C'est une évidence, la composition du nouveau gouvernement Castex est une pantalonnade.  Comme Premier Ministre, soi-disant pour changer de cap, on remplace un inconnu haut fonctionnaire de droite par un autre inconnu haut fonctionnaire de droite, à la culture une pharmacienne ex-ministre de la santé reconvertie dans la télé people, à la justice un ténor du barreau connu pour son animosité envers les juges, rajoutez à cela un petit jeu de chaises musicales et quelques nouveaux qui sont juste là pour la photo et dont personne ne se souviendra dans deux ans et vous obtenez une équipe abracadabrantesque dont le seul et unique but est de maintenir le président en position éligible d'ici 2022.

Cependant, de tout ce mic-mac gouvernemental, il est une nomination qui choque encore plus que les autres : celle de Gérald Darmanin au ministère de l'intérieur. Certes l'information judiciaire contre lui dans une affaire de viol n'en fait pas un coupable, et à l'instar de tout citoyen, il a droit à la présomption d'innocence. C'est d'ailleurs le seul argument avancé par le Président de la République et son Premier Ministre pour justifier sa nomination. C'est bien court comme défense. N'avaient-ils vraiment personne d'autre pour ce poste ? On en doute tant ce maroquin là a une puissance d'attraction importante.

On s'attendait donc à ce que la contestation vienne des mouvements féministes et de la gauche. Elle est venue et probablement plus fort que ce à quoi devaient s'attendre Emmanuel Macron et Jean Castex. Toutefois, la surprise vient d'ailleurs : de la droite. En effet, ce sont deux femmes, deux anciennes proches de Nicolas Sarkozy (comme Gérald Darmanin d'ailleurs), deux anciennes ministres qui conservent un poids politique important et une certaine écoute dans l'opinion qui ont pris position et porté l'estocade.

Si les paroles de Rachida Dati et de Valérie Pécresse comptent aujourd'hui dans cette  affaire, c'est pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'elles sont de droite et que jusqu'ici ce courant politique était bien silencieux dans cette affaire (comme malheureusement trop souvent en ce qui concerne le droit des femmes). Ensuite, parce que justement si l'une et l'autre ont fait des parcours politiques importants on ne leur connaît pas de prises de position importante en ce qui concerne la défense des femmes ; le caractère inédit de leur intervention en renforce l'importance. Enfin, et c'est le plus primordial, leurs arguments sont les bons et font mouche.

Oui, rien n'empêche juridiquement Gérald Darmanin d'être Ministre de l'Intérieur, mais Rachida Dati a raison quand elle se place sur le plan de la morale et dénonce quelqu'un qui de son propre aveu a eu des pratiques indignes envers les femmes. Elle est encore dans le vrai quand elle s'offusque que Gérald Darmanin, en tant que chef de la police soit aussi le responsable des policiers qui vont enquêter sur lui. Où est la justice dans cette histoire ? Où est le respect des femmes ? Justement, c'est l'argument dudit respect qu'emploie Valérie Pécresse pour se demander quel message on envoie aux femmes victimes de violences avec cette nomination.

S'il y avait un endroit où il ne fallait pas nommer Gérald Darmanin, c'est à l'Intérieur. C'est incompréhensible. En intervenant aussi fortement, aussi justement, Mmes Dati et Pécresse sont l'honneur de la droite. Je n'ai quasiment jamais été d'accord politiquement ni avec l'une ni avec l'autre, je ne le serais probablement pas plus dans le futur, mais cette fois-ci j'applaudis et je leur dit bravo.