service médical ne fonctionne pas. Pourquoi ? Mais par manque de moyens financiers et humains, et si tel avait été le cas, peut-être ne serait-il rien arrivé au petit Enis. On aura beau faire des dizaines de lois, renforcer les conditions de détention, créer des hôpitaux spécialisés, tant que la justice et les prisons n'auront pas les moyens nécessaires pour fonctionner, tout cela ne servira à rien.
Et que l'on ne nous dise pas qu'il n'y a plus d'argent, et que l'Etat est surendetté. Les quelques bénéficiaires du bouclier fiscal savent bien qu'il y a de l'argent. Il s'agit ici d'un choix politique. Et je pense sincèrement que les choix actuels vont aboutir à une dégradation de la qualité de nos services publics, de tous nos services publics, ainsi qu'à une augmentation de l'insécurité sous toutes ses formes (sociale, économique, politique, judiciaire, etc.) Ce sont de mauvais choix, mais il est malheureusement probable que pour répondre aux difficultés qui nous attendent, on ne fasse encore de nouvelles lois, là où il faudrait surtout des moyens.
20 août 2007
Les Etats-Unis ont un nouveau vassal.
Je vais contredire mon message d'hier, où j'annonçais qu'il n'y avait aucune rupture sur le fond dans la politique sarkozyste. Si j'estime que c'est absolument vrai en politique intérieure, cela n'est pas en matière de politique étrangère, car s'il est un domaine connaissant une modification radicale, c'est bien celui-là.
Le ministre des affaires étrangères a effectué une visite surprise à Bagdad, réaffirmant ainsi la volonté de la France de se repositionner aux côtés des États-Unis dans cette région du monde. On ne s'y est d'ailleurs pas trompé à Washington, où l'on s'est fortement félicité de l'initiative française.
Le voyage de Mr Kouchner aurait été impensable il y a à peine 6 mois. Mais il n'y a rien d'étonnant dans tout cela. L'actuel locataire du Quai d'Orsay a été un des rares à soutenir l'intervention américaine en Irak. Il est aussi l'un des tenants d'une politique d'ingérence humanitaire, qui à mon sens n'est rien d'autre qu'une forme moderne de la colonisation, et surtout un pis aller qui permet de se donner bonne conscience, sans poser au fond les vraies questions de la dette des pays pauvres, de la corruption endémique qu'ils connaissent, ou du soutien sans failles des grandes puissances à certaines dictatures.
Mais, Mr Kouchner n'a pas été nommé par hasard. Bien avant ses vacances dispendieuses et contestables outre-Atlantique, Mr Sarkozy avait déjà donné des gages d'allégeance aux États-Unis, lors d'un voyage et d'une première rencontre avec Mr Bush, où il critiquait vertement les prises de position chiraquiennes. Il n'était même pas encore candidat déclaré.
Tout cela se passe alors que la Grande-Bretagne, jusqu'ici tête de pont américaine en Europe, vient de changer de premier ministre, et semble vouloir prendre ses distances avec l'administration Bush. Le changement d'attitude de la France à son égard tombe donc à pic pour le président américain, et pourrait de fait de la France un nouveau vassal des américains. Il est clair que si Mr Sarkozy avait été président de la République en 2003, l'armée française serait actuellement en Irak.
Compte tenu dans la position de la France dans les pays arabes, et de sa relative neutralité dans les conflits du Moyen-Orient, la France prend désormais le risque de s'exposer à la menace terroriste qui l'avait depuis 2003 plus ou moins épargnée.
Cependant, d'autres présidents ont par le passé joué dans la cour américaine, notamment Mr Mitterrand lors de la première guerre du golfe. La vraie rupture est ici beaucoup plus avec l'idée que la droite que la droite gaullienne se faisait des relations franco-américaines. Jacques Chirac, dans son refus d'engager la France en Irak, mettait ses pas dans ceux du général De Gaulle. Ce n'est pas avec un supposé anti-américanisme que Nicolas Sarkozy rompt, c'est avec le gaullisme.