1,2 million, 1,5, peut-être 2 millions à Paris, 4 voire 5 millions dans toute la France, personne ne sait ni ne saura jamais. Il y avait tellement de monde que même la police d'habitude si prompte à donner des chiffres a cette fois-ci reconnu qu'elle ne pouvait plus faire le comptage.

De toutes façons, peu importe le chiffre, la seule chose qui compte était que la foule était immense, inouïe, monstrueusement belle, pacifique, bigarrée et déterminée. Ce qui compte, c'est que tout un peuple était rassemblé pour dire son attachement à la liberté, à des valeurs communes, pour dire qu'il était fier de vivre dans un pays où les principes d'égalité, de justice prévalent sur tout le reste. Ce qui compte, c'est que tout ce peuple était là aussi pour défendre ces valeurs, mais aussi pour qu'elles progressent réellement, pour qu'elles soient bien plus que des mots : une réalité.

Alors oui, on pourra regretter la fausse note de la présence de certains chefs d'états aux moeurs plus que douteuses en matière de liberté et de libre expression. Qu'à cela ne tienne, si certains veulent se racheter une vertue à peu de frais, qu'ils sachent que les peuples ne sont pas dupes et qu'ils savent. Qu'ils sachent aussi que la vraie manifestation était celle qu'il y avait derrière eux : belle et immense.

Alors oui, il ne faudra pas oublier tous ceux qui disent comprendre ou justifier les assassins, il ne faudra pas oublier tous ces jeunes, ces ados, ces oubliés de la société qui n'étaient pas Charlie. Il ne faudra pas oublier que les fascistes, les diviseurs de l'ombre ont continué à oeuvrer même dans ces temps d'union nationale. Mais ça, c'est pour dans les jours, les semaines, les mois qui viennent, pour l'instant il faut juste savourer le plaisir de se retrouver ensemble dans la difficulté, fiers d'être là, conscients enfin de la puissance que nous représentons.