L'élection législative partielle de la quatrième circonscription du Doubs était parait-il une élection symbolique, puisque bien que partielle, elle constituait le premier scrutin post-attentats, et surtout elle doit pourvoir au remplacement d'une des figures emblématique du social-libéralisme à la sauce Hollande, à savoir Pierre Moscovici, passé désormais du côté obscur de la force, à savoir Bruxelles. C'était donc un enjeu pour tous les partis, puisque la plupart des ténors se sont déplacés.

Pour le Front de gauche, il s'agissait de surfer un peu sur la vague grecque de Syriza, et de montrer enfin qu'il y avait une alternative de gauche au PS. L'espoir était d'autant plus grand que le candidat était pour une fois soutenu par le NPA et les chevènementistes, bien implantés dans la région. Las ! Avec à peine plus de 3 %, l'affaire est entendue, ce n'est pas encore pour ce coup-ci que l'alternative se fera jour. A cela deux explications. La première étant que la gauche non socialiste est malheureusement en partie associée à l'échec du PS ; en cela l'attitude du PCF lors des élections municipales est en grande partie responsable. La seconde est que l'on peut penser qu'une fois de plus, face à la menace FN, le vote utile a encore joué à plein au profit du PS.

Le PS, justement, parlons-en. Commençons d'abord par rectifier une contre-vérité bien relayer par les médias. Cette circonscription serait un bastion socialiste. C'est bien sûr faux, car si elle était tenue par Pierre Moscovici depuis 2007, elle l'était auparavant par la droite et ce n'est que de justesse que Mr Moscovici l'avait conquise en 2007.

Cela étant posé, il faut quand même regarder la vérité en face. Alors que rue de Solférino on se réjouit de la présence du candidat PS au second, un évènement plutôt rare depuis 2012, on semble oublier que derrière cette "performance", il y a une perte de 12 points en 2 ans et surtout plus de 50 % des électeurs en moins. Bref, si la cote de popularité de François Hollande semble reprendre des couleurs, cela n'a pas ramené les électeurs aux urnes.

La droite, quant à elle, subissait elle aussi un vrai test, puisqu'il s'agissait du premier scrutin depuis que Nicolas Sarkozy a repris l'UMP en main. En s'alliant d'emblée avec le centre, elle pensait assurer sa présence au second tour. Perdu ! Elle n'y figurera pas. Ceci dit, c'est un échec à relativiser, puisque s'il perd lui aussi un quart de ses électeurs de 2012, le candidat de l'UMP gagne quand même 3 %, et il ne doit qu'à la forte abstention de ne pas figurer au second tour.

Le Front National enfin. A première vue, tout laisse à penser qu'il s'agit d'un véritable succès pour lui, qu'il a une vraie dynamique. Il est largement en tête, progresse de plus de 8 points par rapport à 2012, et en se retrouvant face au candidat socialiste au second, il espère profiter des atermoiements de la droite pour l'emporter. Force est de reconnaître que sa chance est réelle. Pourtant, si on y regarde de plus prés, ce succès est à relativiser. D'abord parce que même en étant en forte progression, le FN perd lui aussi des électeurs. Moins que les autres, et il doit son succès en partie à sa capacité de mobilisation. En outre, par rapport au scrutin européen où il réalisait 36 % sur la circonscription, il est le seul grand parti à perdre du terrain.

Mais tout cela n'est que de l'écume et ne doit pas masquer la seule vraie information : 60 % d'abstention, et encore, il ne s'agit là que des électeurs inscrits puisque la part de ceux qui ne prennent même plus la peine de s'inscrire sur les listes  électorales lors d'un changement d'adresse est de plus en plus importante. Certes, 40 % de participation, c'est un peu mieux que pour les législatives partielles précédentes, regain peut-être dû au contexte et à la médiatisation, mais quand même, ce qui ressort surtout, c'est rejet massif de la classe politique, une défiance généralisée envers tous les partis politiques. Et c'est cela qui fait la force du FN et qui devient inquiétant.