La dernière élection présidentielle l'a clairement démontrée : il y a un espace politique important à la gauche du parti socialiste. Un espace qui pourrait même permettre au Front de gauche de devenir, à la faveur de l'échec patent du gouvernement socialiste, la première force politique à gauche. Pourtant, pour l'instant, et alors que le Front de gauche devrait avoir un boulevard idéologique devant lui, il semble que n'en prenne pas le chemin.

En cause ? Essentiellement l'illisibilité de la stratégie du Front de gauche dont la ligne à géométrie variable du Parti Communiste Français est en grande partie responsable. En dénonçant avec virulence la politique du gouvernement d'un côté et en s'alliant avec le PS partout où ils ont des élus à conserver ou à gagner, la position du parti de la place du Colonel Fabien a de quoi déconcerté l'électeur de gauche qui pense qu'il y a encore moyen de changer les choses.

Les bisbilles parisiennes, en ce sens ont fait beaucoup de dégât, mais on pensait qu'un accord était trouvé entre les deux principales forces du Front de gauche. Las, en quelques heures, la section locale d'Hénin-Beaumont, en décidant de se rallier manu-militari, sans aucune concertation avec les autres forces du Front de gauche, vient de porter unn nouveau coup à cette force politique.

Pour bien comprendre l'ampleur de l'affront fait au Front de gauche par cette décision unilatérale, il convient de faire quelques rappels. Hénin-Beaumont, ce n'est pas n'importe quelle ville, c'est celle où Marine Le Pen se présente, celle que le FN a le plus de chances de remporter, celle dont le FN veut faire une vitrine de son action politique. Hénin-Beaumont, c'est aussi une ville du bassin minier du nord, le fief historique du PS et de la gauche dans son ensemble, une gauche locale meurtrie par les affaires de corruption.

C'est dans ce contexte que s'inscrivait, en juin 2012, la candidature de Jean-Luc Mélenchon aux élections législatives à Hénin-Beaumont. Il s'agissait alors d'empêcher l'élection de Mme Le Pen et de démontrer qu'il existait enfin à gauche une force politique qui pouvait contrer la supposée inexorable ascension du FN. Certes, Jean-Luc Mélenchon a échoué, mais en doublant son score de la présidentielle, il a réussi à démontré qu'il y avait bel et bien un espace politique à reconquérir dans l'électorat populaire pour le Front de gauche.

La logique de cette reconquête voulait qu'il y ait partout où cela était possible, des candidatures du Front de gauche indépendantes du PS. On sait que si cela le cas dans la moitié des villes, le parti communiste a pris le risque de s'allier au PS dans l'autre moitié, prenant ainsi le risque de l'éclatement du Front de gauche. Il s'était pourtant jusqu'ici engagé à ce qu'il y ait une liste Front de gauche à Hénin-Beaumont, ville symbole s'il en est. Las, alors qu'il y a encore seulement quinze jours David Noël, la tête de liste communiste du Front de gauche à Hénin-Beaumont, jurait ses grands dieux qu'il serait une erreur stratégique de partir avec les socialistes, il a suffi d'un sondage douteux donnant le candidat FN gagnant, pour que le PCF rallie le PS, sans consulter personne et en rendant, à une semaine de la clôture des listes, impossible toute autre alternative.

L'effet est désastreux ! Il renvoie l'image d'un Parti Communiste (mais avec lui du Front de gauche dans son ensemble) affilié au PS et donc comptable avec lui de l'échec de sa politique, alors même que tout avait été fait jusqu'ici pour s'en démarquer et insuffler enfin l'idée qu'une autre politique à gauche était possible.

Cet épisode regrettable vient s'ajouter à celui de Paris et est la conséquence des errements idéologiques du PCF. Désormais, du point de vue de la doctrine et de la pensée politique, celui-ci est une coquille vide. A lire sa stratégie pour les élections municipales, on s'aperçoit qu'elle est définie en fonction des sièges à conserver ou au gré des sondages. Il n'y a plus aucune ligne politique, ce qui est un comble pour le parti de Thorez ou de Marchais, où la ligne idéologique définissait toute stratégie.

Bien plus que la chute du mur de Berlin ou l'écroulement de l'URSS, la faillite du PCF est à chercher là. Je suis le premier à le regretter. Dans cette période compliquée où toutes les élites sont contestées, où les démagogues de tous bords voient leur influence augmenter, nous avons plus que jamais besoin d'une force à gauche sûre de ses idées, de ses valeurs telle que fut le PCF il y une trentaine d'années. C'est au moment où nous avons le plus besoin de lui que le parti fondé par Jaurès est en mort clinique.

L'instant est donc grave. Pour autant, il ne faut pas désespérer. Si le PCF est en errance stratégique et idéologique, la persistance de scores notables pour les listes présentées par le reste du Front de gauche un peu partout est source d'espoir. Si le parti communiste est en train de mourir, l'idée communiste elle, a encore un avenir !