Je ne sais comment définir mon rapport à la radio. Radiophage du matin ? Radiophile du soir ? Radiovore de la nuit ? Inconditionnel de la radio en tout cas, et du service public en premier lieu, France Inter surtout, mais aussi France Culture et France Info. Et en ces temps de grève radiophonique, dieu que le temps est long, dieu que vous me manquez. Elle n'est certes installée à cette tranche horaire que depuis septembre, mais désormais une journée qui débute sans les deux minutes de Charline sera forcément plus morose que les autres. Un vendredi matin sans le billet humaniste et poétique de François Morel c'est un week-end maussade qui s'annonce. Un dimanche soir sans les chroniques africaines enjayées de Vlad et Soro, c'est une semaine triste en prévision.

Alors je souffre et je prends mon mal en patience. J'attends le retour de toutes ces voix qui me sont si familières qu'elles font parties de la famille. Certes, parce que sur le service public ils prennent soin de nos oreilles, c'est un programme musical de premier choix qui remplace mes émissions habituelles, mais cela ne peut durer qu'un temps, et 16 jours, c'est déjà long. Je pourrais les maudire tous (je confesse que ça m'arrive en allumant la radio le matin et qu'il n'y a rien), je pourrais les détester, décider de les quitter à jamais et d'aller voir ailleurs si le son y est meilleur. Mais je n'en ferai rien !

Je n'en ferai rien parce que je suis d'accord avec eux ! Il ne s'agit pas cette fois-ci, comme ce fut parfois le cas, de défendre des intérêts catégoriels, non, l'enjeu est tout autre, primordial, fondamental en démocratie : le maintien d'un service radiophonique public libre et de qualité. Il s'agit de défendre des antennes où l'auditeur est encore considéré comme un citoyen qu'il faut informer, cultiver, et non pas seulement divertir, même si cela a son importance aussi. Il s'agit de conserver des radios où le mot culture à un sens, celui entre autre de créer du lien social entre les êtres, celui de faire appel à l'intelligence et à l'esprit critique des auditeurs. Il s'agit enfin de maintenir des espaces où l'on forme les citoyens à la chose publique. Tout cela existe encore sur le service public, même s'il est vrai que les logiques libérales ont depuis longtemps déjà, commencées ici aussi leur travail de sape et de nivellement culturel pas le bas.

Cette grève est fondamentale parce que c'est l'idée même d'un service public radiophonique qui est en jeu. Elle est primordiale parce que la culture, l'information ne sauraient être soumis à des lois mercantiles et à des considérations uniquement économiques. L'information de qualité a un coût, la culture de qualité a un coût ; il ne saurait y avoir de réelle démocratie sans l'acceptation  ce coût.

Cela ne signifie en aucune mesure qu'il faut dépenser sans compter, qu'il ne faut aucun contrôle. Il ne s'agit pas de cela ici, puisque l'Etat fait avec son service public radiophonique, ce qu'il fait avec tous ses autres services, ceux de la santé, de la justice, de la sécurité, de l'éducation, il les sacrifie sous l'autel de la sacro-sainte austérité budgétaire. L'être humain, sa sécurité, sa justice, son éducation, et donc désormais sa culture et son information ne peuvent se résumer à des variables économiques.

Parce que la radio publique a su mieux que la télévision publique faire écouter sa différence, parce qu'elle est écoutée, parce qu'elle est populaire, parce qu'elle est nécessaire, il est donc indispensable de la défendre. C'est ce que font les employés de Radio-France. En tant que citoyen je les en remercie, et même si l'auditeur que je suis aussi doit en souffrir encore un peu (pas trop j'espère), c'est de toutes mes forces que je souhaite qu'ils gagnent leur combat.