Pour bien comprendre, il faut se mettre dans la tête de ceux qui en 2008, à la suite de Jean-Luc Mélenchon, Marc Dolez et quelques autres, ont quitté le PS. Pour eux, et pour la majeure partie de ceux qui les ont rejoints depuis, il n'était plus possible d'accepter l'inéluctable  dérive droitière et libérale du PS, le quitter et fonder un autre parti était donc la seule façon de se trouver en accords avec leurs idées. Pour eux, alors même qu'il devient de plus en plus difficile de qualifier le PS de parti de gauche, faire une alliance avec lui est donc idéologiquement impossible, et serait un reniement profond de l'acte fort qu'ils ont posé en 2008 en fondant le Parti de Gauche.

C'est à cet aune-là qu'il faut regarder la crise actuelle du Front de gauche, et se dire que le choix du PCF de s'allier dans certaines villes avec le PS ne peut, au Parti de Gauche, qu'être considéré comme une trahison, en plus d'être une erreur stratégique manifeste. Dès le départ le Front de Gauche a été conçu comme une machine opposée à la droitisation du PS. Son but était de faire en sorte que les idées et les valeurs de gauche ne périssent pas avec le parti de la rue de Solférino et soient de nouveau portées sur la scène politique. Il s'agissait de constituer à la gauche du PS une opposition intransigeante sur les valeurs. Et cela s'est avéré payant puisque même le vieux et moribond PCF en a eu comme un regain de jeunesse. Sauf que ce pacte d'indépendance vis à vis des socialistes vient d'être rompu par les communistes, pour de sombres histoires de postes à sauvegarder, au mépris de ce qui a été construit durant 5 années, au mépris de ces milliers d'électeurs qui s'étaient remis à espérer dans la politique.

Cette décision communiste est d'autant plus regrettable qu'elle montre qu'ils n'ont rien retenu de leur propre histoire. Beaucoup plus que la chute du mur de Berlin et la faillite du régime soviétique, c'est l'alliance systématique avec les sociaux-démocrates (puisque désormais ils n'osent même plus se revendiquer du socialisme) aux élections locales ainsi qu'au pouvoir à certaines périodes, qui a perdu les communistes. Ils sont eux aussi redevables des errements de François Mitterrand comme de ceux de Lionel Jospin, pour les avoir cautionnés, pour les avoir soutenus, pour ne pas avoir démissionné quand il était encore temps.

En continuant dans cette stratégie le parti de la place du Colonel Fabien démontre qu'il ne changera pas. Ce sont toujours les intérêts des barons locaux qui primeront sur la ligne idéologique. D'ailleurs de ligne, cela fait belle lurette qu'il n'y en a plus au PCF. Pour cette raison, et parce qu'en ces temps compliqués, les classes populaires ont plus que jamais besoin de personnes aux choix claires, aux positions intransigeantes et capables de les porter haut et fort, pour les représenter, que la meilleure solution pour le Parti de Gauche serait de quitter le Front de gauche, ou du moins de tenter de rassembler autrement à gauche, sans le PCF.

Il n'est qu'à regarder ce qui se passe ne Grèce pour comprendre qu'il s'agit de la bonne stratégie. Le parti Syriza y est souvent comparé au Front de gauche. Lui aussi est alliance de forces politiques à la gauche du parti socialiste local, lequel a d'ailleurs sombré corps et âme. Mais la grande différence avec le Front de gauche français, est que le parti communiste n'en fait pas partie. Ce dernier était encore la deuxième force politique à gauche avec un peu moins 10 % des voix. En juin 2012, il représentait moins de 5 % des voix quand Syriza atteignait 26 %.

Voila la voie à prendre. le Parti de Gauche doit donc suivre un chemin différent du parti communiste.