C'était il y a quelques semaines, après plusieurs années de fermeture et une rénovation luxueuse, la Samaritaine, propriété du groupe LVMH, fêtait en grande pompe sa réouverture. Défilé de luxe, invités VIP, presse de connivence, tout y était, jusqu'au président de la République venu prendre l'air du côté des puissants, juste après une claque monumentale aux élections régionales et départementales. Quel beau signal envoyé aux Français !
Pourtant, l'euphorie des agapes à peine retombée, l'association ATTAC passait à l'action et repeignait à la gouache noire les vitrines extérieures du magasin de luxe. L'objectif était clair, par cet acte symbolique il s'agissait de dénoncer ces milliardaires qui continuent à s'enrichir grassement pendant la crise alors que des centaines de milliers de Français tombent dans la misère. Il faut dire que Bernard Arnault, principal actionnaire de LVMH, et donc de La Samaritaine a vu sa fortune enfler de plusieurs dizaines de milliards alors que dans le même temps son groupe supprimait des milliers d"emplois, dont plusieurs centaines en France.

Le bataillon des pleureuses macronistes n'a pas tardé à se mettre en route, dénoncant un acte inacceptable. Le plus surprenant (enfin, ne seront surpris que ceux qui veulent bien être surpris) est de voir se mêler à ce concert d'indignation la voix d'Anne Hidalgo, maire socialiste de Paris, soi-disant de gauche. La sanction est tombée, radicale, sans nuance : pour elle il s'agit d'un acte de vandalisme.

En politique plus qu'en aucun autre domaine, les mots ont un sens. En qualifiant l'action dATTAC d'acte de vandalisme et non pas d'action militante (ce qu'elle est), Anne Hidalgo emprunte directement au vocabulaire droitier voire extrême-droitier, renvoyant sans mesure ATTAC au rang des voyous, de ceux qui fabriqueraient de l'insécurité. Elle va même plus loin en en faisant des irresponsables qui s'en prennent à Bernard Arnault et son groupe alors même qu'en rénovant La Samaritaine il aurait créé des milliers d'emplois. La future candidate à l'Elysée, puisque telles sont les intentions que d'aucuns lui prêtent, indiquent ainsi clairement ce que serait le ton de sa campagne : un copié-collé suiviste de celles de Macron et de Marine Le Pen. De gauche peut-être, de droite assurément.

Toutefois, ce n'est pas parce que l'on fait de la surenchère dans le vocabulaire que l'on dit la vérité, c'est même souvent la preuve du contraire. Les membres d'ATTAC ont utilisé de la gouache ! Autrement dit, il a suffit d'un peu de temps et d'huile de coude pour nettoyer tout ça. Du vandalisme, vraiment ? Un hommage à Soulages, tout au plus ! Quant aux milliers d'emplois créés, ils succèdent à ceux bien plus nombreux que LVMH a détruit au moment de la fermeture il y a quelques années.

Mais le plus grave dans tout cela est que Mme Hidalgo ne dit rien sur le fond et sur ce qui était l'objet de l'action d'ATTAC. Quid de l'enrichissement de Bernard Arnault pendant la crise ? Quid de l'évasion fiscale apparemment pratiquée sans vergogne par le groupe LVMH ? L'association explique pourtant très clairement ses motivations sur son site (ici) Pourtant ce sont là aussi des milliards qui manquent à l'Etat, et donc là aussi des milliers d'emplois forts utiles qui pourraient être créés.

Ah ! Qu'il est loin le temps où le parti socialiste voulait changer la vie (ce fut l'hymne du PS en 1977 !). Qu'il est loin le temps où Mme Hidalgo soutenait un candidat qui avait pour principal ennemi la Finance. C'était il y a 10 ans à peine, une éternité à l'échelle du temps politique, des siècles à l'aune de la vitesse des retournements de veste socialistes.