L'objectif affiché de François Hollande est de réduire le chômage d'ici la fin de son mandat. Depuis 30 ans, tous les présidents qui l'ont précédé ont tenu peu ou prou le même langage. Tous ont, d'une façon ou d'une autre échoué dans leur entreprise, mais tous ont, au nom de cette lutte contre le chômage, détricoté le code du travail et précarisé des pans entiers de la société. C'est bien connu, un travailleur précaire n'est plus un chômeur, même si sa situation n'est guère plus enviable.

Dans le même temps qu'elle connaît un chômage de masse depuis 30 ans (hé oui, la crise n'a pas commencé en 2008, faut-il le rappeler), la France est la championne de la consommation des tranquillisants et anti-dépresseurs, elle est le pays d'Europe où l'on se suicide le plus, et sondages après sondages, années après années, elle est toujours le pays où règne le plus grand pessimisme en Europe. Bref, la France déprime, alors même que dans d'autres pays où  taux de chômage est bien plus élevé et des politiques d'austérité bien plus drastiques, la population ne semble pas aussi aussi désabusée que dans l'hexagone.

Il y a certainement des milliers de raisons à cela, mais j'en vois quand même une essentielle et qui pourtant n'est jamais acharnée. Aveuglés par leur lutte acharnée contre le chômage endémique, et souvent au nom de cette lutte, nos dirigeants ont systématiquement détruit tout ce qui faisait sens dans notre société, tout ce qui permettait à chacun de se revendiquer comme partie prenante de la société française, et d'en être fier. Ils ont détruit le vivre ensemble.

Au nom de la lutte contre le chômage ils ont :

- Dévalorisé le travail, ouvert les vannes de la flexibilité et précarisé des milliers de personne.

- Créé des milliers de centres commerciaux sans âmes entraînant la fermeture de milliers de petits commerces dans les villages, les centres villes et les quartiers pauvres. La fermeture de ces commerces a signifié souvent la mort économique pour des régions entières.

- Déstructuré les familles en autorisant le travail le dimanche pour de plus en plus de personnes, le travail de nuit pour les femmes en usine, les horaires décalés.

Malheureusement, le chômage n'est plus la seule marotte de nos politiques. Depuis quelques années ils en ont une nouvelle qui leur permet de continuer et d'amplifier leur oeuvre de casse sociale et d'agir dans des domaines que ne pouvait permettre la seule excuse de luttre contre le chômage.

Au nom de la lutte contre les déficits publics, ils ont :

- Cassé l'hôpital public. Aujourd'hui des millions de personnes ne vont même plus se faire soigner les dents, les yeux parce qu'elles n'en ont plus les moyens.

- Cassé l'école publique, en supprimant des milliers de postes, en changeant les programmes scolaires au gré des changements de ministres, en ne formant même plus les professeurs.

- fragilisé les instances culturelles, nivelé vers le bas ce qui restait de la télévision et de la radio publique.

Bref, quand vous n'êtes pas sûr d'avoir du travail la semaine suivante, quand vous n'avez plus les mêmes horaires que vos enfants, quand il n'y a plus de boulanger dans votre quartier, quand vous ne pouvez plus vous soigner, quand l'école ne permet plus à vos enfants de s'élever socialement, quand il n'y a plus de culture pour vous évader ou vous permettre de comprendre et de supporter votre situation, alors oui, on peut dire que la France déprime. Pire, on peut dire que les Français on perdu le goût du vivre ensemble.

Et cela laisse un goût amer, parce que, si on veut bien y réfléchir, le chômage, s'il est bien indemnisé, s'il est conçu comme un moyen de rebondir, de se reconvertir, et non pas comme une punition, le chômage pourrait ne pas être un problème. Seulement voilà, d'autres ont décidé que c'était le problème majeur, et que pour le résoudre, il fallait détruire tout le reste. Alors la France va mal !